‹ Essais dramatiquesChapitre 9 sur 74 · SUR CHARLES FOURNEL. XIX · texte numérisé non relu

SUR CHARLES FOURNEL. XIX

besoin de ces rencontres; je me donne un travail et j'oublie les gens. Je pense à un ouvrage que je prépare déjà : Guide

de la littcrature aUeiimnde

Hier, dans l'immense azur du ciel, le soleil était comme le Christ transfiguré et sortant, doux et rayonnant, d'entre les morts. Les étoiles ont chanté toute la nuit :

O filii, o filiae !

Christus surrcxit hodie !

Les arbres en sont aujourd'hui tout verts de joie; les bourdonnements, les senteurs, les vols d'oiseaux, tout est là. Le monde sent le miel. Je savais que cela viendrait ainsi :

En hiver, quand le ciel est plein d'ombre et d'orages, Tu dis : Hélas ! mon œil n'est pas fait pour les pleurs ; La terre est une grange où le char des nuages Apporte, on ne sait d'où, des moissons de douleurs. Mais le sage sourit. Il voit dans la nature Dieu, sourd à tous nos cris jetés à l'aventure, Avec sa froide neige et les brouillards flottants Composer l'éclat pur et les fleurs du printemps.

Cette poésie sénile est de moi, mon ami, je l'ai retrouvée dans mes paj5erasses et j'avais vingt ans lorsque je l'ai écrite, comme si cela en valait la peine. A vingt ans, l'on veut se donner des airs de sage, c'est-à-dire de vieillard. Vingt ans plus tard, on se donne bien de garde de paraître sage et l'on tâche de faire des rimes de la vingtième année. Le grand dégoût que notre époque fait voir pour tout ce qui est rimé me porte à croire que le moment est venu de faire des vers sans rimes. Je ferai quelque chose dans ce sens et je te le ferai voir. A présent, je suis devenu tout à fait raisonnable et je ne fais ni ne lis rien qui ressemble, même de loin, à de la poésie versifiée. Je tâcherai de mener à bien vnowGidde en question,' où je commencerai avec les vieilleries les plus hérissées d'allitérations.

^ Ce projet n'a pas abouti.

N'OTICn

Mais sa meilleure défensive contre l'abattement fut le travail de la composition. Pendant sa captivité du lycée, il publia deux volumes : une œuvre de colère, les Folles Images (1859), une œuvre d'amour, les Légejtdes dorées (^iS6 2), et s'essaya, dans la solitude du cabinet, au genre dramatique qu'il avait toujours aimé.

Les Folles Images, on peut le dire, furent une tentation à laquelle il eût mieux fait de résister; car elles eurent peu de retentissement littéraire et néanmoinslui causèrent beaucoupdedésagréments. Ces caricatures visent les deux choses qui donnaient également des haut -le -cœur à notre poète, le prosaïsme bête du jugement bourgeois et la grossièreté crue de l'art réaliste. — Son procédé fut d'outrer ironiquement ces deux choses, à peu près comme les nourrices font aux enfants grognons ou comme les Spartiates, pour inspirer à leurs fils l'horreur de l'ivresse, la leur montraient dans un esclave. Cette espèce de satire froide fut peu comprise; on eût préféré l'indignation à cet impassible sarcasme. Le décorum professionnel et provincial murmura assez aigrement, quoique l'ouvrage, pour sauvegarder toutes les convenances, eût paru sous l'anonyme et que l'auteur^ pour mettre son intention à couvert de toute m.éprise, eût encadré la

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