‹ Essais dramatiquesChapitre 12 sur 74 · SUR CHARLES FOURNEL. XXV · texte numérisé non relu

SUR CHARLES FOURNEL. XXV

Mes acteurs et mon théâtre me coûtent peu cher, par bonheur, et à la veille d'un voyage le tout se placerait facilement dans une malle. Tu vois que je suis un peu comme tous les prisonniers qui inventent et confectionnent des curiosités en paille et en noix de coco pour tromper leurs ennuis. Je subis mes galères à Tournon, quoique ce ne soit pas un beau port de mer. (28 janvier 1867.)

En dehors de ces récréations paternelles, il songeait aussi à un public plus exigeant et mit ou remit sur le chantier diverses compositions dramatiques qu'il destinait à l'impression, sinon à l'honneur périlleux de la scène.

Malheureusement, sa santé altérée par les contrariétés, les fatigues et les soucis, ne devait pas lui permettre de conduire à terme ce projet plus ambitieux que les précédents. Atteint d'une double affection, au foie et à Testomac, mais se roidissant contre le mal, il continua ses leçons quotidiennes dans les salles froides et humides de son lycée. Enfin, en 1869, il fallut partir pour les eaux de Vais (Ardèche). Mais il était trop tard; le voyage et le traitement épuisèrent les forces du malade. Revenu à Tournon le 13 juin, Fournel expirait le lendemain, emporté par une hémorrhagie. Il n'avait que 52 ans.

Cette destinée laisse une impression mélanco- Hque. Qj-ielle disproportion entre les espérances et

NOTICE

les résultats, entre les semailles et la moisson ! Certes, Fournel avait du talent et beaucoup; pourquoi n'a-t-il pas eu plus de réussite ? C'est peutêtre qu'il lui a manqué deux des trois éléments du succès, je veux dire le savoir-faire et la chance.

Extrêmement industrieux et ingénieux dans son art, il ne l'était nullement dans les affaires et la pratique de la vie. Son caractère altier, en l'empêchant de s'accommoder aux circonstances et aux hommes, de prendre le vent, de capter la faveur, de saisir l'occasion, lui a fait perpétuellement obstacle. Puis le hasard, cette divinité capricieuse, ne lui a pas été favorable. Son début s'est fait dans une année littérairement impropice (1848), et à Berlin, puissant foyer intellectuel mais qui ne saurait avoir beaucoup d'écho pour un rimeur français.* Ce qui aurait fait une renommée à d'autres, ne lui a pas été compté. La Romance de Roncevaux, le Comte Maudit, Robin Hood, En Mer, Noël, S^-Fclix, Y Auréole, S'-Christophe, les Roses, ne sont, par exemple, pas cités dans la volumineuse Chrestomathie de Staaf, où sont recueillies avec tant de conscience un grand nombre de poésies qui n'approchent pas de celles-ci. Ou bien on lui

1 C'est néanmoins de Berlin que lui sont venues les plus certaines marques de considération. Ainsi en iS6j, il reçut Tordre de la Couronne de Prusse, avec des lettres bien aimables écrites en haut lieu.

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