‹ Essais dramatiquesChapitre 41 sur 74 · PANCRACE, GASPARD · texte numérisé non relu

PANCRACE, GASPARD

Gaspard est muni d'une vieille guiure.)

PA\XRACE

Je ferai garder le galant,

Son violon et son talent.

Un peu loin de notre demeure.

Pour un temps, et surtout à l'heure

Du mariage avec Guillot.

Mais, diantre ! Cette dot qu'il faut,

Qu'il faut du moins montrer à l'homme !

Puis, j'y pense, et cela m'assomme.

Arrêtant l'autre ils l'ont fouillé.

Et c'est moi qu'ils ont dépouillé.

Dépouillé ? Non ! Mais c'est tout comme..

S'ils ont trouvé sur lui la somme,

Elle est au greffe, on la rendra.

Oui, mais avant, l'on en prendra

Pour les frais, avec tant de rage, Qu'à la fin de ce bel ouvrage Je n'aurai plus de tout cet or Que le sac, et des frais encor.

Ah, je crains bien!...

GASPARD, se montrant.

Soyez sans crainte, Allez toujours !...

PANXRACE, effrayé.

Ah!

GASPARD

Portez plainte.

Pendez ce voleur prétendu.

PAN'CRACE Gaspard !

GASPARD On a tout entendu, On était là, Seigneur Pancrace.

Une autre fois prenez, de grâce, Pour me saisir et m'arrèter, Des gens qui sachent résister Au plaisir frivole et volage.

De danser au bois, sous l'ombrage.

Qui de nous deux a plus raison D'accuser l'autre ?

PANCRACE, à pan.

Trahison !

Ils l'ont laissé fuir...

I08 ESSAIS DRAMATiat'ES.

GASPARD

O Pancrace, Osez^vous bien pousser l'audace Jusques à suborner des gens, Pour servir vos projets méchants?

Votre malice déraisonne.

PANCRACE Qui? Moi, je n'ai pavé personne!

Pancrace tremblant que Gaspard n'use de son violon cherche à rentrer che\ lui.

PANCRACE, heurtant à la porte fermée.

Bertille! — A part. II m'a l'air très fâché.

La friponne a fermé la porte

A double tour! (ii heune.) Le diable emporte,

Si l'on m'imite ainsi dans tout,

C'est fait de moi ; je suis à bout. (Il heurte.)

GASPARD Mon cher instrument, quel dommage !

(II feint de passer l'archet sur sa guitare.)

Seigneur, vous aimez à danser.

Vous plaît-il de recommencer ?

PANCRACE Pitié, Gaspard!

GASPARD

La danse est gaie.

PANCRACE

Mon pauvre dos n'est qu'une plaie.

GASPARD

Si vous préferez le repos, Achetez-le donc.

PA\XRACE

A quel taux ?

GASPARD Ma condition est gentille, Je ne demande que Bertille, Et vous rends encor votre argent:

Est-ce marché fait?

PANXRACE

Quel marchand !

C'est un Arabe ! donne, donne. . .

Et concluons. — Pour ma friponne, C'est un destin aflfreux, pourtant Il le faut. En homme prudent Sauvons du moins, dans ce naufrage.

D'abord ma peau, puis mon bagage.

La pauvre enfant!...

SCÈXE NEUVIÈME

LES iMÉMES, GROSGUILLOT ET LES DEUX ARCHERS

(Les archers se jettent sur Gaspard et le saisissent ; Grosguillot, qui tient le violon magique s'essaie à en jouer ; Pancrace par souvenir, commence à tourner sur lui-même.)

IIO ESSAIS DRAMATIQ.UES.

Hai ! — fil s'arrête. Qu'est cecï ?

GROSGUILLOT, riant.

Ah, ah, ah, ah !

PANXRACE

Gaspard saisi !

Ma pauvre enfant, elle est sauvée!

(A Gaspard.) Ah, je te tienS ! (Aux deux archers.)

Votre arrivée Ne pouvait tomber plus à point.

Mais, pour Dieu, ne le lâchez point.

Ah, quelle joie ! et la machine?

GROSC Saisie aussi.

PA\XRACE Qu'on me l'échiné, Qu'on me la mette en vingt morceaux, A son tour, brisons-lui les os !

GROSGUILLOT La, la, modérez-vous, compère.

PANCRACE -Mais, vous, qu'en prétendez -vous faire?

GROSGUILLOT

Que vous importe? C'est mon bien, Je l'ai payé.

PA\XRACE

Fort bien, fort bien !

Mais enfin, qu'en saurez-vous faire?

GROSGUILLOT

Ce que j'ai fait déjà, beau-père, Car vous avez dansé.

lï joue grotesquement du violon.;

Fancrace s'aperçoit que dans les mains de GrosguiUot le violon a plus sa vertu . // ricane.

PANXRACE

Oui, oui!

Eli, Ion, lan, la, tout réjoui, Je danse encore.

GASPARD, se débattant entre les archers.

Ah!...

PANXRACE à Gaspard.

Plaintes vaines !

Tenez-le ferme ; pour vos peines, Messieurs, vous boirez, par ma foi.

Un coup de vin, car j'ai de quoi .

(Il fouille Gaspard que les archers retiennent par les bras.)

Rien là? Peste ! Et là? Rien! J'enrage ! -Qu'en as-tu fait?

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