SCENE DIXIEME
LES MÊMES, BERTILLE
Bertille sort de la maison et promet de tout arranger à la satisfaction générale, si les parties veulent la prendre pour juge. Tout le monde y consent.
GASPARD
Le mignon juge que voici,
Et comme il fait aimer la robe !
BERTILLE
Je veux, en juge honnête et probe.
Terminer tous ces différends.
Comme faisaient nos vieux parents, Chez nous, entre nous, en famille.
Je ne suis qu'une simple fille.
Mais pour trouver la vérité.
Rien ne vaut la simplicité.
(A Pancrace en montrant Gaspard.)
Vous l'avez doté d'une somme Que votre fille apporte à l'homme Qui veut l'épouser.
PANXRACE
Moi ? Holà !
Ma fille apporte ce qu'elle a.
Mais d'argent, point. Gentille, sage, Elle a fraîcheur et fin corsage !
Et l'on irait encor payer Un vilain pour se marier !
Maugrcbieu ! je pense, au contraire, due c'est à moi, que c'est au père, Qu'un homme honnête et bien épris, Doit offrir pour elle un grand prix.
GROSGUILLOT Mais...
PAN' GRACE
Ceux que cet avis regarde En prendront note, ou je la garde.
Bertille répond à son père que tel est le cas de Gaspard, qui est totit disposé, s'il obtient la main de celle qu'il aime, à restituer la dot, se trouvant asse\ riche avec son violon.
Mais Grosguillot qui perd sa promise veut garder le violon comme dédommagement , et Gaspard faisant mine de le lui reprendre, il se sauve dans la maison de Pancrace oii il s'enferme.
GROSGUILLOT, se montre au balcon.
Vous plairait-il danser, mon maître?
BERTILLE
Seigneur Guillot, grâce pour moi !
GASPARD Laisse-le faire.
BERTILLE
Eh non.
PANCRACE
Pourquoi ?
114 ESSAIS DRAMATIQ.UES.
GROSGUILLOT, jouant.
Dansez bcau-pcre !
Gaspard lui crie que Je violon perd son pouvoir magique en d'autres mains que les siennes. Grosguillot, qui se défie de son rival, veut s'assurer de la chue.
(Il chante.) Tra, la, la,... le sot instrument ! Par ma foi ! la, la, la, comment?
N'a-t-il pas dansé tout à l'heure Devant moi, devant sa demeure?
Ne m'a-t-il pas pris pour Gaspard ?
Et moi-même, hier, sur le tard, N'étais-je pas là sur la place ?
N'ai-je pas?... — Se peut-il qu'on fasse Rêve pareil?
BERTILLE Tout est fini !
GASPARD
Tout est prouvé î
GROSGUILLOT
Nenni, Nenni !
Encore ! (H joue. Pancrace est immobile.)
Au diable ! Je le livre.
Il se peut bien que je sois ivre ! (-^ Gaspard.)
Grosguillot quitte le balcon, descend sur la place et tend le violon à Gaspard.
GASPARD^ baisant son violon.
Cher violon, je te revoi, Salut !
LE VIOLON MAGiaUE. 11$
PANCRACE
Bien ! et ma bourse à moi ?
GASPARD Votre bourse, on va vous la rendre.
PAXCRACE
C'est bien heureux !
Venez la prendre Dans le logis.
GASPARD
Puis, sans retard, Signer le contrat.
PANXRACE
Oui, Gaspard.
(Pancrace, Gaspard et Bertille entrent dans la maison.)
SCÈXE ONZIÈME
GROSGUILLOT, LES ARCHERS
Les archers voyant disparaître Pancrace, réclament leur salaire <i Grosguillot, et comme celui-ci refuse avec mauvaise humeur, ils h battent.
Là-dessus, on entend le violon de Gaspard, et les trois disputants se sauvent en cadence.
Iî6 ESSAIS DRAMA7IQ.UES.
SCÈXE DOUZIÈME GASPARD, PAKCRACE ET BERTILLE sorteiit de la maisoii.
PANXRACE
Cet instrument, ma chère tille.
M'épouvante ; dans ma famille Je n'en veux point. Je crains le bruit Qu'on en fera ; trop gratter cuit.
Ce violon lui vient...
PA\XRACE
Du diable !
D'un ange î
BERTILLE
PANXRACE
Ce n'est pas croyable ; On croit ce qu'on voit. Le démon Se montre assez ; les anges, non.
GASPARD regardant Benille.
Et moi, pourtant, je vois un ange.
SCÈXE 'r%EIZlÈME