ACTE I, SCENE II. I
M. DE LA MOBLIÈBE.
Comment! si j*en ai un! depuis une semaine je vous ai parle de lui chaque jour au moins deux heures.
LE COMTE
C'est que le temps rae paraît si court quand vous me parlez
M. DE LA MORLIÈRE
Que vous ne m*ëcoutez pas. Allons, allons, laissons cela ; c'est la vivacité française qui excuse tout : mais puisque vous ne m'avez pas entendu , je recommencerai avec plus de détails.
LE COMTE
Ohl cela n'est pas ne'cessaire ; je conçois Monsieur votre frère est Allemand.
M. DE LA MOULIÈRE.
Allemand .'non, puisque je suis Français ; mais réfugié. Auriez-vous aussi oublié cela , par exemple ? il me semble cependant que la manière dont je parle
LE COMTE
Est très-agréable. Mais dites-moi, je vous prie, entendez-vous tout en français ?
M. DE LA MORLIÈRE
Si j'entends tout en français! mais je sais à peine l'allemand ; je ne le parle jamais que pour affaires.
Vous avez raison , il n'y a que le français qui soit de bonne compagnie ; il n'est pas poli de parler ICvS
IQO LE MANNEQUIN,
langues étrangères; aussi moi je n'en sais pas une. Mon gouverneur voulait me les faire apprendre , mais j'ai craint de gâter mon français en parlant une autre langue.
M. DE XA. MORLIÈRE
Ah!, c'est bien vrai. Pour moi, je ne peux pas m'empêcher de savoir un peu l'allemand; mais je vais tâcher de l'oublier.
LE COMTE
Vous avez raison ; à quoi cela sert-il ?
M. DE LA MORLIÈRE
En Allemagne cependant, c'est quelquefois commode.
LE COMTE
Oui , cela peut se soutenir ; mais moi je m'en suis toujours passé.
M. DE LA MORLTÈRE.
Je voudrais que vous me dissiez naturellement si j'ai de l'accent.
LE COMTE
De l'accent ! gascon , picard , normand ?
Non , de l'accent de ce pays , de l'accent allemand enfin , puisqu'il faut le dire ?
LE COMTE
Je n'y ai pas trop fait d'attention ; mais à pre'scot que vous me le dites , il me semble bien que.
M. DE LA MORLIERE.
Achevez , achevez.