‹ Essais dramatiquesChapitre 119 sur 195 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

LE COMTE

Qu'il y a quelques mots que vous prononcez.....

M. SB LA MORLIÈRE

Comment ?

LE COMTE

Un peu trop bien.

M. DE LA MORLIÈRE

Que voulez-vous dire ?

LE COMTE

Un peu trop fort.

M. DE LA MORLIÈRE

He'Iasî mon Dieu, c'est bien vrai. Mon grand père m'en avertissait toujours ; mais c'est que j'ai tant de zèle à parler le français , que je crains toujours de ne pas le faire assez bien entendre.

Ah ! c'est tout simple ; mais quand nous aurons passe' quelque temps ensemble , vous le parlerez comme moi, d'une façon légère et rapide. Le roi de Prusse , par exemple, le croiriez-vous? le grand Frédéric ne parle pas comme un Français. Ce qu'il dit est bien; mais il n'y a pas d'aisance dans ses phrases; il prononce lentement ; on dirait qu'il réfléchit en parlant , et cela n'a pas du tout de grâce.

M. DE LA MORLIERE.

Et M. de Voltaire , qui est à présent à la cour de notre roi , comment l'avez-vous trouvé ?

LE COMTE

Si vous voulez que je vous parle franchement , je

ig^ LE MANNEQUIN,

ne Pai pas fort écoute ; j'étais très-empresse' de raconter Paris que je venais de quitter , et dont chacun était curieux ; et j'ai pensé que j'aurais toujours le temps de causer avec M. de Voltaire.

M. DE LA MORLIÈRE

Cependant il part demain , à ce qu'on dit.

LE COMTE

Ah ! j'en suis fâché; mais il se fait souvent imprimer : ainsi je suis toujours à portée de le lire quand je voudrai ; il n'y a que ceux qui ne font que parler dont il ne faille rien perdre. Ceux qui écrivent , on est toujours à temps de connaître leur esprit.

M. DE LÀ. MORLIÈRE

Et comnfent trouvez-vous celui de ma fille ? ditesle moi naturellement.

Vous le voulez, je répondrai avec une extrême franchise ; c'est mon genre, et comme il a réussi , je n'ai pas songé aux inconvéniens qu'il peut avoir. Elle est fort spirituelle, Sophie, fort spirituelle ; mais elle se met trop en avant j elle fait un peu trop de bruit dans une chambre.

M. DE LA MORLIÈRE

Ma fille a une innocente vivacité, que je croyais surtout dans le goût des Français.

LE COMTE

Oui sans doute ; mais cependant moi, je ne sais si vous êtes de mon avis, mais j'aime les femmes qui

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