‹ Essais dramatiquesChapitre 120 sur 195 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

parlent peu ; un sourire d'approbation , d'encouragement m'est cent fois plus agréable que cette manière de tenir le de' de la conversation j et je trouve plus convenable...

M. DE LA MORLIÈRE

Quoi, monsieur ?

LE COMTE

Votre fille est charmante , et je l'adore ; je vous l'ai déjà dit ; mais je ne sais , il y a quelque chose dans vos manières de plus français que dans les siennes.

M. EE LA MORLIÈRE

Ah ï c'est tout simple , je me suis toujours plus occupé de la mère-patrie.

LE COMTE

Vous croirez y être , quand je serai votre gendre. A propos , vous savez que mes affaires ne sont pas trop en ordre ; je ne vous l'ai pas caché; j'ai d'immenses terres qui sont depuis bien des siècles dans ma famille; mais j'ai beaucoup de dettes, ahî beaucoup.

M. DE LA MORLIÈRE

Était-ce l'usage en France ?

LE COMTE

Universel.

M. DE LA MORLIÈRE

En ce cas il faut s'y soumettre. Vous ne voulez pas cependant, je pense , ruiner ni vous ni ma fille ?

LE COMTE

Non assurément , non ; c'est un vieux genre ; on ne se ruine plus ; on a senti que l'argent était ne'cessaire à l'élégance même, et l'on tâche d'être le plus riche qu'on peut, parce que la fortune a de la grâce.

M. SE LA MORLIÈRE

Sans doute; mais, à mon grand regret , j'ai bien peu d'argent comptant.

LE COMTE

Tant pis ; c'est le plus agréable. Je voudrais , par exemple , que vous m'en vissiez dépenser ; la façon dont je m'y prends vous plairait.

M. DE LA MORUÈRE.

Oui , si c'était le vôtre , mais le mien

Qu'importe pour un homme comme vous ? c'est la manière qui fait tout.

M. DE LA MORLIÈRE

Vous avez raison, je suis bien Français à cet égard ; vivent les manières ! il n'y a que cela qui plaise. A propos, je vous ai préparé une surprise qui, je crois, vous sera agréable. Vous connaissez ce peintre allemand, Frédéric Hoffmann, qui a du talent, et qui

LE COMTE

Ah I je vous entends; vous voulez que je fasse faire mon portrait pour mademoiselle votre fille : c'est bien aimable , mais j'ai préyenu yos désirs. Le voici.

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