ACTE I, SCENE II
M. DE LA UORLIÈRE.
Mais non, c'est celui de ma fille dont je me suis occupe.
LE COMTE
Ah ! vous avez bien raison ; je le desirais beaucoup aussi, mais je n'osais pas
M. DE LA MORLIÈRE
Cependant il faut plus d'aesurance , à ce qu'il me semble, pour offrir son portrait, que pour recevoir celui de la femme qu'on aime.
LE COMTE, regardant son portrait*
Vous êtes bien bon.
M. DE LA MORLIÈRE
Mais vous ne répondez pas à cp que je dis.
Pardon , j'étais distrait. Il manque à mon portrait de la physionomie ; les peintres ne savent jamais la saisir.
M. DE LA MORLIERE.
Faites-le corriger pas Frédéric, il est habile... Vous vous taisez; en seriez-vous jaloux ?
LE COMTE
Jaloux ! pourquoi ?
M. DE LA MORLIÈRE
Parce qo'on dit qu'il est amoureux de ma fille.
I>E COMTE
Ah , mon Dieu ! je n'y pensais pas. Il n'est pas dans Mon caractère, à moi, d'être jaloux; et puis je me
li)6 LE MANNEQUIN.
fie un peu à mon étoile , elle m*a toujours bien servi.
— D'ailleurs , en conscience, un artiste..,..
M. DE LA MORLIÈRE
Sans doute. Cependant, il faut en convenir , Fréde'ric est bien né , spirituel , et je n'ai guère vu d'Allemand qui parlât si bien le français.
LE COMTE
Hors de France , cela passe pour un mérite , de bien parler le français ; mais nous autres , nous sommes un peu blasés sur cet avantage. Il y a pourtant des manières de s'exprimer qui se font remarquer. Croyez-vous que mademoiselle votre fille en puisse sentir toutes les nuances ?
En doutez-vous ?
LE COMTE
Elle m'écoutaitsi mal hier! c'est un grand talent pour une femme que d'écouter. Vous , par exemple , vous l'avez ; il y a du plaisir à vous parler.
M. DE LA MORLIÈRE
Ah ! c'est que je suis plus près que ma fille du moment ou mon grand-père a quitté la France I La tradition française s'affaiblit à chaque génération.
LE COMTE
Comment, à chaque génération I un mois d'absence suffît pour rouiller. Il me faudra du temps , quand je reviendrai à Paris , pour retrouyer..... pour être, enfin, tout ce qu'on doit être.