SOPHIE , FRÉDÉRIC
SOPHIE
Je guettais le moment où M. d'Erville serait sorti, pour vous voir seul un instant , mon cher Frédëricfrédérig.
Ah I ma Sophie , se pourrait-il que vous fussiez la femme d'un tel homme I Savez-vous qu'il ne vous: aime pas ?
SOPHIE
Pensez- vous que j'aie attendu jusqu'à présent pour m'en apercevoir?
FRéoéRIC.
Croiriez-vous qu'il m'a laissé votre portrait, à condition que je lui fisse deux copies du sien propre ?
SOPHIE
C'est un peu fort , j'en conviens ; mais enfin qu'y puis- je ? mon père a donné sa parole , et rien au monde ne l'y ferait manquer.
FRÉDÉRIC
Pouvez-vous me répondre avec cette indifférence ? avez- vous déjà pris le caractère de l'homme auquel
•i04 l'E MANNEQUIN,
vous devez être unie ? êtes-vous , comme lui , légère » insensible , et decide'e par Pamour-propre , dans la plus importante circonstance de votre vie ? Pardon, Sophie , pardon , ift n*est pas ainsi que je vous ai connue ; mais puis-je vous parler tranquillement de mon malheur et du vôtre î Le comte d'Erville n'est pas fait pour vous. Quand vous seriez indifférente à mon amour , quand vous ne conserveriez aucun regret pour celui qui vous a tant aimé , votre ame noble et profonde ne pourrait jamais être comprise par un homme de ce cararctère.
SOPHIE
Frédériô , j'ai tort de ne vous avoir pas confie' me« projets. Je voulais dissimuler avec vous, jusqu'à ce que je me fusse entretenue de nouveau avec mon père ; mais vos accens si vrais ont pénètre jusqu'au fond de mon cœur, et rien ne peut vous y rester cache.
FRÉDisiC.
AhJ de grâce, quels sont donc ces projets ?
SOPHIE
Je connais mon père ,* si M. d'Erville ne lui rend pas sa parole , jamais il ne la redemandera.
FRÉDÉRIC
Et comment espérer que ce M. d'Erville?....
SOPHIE
J'ai essayé de lui déplaire, et j'y ai déjà, grâce au ciel ! parfaitement réussi ; car il ne s'agit pour cela que de lui ôter une occasioi» quelconque de briller.