‹ Essais dramatiquesChapitre 143 sur 195 · ACTE 11^ SCENE VIII. 2f · texte numérisé non relu

ACTE 11^ SCENE VIII. 2f

M. DE LA MORtlÈRB.

Mon adorable nièce est à vos ordres ; emportezla Je veux dire, emmenez-la quand vous voudrez.

liE COMTE.

Ah I mademoiselle. ( H s^ approche du mannequin. ) Ciel ! qu'est-ce que je vois ? un mannequin I C'est ainsi que l'on s'est joué de moi I Mademoiselle?

SOPHIE

Pardonnez-moi , monsieur , d'avoir voulu savoir si vous ^m'aimiez réellement ; c'est la crainte de ne pas VOBs plaire assez qui m'a suggéré cette ruse.

Et vous , monsieur, à votre âge, deviez-vous consentir à ce qu'un tel piège me fût préparé ?

M. DE LA M0RLIÈP.E.

Je n'ai pas dû croire , monsieur , qu'un homme de votre esprit s'y laissât prendre.

EE COMTE , à Frédéric.

Et vous , monsieur ?

FRÉDÉRIC

Je suis prêt à m'expliquer avec vous.

SOPHIE

Monsieur le Comte, ne rendez pas cruelle une sinaple plaisanterie. Je vous savais mauvais gré de ne pas faire cas de l'esprit des femmes , et de blâmer celles qui se font remarquer dans le monde. N'est-il pas vrai que votre talent de railler s'est exercé cent fois contre les personnes qui me ressemblent?

LE COMTE

Je Tavoue.

SOPHIE

Eh bien I j'ai voulu vous en montrer une qui ne se mettait en avant sur rien , qui ne manquait à aucune convenance; enfin une vraie poupée de carton, tandis qu'il y en a tant de vivantes. Pardonnez-moi cette petite vengeance ; et vous qui avez si souvent accablé de ridicules mon pays et ses Iiabitans, souffrez qu'une femme allemande , sans que cela tire à conséquence pour l'avenir , ait pu vous plaisanter une fois avec quelque avantage. J'aime Frédéric , et je ne vous conviens pas : si cependant vous persistez à vouloir de moi , je ne me considère pas comme libre, et je suis prête à tenir la parole que vous avez rendue à mon père. Ainsi tout dépend de vous : vous êtes, je le sais , vraiment noble et généreux ; je remets mon sort entre vos mains.

LE COMTE

Mademoiselle , puisque vous vous en remettex à moi , je me conforme en tout à vqs vœux; mais permettez-moi d'espérer qu'il est des femmes moins malicieuses que vous , sans èlre pour cela des mannequins.

Fin DU MANKEQIJIS,

SAPHO

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