‹ Essais dramatiquesChapitre 164 sur 195 · ACTE II , SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE VII

prêtresses qui honorera le plus son culte par ses chants, faites-noas entendre ces accords qui ont ravi les contrées de la Grèce où le ciel est le plus pur et le plus serein. Sur les rives sauvages de l'Epire, nous serons capables encore d*admirer votre génie, et d'être e'mus par vos accens.

SAPHO

Ah Diotime î ah Cle'one ! son image est devant mes yeux; comment Tëcarter de ma pensée? Pourroat-il$ voir un autre objet que lui? Ma Jjouche pourra-telle prononcer un autre nom ?

DIOTlME.

Courage , Sapho , courage ; songe que la renommée de ce jour retentira dans les siècles à venir ; et que ta gloire doit survivre à ton amour, comme Ta me survit à sa dépouille mortelle.

SA.PH0 improi^ise en s* accompagnant de la lyre.

« Apollon , que veus-tu de moi ? quel hymne des 3) mortels peut ajouter à ta splendeur ? Tes rayons «c sont ta couronne , et le ciel est le parvis de ton î» temple. La terre n'existe que par toi ; cette vasle 3» mer, qui te dispute ton empire, se glacerait comme » la mort si tu ne la visitais pas de t? chaleur. La « parure des fleurs, la richesse des moissons, la vie » même de Thomme est ton ouvrage, et chaque élin- « celle vient de ton foyer immense.

3> Le génie aussi, le génie, d mon divin maître! « vient de toi ; ces contrées fortunées que tu préfè- « res sont seules décorées par les arts et la poésie.

tàbo SAPHO.

3) Cette Grèce sur laquelle ton char s'arrête avec j> complaisance, c'est la lyre d'Amphion qui a peu- 3> plè ses villes; ce sont les chants d'Orphée qui ont » rassemblé les hommes épars sur la terre.

V Ah .' puissance de la musique , combien vous êtes î) merveilleuse 1 Faut-il marcher à la guerre, vous » remplissez le cœur d'une noble fureur; et les dan- 5» gers et la mort, loin d'effrayer l'ame tremblante , î» satisfont les intrépides désirs qu'un rhythme géné- 3» reux fait naître. Mais au milieu de ces passions vé-

2) hémenfes, quand des airs plus doux se font enten- 3> dre , d'où vient cette langueur qui s'empare des î» sens, ce voile léger et nuageux qui couvre les ob-

V jets à nos regards, celte inquiétude de la vie qui

V s'apaise , et ce sentiment de la beauté' qui nous

3) remplit d'admiration pour la nature?

H De quel enchantement la créature , semblable 3» aux dieux , ne peut-elle pas jouir sur la terre ? 3t Apollon, tu es le dieu du bonheur, et neuf sœurs, 3) sur les marches de ton trône . se sont partagé les 3> merveilles du monde. Oui , j'ai senti le charme de 31 l'harmonie; oui, l'art de peindre a frappé mes re— 31 gards ; la danse légère a comme attiré mon ame sur » ses traces fugitives; mais mon culte le plus fidèle , » ô divine poésie l c'est toi qui l'as obtenu.

i> Apollon, n'es-tu, pas jaloux d'Homère ? et n'as tu 3» pas quelquefois regrette d'avoir versé sur un mor- 31 tel des dons qui l'égalaient aux dieux? Les guer- 3» riers qu'il a chantés ont puisé d.«ns son poënne a plus de gloire que dans la coupe même de la vie ;

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