ACTE ni, SCENE III. C
LA - SOEUR
Ah! quen'astu plus tôt visite cette maison! l'ange de la mort n'en aurait pas franchi le seuil.
ÉLISiÉE.
Le cœur de la Sunamite est subjugue'; il m'est permis de rentrer dans sa demeure.
LA. SOEUR
He'las î tu la vois ; elle n'entend rien , elle n'aperçoit rien autour d'elle, et bientôt elle va mourir avec son enfant.
ELISlÉE.
Le ciel avait repousse' ses cris rebelles ; il regarde maintenant en pitié' ses larmes silencieuses. — O mon Di«u I tu m'ordonnes de contempler la mort face à face. Sœur de la veuve, lève ce voile. Ciel! ( il se couvre le visage. ) Pardonne, ô Tout-Puissant , si la nature fre'mit en moi : ton serviteur devrait voir sans trembler la victoire du sépulcre : m'est-il permis de la lui ravir ? Cet enfant qui n'a point encore connu les délices de la vie , faut-il qu'il les ignore ? Cet enfant qui t'a chéri, Dieu d'Israël , dès ses plus jeunes années, la mort sera-t-elle son partage? La mort, tu l'as nommée toi-même le roi des épouvantemens ; souffre donc qu'un âge plu» fort lutte seul avec elle. Que l'homme présomptueux soit trompé dans ses espérances , que les orgueilleux succombent , que l'esprit jaloux soit humilié. Mais n'as-lu pas dit , ô Éternel 1 que les enfans et les faibles étaient ton troupeau chéri ? — Jette les yeux sur celle dont le cœur est
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brise , et qui tremble à ta parole : sans doute elle fut. coupable; mais, dans ta balance suprême, pèse sa faute avec son malheur, et peut-être tj^ la trouveras légère. Redonne, ô Tout-Puissant J redonne encore une fois cet enfant à sa mère. Dis à la mort de retourner sur ses pas : un jour tu lui rendras sa proie ; mais du moins alors la mère ne vivra plus. Accorde encore à Semida quelques-unes de ces années que l'homme implore avec tant d'ardeur , et dont l'éternité se joue. O mon Dieu l le terme de ma vie approche ; mes lèvres déjà glacées s'ouvrent avec peine ; et cependant, si tu le veux, ma faible main va rendre la chaleur à cet enfant ( il étend les mains sur la tête de Semida, ); mes regards obscurcis rappelleront la lumière dans ses yeux, et le soleil, que la nuit couvre encore , à ma débile voix versera sur Semida les plus purs de ses rayons.
( Clarté soudaine. )
tk SOEUR.
O ciel I quelle clarté! Ma sœur, regarde ce jour inattendu.
lA SCNAMITE, toUjours pfostemée au pied du lit de sajille.
Que parles-tu de jour? ne fait-il pas nuit dans la tombe ?
Concert des anges , accompagnez le retour d'un enfant à la vie.
( Une harmonie aérienne sefait entendre i Semida se
relève sur son lit )