‹ Essais dramatiquesChapitre 95 sur 195 · SCÈNE I. i · texte numérisé non relu

SCÈNE I. i

M™* DE KRIEGSCHENMAHI..

Ne VOUS fâchez pas , monsieur de Kriegschenmahl; j'ai une grâce à vous demander. Il y a vingt-cinq ans que nous faisons une partie de wliist tous les soirs ; j'aurais envie d'essayer une fois ce jeu français qu'on dit si gai, le reversi : y consentez - vous , mon cher mari? je ne me le permettrais pas sans votre approbation.

M. DH KRIEGSCHENMAHL.

Je vous la donne.

M"'* DE KUIEGSCHENMAHL.

Ah que vous êtes bon! nous pouvons l'essayer avec nos deux fils.

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

Oui , ce sera une partie de famille ; cela fait toujours plaisir. Mais ne vous appercevez-vous pas que depuis quelque temps votre fils chéri , celui que vous avez nomme Licidas , il y a vingt-quatre ans , à l'occasion de ce roman anglais que vous n'avez pas encore eu le temps de finir; eh bien! Licidas de Kriegschenmahl est très-rarement à la maison. D*où vient cela?

M™" DE KRIEGSCTIENMAHL.

Licidas est trop bien élevé pour que je me permette de soupçonner sa conduite. Je suis sûre qu^il s'occupe du nouveau Cours d'agriculture qui vient de paraître. Il aime la campagne , la solitude ; il est modeste et timide ; ce n'est pas comme votre caporal de Rodolphe. En vérité, moi qui suis sa mère, il me fait peur quand i! me parle.

l54 l'A. SIGNORA FANTASTICI.

M . DE KBIEGSCBENMA.HL.

C'est un homme de sens que mon fils cadet. II n'a pas le teint de lis et de rose de votre Licidas. Il n*est pas fait pour la vie domestique , comme vous et votre fils ; mais il est raisonnable ; et je parierais bien que votre Licidas ferait plutôt une sottise que Rodolphe.

M™* DE KRIEGSCHENMAHL.

Une sottise! que voulez-vous dire? mon fils, qui n'est jamais sorti de chez moi et qui est résolu à ne pas nous quitter; tandis que Rodolphe passe sa vie, oserai-je le dire? où? dans les corps-de-garde. Oui, j'en rougis quand j'y pense.

M. DE E.RIEGSCHE1I91A.HL.

Et où voulez-vous donc que l'on soit?

M™« DE KRIEGSCHENMAHL.

Auprès de sa mère, monsieur; auprès de sa mère.

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

Y pensez-vous ? Mais voici Licidas. Qu'a-t-il donc aujourd'hui ?

M"* DE KRIEGSCHENMAHL.

Ses cheveux sont tout défaits. Il chancelle en marchant. Mon Dieul lui serait-il arrivé quelque malheur?

M. DE KRIEGSCHENMAHL.

Ce fils si modeste et si timide se serait-il eniyre quelque part?

SCEKE II. lOa

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