PROFIL DE CHRIST
Au sculpteur Pierre Peitu
. . . O maître, — mes yeux ne peuvent se détacher de ta dernière et plus sublime création : elle me séduit, me ravit, m'absorbe dans son rayonnement supérieur, me pénètre de surnaturelle jouissance, m'invite à l'extase.
La ligne en est si pure, le modelé si rare.
Et, quelle pensée, sereine et transcendante, habite, imprègne cette physionomie, s'en dégage, en découle, l'enveloppe, en hausse la beauté plastique, la revêt d'infini ! Comme l'éternité de l'être s'y révèle en clair, s'y montre en transparence !
Ton atelier abonde en formes nobles.
— Telle figure est simplement belle, toute en dehors, presque sans âme, satisfaite de vivre, un peu dédaigneuse, à force de triomphes faciles, trop sûre, peut-être, de son empire sur les hommes.
— Ce visage émacié, ces^traits tendus, ce regard fixé sur l'an delà, cette contraction de tous les muscles du cou, cette concentration vers des choses invisibles, — oh ! tout cela exprime bien le délire mystique, l'obsession de toutes les facultés par un rêve religieux, où la vérité se mêle faible-
ment à la chimère, non pas le tranquille équilibre des extases chrétiennes, mais la névrose de l'illuminisme.
— Voici une synthèse ethnique ; dans ce bronze, qu'on dirait qui va quitter le socle où il pose à peine, tant l'espace, l'inconnu, l'attire, le sollicite, n'est-ce pas la civilisation américaine qui est merveilleusement personnifiée, — civilisation inquiète, fiévreuse, tourmentée, si pressée d'agir, d'aller toujours plus vite, emportée en un élan vertigineux ?
Et je ne sais quoi, sur le galbe de cette statue, — qu'une telle énergie anime, ébranle toute, qui vibre magnifiquement, — achève de rendre la caractéristique de ce monde, dont l'essor général est surtout matériel, et qui est moins tenté par les spirituelles spéculations que par les conquêtes de l'industrie. Si ses traits se fussent davantage afiSnés, ils n'eussent qu'imparfaitement reflété l'ordre, plutôt inférieur et positif, des aspirations qui régnent en ce milieu. En leur laissant, au contraire, de l'âpreté, de la dureté, l'artiste a fait œuvre harmonieuse, en laquelle l'attitude et la physionomie se fondent, pour signifier une mentalité, si étrangère à tout atticisme encore.
— O la douce image élyséenne !
Poème diaphane, tu symbolises les pensées subtiles, les délicates nuances de sentiments. Tes lèvres ne s'ouvrent que pour moduler les sons exquis. En ta grâce, souple et délicieuse, s'épanouit l'âge d'or. Tu es la fleur charmante des civilisations très vieilles, le produit d'une lente et longue sélection, opérée par les siècles. Ton essence aérienne, ta