‹ Essais et conférences [microforme]Chapitre 5 sur 34 · ZZ · texte numérisé non relu

ZZ

1. Parole que j'ai vue citée dans un journal de Nex-Vork. en 1903.

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nCessantes, ons, les sensations impalpables et

de ce « Peuple houleux » ÿ il entre si avant dans sa grande âme confuse, Si, en d’autre Pays, le livre est un excellent moyen d'information sur la mentalité Sénérale, et si la vie commune s’y peint assez bien, aux Etats-Unis, le journal Presque seul nous renseigne, il est quasi l'unique miroir qui

pression Changeante, les moindres altérations, les Caractères transitoires, les traits définitifs,

Etudier le journalisme américain, c'est donc, au fond et en réalité, faire un essai Psychologique de ce peuple, Voilà

leurs plus grands quotidiens, nous ont, je le dis sans prétention,

sant, et de les dégager, de les mettre en relief, dans une brève conclusion,

Le journalisme américain est d’abord une affaire, et une affaire colossale, Aux Etats-Unis, le mot usines est le plus usité de tout le vocabulaire, celui qu’on entend le plus souvent retentir. Il revient à Propos de tout, Il n’y a aucune exagération à affirmer qu'ici l'on envisage toute chose au point de vue affaire. Je me rappelle qu'un jour, un monsieur très bien, à qui je montrais le manuscrit de mon premier ouvrage: Propos d'Art, — me dit avec un grand sérieux: « So you are engaged in the literary business.» Il y a donc aussi le newspaper business, dont on a fait presque une industrie, pour le développement, le succès de laquelle l’on n'hésite Pas à engager des millions. Un directeur-propriétaire de grand journal sourirait de pitié, ne comprendrait pas, si vous lui parliez de la mission éducatrice du journaliste, de l’éminence de son rôle social. L'éducation du peuple, l'influence idéale sur les foules, est-ce qu’il se préoccupe de cela, lui? Est-ce que cela peut entrer dans ses calculs? Faire fortune par le moyen de cette affaire, piquer le plus possible la curiosité publique, de façon à l'exploiter de son mieux, voilà son but principal. Le reste, —se donner du nOM, où travailler à l'amélioration de la condition humaine, n’est que bien secondaire, I] importe avant tout de s’enrichir en flattant les goûts et les passions populaires, en se pliant à tous les caprices de l'opinion.

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Et cette affaire qu'est, avant tout, le journalisme améri. Cain, est, comme toutes les uutres branches de commerce

née, C'est à qui surpassera, éclipsera son vuisin, La Concurrence s'exerce d'abord dans les édifices, Les grands journaux sont, Pour la plupart, comme nécessairement logés dans des skyscrapers, ]ls n'ont sans doute pas in. venté la mode de ces horribles cheminées habitables. Mais

tribué à la vulgariser, au grand détriment de l'esthétique. Le quo non ascendam f semble leur formule de choix, Comme elle est aussi celle de toutes les grandes entreprises financières, Ils montent, ils montent, et l’on se demande où s'arrêtera leur ascension, C'est Presque une fatalité, une loi de leur vie. L'essor est désormais imprimé, Impossible de le contenir, L'on s’exposerait À une déchéance en n’es- Sayaut pas de se tenir à Ja hauteur voulue, L'une des conditions les plus sûres de réussite est surtout de dépasser les autres, du moins faut-il absolument les épler. Ainsi, le New-York Tribune, dont l'édifice comptait huit étages, a dû, tout récemmenc, en porter le nombre à quinze, afin de n'être pas trop écrasé par la supériorité de ses confrères,

Et maintenant, comme ces journaux mêmes sont choses énormes, et qui le deviennent de plus en plus. Où la con- Currence entre eux se déploie avec fureur, une véritat le frénésie, une énergie qui ne veut pas de repos, ne connaît pas de limites à ses insatiables ambitions, c’est surtout dans la grandeur de leur format, la rapidité avec laquelle leurs éditions se succèdent, — quand l'opinion, par exemple, est surexcitée par quelque importante question, — Je nombre

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de leurs feuilles, :a quantité de la matière imprimée, le chiffre de leur tirage, Un européen, tout frais arrivé de l'un quelconque de ces vieux pays où tout se fait plus en petit, et aussi plus en finesse, serait renversé de voir les Proportious gigantesques, démesurées, qu'atteint ici le jour. nalisme, Ainsi, l'édition quotidienne, grandissime format, compte jusqu'à quarante et cinquante pages, parfois davan. tage. Et tel journal, au moment de la guerre hispanoaméricaine, par exemple, lors de la maladie de Léon XIII ou de la conférence de Portsmouth, émettait jusqu'à huit ou neuf éditions par jour, éditions où les articles de fond restaient les mêmes, mais où étaient insérées les uépêches que, d'heure en heure, le télégraphe apportait sur ces questions mondiales. Quant aux éditions dites du diman. che, ce sont de véritables colis, chaque numéro pèse près d’un kilo. Cela en fait un cutassement de feuilles! La matière à lire n’y est certes Pas toute de première main, on le devine. Pour remplir ces immenses cadres, les employé« procèdent à coups de ciseaux À travers les volumes, les encyclopédies, les revues étrangères, mêlant à tout cela des Sravures où tout est magnifé, portraits, Paysages ou ta. bleaux.

Songeons un instant à l'outillage qu'il faut pour suffire À uvre pareille tâche qui s'augmeute d'année en année, et qui se fait toujours plus écrasante. Car, je répète que c'est surtout sur ce point que la concurrence s'exerce. L'un veut l'emporter sur l’autre. C'est à qui fera plus grand et plus lourd. L'on est arrivé déjà à des résultats étonnants, Et qui sait où l'on s'arrêtera dans cette voie, où l’âpre énergie, l'esprit d'initiative propre au caractère améri.

Cain, aiment à se donner libre Carrière ? Ce que ces réalisa.

tions représentent, en matériel et en hommes, donne Presque le vertige.

J'ai eu l’occasion de visiter, à différentes reprises, les plus grands ateliers de journaux de la Métropole, ceux du Worid, du We. York American, du Sun, du Times, de la Tribune. Et chaque fois, j'en ai remporté stupeur. Le mot atelier, pris dans son sens le plus matériel, convient admirablement ici, Quelles boutiques ce sont

vraiment! Et qu’il y règne donc une activité prodigieuse, mais d’un ordre tout pratique! Derrière

comme une impression de

s Messieurs qui répondent froidement aux clients, prennent des notes, compulsent des

registres, voient aux détails de l'expédition avec tout « l’intellectualisme» de commis de banques ou de garçons

épiciers. A l'étage des Presses, on voit toute une armée d’individus noirs comme des ch

qui vont et viennent, suant,

chines, les plus perfectionnées, les plus m puissantes et compliquées, capables mer, de plier, de trancher, plus d’un million de copies par jour. Quelle vision dantesque ! Et quelle commotion tout cela produit-il ! Quel bruit d'enfer! C’est à se croire dans un antre de titans! Je ne dis rien du reste, des centaines de reporters affairés, des étourdissants appels téléphoniques, du tic-tac des télégraphes, de ces formidables et nauséa. bonds laboratoires où se préparent les 8Tavures. En vérité, nous Sommes en face de l’une des manifestations les plus sensibles du caractère grandiose, ou mieux gigantesque,

odernes, les plus » Par exemple, d’impri-

Presque monstrueux, que revêt toujours,chez les Américains, l'esprit d'entreprise.

Nous n'avons, jusqu'ici, envisagé le journalisme américain que par l'extérieur, nous l'avons vu du dehors. I] est temps de pénétrer dans sa constitution intime, d’analy. ser sa façon d’être, laquelle, et ce n’est pas à {sa louange, présente beaucoup plus de différences que d’analogies avec celle du journalisme + Je ne dis Pas qu’elle

res qualités Jui viennent

Croÿyons-nous, des rares Points par où elle s’en rapproche.

Telle qu’elle est, je la trouve chargée d’âmes, merveilleu. sement expressive de la civi elle a germé. Voyons donc:

Et d’abord le journal américain nous frappe par son

manque presque absolu de méthode. C'est un véritable Chaos. Le vers de Boileau :

‘++: #8 beau désordre est un effet de l’art»

ne s'applique en aucune manière à cet inextricable fouillis de nouvelles, d’articles, d’annonces, de tout ce que l’on voudra. Il n’y a pas trace d’art dans ce méli-mélo. Dans une étude sur les « collèges américains » j'ai eu l'occasion d’insister

I. Voir cette étude dans notre ouvrage : Pastels, pp. 97 et seq. (New. York, Dan. V. Wien, 1905.)

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sur la confusion qui règne dans leurs Programmes de cours et le choix de leurs auteurs. Le journalisme se distingue Par une confusion plus grande encore, une absence quasi totale d’unité et de Composition. Le mot « haphazardness » traduit bien cela. Tout y est évidemment mis au petit bonheur, comme Sa vient, dispersé au hasard des feuilles. Si l’on excepte linévitable « éditorial-page », qu'il faut chercher, d'ordinaire, au milieu du journal, et dans la rédaction de laquelle apparaît un louable souci d= “4thode, le reste n’est que gâchis. Les choses les plus « .zates s'enchaînent, Tel genre de nouvelles, qu’aujourd’hui l’on peut lire à tel endroit, demain Sera renvoyé à l’autre bout du journal, et il faudra Parcourir, l’ innombrables files de colonnes pour de réserver certaines pages uniqu

une après l’autre, ces les retracer, Au lieu

ement aux annonces, on les insère parmi les articles ou faits divers.

instant, vous tombez sur une réclame plus ou m peuse, Un article politique ou littéraire voisinera avec un compte-rendu de cour de police ou le détail d'une rixe, L'on voit les plus 8&rotesques mésalliances. Comme me le disait, un jour, quelqu'un qui connaissait bien la chose, puisqu'il la pratiquait lui-même: « Dans nos grands journaux, On ne sait pas ce que c’est que la Sous-rédaction. » L'esprit ordonnateur a déjà commencé de souffler sur ce chaos pour en tirer des formes nettes et précises. Et il nous fait plaisir de constater quelques essais isolés de journalisme rationnel et méthodique. Pour ne pas désobliger les autres, nous ne citerons aucun nom. L'influence européenne n’a pas été étrangère à ce Mouvement d'organisation dans lequel quelques-uns sont entrés, et qui a Produit déjà

À chaque oins pom-

LE JOURNALISME AMÉRICAIN [ar

des résultats appréciables. Mais il se Passera, je pense, bien des années, peut-être un demi-siècle où un siècle, avant que ces exemples particuliers deviennent le fait ordi. naire, la pratique Commune de tous. Cela sera la consé. quence nécessaire de ce travail d'élaboration qui s’opère ici dans la profondeur des souches sociales. Quand cette portion d'humanité, en mal de sa formule définitive, se sera plus solidement assise, est-ce que le journal ne sera pas le premier à refléte, sa sérénité plus grande, l'équilibre de ses facultés, le meilleur fonctionnement de son organisme vital? S'il n’est pas, lui-même, disposé selon des lois plus rigoureuses, n'est-ce Pas un effet de l’état de société dont il est l'expression ?

Et maintenant, pénétrons dans ce chaos, et voyons ce qu’il recèle, quelles choses s’agitent au sein de cette immense confusion.

L'on est d’abord frappé de l'abondance de nouvelles, I] y en a de toutes sortes et de Partout, Le journal en déborde, Aux Etats-Unis, les “Teporters» forment une Caste nombreuse et importante, On les rencontre en tous lieux, Ils ont partout leurs entrées. Vous les voyez dans les hôtels, au départ et à l’arrivée des paquebots ou des trains, dans les grands Magasins, les musées, sur la rue. Chaque journal en a une légion à sa disposition. Ces limiers d’un nouveau genre, font, d’un bout du jour à l’autre, et même la nuit, la chasse aux nouvelles, C'est à qui en rapportera le plus, car, ils reçoivent tant la ligne pour Chaque fait inédit. Ils ont donc intérêt à en emplir leur Carnet. Aussi vont. ils «interviewer » tous les visiteurs de Marque, ou abordent. ils des étrangers quelconques, pénètrent-ils dans les familles

signalées, pour telle ou telle raison, à l'attention publique, et tâchent-ils de confesser les grands criminels, — meurtriers, défalcataires ou autres. Et quelle riche moisson ils récol-

théâtre et les victimes. Et, quelques heures après, l’on Pourra lire force indicàtions sur le lieu et l'heure du désastre, ses causes, ses conséquences, les Personnes qui eurent à en souffrir de près ou de loin. Arrive-t-il un scandale ? Les journaux s’en <mparent, et ce sont des gloses interminables sur les antécédents des Personnages qui y sont mêlés, leurs relations, leurs voyages, l’état de leurs affaires. Cela apparaît en première page, est mis en vedette, annoncé en lettres immenses, dramatisé avec un art brutal, souvent avec gravures à l'appui. Ces chroniques fastidieuses, mal. Propres, vides d'idées, nulles comme style, rédigées par des manœuvres, sont données en pâture aux foules, qui les dévorent, s’en délectent, La popularité du journal y gagne,

son tirage s’en accroît beaucoup. Les malheureuses histoires de divorces, par exemple, c’est tous les jours qu’elles

servent à alimenter la malsaine curiosité publique. L'on s'étonne de ce que tous les « reporters » réussissent à apprendre sur ces cas, si nombreux qu’ils constituent ici

l’un des plus inquiétants problèmes d’aveuir; l'on est davantage surpris qu’il leur soit permis, à ce point, de tout dire, de tout révéler, de jeter à tous les vents les secrets les plus intimes de la vie privée.

Mais ce n’est pas seulement sur les choses du pays que

les journaux se chargent de nous renseigner, ils sont tout aussi prodigues de nouvelles mondiales. Chaque grand quotidien possède ses câbles télégraphiques qui le tiennent en relations directes avec les diverses parties du monde. Nous savons, le jour même, et dans le détail, ce qui se Fa + "*en Europe, en Australie, en Turquie, en Egypte, en Extrême-Orient; nous sommes mis au courant des événements sensationnels ou des complications politiques qui émeuvent les plus lointains continents, et immédiatement, par des nouvelles de première main, tout comme si cela avait eu lieu à nos portes. On ne s'épargne aucun sacrifice, on ne recule devant aucune hardiesse afin de pouvoir offrir des primeurs à ses abonnés. Ainsi, je ne sais plus quel journal de New-York, au temps de la guerre hispanoaméricaine, a loué un grand yacht, qu’il a envoyé mouiller dans les eaux cubaines, avec tout un personnel de correspondants, de reporters, de photographes, chargés de lui faire la description des lieux, de lui communiquer toutes les péripéties de la lutte, de lui envoyer des portraits des géné- Taux les plus en vue. Dans un autre genre, M. Paul e Bourget pourrait nous dire combien de milliers de francs + il a reçu de M. Gordon Benvett, directeur du Mes. York Æerala, pour la primeur de son Ouvrage: Outre-Mer. FF En vérité, on fait des tours de force, on réalise des miracles 4 d’ingéniosité, on dépense des sommes fabuleuses, pour per- à

er, Ou pour donner, le texte de tels retentissants discours. La loi de la concur-

qu'ils manient. Ces articles ne sont jamais signés. Le journalisme américain est impersonnel, Il n'y à que de très rares exceptions. Ainsi, M. A. Maurice Low, le très distingué Correspondant Washingtonien du Zoston Globe, signe toujours ses dépêches, Mais je serais bien embarrassé de citer d’autres cas. L'on connaît ce mot de Consalvi, dans une Page fameuse, et que l’on peut appeler prophé. tique, sur les développements rapides et extraordinaires du étés modernes : « L’anonymat sera

à la lettre des journaux américains. Ce sont des forces anonymes, mues par un directeur ou un syndicat, qui se rend seul responsable de tout ce qui s’y imprime. Il fant bien avouer que la liberté d’opinion, sur les hommes ou sur les choses, est beaucoup plus grande ici qu’en Europe, et que ces messieurs du journal Peuvent s'exprimer, presque tout à leur aise, soit sur le compte du Pouvoir, soit sur celui des particuliers. Les cas de libelle son peu fréquents, Il s’en présente, sans doute, mais combien rarement. Chose étrange! Bien que le journal, ici, soit le pain quotidien de tous, et la seule lecture du plus grand nombre, les articles de fond qu’il renferme, quand encore on les lit, ont, en somme, peu d'influence. On est assez sceptique, ou mieux, indifférent à leur endroit. .Le public sait que le journal peut tout dire, et on lui en passe de toutes les couleurs, sans attacher autrement d'importance à ses jugements. D'ailleurs, ses colonnes sont ouvertes à tous, et c'est une des particularités du journalisme américain de favoriser l'expression de toute opinion personnelle. On fait bon accueil à toute Correspondance ou article qui porte Un nom responsable, et n'importe qui est admis à l’honneur d’énoncer une idée qui lui est chère ou de critiquer tel acte administratif. Le Premier venu a ses entrées au journal. C’est une tribune libre accessible à tous. Il faut accorder, en effet, aux journaux américains, une bonne mesure de ce que l’on appelle « lesprit public». Ils s’identifient avec la foule, ils ont souci des intérêts populaires et les défendent avec honnêteté, soit contre les Pouvoirs régnants, soit contre les capitalistes, ou de toute autre façon. J'ai précisément sous les yeux une plaquette publiée par le New-York

Campagne !, se Montait, en avril 1903 à 307,272, et à 518,607 pour la ville, 843 acres de forêts sont

fournir la pulpe n

ars.

Mais ce que je désire en si scandales, publics o dénichés et flétris, 1

assermentées, à nous pouvons l'en croire.

€», la portée de leur

Parfois, tout ce qu'il y a

épars dans les foules, — Je

Primitif esprit républicain, imprégné de Christianisme, à de principes rigoureux, cet esprit d’après lequel la Constitution américaine a été modelée dans ses lignes essen.

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