I*A VIERGE ET LA NUÉE
laissé tout pouvoir de la modeler selon son bon plaisir, et quoiqu il dût lui en coûter d’ailleurs à elle-même de larmes et même de sang.
La nuée protège contre les rayons du soleil. Et c’est elle qui verse sur la terre la pluie féconde et rafraîchissante.
Admirable image du rôle de la Vierge à l’égard du monde et des âmes. Ees saints Pères et tous les auteurs mystiques comparent la tentation à une fièvre qui brûle et qui dévoré. Eh ! bien, les pauvres âmes qui sont en proie a ce feu n’ont qu’à se tourner vers Marie pour qu’aussitôt elles se sentent rafraîchies. Une invocation sincère à la Vierge, suffit à apaiser la morsure brûlante du désir. Oh ! combien se sont épargné de larmes et de regrets, pour avoir, a ces moments critiques où l’illusion est si forte qu’elle fait perdre de vue la vraie notion du devoir, recouru a Marie. Son ombre salutaire, s’interposant entre eux et l’objet qui les sollicitait, leur a permis de se reprendre à temps et de garder cet équilibre, essentiel dans la vie chrétienne. Et quant à ceux qu’une passion malheureuse a tenus, plus ou moins longtemps, dans une étreinte ardente, s’ils ont pu se ressaisir enfin, et respirer un air plus calme et plus tempéré, n’est-ce pas grâce à la Vierge ? N’est-ce pas sa protection maternelle qui les a ramenés, peut-être de très loin, dans les frais sentiers de la vertu ?
Et aussi, la Vierge verse sur le monde la rosée et la pluie divines de la grâce. Quand le prophète s’écriait ; « Cieux, répandez votre rosée, et que les nuées pleuvent le Juste ! »
c’était la Vierge Marie qu’il entrevoyait à l’avance, qu’il interpellait dans l’avenir, dont il annonçait la mission sublime. Marie est vraiment la nuée, qui, sur un signe de l’Eternel, s’est ouverte et a versé sur la terre le Juste, le Messie attendu par les siècles. Et maintenant, au long des âges, et jusqu’à la fin des temps, elle plane et planera dans l’azur infini, recéleuse de vie, pourvoyeuse de grâce, n’attendant qu’une prière de notre part, qu’une aspiration, qu’un désir, pour épandre sur nos âmes les flots divins.
Sous l’Ancien-Testament, c’était le plus souvent du sein de la nuée que Dieu parlait à son peuple, lui dictait ses lois, exerçait sur lui son action providentielle. Ea majesté de Jéhovah s’enfermait dans le cadre flou d’un nuage, pour rayonner de là, à travers tout Israël, son influence et sa vertu. Symbole parfait des procédés d’opération qu’il allait inaugurer avec la loi nouvelle. Car, désormais, ce n’est plus dans une nuée matérielle qu’il s’enveloppe, mais dans le cœur et l’âme de Marie. C’est par l’intermédiaire et le ministère de la Vierge qu’il veut nous faire parvenir les fruits de la Rédemption. Marie, remplie de la faveur divine, divinisée elle-même par tout ce que l’Eternel a accompli en son âme de grandes choses, a charge de nous dispenser les trésors infinis.
O Marie, — nuée candide qui argentez l’azur des cieux, — faites qu’à votre exemple nos âmes se laissent pénétrer a fond par le grand soleil de Dieu. Donnez-nous d’imiter l’élégance et l’harmonie de votre vol, si loin des souillures