SAP
La liturgie est extrêmement flatteuse à l’égard de la Vierge Marie. Il n’est, en effet, rien de beau, dans la nature et dans l’art, à quoi elle ne la compare, et qu’elle ne trouve inférieur encore à sa merveille toute divine. Etoile, parfum, diamant, rose, lys, perle, émeraude, — voilà quelquesunes des appellations qu’elle lui jette dans son admiration tendre, et comme dans un effort pour la peindre, pour nous la décrire, pour nous faire soupçonner un peu de son idéal.
Il semble que, parfois, son enthousiasme ne connaisse plus de bornes, comme lorsqu’elle salue Marie avec les termes même qui définissent la Sagesse Eternelle : « Vous êtes plus éclatante que le soleil. Si l’on vous compare avec la lumière, vous l’emportez. Liiez comparata invenitur prior. »
Et j’ai précisément dessein de signaler les analogies qui peuvent exister entre Marie et la lumière.
O Vierge claire, subtile et diaphane créature, laissez nos pauvres yeux mortels se poser quelques instants sur votre essence radieuse et cristalline !
Les demeures de la lumière sont hautes et lointaines. Elle habite des régions inaccessibles. C’est par delà les sphères, à des distances incommensurables, et comme au sommet de tout, qu’il faut la chercher. Les sources de la lumière se perdent en de telles profondeurs éthérées, qu’il y a des astres dont les rayons mettent des années, des siècles même, à nous parvenir. Et Sully-Prudhomme, dans une de ses plus jolies pièces, interpelle une étoile, dont la clarté, déjà en marche à travers les espaces, ne luira cependant que pour les derniers-nés de la race humaine :
Quand luira cette étoile, un jour,
La plus belle et la plus lointaine,
Dites-lui qu’elle eut mon amour,
Derniers-nés de la race humaine.
— Comme la lumière est transcendante à tout l’ordre matériel, Marie surpasse, en grandeur, en dignité, toutes les créatures. Quelle vocation extraordinaire que la sienne ! Cette fille des hommes a été associée à la vie et à l’action de l’auguste Trinité. L’Esprit Saint se l’est choisie pour épouse ; et c’est de sa substance immaculée que le Verbe a pris sa chair adorable. Or, cette prédestination explique et justifie tout : elle explique le mystère des prophéties antiques, mêlant son nom à celui du Messie à venir, unissant dans un même rêve la Vierge, fille de Juda, et Celui qu’elle doit enfanter ; elle explique les symboles transparents par lesquels l’Eternel Dieu a voulu la figurer à l’avance et consoler ainsi l’attente des siècles.