‹ Essais et conférences [par] Henri d'Arles. Henri d'Arles [pseud.]Chapitre 2 sur 40 · EN L’ISLE · texte numérisé non relu

EN L’ISLE

Au Dr McGee, D. D.

Nantucket Island (Mass.), Etats-Unis.

Juin-juillet 1907

... Je m’éveille. Les rayons s’infiltrent à travers les persiennes sombres. Ma chambre est tout imprégnée d’ardeur fraîche. L’air a quelque chose de moelleux. Des lilas m’envoient leurs émanations. Il s’élève, de toute la campagne, restaurée par les influences occultes de la nuit, un parfum d’herbes tendres, de fleurs de trèfle, qui est tout ce qu’on peut désirer de plus délicieux. C’est très sain, tout neuf, comme virginal. Je m’enivre de cette incomparable senteur, complexe et reposante.

Aucun bruit, si ce n’est des bourdonnements d’insectes, et la fermentation sourde des êtres, sous le soleil si bon, père de l’universelle vie.

Où suis-je donc ? En quelle terre de rêve ?

Une île, ah ! j’habite enfin une île. Tout jeune, ç’avait été là mon aspiration la plus vive de pouvoir passer ma vie dans une île. Et depuis, combien souvent me suis-je pris à envier le sort de ceux que le hasard y avait fait naître. Quand, dans mes voyages, en mer ou au long des fleuves,

il m’arrivait d’en apercevoir une, se posant en grâce rocheuse lisérée d’or, ou s’étalant en riche corbeille de verdure, je la contemplais avec ravissement, j’éprouvais un désir fou d’y descendre, de m’y établir à jamais. Une île, cela est si plein de mystère, si distingué. Or, me voici enfin au pays de mes vœux. Tard dans la nuit, le bateau m’a déposé ici, en plein océan, loin, bien loin du continent. Est-ce vrai? Je puis à peine croire à cette réalité tant attendue. C’est une sensation étrange, et si savoureuse, de se voir séparé du reste du monde. Notre vie en prend comme un caractère à part, n’est plus, il semble, si commune, si banale. . .

Je sors. E’air est très chaud, quelque peu humide. Une langueur a envahi les choses. Dans l’espace flotte une gaze subtile, qui laisse transparaître le bleu du ciel. Des grands ormes ploient sous l’ardeur que le soleil leur verse. Leur feuillage, qui bouge à peine, retombe en une lassitude heureuse. Des gens du pays devisent à leur ombre. La physionomie de ces insulaires est grave et douce. Us n’ont évidemment jamais connu la fiévreuse activité des villes. Us ne soupçonnent même pas ce que peut être le surmenage. L’intimité avec la grande nature les a saturés d’impressions sereines. Oh ! que je les envie.

. . . Non loin de ma demeure, sur une éminence, se dresse un moulin à vent. C’est une relique déjà vieille de deux siècles. Bel âge dans un pays jeune. U y en avait partout, sur l’île, autrefois, de ces pittoresques moulins. Us ont tous disparu, sauf celui-ci, que les habitants ont presque en vénération. La «Société Historique» de l’endroit s’en est emparée. Elle l’entretient avec un soin

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jaloux, elle le conserve, j’allais dire un peu trop bien. Cette chose antique n’a pas tout le charme primitif qu’on serait en droit d’en attendre. On veut la tenir en si parfait état ! On la répare, on la frotte d’huile, on lui met de la peinture. L’intérieur est devenu une sorte de musée. Un fonctionnaire en livrée en a la garde, en fait les honneurs avec conscience . . .

« O vieux moulin, toi qui as vu tant de choses, je t’aimerais mieux autrement, un peu délabré, dans un aspect de ruine. La poésie qui vient de ta forme archaïque et des longs âges que tu as vécus, s’évanouit presque sous ce rajeunissement insensé qne les hommes te font subir. Ton âme, qui a si longtemps vibré aux souffles du large, tes grandes ailes qui ont tourbillonné follement dans l’espace, ton mécanisme naïf, et si près des forces naturelles, — comme tout cela serait autrement suggestif de rêve, et capable de nous arracher à l’étreinte du présent, si l’on n’avait pas eu l’idée malencontreuse, et sottement pratique, de te faire entrer, malgré toi, dans le cadre administratif, et de t’exploiter, à titre d’article curieux. »

... Le soir venu, je gravis à nouveau la colline où s’élève cet unique témoin de la vie primitive, ici. La lune paraît, sa lumière est cependant tamisée par un brouillard très fin. Les lointains de l’île sont à demi noyés dans une vapeur grise. Je suis seul. Il règne un silence profond, entrecoupé par des aboiements de chiens. La chanson monotone des grenouilles, le cri sourd des crapauds montent des marécages. Sous les clartés lunaires, dans le mystère de la nuit, le vieux moulin se transfigure. Il se dépouille de ce modernisme dont on se plaît à le revêtir, et revient

à son naturel, prend l’aspect qui sied à ses états de service. Dans l’ombre, sa forme démodée se fait plus étrange. Ses ailes ont quelque chose de fantastique. Et il me semble entendre murmurer autour de lui l’écho des âges morts. . .

Çà et là, dans l’étendue, percent des lueurs. Les phares, sur les côtes, projettent leurs rayons intermittents. Tout près de moi une hutte s’éclaire. Un bon vieillard l’habite, tout seul, très libre. Pour toute richesse, il a cette cabane de planches, et l’arpent de terre qui l’entoure. Je l’ai vu aujourd’hui. Comme il m’a paru heureux et calme ! J’en suis sûr, il n’échangerait pas sa quiétude, sa vie exempte de secousses, contre le sort de nos milliardaires ... Je devine la ligne de l’océan, là-bas, tout autour de l’île. Les brises marines parfument l’atmosphère.

20 juin

Un ami me prend à bord de son voilier. Je dis « ami ». Ce jeune homme ne m’est pourtant connu que depuis hier. Nous nous sommes rencontrés sur le bateau qui nous amenait ici. Il me parla le premier, en anglais. Quand il vit que j’étais français, un sourire illumina sa figure, et il se mit à causer en cette langue, qu’il possède parfaitement et qu’il adore.

C’est un jeune américain, en cours d’études à Harvard. Il a reçu en France sa toute première éducation, et semble avoir gardé, de notre vieille patrie, le plus cher souvenir. Il a quelque chose de délicat, de très sympathique. Il m’a l’air rêveur, sentimental. Il doit faire exception parmi les jeunes universitaires. Je l’apprécie beaucoup. J’aime à

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l’entendre parler notre langue, avec ce petit accent étranger, qui n’est que charmant.

Hier donc, il m’avait donné rendez-vous sur le quai pour deux heures. J’y vais. Il m’y attendait. Le yacht est tout prêt. Nous nous embarquons. La voile se hisse, se gonfle, et nous voilà partis pour une croisière, à travers le port et le long des côtes sablonneuses de l’île, si capricieusement dessinées.

Le ciel est voilé de brume. Il souffle un bon vent. Notre bateau glisse, emporté d’un large coup d’aile. Mon île m’apparaît en un tableau d’ensemble : des falaises solitaires, des plages blondes, des landes infinies. Et, devant moi, tout un pittoresque fouillis de maisons archaïques, irrégulièrement posées, s’abritant au pied d’une colline demi-circulaire, ou garnissant les crêtes.

D’abondants feuillages, d’un vert très foncé, émergent du milieu de toutes ces demeures grises, à toits plats ou à pignons. Et je distingue, là-haut, les ailes du vieux moulin. Une buée, qui s’intensifie de minute en minute, flotte au-dessus de ce paysage, en imprécise les contours, en noie les arêtes. C’est vaporeux, sur fond réel. Les lignes floues, les formes vagues défient l’analyse, empêchent de nettement percevoir. Vision invraisemblable et très douce.

Longtemps, nous voguons sans but, et presque silencieux. Là-bas, des îlots plats s’amincissent en barres très fines. De ci de là, des échappées sur l’infini mobile, qui présente, à cette heure, des teintes gris d’acier. Mais toujours, mon regard vient se poser sur ce nid d’habitations

toutes simples, honnêtes, primitives, d’où s’exhale une grande paix, et comme une suavité de vivre . . .

21 juin

. . . Tout est frais et net.

C’était beau de voir le brouillard, hier soir. Quelque chose de dense et d’impalpable, comme de la laine effilochée, emplissait l’atmosphère. Nous marchions à travers une essence mousseuse qui donnait aux êtres je ne sais quel air irréel. Les arbres, baignés dans cette vapeur épaisse, laissaient tomber de larges gouttes pesantes.

Ce matin, il fait clair. Tout paraît rajeuni, pénétré d’énergie neuve. Les feuilles et les plantes sont gonflées de sève. Ça sent bon la nature vierge. Il monte des champs un parfum qui réconforte, de saines odeurs végétales.

Je marche par le bourg. L’aspect antique et gauche des maisons me ravit. Et quelles ruelles étroites, tortueuses ! On s’y perdrait. Cela me rappelle les bourgs orientaux. Les habitants que je rencontre m’ont l’air si heureux de leur sort. Ils aiment leur île, où l’on vit très vieux, où les ambitions qui nous rongent sont inconnues. Le nombre d’étrangers, qui affluent ici, chaque année, et qui viennent demander à ces plages [et à ce climat, à ces grandioses solitudes, un renouvellement de leurs forces épuisées par la «vie intense», le remède à leurs fièvres, n’est-il pas de nature à rendre les gens du pays plus fiers de leur île ?

Fort heureusement, en devenant place d’eau, l’île n’a pas perdu son cachet naïf et modeste. L’on y voit bien quelques résidences confortables. Encore n’ont-elles rien du genre

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château. Leur élégance est sobre. Pas la moindre prétention nulle part. La vie moderne, en s’infiltrant ici, s’est comme accommodée au milieu, n’a pas tenté de l’éblouir de son faste criard. Ht puis, les encombrantes machines, qui nous étourdissent, nous assourdissent, là-bas, dans nos villes, sont exclues de ce domaine . . .

Je descends sur la plage. La mer est couleur d’améthyste. L’atmosphère est si limpide aujourd’hui que l’œil peut scruter les lointains. Des voiliers mettent à l’horizon des taches lumineuses. Cela repose, de suivre les ondulations gracieuses de ces grandes ailes que le soleil diaphanise. Le ciel est bleu. Et des écharpes, soyeuses et immaculées, glissent sur son saphir, sont emportées en une course vertigineuse. La ligne de collines, de l’autre côté du port, surgit en un ferme relief. Comme je remonte chez moi, je vois, sur le versant d’un coteau, un paysan faire la fenaison. Les foins coupés embaument. Leurs longues tiges, négligemment couchées, exhalent, en séchant, les arômes qu’elles ont empruntés au sol. Dans la prairie fraîchement tondue, toute une armée de poussins picotent avec avidité les grains de mil tombés des épis . . .

Voici le soir. Et mon île revêt sa robe humide et ouatée, s’enveloppe dans un ample voile gris. Le tissu vaporeux se moule aux formes qu’il dérobe à demi dans sa grâce souple. Tout se fond, s’efface sous la brume inconsistante et floconneuse.

22 juin

Admirable journée. Plus trace de ce peignoir trempé que l’île avait passé pour la nuit. L’air est sec et sonore.

Le firmament est d’un azur toujours plus riche, semé, par endroits, de jolies soies blanches.

Je passe de longues heures sur la grève à regarder les nuances que prend la mer, à écouter son chant. Devant cette force et cette immensité, ma vie me paraît si peu de chose. C’est comme si ma personnalité s’évaporait, s’évanouissait en néant. Qu’est-elle, en regard de ces espaces infinis, dont le murmure éternel ne permet plus d’entendre l’infime rumeur humaine? Quel rassérénant spectacle ! Il me vient un désir de me laisser vivre désormais, d’accepter doucement le cours des choses. Fait-on l’avenir? N’y a-t-il pas une sorte de fatalité dans les événements? Au lieu de protester contre l’énévitable, de réagir contre la puissance mystérieuse qui dispose de nous à son gré, le plus sage n’est-il pas de la laisser accomplir, sans s’insurger, l’incessante évolution où notre petite individualité ne figure que comme un point presque imperceptible?. . .

Vers le soir, le vent fraîchit. Je marche à travers le bourg qui s’endort. Il n’y a un peu d’animation que sur le maih Le reste de l’île s’enveloppe d’ombre et de silence. De grands souffles passent. Les feuilles agitées font un bruit qui rappelle les plaintes de l’automne. Est-il vrai que je sois seul et libre, hors d’atteinte aux ennuis, aux multiples préoccupations qui ont entravé, pendant si longtemps, l’essor de mon âme? — Ile de rêve, paradis de quiétisme, si tu savais tout ce que tu m’apportes de sensations reposantes ! — Comme je longe un jardin, l’odeur des clématites, forte, prenante, ajoute aux délices de l’heure, achève de me plonger dans l’extase. . .

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24 juin

. . . Avons-nous donc changé de zone ? Mon île, pendant la nuit, s’est-elle transportée sous d’autres deux ? Au réveil, je suis tout surpris de l’étincellement, de l’éblouissement que verse le soleil. C’en est aveuglant. Le firmament est très pur. Et il tombe, de la voûte bleue, une irradiation qui inonde toute chose, met en relief les contours des paysages. Ees habitations, les arbres, les champs, sont noyés dans une absolue splendeur. Les feuillages se détachent avec une netteté si parfaite qu’on les dirait comme ciselés dans l’or. Et, là-bas, l’élévation douce qui mène au vieux moulin me paraît singulièrement rapprochée. Je peux suivre, du regard, les moindres ondulations du sol, au loin, dans les landes. Tout palpite et vibre sous le rayonnement supérieur. L’atmosphère, saturée de clarté, est presque trop brillante.

De tout le jour, aucune vapeur ne vient atténuer l’extrêine limpidité de l’air, aucun nuage tacher l’azur. Les falaises ressortent en motifs très accusés. Les pignons dessinent sèchement leurs arêtes.

Tard, dans l’après-midi, je descends marcher au bord de la mer. Le port est d’une couleur améthyste très foncée. Au delà des jetées, les colorations sont plutôt ternes, indécises. Le soleil, qui décline, épand des rayons jaunes sur le versant d’une falaise, et toute la prairie d’herbes marines qui se déroule à ses pieds. Dans l’or attendri s’allongent des sillons ombreux, se posent des hachures de ténèbres.

. . . Au vieux moulin, pour saluer le jour qui meurt.

Là-bas, à gauche, le soleil concentre sa gloire finissante.

Il descend avec une lenteur majestueuse. Il n’a pas Pair pressé d’aller se rafraîchir dans l’océan qui se moire. Je ne vois d’abord qu’une splendeur diffuse et écarlate. Mais bientôt, à même ce brasier, se découpe une forme ronde, d’un rouge éteint. Longtemps, elle plane, comme immobile, à la ligne de l’horizon. Son feu pâlit, s’efface . . .

Les vieilles maisons du bourg, aux profils pointus, aux larges cheminées archaïques, se serrent l’une contre l’autre, comme par crainte de la nuit. Tout près de moi, un oiseau jette une note mélancolique, tout en voletant parmi les pousses vertes. Le vent fait craquer les ailes immobiles du moulin. Il se prépare un nocturne splendide. Déjà quantité d’étoiles sont piquées sur le fond bleu du firmament, épinglées sur azur. . .

28 juin

. . . Soleil encore très brillant, avec quelque chose de plus discret, de moins cm dans l’éclat. Et l’air est velouté. La mer offre de grandes surfaces glauques, serties en d’immenses améthystes. Les teintes saphirines sont rares sur l’Atlantique. On n’y voit pas ces colorations riches, qui rendent les mers orientales si douces à contempler. . .

Je passe de longues heures sur les quais. Ah ! qu’un peintre trouverait de motifs ici ! Ces types de pêcheurs, par exemple, — qui n’ont jamais vu que l’océan et leur île, — vieilles figures tannées, rudes mais bonnes. Dans leur regard, il y a des profondeurs, et comme des lointains. On dirait que les espaces, qu’ils out si souvent sondés, s’y reflètent. Leur allure a je 11e sais quoi de calme et de patient.

Et ils ont si peu Pair de ses oucier des étrangers, qui débarquent chaque année sur ces bords.

Ec vent, la mer, leur voilier, une humble maison, avec un arpent de terre, non loin du rivage, voilà leur domaine, toute leur fortune. Et c’est assez pour les remplir de joie saine. J’envie leur contentement, empreint sur leurs traits paisibles et forts. J aurais plaisir a leur entendre conter des récits de pêches lointaines, décrire des paysages maritimes, en ces termes extrêmement imagés et évocateurs, ces mots d’un si étonnant réalisme, — propres aux primitifs, à ceux dont l’esprit est libre de toute réminiscence livresque, de toute influence classique... Et cette forêt de mâtures, plutôt moyennes et petites, que le vent fait balancer, — quel pittoresque croquis fournirait-elle !

Je ne puis assez apprécier que cette île ait gardé son cachet de nature. Son éloignement des centres lui a permis d’échapper à ce qui s’appelle le «progrès moderne», et qui n’est souvent qu’un affreux nivellement, la destruction radicale de toute originalité propre. Ce m’est un plaisir si grand de circuler par le bourg, dont la majeure partie est irrégulière, indéchiffrable, pleine d’imprévu.

Ainsi, là-bas ô la fine ruelle, très étroite, très à pic, pavée de gros cailloux des champs, et qui laisse voir, tout au bout de son ruban sinueux, une proprette façade de temple ! Et les arbres, surtout les ormes, abondent. Certains sont tout un bosquet à eux seuls. Leur frondaison s’étale avec une incomparable abondance. Sur le tnail, même en plein midi, le soleil ne réussit jamais à vous incommoder. C’est toujours frais et ombreux. On dirait un sous-bois très touffu. Et des clartés, qui s’infiltrent à

travers les rares vides du feuillage, viennent égayer le sol de leur or. Quelles délices ! Savoir qu’au delà de ce dôme vert, c’est un étincellement de rayons, et se sentir bien à l’abri de leurs flèches ardentes, sous ces magnifiques voûtes aux puissantes nervures, aux épaisses frondaisons.

Le bourg est un nid de verdure et de fleurs. Mais tout autour, dans l’étendue solitaire, l’œil ne voit que des landes, des marais avec leur végétation étrange, des coteaux sablonneux et dénudés. Quelle poésie est épandue sur tout cela ! Et que les landes, en particulier, sont mystérieuses ! Elles paraissent absorbées en un secret éternel. Il s’exhale de ces terres je ne sais quoi d’énigmatique, qui vous retient et vous apeure à la fois. On craint de troubler leur méditation grave.

A l’approche du soir, surtout, elles se revêtent d’un tel silence, s’assoupissent en un recueillement si profond, que leur voisinage vous fait presque frémir. Et les ombres nocturnes, qui envahissent peu à peu ces espaces déserts, eu accentuent la sauvage mélancolie, la primitive et inquiétante beauté. . .

/er juillet

... O mon île, je pleure sur ton avenir.

Certains indices ue nous permettent pas de nous tromper sur le sort banal qui t’attend. Déjà, tu possèdes un de ces casinos, d’où s’épand, le soir, à travers le mail, une musique vulgaire. L’011 parle aussi d’introduire ici des automobiles, — bruyantes et nauséabondes machines, qui font de uos villes des enfers. Les riches étrangers commencent de

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