‹ Essais et conférences [par] Henri d'Arles. Henri d'Arles [pseud.]Chapitre 8 sur 40 · LA VIERGE ET LA PERLE · texte numérisé non relu

LA VIERGE ET LA PERLE

Margarita pretiosa . . .

Pour désigner la beauté parfaite, dans tous les genres, c’est-à-dire une œuvre faite de vérité et de splendeur, — puisque, selon la définition célèbre, le beau est la splendeur du vrai, — nous employons un mot qui résume et concrétise toutes nos admirations ; nous disons : c’est une perle.

Nous disons cela de tout objet d’art qui nous paraît réunir ces conditions diverses qui constituent ce qui s’appelle la perfection. Et nous le disons de toute personne qui nous plaît par ce mélange de qualités rares, qui la rapprochent du type idéal de notre espèce.

Notre Seigneur lui-même, voulant caractériser d’un mot, enfermer en une formule courte et suggestive, l’essence du message nouveau qu’il apportait à la terre, l’a comparé, dans une parabole charmante, à une « perle précieuse ». — « Ee royaume des cieux, dit-il, est semblable à un marchand qui cherche de belles perles, et qui, en ayant trouvé une de grand prix, vend tout ce qu’il a afin de l’acheter ». — Et l’Apôtre saint Jean, revenu de sa vision apocalyptique qui l’avait emporté jusqu’au cœur de la Cité Infinie, nous dit que « les douze portes de la Jérusalem céleste étaient

douze perles, et que chaque porte était formée d’une seule perle ».

Ainsi donc, pour l’esprit humain, la perle est peut-être la chose qui symbolise le mieux la beauté absolue. Et il ne faut pas s’étonner de voir la liturgie appliquer ce mot à Marie, Mère de Dieu, et de l’entendre lui chanter avec amour : « O Vierge, vous êtes une perle très fine, une marguerite précieuse ! »

Et je voudrais précisément montrer qu’il y a de réelles analogies entre la perle et la Vierge Marie.

Ea perle a une origine assez mystérieuse. Et même la science moderne n’a pu encore découvrir ni fixer les lois de sa production : elles échappent à ses calculs. Sa naissance a quelque chose de singulier, de rare: elle est due, non pas au jeu de forces régulières, mais à un accident de la nature. Et les anciens, dans leur croyance naïve, que d’ailleurs toutes nos lumières n’ont pas su démentir, s’imaginaient que c’était la rosée du ciel qui venait féconder la nacre et y faire germer ce joyau.

Quoi de plus mystérieux également que les origines de la Vierge? Selon une tradition infiniment respectable, Marie est le fruit du miracle. Cette fleur de Judée s’est éclose sous le souffle divin. Car Anne, femme de Joachim, n’avait pas de postérité ; et elle en gémissait comme d’un opprobre. Elle se répandait en larmes et en supplications devant l’Eternel. « Pourquoi, Dieu d’Israël, n’avez-vous

Page 1