LA VIERGE ET LA PERLE [ I
béni notre union? Pourquoi ne nous avoir pas donné de voir la chair de notre chair naître et grandir sous nos yeux ? O Dieu puissant, exaucez mes vœux, ou je meurs ! Da mihi liberos , alioquin viorictr ! » Et l’Eternel se laissa enfin toucher. Et Anne fut relevée de sa longue humiliation en donnant le jour à l’enfant la plus privilégiée qui fût jamais née, — Marie, Marie, annoncée par les prophètes, saluée, dès l’aurore des siècles, par les antiques patriarches.
O Marie, votre naissance inespérée est à la gloire du Tout- Puissant !
Mais, si grand que soit ce prodige, il est infiniment surpassé par le privilège unique, incomparable, dont Dieu a doté son âme. O mystère ! Dès son émanation du soufîle créateur, l’âme de la Vierge a été adombrée par l’Esprit Saint. Et alors, cette souillure originelle qui nous atteint tous, tous sans exception, qui nous marque d’une empreinte profonde, n’a pu rejaillir sur son essence claire. Dieu a dit à ce flot qui nous saisit, à ce moment psychologique où nous commençons à être, et qui nous roule en ses ondes impures: «Cette fois, tu n’iras pas plus loin, tu t’arrêteras devant cette petite âme que mon souille va créer, tu la respecteras, elle seule de toutes les âmes humaines. Les autres, je te les abandonne au long des âges. Mais celle-ci est ma préférée ; elle sera épargnée. Sa destinée est si haute, sa mission future si extraordinaire, qu’elle n’en serait plus digne si je ne la gardais sans tache !» — Ah ! la Conception Immaculée de Marie, quel dogme consolant !
quelle chose immense ! quelle œuvre de clarté souveraine !
La Vierge, perle mystique, a vraiment été formée d’une goutte de la rosée céleste.
La perle est parfaite dès sa naissance. A la différence des autres joyaux, il ne faut pas qu’une main habile la travaille pour faire ressortir sa valeur. Tout l’art d’un Cellini ne saurait ajouter à son éclat primitif. Le rôle du ciseleur consiste seulement à la sertir dans l’or, ou à l’entourer de pierreries, dont les feux ne rendront que plus séduisants ses tons chastes et discrets. Mais son vrai mérite est indépendant de sa situation. Pour la grâce mesurée de sa forme rotonde, comme pour l’exquise beauté de ses teintes, la perle ne doit rien à l’art du joaillier.
— Et de même, la Vierge fut comblée, dès le premier instant de sa conception, de toutes les vertus et de tous les dons de l’Esprit Saint. Tout ce que Dieu peut verser, de son essence infinie, dans une âme humaine, Marie le reçut avec la vie. Et la Toute-Puissance ne pouvait ajouter aux faveurs dont elle orna alors son âme.
Tandis que nous devons faire effort, lutter, prier, pour acquérir telle ou telle vertu dont le germe a été déposé dans notre âme par la grâce du baptême, et que cette qualité ne s’obtient que par degrés successifs, sujets à toutes les contingences, à toutes les fluctuations de la tentation et de la faiblesse, — Marie les possédait toutes en naissant, et dans une mesure supérieure, et sans danger de pouvoir jamais en perdre ou en voir diminuer aucune.
Les diverses circonstauces de sa vie ont seulement servi