DEPUIS
{Revue trimestrielle de Bruxelles, janvier 1862.)
Pour ceux qui aiment les lettres, l’heure présente est triste. Parmi les auteurs français dont le public se plaisait à répéter les noms, quelques-uns sont morts, plusieurs se taisent, d’autres font regretter qu’ils ne gardent pas le silence. De temps en temps des écrivains nouveaux se font connaître; mais quoiquon apprécie leur esprit, leur imagination ou leur talent d’écrire, on ne peut se persuader qu’ils remplacent leurs aînés. Nous sommes loin déjà du mouvement littéraire qui a marqué la restauration et les premières années du règne de Louis-Philippe. Une grande activité intellecluelle régnait alors: histoires, romans, drames, poésies se succédaient sans relâche. Des questions littéraires passionnaient les esprits et divisaient l'opinion. Chacun défendait son système avec autant d’ardeur qu’on en Dourrait mettre aujourd’hui à discuter la valeur d’une concession
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE. lo
défaillance inattendue. Maintenant que nous sommes déjà sur le second versant du siècle, et que le mouvement que, faute de pouvoir mieux désigner, j’appellerai romantique, semble arrivé à son terme, cet examen paraît possible.
14 LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE
au moins celui de la Renaissance du xvi* siècle. L Europe entière suivait d’un regard attentif ce mouvement des esprits, auquel Paris avait donné le branle. De la terre de France sortait un fleuve roulant tantôt des eaux limpides et saines, tantôt troublées et bourbeuses, et souvent très mêlées ; mais les autres nations du continent s’y désaltéraient sans trop choisir. Aujourd’hui, il faut bien 1 avouer, le fleuve est presque tari. L’activité intellectuelle de 1830 a disparu. Cette ardeur qu’on portait dans les débats littéraires, s’est calmée et paraît même quelque peu surannée. L’évolution est à peu près arrivée à son terme. On peut dire qu’elle a été vite à bout et qu elle n a pas donné tout ce que l’on en pouvait attendre. Certes, dans ces dernières années et récemment encore on a vu paraître des œuvres dignes de la faveur du public, mais elles appartenaient en trèsgrande partie aux hommes de la génération précédente. Les auteurs du temps actuel ont dans l’esprit une certaine tournure si positive, une pointe de sagesse si froide, leur cœur semble si bien en garde contre les duperies de l’illusion et contre les entraînements de M’enthousiasme, que leurs écrits, même les plus vifs et les plus allègres, font éprouver je ne sais quelle impression vague de caducité précoce et de sénilité anticipée. A vrai dire, ce sont les anciens qui
sont jeunes et les jeunes qui sont vieux.
Un voyageur part joyeux pendant une nuit ardente et sereine, i admire en marchant les astres qui ornent la voûte des cieux; mais peu à peu de sombres nuages cachent les uns, voilent les autres,
L’étude de la question qu’il s’agit d’éclaircir, présente de grandes difficultés. Qui veut dire pourquoi une littérature s’affaisse, doit pouvoir expliquer pourquoi elle s’est développée, de même que pour déterminer les causes de la maladie et de la mort, il faut pouvoir discerner celles de la santé et de la vie. Or, l’indication des causes qui amènent le progrès ou le déclin des lettres et des arts, est un problème qui n’a pas encore reçu de solution satisfaisante. On a voulu expliquer la marche de la littérature et de l’art par des influences politiques: on n’a pas réussi. Certes la poésie elle-même ne peut pas échapper entièrement à l’action que les différentes formes de gouvernement exercent sur les âmes \ car le poète est homme et nul homme ne peut se soustraire au contre-coup des révolutions qui agitent les choses humaines. Mais cette action, quelle est-elle? Quelle est la forme de gouvernement la plus favorable au perfectionnement des arts et des lettres ?
Les uns ont dit que c’était la démocratie, les autres ont affirmé que c’était le pouvoir absolu. L’histoire ne donne tout à fait raison ni aux uns ni aux autres. Si Eschyle et Sophocle, Platon et Pindare brillent dans la Grèce libre, Horace et Virgile écrivent dans Rome asservie. Si Shakespeare illustre le règne de l’impératrice Élisabeth, Miltnn sft forme, nendant les oraaes de la guerre civile. Corneille,
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE
ques et les destinées des lettres, demeurera également obscur. Toutefois, il est certain qu’il est un degré de despotisme qui, écrasant les esprits et abaissant les caractères, rend impossible tout grand mouvement littéraire. Mais quand la compression exercée par le pouvoir arrive-t-elle à ce point qu’elle brise complètement l’essor des intelligences? C’est une question que je ne me charge pas de résoudre l’histoire à la main. Les faits connus ne sont pas concluants, et quand ils le seraient pour le passé, cela ne suffirait pas pour le présent ; car un régime très compatible avec la culture des lettres à une certaine époque peut cesser de l’ètre dans un temps plus rapproché de nous. A mesure que les hommes s’éclairent, ils aspirent à se gouverner eux-mêmes. Plus ils se sentent capables de se diriger, moins ils souffrent qu’on les traite comme des enfants. Ce que nos ancêtres auraient appelé une douce liberté, nous paraîtrait à nous une très dure tyrannie, et sous des lois qui n auraient pas gêné jadis les écrivains, on verra ceux de nos jours languir et se
taire.
Renonçant à des recherches qui ne donnaient que des résuUais incertains, d’autres ont dit que c’est l’industrie qui tue les arts et la poésie. L’explication est facile à trouver, commode à répéter ; il le serait moins d’en montrer le fondement. Qu’est-ce donc que l’industrie pour quelle produise cet effet mortel? L’industrie, c’est la science qui, mettant les forces de la nature au service de l’homme, l’affranchit peu à peu des travaux les plus rudes et lui donne ainsi plus de loisir pour cultiver son esprit et élever son âme. C’est elle qui transforme en maître des éléments l’ôtre faible qui en était l’esclave et la victime. Il serait singulier qu’au moment où l’humanité a plus de temps pour écouter les écrivains, ceux-ci n’eussent plus rien à lui dire, et que cela même qui produit l’affranchissement de l’esprit, amenât la décadence de la littérature.
Voyez ensuite quels services l’industrie rend directement aux littérateurs. L’imprimerie multiplie les signes de la parole humaine avec une rapidité qui tient du prodige. Au moyen de la vapeur, les nations se visitent, se mêlent et se confondent au point de ne plus former bientôt qu’une seule famille qui, sans jalousie, accordera son admiration aux grands hommes de tous les pays. La pensée, traduite par l’éclair asservi, se communique en un instant aux extrémités de la terre. Que quelque part retentisse une voix qui parle de droit et de liberté, l’univers entier écoute et applaudit. Tel qui, il y
le MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE.
a un siècle, n’était entendu que dans sa province, peut se faire connaître aujourd’hui aux deux mondes, et l’écrivain qui jadis comptait ses lecteurs par milliers, peut maintenant les compter par millions.
L’écho d’un nom illustre dans un pays en franchit bientôt les frontières et va retentir aux antipodes, en moins de temps qu autrefois de Paris k Marseille. Comment donc l’industrie, qui procure mille fois plus d’auditeurs à l’homine de lettres, étoufferait-elle son inspiration, et par quelle contradiction en même temps qu’elle lui donne plus de moyens d’atteindre à la gloire, lui ôterait-elle le désir d y
orrivGr ?
D’ailleurs, quoi de plus fait pour inspirer le génie que les prodiges de la civilisation moderne? Les abîmes des deux mesurés, les profondeurs des océans sondées, l’infini entrevu dans la poussière d’une pierre à polir aussi bien que dans l’innombrable multitude des astres, le sein de la terre entrouvert et laissant lire en ses empreintes, comme dans une suite de médailles naturelles, l’histoire merveilleuse des créations antérieures, le globe entier exploré et |
soumis peu à peu aux pacifiques conquêtes du commerce et de la |
colonisation, les origines des peuples, des langues, des poésies étudiées avec une persévérance admirable, en un mot, le temps et l’espace révélant tour à tour leurs mystères, tout cela ne donne-t-il pas à notre époque un caractère de grandeur et de poésie que n’eurent jamais les siècles passés? Faudrait-il donc admettre que les progrès de la science soient contraires à ceux des arts et que le nombre et l’élévation des sujets produise l’impuissance des
auteurs?
En résumé, l’industrie moderne augmente le temps que l’humanité peut consacrer aux travaux de l’esprit et étend énormément le cercle de la publicité, tandis que la science ouvre un champ magnifique à l’activité spirituelle et consacre le^ triomphe de l’intelligence sur la résistance de la matière. Ce n est donc point directement au moins que des influences de ce genre peuvent faire tort k la littérature. On ne peut, il est vrai, nier absolument que l’industrie, tout comme la politique, ne puissent agir sur le caractère et sur les idées des écrivains d une manière indirecte; j’indiquerai même un de ces effets détournés; mais il n’est pas nécessaire de recourir k ces causes plus ou moins éloignées pour expliquer la marche des arts et des lettres.
En effet, quand on étudie leur histoire, on voit que la littérature
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE
et i’art obéissent à une loi de développement qui leur est propre, loi qui subit l’action des circonstances politiques et sociales, mais qui n’est point déterminée par celles-ci. Prenons, par exemple, l’histoire de la peinture italienne. A partir de Giolto et d’Orcagna, nous la voyons s’avancer de progrès en progrès vers un point de perfectionnement qui est marqué par l union de l'inspiration moderne et de la forme grecque, atteindre ce point dans les œuvres de Léonard de Vinci, de Raphaël, de Michel-Ange, puis descendre de cet apogée par une chute lente, mais non interrompue. On reconnaît là une évolution propre qui se poursuit à travers toutes les vicissitudes politiques de l’Italie, et dont les évènements extérieurs ne peuvent expliquer la marche. Les encouragements donnés aux arts par les papes et par les Médicis ont pu fournir à Raphaël et à Michel-.\nge l’occasion de déployer leur génie, mais ce ne sont pas ces occasions qui ont produit ces grands artistes. Ils sont venus en leur temps, comme le naturel épanouissement d’un développement continu de l'art du dessin et de la couleur.
La peinture flamande nous offre un enseignement pareil ; elle obéit aussi à un mouvement qui paraît indépendant des évènements politiques, car elle se développe dans la Hollande affranchie comme dans la Belgique domptée, et si Rubens illustre son pays retombé sous le joug de l’Espagne, Rembrandt peint ses toiles merveilleuses, tandis que De Ruyter défend l’indépendance de sa patrie contre Louis XIV et Charles II.
Ne voyons-nous point une évolution semblable dans la littérature française au XVII® siècle? Depuis Malherbe, les lettres marchent à leur perfection, et quelle qu’eût été en ce temps la forme de gouvernement, il est probable qu’elles auraient atteint le degré où elles sont arrivées alors. Au lieu d’humilier le Parlement, Louis XIV lui eût permis de fonder le régime représentatif, que Molière eût également écrit le Misanthrope et Bossuet prononcé ses oraisons funèbres. D'autre pan, ce roi n’eût pas accordé aux grands écrivains des pensions et des places, que ceux-ci eussent tout autant honoré son règne. Corneille persécuté et La Fontaine dédaigné n’en ont pas moins composé leurs chefs-d’œuvre. Un souverain peut former une armée, mais non susciter le génie. Le plus grand service qu’il puisse lui rendre, c’est de le laisser libre. Il peut, s’il le veut, mettre en mouvement d’énormes masses de matière, mais pas une idée. Les bons écrivains s’inspirent aux travaux de leurs devan-
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE
ciers et naissent des grandes pensées de leur temps. Les bienfaits leur nuisent parfois plus que les entraves ou les persécutions Ainsi donc, lorsqu’on étudie les faits de près, on voit que l’activité humaine, dans chaque cercle où elle s’exerce, obéit à des lois particulières qu’il faut saisir, si l’on ne veut se contenter de mots creux et d’explications qui n'expliquent rien . C’est ainsi que, pour citer un exemple pris dans un autre ordre de faits, la diffusion des lumières par l’instruclion publique ou par la presse tend à transformer les rapports sociaux, à établir une égalité de plus en plus grande entre les hommes et à leur inspirer la passion de la liberté. En Angleterre aussi bien qu'en Russie, en Suisse tout comme en Autriche, sous les gouvernements absolus non moins que sous les républiques, ici plus vite, là plus lentement, mais partout ce moinement se fait sentir indépendamment de la constitution des Etats. De même que cette révolution sociale ne s’arrête pas aux frontières des nations, ainsi la marche des leitres, soit quelles s approchent de^ la perfection, soit quelles s’en éloignent, ne s’arrête ni aux limites d’un règne ni à la chute d’une dynastie. Dans chaque sphère, il y a, au progrès et à la décadence, des raisons qu il est nécessaire de péné-
Si cela est vrai, il s'ensuit que nous pourrons expliquer 1 évolution de la littérature contemporaine sans sortir de ce qui touche aux lettres et aux écrivains. En bornant ainsi 1e champ de nos recherches, nous serons moins exposés à nous y égarer.
Si je devais résumer en un mot la cause du peu de durée et du peu de force de la rénovation littéraire à laquelle nous avons assisté, je dirais que ce qui a manqué aux auteurs de notre temps, ce n est ni le talent ni les idées, ni Timagination ni 1 esprit, mais la foi, Pai cemot je n’entends pas, comme le fait la théologie, un don du ciel qui fait croire aux vérités révélées : j’entends une adhésion complète, vivanle, à certains principes religieux ou philosophiques qnon croit vrais et qui forment la base du raisonnement et la règle de la conduite, qui dirigent l’esprit et trempent le caractère Toute foi engendre de la force. Si Ton n’embrasse certaines idées avec énergie et si l’on n’y croit avec passion, jamais on ne sera un écrivain puissant,
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE
et on ignorera toujours la véritable éloquence. La tiédeur en rien ne vaut, dans les lettres peut-être moins qu’ailleurs. Notre époque diffère en ce point de toutes celles qui l’ont précédée.
Il n’est pas nécessaire d’insister longuement pour montrer que les grands écrivains du XVII® siècle s’appuyaient sur des croyances très arrêtées, non seulement en religion, mais même en politique et en littérature. Ils acceptaient en fait de religion l’autorité de l’Église, en fait de politique l’autorité du roi, en fait de littérature l’autorité d’Aristote, en tout, l’autorité qu’ils reconnaissaient comme légitime : ils y croyaient, ils s’y soumettaient; la pensée de s’y soustraire ne leur venait pas : tout sentiment de révolte leur était inconnu. Ceux môme qui au théâtre faisaient parler les passions humaines et les héros du paganisme, demeuraient chrétiens et catholiques. Tandis que Racine trouvait les accents les plus touchants pour les amours les plus co.ipables, Bossuet de sa tonnante voix condamne les spectacles en vain défendus par les jésuites : Racine va-t-il mettre en doute la juridiction spirituelle de l’Église? Lisez ses lettres, elles respirent la foi naïve d’un enfant et l’humilité d’un croyant qu’aucun orgueil n’anime. Le roi, son dieu terrestre, adresse-t-il quelques mots durs au poète qui avait montré trop de pitié pour le peuple souffrant? Blessé au cœur, il en meurt; il ne se révolte pas contre l’injustice. Le satirique, dont la verve caustique ne semble rien respecter, respecte toujours la royauté et reste fidèle aux maximes austères du jansénisme. Il est inutile de multiplier les exemples : la mémoire du lecteur lui fournira sans peine d’autres preuves à l’appui d’une proposition si bien établie quelle n’en a presque pas besoin.
Mais d’un siècle soumis à toutes les règles, passons maintenant à celui qui sembla les rejeter toutes, et d'une époque où règne l’autorité à celle où triomphe la révolution. Le XVIIl® siècle fut, dit-on, un siècle d’incrédulité. J’ose affirmer que ce fut un temps de foi. Il ne s’incline, il est vrai, devant aucune des croyances qui avaient fait la force de la période précédente. Un scepticisme général paraît s’emparer des esprits. A la lueur du doute universel, tout est mis en question, tout est discuté: la morale et la religion, la propriété et la famille, l’intérêt et le devoir, l’individu et la société, la liberté et la sociabilité, les problèmes de cette vie et ceux de l’autre. Rien n’échappe au creuset du libre examen. Aucun scrupule n’arrête les investigations les plus audacieuses. On cherche le dernier mot de tout, sans relâche et sans crainte, sans hypocrisie comme sans pré-
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE. 21
jugé, sans respect et sans ménagement, avec persévérance, avec intrépidité, avec cynisme même. Les uns s’arrêtent au déisme, d’autres s’engloutissent dans un athéisme complet. Ceux-ci se contentent de proclamer la souveraineté du peuple, ceux-là prétendent établir la communauté des biens. 11 en est qui, invoquant la voix du sentiment, adorent la vertu et défendent l’immortalité de l’âme; il en est d’autres qui, ne croyant qu’au témoignage des sens, nient la pudeur et défient la nature. Tout est, semble-t-il, chaos d’opinions contradictoires, anarchie et révolte. Et pourtant, au fond de l’âme de tous les écrivains, il y a une foi commune, vivante, robuste, inébranlable : la foi en la raison humaine, dans l’ordre spirituel, et la foi en la vertu humaine, dans l’ordre pratique. Voilà le fonds d’où vient au XVII I® siècle sa force et sa grandeur. C’est à ce principe qu’il puisa cet élan qui étonna 1 univers, c est à ce foyer que s’alluma cette flamme qui mit le feu aux quatre coins de l’Europe. La raison est la divinité à laquelle les hommes de cette époque avaient voué leur culte, leur admiration et leur enthousiasme : elle seule ne trouvait point de sceptiques. Quand le matérialisme en délire proposa aux hommages de la foule la raison représentée par ce qui en est plutôt la contradiction et l’opprobre, il rendait ridicule la véritable croyance du siècle, mais il la proclamait Ce temps fut tout ensemble incrédule et plein de foi. Incrédule, car il rejetait en religion tout ce qui vient de la révélation, en politique tout ce qui s’appuie sur la tradition, en morale tout ce qui tient à la coutume; plein de foi, car il avait une confiance entière dans les forces de l’esprit humain livré à lui-même, et il considérait comme irréfutables les conclusions d’un raisonnement bien fait. Si les écrivains étaient matérialistes par certaines de leurs maximes, ils étaient ultiaspiritualistes par leur méthode de penser. Ils ont beau tenir pour certain que rien n’est dans l’intelligence qui ne vienne des sens, ils n’en récusent pas moins superbement tout ce que nous apprend l’expérience, pour n'admettre que les résultats de la spéculation abstraite. Us condamnent sans appel tout ce qui. n’est pas conforme aux principes de droit et de justice qu’ils ont conçus dans leur esprit, et ils sont prêts, avec une sublime présomption et une périlleuse audace, à entreprendre de réformer le monde d’après ce modèle idéal. Ouvrez les œuvres des écrivains du XVIII® siècle : très différents sous beaucoup de rapports, ils ont en commun cette foi vive en la raison et la confiance juvénile qui en résulte. Leurs livres sont
le mouvement LITTÉRAiilE EN FRANCE
on partait d’un principe nettement conçu, emuraî^ae et on condamnait sans hésitation tout ce qui n’était pas conforme a ce principe. A l’opposé de la maxime adoptée par un judicieux écrivain de nos jours, on écrivait pour prouver, non pour raconter, et l’histoire même devenait une arme de guerre. On croyait a\ec fermeté à certaines vérités, et on les défendait avec Fssion, traitant en ennemis tous ceux qui mettaient obstacle à leur triomphe. ^
La foi en l’humanité n’abandonna pas les hommes de ce siècle, ni au milieu des désastres de la révolufion, ni même sur l’échafaud ! Elle leur prêta quelque chose de cette force que la croyance religieuse donnait aux martyrs du XVI« siècle mourant sur les bûchers de rinquisition. Au dernier moment, ils en appellent non à Dieu, mais aux hommes à venir, à la postérité. Les mémoires de IVI™® Roland nous montrent quelle fermeté stoïque cette jeune femme, en présence d’une mort affreuse et sur le point de quitter une fille chérie, pouvait trouver dans cette foi humaine qui était celle de son temps. Mais où la force des convictions de cette époque se fait voir complètement, c’est dans le livre qui résume les espérances dont ce siècle était plein et qui est vraiment le testament qu’il a laissé au nôtre. Proscrit, déçu dans ses vues de rénovation sociale, victime de ses généreuses croyances, Condorcet, à la veille de mourir, y trace d’une main imperturbable le tableau du progrès de l’esprit humain et annonce ses nouvelles conquêtes. Les sanglants excès de la liberté n’ébranlèrent pas un moment la foi des hommes de ce temps : ils la conservèrent
entière jusqu’à la fin. . , ^ •
Notre siècle n’a plus ni la foi soumise du XVIP ni la foi audacieuse
du XVIIP siècle. Nos écrivains ne sont plus ni d’humbles chrétiens soumis aux volontés de Dieu et aux puissances du monde, ni de fiers Titans prêts à escalader le ciel et à émanciper la terre. Ils ne tiennent pour absolument vrais ni les dogmes révélés ni les conclusions de l’esprit humain. On a assisté à la chute de tant de choses quon pensait devoir durer; on a vu démenties tant de vérités quon croyait certaines ; on a entendu mettre en doute, preuves en main, tant de faits qu’on tenait pour authentiques, que beaucoup se sont mis à penser que la vérité est un peu partout, mais qu’elle n’est toU entière nulle part. La fière doctrine des droits de l’homme paraissan avoir échoué, on l’a tenue pour suspecte. La même forme de gouver nement ayant donné aux uns l’ordre et la prospérité, et aux autie l’anarchie^ et la misère, on est devenu presque indifférent aux insti
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE
tutioiis politiques. Les mêmes actions étant tantôt glorifiées comme des preuves d’héroïsme, et tantôt flétries comme les plus grands des crimes, on en est arrivé à considérer la morale comme un recueil d’opinions relatives.
L’expérience nous a rendus impartiaux, ce qui est excellent, mais elle nous a faits indifférents, ce qui l’est beaucoup moins. Jadis, dans les livres même frivoles, on voyait éclater ou l’on sentait bouillonner les convictions de l’auteur ; aujourd’hui dans un ouvrage sérieux on évite les questions qui passionnent les esprits. Le Candide de Voltaire ou la Nouvelle Héloïse de Rousseau ont plus de portée que maints traités contemporains cités comme des chefs-d’œuvre. Nous avons les bénéfices, mais aussi les désavantages d’une critique d’ordinaire trop froide et d’une sagesse souvent trop timide.
11 en est résulté qu’on évite de traiter à fond les problèmes qui touchent à la religion, à la philosophie, même à la politique. Quand la suite d’un raisonnement y conduit, on se garde de dire nettement ce qu’on en pense ; on rapporte consciencieusement l’opinion des autres, on s’empresse peu de dire la sienne. Jadis aux premières lignes d’un auteur vous compreniez qu’il était croyant ou incrédule, catholique ou athée, parti.san de Locke ou de Descartes. Aujourd’hui vous lisez des volumes, sans que vous puissiez décider de quel côté incline l’écrivain.
Chose remarquable ! ceux qui savent le plus et écrivent le mieux, sont les plus circonspects. 11 y a à cela une raison. Notre siècle en sait trop et n'en sait pas assez. Il en sait trop pour croire aux demivérités dont on se contentait autrefois ; il n’en sait pas encore assez pour les remplacer par des principes nouveaux plus solidement établis et aussi généralement, aussi fermement crus. Ceux qui restent froids et qui doutent, semblent donc en savoir autant que le comporte notre époque. Ceux au contraire qui affirment beaucoup et s’enthousiasment vite, semblent ne pas être à la même hauteur. On met donc autant d’habileté à voiler sa pensée qu’autrefois on se donnait de peine pour la faire saillir au jour.
Il y a une sorte de bon goût et je ne sais quelle apparence de sagesse à ne rien trancher et à ne hasarder que les affirmations les plus discrètes. Encore les entoure-t-on de toutes sortes de réserves. On les adoucit par les formes du doute : il semble, peut-être, on pourrait admettre, il serait possible ; on les prépare par de petites
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE
préfaces, on les entoure de ménagements, et où un mot décisif aurait suffi, on délaye souvent une page qui ne conclut point. On évite comme un péril le ton dogmatique, familier au XVIII* siècle. On n’avance aucune opinion, qu’on ne l’atténue avec une attentive précaution et qu’on n’en enlève toute aspérité qui pourrait blesser ceux d’un sentiment contraire. On procède par allusions et insinuations, par demi -mots et demi-teintes. Au lieu d exprimer ouvertement ce qu'on croit, on le laisse à deviner, et la finesse prend ainsi la place de la force. Ceux qui ont un génie vigoureux, pénèlient au fond des choses; mais, comme ils n’en disent mot, ceux qui ont l’esprit plus faible, s’habituent à tout effleurer et à n’entrer au fond de rien. Nécessairement il s’ensuit que beaucoup d’ouvrages prennent un caractère superficiel ou incolore. Il faut d’ailleurs l’avouer, presque toujours les écrivains qui aiment les affirmations tranchantes,ne font point ce qu’il faut pour en ramener le goût. Écrivant souvent sans réfléchir, ils prodiguent les amplifications vagues et les grands mots qui étourdissent, de façon qu’on préfère encore ceux qui, quoique trop réservés, se donnent au moins la peine de savoir ce qu’ils disent. De cette façon, à un excès de présomption a succédé un excès de timidité, et à une confiance immodérée de la
raison, une défiance exagérée de ses forces.
Sous l’empire de ces influences littéraires, le public s’est accoutumé à s’occuper des choses qui l’intéressent, sans les rattacher, comme il convient, aux grands principes d’où dépendent, en fin de compte, les actions des hommes et par suite la marche des évènements. A force d’entendre parler de ces principes comme de vérités théoriques n’ayant aucune application pratique, les hommes s en sont détournés ou y sont devenus indifférents.
Cette indifférence pour les intérêts purement spirituels est, il est vrai, le propre de notre époque dans plus d’un pays. Mais elle s est rencontrée en France avec un caractère particulier et plus grave, dont je crois voir le motif. La France a maintenu officiellement le culte catholique, et pourtant nulle part ce culte n’a été d’abord plus attaqué, ensuite plus délaissé Les autres peuples ont ou conservé le respect des antiques croyances ou adopté la Réforme. Là, comme en Espagne, l’intolérance et l’inertie spirituelle ont conservé la foi ; ici, comme en Angleterre, les anciens dogmes ont été interprétés par les sectes diverses, ou, comme en Allemagne, discutés par la science de la même façon que les questions historiques : de part et
2G LE MOUVEMENT LITTPÎRAIRE EN FRANCE
d’autre, les sentiments religieux ont survécu. En France, on les a ^ livrés à la risée de la- foule et on les a presque déracinés du cœur du peuple. Mais ceux même qui s’en moquaient, se gardaient de les , rejeter définitivement ; et ainsi il s’est fait que, tandis qu’ailleurs on ' repoussait tel ou tel dogme, la l'>ance en les conservant tous, perdait le sentiment religieux.
Quelques écrivains en renom, Frayssenous, de Maistre, de Bonald, de Lamennais ont, il est vrai, essayé de restaurer dans leur patrie la foi antique ; mais ils lui ont donné pour base le sensualisme, ' pour caractère la haine du libre examen, pour but le renversement des principes modernes. Là où Bossuet invoquait l’évidence rationnelle et provoquait la discussion, ils en ont appelé au consentement universel, à la tradition, au témoignage des sens, à ce qui se voit et s’entend, et ils comprenaient si peu ce qu’exige l’esprit de notre temps, que comme dernier argument ils invoquaient l’autorité des ^ pontifes romains. Quoi d'étonnant qu’ils n’aient pas réussi ? Obéis- t sant au même ordre d’idées, un prosateur épique pour rétablir le î
règne du christianisme dans les âmes, crut devoir décrire ses fêtes, |
ses pompes, ses institutions, sa liturgie, tout ce qui frappe l’imagination et parle au sens, et son entreprise eut tant d’éclat qu’on crut et qu’il put se figurer lui-même, qu’il avait atteint son but.
Pour rétablir la puissance de ce qui était, selon lui, la doctrine de l’Évangile, il avait pensé ne pouvoir mieux faire que de montrer qu’elle peut non moins que le polythéi.sme servir de ressort au théâtre et de sujet aux compositions littéraires. Alors, parce que Chateaubriand avait fait aux traditions chrétiennes celte injure de les mettre de niveau avec les mythes de Jupiter et d’Apollon, et parce que Napoléon avait enchaîné l’Église par le concordat, on pensa que le catholicisme avait reconquis son ancienne autorité.
L’esprit de religion reprit, il est vrai, quelque empire, mais c’était un empire contesté et souvent plus extérieur qu’intérieur. On s’éloigna de j)lus en plus des principes de l’Église française qui admettait une certaine indépendance, pour se soumettre aux intluences de Rome qui n’en admet aucune. Comme, d’autre part, l’esprit de liberté se développa et aspira à de nouvelles conquêtes, une opposition violente éclata entre ces deux tendances opposées.
La France de notre temps porte en elle, tout à la fois, les souvenirs du XVII® et ceux du XVIII® siècle, et ces deux doctrines ^
étant hostiles, il n’y a point pour les hommes actuels d’assiette
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE
solide ni de convictions entières. Les grands écrivains, c est à diie ceux dont la pensée devrait être le mieux affermie, sont ballottés d’un ordre d’idées à l’autre. Lamennais Lamartine, Victor Hugo, ;
Chateaubriand lui-même, le restaurateur du christianisme poétique, abandonnent peu à peu les croyances qui ont inspiré leurs premières œuvres. Or, si les plus en renom vacillent ainsi, quelles incertitudes ,, :
n’ébranlent point les autres ! Ce divorce de la religion et de la liberté produit une faiblesse que rien ne peut guérir, car notre , ^
époque ne peut s’habituer à vivre sans croyances religieuses, pas '
plus qu’à renoncer à ses espérances de liberté et de progrès. ^ ^ :
Partagés entre ces deux grands courants de doctrines qui s entre- :
choqueiU et se partagent le monde, les écrivains manquent souvent /
de cette force soutenue, nécessaire pour mener à bout les grands tra- ; i
vaux de l’esprit. Affaiblis par leurs propres variations, ils tombent dans l’indifférence qui est la mort de tout talent élevé. Au sein des États libres ou qui aspirent à le devenir, les convictions fermes sont plus nécessaires que dans les États despotiques. Dans ceux-ci, tout U
repose sur un ordre immobile et sur la volonté d’un souverain; dans ceux-là, au contraire, les institutions, n'ayant d’autre support ;
que l’opinion, ont besoin d’y trouver un roc solide et non un sable , ^
mouvant. A défaut de ce fondement, tout devient incertain, mobile ;
et croulant. Le sentiment de f instabilité universelle brise le ressort des âmes. Le découragement gagne, la passion de la vérité s’éteint i
pour faire place à la soif de jouir, et les lettres, après avoir été l’écho de plaintes parfois éloquentes et tragiques d’écrivains en proie au doute et à la mélancolie, tombent dans un déplorable affaissement et se traînent gâtées par la recherche, 1 enflure, 1 afféterie ou
la grossièreté. ^ ■
L’histoire littéraire d e ces dernières années prouve donc que l’on peut admettre, avec toutes les réserves qu’exigent de semblables affirmations, que c’est, comme nous le disions, le manque de foi qui a empêché le mouvement littéraire contemporain en France de pro- ‘ ,
duire tout ce qu’il promettait et ce qu’il aurait pu donner. La cause première mise en relief, les applications quon en peut faiie sont nombreuses. J’essayerai d’en indiquer quelques-unes. ■
La perfection de l’art exige du travail. Improviser un bon ouvrage | j
peut être l’effet d’une faculté sublime, mais toujours rare, et qui le
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE
devient chaque jour davantage. Il était peut-être donné jadis au génie de créer pour ainsi dire spontanément une œuvre durable. A l’époque de la jeunesse des races, où l’imagination domine chez le poète et chez les auditeurs, une heureuse inspiration suffit; mais quand l’humanité est arrivée à l’âge de raison où la prose règne, l’auteur est soumis à des conditions plus difficiles. Il faut qu’en un beau langage il exprime des idées justes et des sentiments vrais, sinon il ne mérite guère d’ètre écouté, et il ne le sera pas longtemps. D’ordinaire les œuvres qui passent à la postérité, sont le fruit d’efforts persévérants appliqués à féconder les dons de la nature. C’est une ancienne maxime, en fait d’art, que le temps ne respecte que ce qu’on a mis du temps à produire. Pour la poésie, il faut, outre l’inspiration, chercher la meilleure expression de la pensée, le meilleur tour de phrase, le mot propre, l’harmonie des cadences, satisfaire enfin à toutes ces prescriptions formulées par Horace et par Boileau, lesquelles, quoiqu’elles puissent paraître quelque peu surannées, n’en forment pas moins les règles immuables du goût. Pour la prose, il faut, de plus, afin de penser et de parler juste, une certaine force d’esprit que l’improvisation ne donne guère. En peinture même, où les facultés naturelles semblent suffire seules à faire les grands artistes, à quel long travail préparatoire ne se sont pas soumis les mieux doués, ceux dont le talent était le plus précoce et l’habileté la plus instinctive, un Rubens et un Raphaël par exemple? Ce qui naît du caprice d’un jour et de la fantaisie d’un moment, passe vite ; ce qui est appelé à durer, surtout à mesure qu’on s’éloigne des époques primitives, est d’ordinaire préparé avec réflexion, composé avec recueillement et achevé avec un soin persévérant. Il est donc nécessaire de travailler pour faire une belle œuvre. Mais tout travail exige des efforts et coûte de la peine. Pour prendre sur soi cette peine et pour faire ces efforts, il faut un mobile. Le mobile des actions de l’homme, quand il agit en tant qu’être raisonnable, se trouve dans l’idée qu’il a de sa destinée ici-bas et ailleurs. Ce sont les convictions arrêtées sur ce point qui font les résolutions fortes et les grands desseins menés à terme.
Dans les temps de foi, les écrivains agissent sous l’empire de la notion du devoir. Ils pensent k Dieu et cherchent une immortalité céleste. Au XVIIl® siècle, ils avaient pour but, comme le dit Voltaire dans sa première lettre à Frédéric, l’affranchissement du genre humain, et ils aspiraient à une immortalité terrestre Peu préoccupés de
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE
partager la béatitude des élus, ils désiraient au moins que leur nom leur survécût dans la mémoire des générations à venir, et ils voulaient remporter l’applaudissement des siècles.
De notre temps, ces mobiles ont perdu de leur puissance. Beaucoup d’écrivains en sont venus à considérer d’un œil philosophique la gloire posthume, cette vaine rumeur sur la langue des hommes. Ils parleraient volontiers de cet objet des vœux des auteurs d’autrefois, comme en parlait Saint Augustin : Perceperunt mercedem suam vani vanam. Et néanmoins, en jetant ce regard de dédain sur la vanité littéraire, ils ne s’élèvent point avec ce grand esprit dans la région des idées éternelles et de l’intérêt permanent. Le bonheur du genre humain et la gloire humaine n’occupent plus leurs âmes ; la notion du bien absolu et du devoir à remplir dans l’ordre universel ne les possède pas encore. Ils bornent leur intérêt dans le cercle de leur existence. En est-il beaucoup parmi eux qui épuiseraient leurs forces à écrire, comme Répler, un livre avec l’idée qu’il devrapeutôtre attendre deux cents ans son premier lecteur? Indifférents à la gloire céleste et à la gloire terrestre, il ne leur reste pour mobile que la poursuite d’un bonheur passager. Or, les vues limitées à cette vie et au seul intérêt individuel, sont des vues courtes: ce sont de faibles ressorts qui ne peuvent produire que des effets en proportion de leur force, c’est à dire de petits effets. 11 s’ensuit que le manque de foi ôte le grand motif qui poussait les hommes d’autrefois à se dévouer à une œuvre de longue durée et d’un succès lent .
Pour ceux à qui ce motif d’agir fait défaut, il en reste deux autres : le bruit à faire de son vivant et le profit qu’on en peut recueillir. Or tous deux sont également dangereux, surtout pour les jeunes écrivains. Et d’abord, il est à craindre que dans le désir d’arriver vite k la réputation, ceux-ci ne cherchent plutôt à captiver la faveur du public, qu’à se conformer aux règles de leur art et qu’ils ne se soucient moins du bon goût que du goût d’un jour. La mode agit sur eux, et eux à leur tour exagèrent la mode. Il s’ensuit que pour jouir de la vogue du moment, ils s’enrôlent sous la bannière d’écoles exclusives, qui sous des noms divers préconisent tantôt la fantaisie, tantôt l’imitation de la réalité et qui, n’ayant d’admiration que pour leurs spectateurs, s’inquiètent très peu de ce que réclament le bon sens et la morale. Comme il faut se hâter d’attirer les regards, on sera poussé à grossir la voix, on forcera les tons et on portera tout à l’extrême. Garder une juste mesure deviendra de la timidité, et
fl
LE MOUVEMENT LITTÉRAIRE EN FRANCE