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toute la poésie de la pleine mer vous saisit et vous ravit. C’était une merveille. Cette année, M. Mesdag s’est efforcé d’arriver à plus de consistance et de vigueur. La facture est devenue lourde, presque grossière ; la mer est opaque ; ce n’est plus la vague claire et profonde : c’est du chocolat liquide.
D’où vient que, quand on a voulu faire mieux, on a fait plus mal? Cela provient, je crois, de l’habitude prise de peindre d’après le système que j’appellerai de l’ébauche. Au lieu d’achever, de lécher, de peindre et de repeindre, et, en somme, de faire mou et exsangue, on a posé les couleurs en touches carrées, vigoureuses, hardies, enlevées, parfois heurtées et brutales, mais donnant certainement l’impression de la réalité. C’est le procédé qu’on trouve au plus haut degré de perfection dans Frans Hais. Sans contredit, cette tentative a fait faire un progrès à nos artistes, depuis quelques années.
Placez, à côté l’un de l’autre, un tableau de force moyenne, datant de vingt ou trente ans, et un tableau de valeur égale, mais récent, et le contraste sera frappant. Le premier paraît peint à l’eau de savon ; il manque de couleur et de consistance. Le second est solide, énergique, d’une tonalité puissante et colorée. Je ne puis mieux faire entendre ce que je veux dire qu’en priant de comparer une des anciennes marines de Clays avec celles qu’il peint maintenant. Mon observation ne s’applique pas, bien entendu, aux maîtres. Ainsi, les portraits de Navez et de Gallait, exposés l’an dernier, l’emportaient, même comme vigueur de couleur et puissance de relief, sur ce que l’on produit de plus fort aujourd’hui. Fait-on rien de plus réel, de plus vivant, de plus ferme que le Berlin d’Ingres, un pur dessinateur, disait-on ? Il n’en reste pas moins vrai qu’à considérer la manière de peindre, un progrès incontestable avait été fait, en comparaison, non des anciens, mais des œuvres de 1830 à 1850. Toutefois, il n’avait été obtenu, la plupart du temps, qu’en négligeant deux choses essentielles: le dessin et le rendu du détail. On se contentait d’une sorte d’ébauche, rendant fortement l’impression. De là, la théorie de 1’ « impressionisme ». Tous ceux qui maniaient 1e pinceau n’étaient certes pas « impressionistes », mais l’influence était générale, le goût du public pour la « modernité » aidant. Ai-je besoin de répéter ici encore qu’il faut excepter les vrais maîtres ? Ainsi, Stevens et Wautersont toute la fermeté de touche et de coloris de l’impressioniste le plus vigoureux, et, en même temps, le dessin, le rendu, l’achèvement du détail ne laissent rien à désirer.
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294 DE LA MODERNITh: DANS L’ART.
Mais peut-on se contenter de rendre une impression au moyen d’un faire lâché, mais énergique, et qui charme beaucoup, parce qu’il traduit d’une façon immédiate la personnalité de l’artiste? Je ne le crois pas, pour bien des motifs, dont en voici deux : d’abord, on est amené ainsi à sacrifier le dessin, base de tous les arts graphiques; ensuite, on tombe dans l’aquarelle.
Il me semble que nos artistes ne dessinent pas assez. Il suffit de feuilleter les cartons de dessins et d’esquisses des musées de Dresde, de Florence ou de Paris pour demeurer émerveillé de la masse énorme de travaux préliminaires qu’ont faits les artistes du xvi® et du xvii® siècle. Par exemple, que de dessins de Raphaël, mort si jeune! Et cependant on ne possède que la moindre partie de ceux qui sont sortis de sa main infatigable. Quel culte profond du beau ! quelle conscience, quelle recherche persistante de perfection ! Sur telle feuille de papier, le divin maître d’Urbino a recommencé seize fois le même trait. On ne le contestera pas : on ne travaille plus autant et aussi sérieusement qu’à cette époque. En tous cas, il est certain que la tendance récente a été de négliger le dessin en même temps qu’on sacrifiait le sujet : l’un tient à l’autre. Qui dira que ce n’est pas regrettable ?
Secondement, ai-je dit, 1’ « impressionisme » conduit à faire des aquarelles à l’huile. Nul, plus que moi, j’imagine, n’a le goût de l’aquarelle. J’y trouve une saveur pénétrante et intime. Les retouches étant interdites, tout est vif, franc, priraesautier. Vous avez le sentiment de la chose plus encore que la réalité. Rien n’est plus spirituel : cela émane directement de l’esprit de l’artiste et parle à l’esprit du spectateur. Ainsi, en regardant les charmantes aquarelles de M. LeGhait, j’éprouvais, dans toute sa force, l’impression delà nature éclatante et joyeuse de l’Italie méridionale. Oui, c’est bien là Capri, avec sa mer d’azur, ses rochers à pic d’ocre jaune, ses collines où se mêle le vert pâle et gris des oliviers à la verdure intense des orangers et ses maisons à terrasses arrondies dont le blanc intense reflète les rayons du soleil !
Si donc la peinture à l’huile ne doit pas aller au delà de l’impression, je préfère l’aquarelle, car elle est moins lourde, plus franche et moins chère.
Pour beaucoup d’artistes, l’habitude de s’en tenir à l’ébauche leur a gâté la main, et quand, comme récemment, ils ont voulu achever davantage et rendre le détail, ils se sont trouvés maladroits, très
empêchés. Celui qui a quelque pratique et l’instinct du coloriste, en arrive, sans trop de peine, à jeter sur la toile les masses, les plans et les tons qui rendent l’ensemble et qui plaisent beaucoup par la spontanéité du faire. C’est quand on veut finir, et reproduire la nature telle qu’elle est, que les difficultés commencent. On repeint, on empâte, on tourne au noir, on « s’empêtre », et le charme du premier
jet disparaît.
Ma conclusion est celle-ci : Il est dangereux de rechercher à tout prix la « modernité » ; on risque de tomber dans le parti pris, dans la « manière » et, ce qui est pis, dans l’affectation. Ce qu’il faut, avant tout, c’est redoubler de sérieux dans le travail. Conservez, dirai-je aux artistes, le procédé et la force de coloris que l’on a acquis dans ces dernières années; mais tâchez que ces qualités ne disparaissent pas, quand vous vous efforcez de pousser plus loin l’exécution. Cultivez davantage le dessin. Le dessin est l’honnêteté dans les arts, la base de toute reproduction fidèle de la nature et, par conséquent, de tout « réalisme » sincère. Dessinez beaucoup, afin de pouvoir au moins « camper » convenablement quelques figures, même sans modèles.
Enfin, ne négligez plus tant le choix des sujets. L histoire et les tableaux d’autel vous donnent des nausées, dites- vous. Voyez cependant comment Munkascky a su renouveler, en une toile qui a été comme une révélation, une scène du Nouveau Testament répétée a satiété. Si l’art doit conserver quelque importance comme élément de civilisation, dans les sociétés de l’avenir, ce n est pas en se bornant à être une gastronomie de l’œil pour quelques millionnaires amateurs : c’est en reprenant au sein des démocraties modernes la glorieuse mission qu’il a remplie jadis, dans l’incomparable république qu’ont immortalisée Platon, Sophocle et Phidias.
Revue de Belgique^ de Bruxelles, 15 janvier 1882.
Belle vicende delV Agricoltura in Italia, di G. Bertagnolli.
Firenze, G. Barbera, 1881.
Je préconise depuis longtemps l’alliance de l’histoire et de l’économie politique. Je suis convaincu que l’historien ne peut arriver à expliquer la marche de la civilisation, s’il néglige l’étude des faits économiques. La puissance d’un État dépend de sa population et de sa richesse. La population et la richesse sont déterminées par le développement de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, c’est-à-dire par des facteurs économiques.
En définitive, l’histoire de notre race, depuis les époques les plus reculées de l’âge de la pierre brute et de l’homme des cavernes jusqu’à l’épanouissement le plus complet de la civilisation, est, au fond, une question de boire et de manger, eine Magen-Frage (une question d’estomac), comme disent les Allemands. Avant de s’occuper d’art et de littérature, il faut subsister, et c’est pour la subsistance, puis pour la richesse, que les hommes, en réalité, se sont toujours battus, tribus contre tribus. Étals contre États, classes contre classes. La guerre est, aux yeux d’Aristote, un fait normal, car, c’est le moyen de se procurer des esclaves, et l’esclave est nécessaire au maintien d’un État civilisé, comme l’est maintenant pour nous la machine à vapeur. Le récit des guerres, qui composent presque exclusivement les annales de l’humanité, c’est l’image de la lutte pour l’existence, qui constitue la vie de tous les êtres animés. L’histoire n’est donc que l’économie politique en action. C’est ce que
M. Vanderkindere a si bien compris dans sa magistrale étude sur le siècle des Artevelde. Je trouve également une confirmation très instructive de ces remarques dans le livre où M. Bertagnolli (du ministère de l’intérieur de Tltalie) décrit les vicissitudes de l’agriculture de son pays.
Ce livre est le résultat d’études longues et approfondies. Chaque fait avancé est appuyé sur la citation des sources et des preuves. Les notes qui accompagnent chaque chapitre, offrent le plus grand intérêt. Seulement, comme elles sont très nombreuses, M. Bertagnolli a imité la méthode de l’économiste Roscher ; il les a toutes rejetées à la fin de chaque paragraphe. J’admets ce système pour les notes très longues, ainsi que l’a fait Tocqueville. Mais pour les autres, il est plus commode de les trouver au bas de la page à laquelle elles se rapportent.
M. Bertagnolli est l’auteur d’un écrit sur le métayage, qui est, je crois, le plus érudit qu’on ait publié sur cette matière. Le grand baron florentin Ricasoli l’a apprécié en deux mots charmants : Piccolo di mole, ma succoso di erudizione e di fatti. Dans son nouvel écrit, M. Bertagnolli trace une série de tableaux où se dessine nettement la situation de l’agriculture en Italie aux différentes époques, depuis les premiers temps jusqu’à nos jours. On y voit clairement l’influence qu’exercent la législation civile et les institutions politiques sur les progrès de l’agriculture. Celle-ci nous présente deux périodes de grande prospérité : la première aux beaux temps de la république romaine, la seconde vers la fin du moyen âge; et deux périodes de décadence : l’empire romain et la période espagnole. On voit ainsi que la liberté et l’autonomie ont favorisé la production agricole, et que la tyrannie et la centralisation l’ont déprimée. C’est une preuve nouvelle à 1 appui de la maxime de Montesquieu, que les pays sont bien cultivés, non en raison de leur
fertilité, mais en raison de leur liberté.
Je trouve dans le livre de M. Bertagnolli la confirmation d un fait qui m’a toujours péniblement impressionné chaque fois que j ai parcouru l’Italie: les hommes ont gâté le pays et diminué dune manière permanente sa puissance de production agricole, en déboisant les hauteurs. Il en est résulté que les montagnes dénudées se sont ravinées et ont perdu leur terre végétale, qui, entraînée dans les plaines, a transformé celles-ci, aux abords de la mer, en marais infectés de malaria. Les auteurs anciens parlent tous de la
beauté des forêts qui couvraient et ornaient les différentes régions de la Péninsule. Dans Athénée (Vil), Archestrate applique à l’Italie cette charmante épithète TrolvSk'jâpoç « la terre aux nombreuses forêts ». Théophraste parle de ses chênes innombrables (V, 9). Tout l’Apennin était couvert de pins magnifiques, comme le disent Pline (V, Epist., 6) et Silius Italiens (IV), Horace et Virgile font, à chaque instant, mention des beaux arbres de toute espèce qu’ils admirent, A l’endroit où s’élève aujourd’hui Turin, existait une immense forêt (Tite-Live, V, 34).
Une autre forêt s’étendait de Parme à la mer et poussait un puissant rameau de Lago jusque dans la Vénétie. Pérouse, Clusium et Rusella étaient entourées de grands bois de sapins (Müller, 237). Tite-Live dit que la forêt Ciminia, qui séparait le Latium de l’Étrurie, était aussi infranchissable que celles de la Germanie L Autour de Véies existait un vaste massif boisé qui allait jusqu’à la mer sous le nom de Silva Mesia. Rome avait enlevé cette partie de la forêt aux Étrusques, sous Ancus Martius. Denys d’Halicarnasse, dépeignant la richesse agricole de l’Étrurie, ajoute : « Mais ce qui excite surtout l’admiration, ce sont ses forêts, d’où l’on tire une grande quantité de bois de construction. » Slrabon (V) confirme ce témoignage, Pline, parlant de la vallée du Tibre, où il possédait une villa, dit que les montagnes y étaient couvertes d’antiques forêts et d’arbres gigantesques (V, Epist., 6). Vopiscus {In Aurel.) dit que l’Étrurie, tout le long de la voie aurélienne, formait « une contrée fertile et boisée * ».
Aujourd’hui, cette magnifique robe verte a été enlevée, et la terre dénudée est emportée par les pluies.
La chaîne des Apennins est formée en beaucoup de points, non de roches dures et résistantes, mais d’argile qui se délite et se fendille. Aucune plante, ni arbre, ni arbuste, pas même un brin d’herbe ne peut plus y prendre racine et s’y maintenir. Rien de plus triste que ces amas de boue solidifiée en perpétuelle déformation. C’est aux environs de Radicofani que j’ai vu l’exemple le plus frappant de ces lamentables aspects.
* 'Tite-Live, IX, 36. Silva erat Ciminia, magis tam invia atque horrenda quam nuper fuere Germanici saltus.
* Etruriæ per Aureliam usque ad Alpeis Maritimas ingenteis agri sunt, iique fertiles ac silvosi.
La Sicile était également très boisée. La chaîne de hauteurs qui s’étend parallèlement à la côte septentrionale, était, nous apprend Diodore, revêtue de superbes forêts de chênes et de lauriers. Les montagnes du Midi fournissaient aux flottes les bois de construction, et les rivières avaient assez d’eau pour les porter jusqu a la mer! Des auteurs du xvi« siècle parlent encore des énormes poutres,
immensœ magniiudine trabes \ q\i'oü ^rocnvaii.
Dans la Grande-Grèce, les forêts donnaient naissance à plusieurs rivières navigables dont les eaux toujours abondantes favorisaient l’irrigation * et portaient à un haut point la production des prairies. Ces régions sont maintenant désolées, mal cultivées, empestées par la fièvre paludéenne.
Pline ne se lasse pas de vanter la richesse forestière de Italie centrale Ici comme en Asie, comme dans la Germanie primitive, les bois étaient souvent consacrés à quelque divinité, et i s étaient ainsi conservés avec un respect religieux. Poui les mieux garantir, Ancus Martius les déclara propriété de l’Etat, et, du temps de la loi des Douze Tables, des magistrats spéciaux étaient charges
de veiller à leur conservation. .
M’appuyant principalement sur l’autorité décisive, à mon avis, de
Mommsen, j’ai soutenu, dans mon livre sur les Formes primitives de la propriété, que la terre était, chez les anciens peuples ita iques, possédée collectivement par les tribus, sauf la maison et le jai in attenant, lesquels étaient propriété privée, comme dans le type identique du mir russe actuel. Cette opinion a été vivement contestée par M. Fustel de Coulanges. Je suis heureux delà voir partagée par deux auteurs italiens également au courant de la matière , le sén^eui Panlaleoni et M. Bertagnolli, dans son livre récent. Aristote [PoL, VII, 10) parle de l’époque où les populations italiques passèrent du
^ Fazello, 1, 5. m i
* Licoph. in Cassand., 88. Virgile parle de Mantoue et de Tarente comme
des deux régions les plus riches en prairies :
Et quantum longis carpent armenta diebus,
Exigua tantum gelidus vos nocte reponet.
Pour l’irrigation dans la Grande-Grèce, voyez Micali, L’italia avanti il dominio di Romani. — Nazocchi, Comm. alli Tavole d’Eraclea, I, 80. — Denina, Rivoluzioni d*Iialiay T.
® Tara innoxii saltus. tain opaca nemora, tam mirifica silvarum généra, III, 5; II, Epist. 17.
régime de la chasse à celui de l’agriculture. Or, il est certain que les peuples chasseurs ne connaissent pas la propriété privée du sol, et il est évident aussi que celle-ci n’a pu s’établir que successivement, à mesure que les exigences d’une culture plus soignée la rendaient nécessaire. Trogus Pompeius(/n Justin., XLIII) signale une période où la propriété privée était inconnue et où tout était commun. Virgile peint une époque antérieure au régime pastoral {Æneid., VIII).
Quels neque mos neque cultus orat, nec jungere taures,
Sed rami atque asper victu venatus alebat.
Plus tard, le régime pastoral et agricole s’établit, mais les Aurunci cultivent encore en commun les terres que leur concèdent les Laurentins {Æneid., XI, v. 315).
Élianus {Natura anim., V., 9), parlant des habitants de Locre et de Reggium,dit qu'ils peuvent passer librement d’une terre à l’autre, pour s’y livrer à l’agriculture et au régime pastoral. La maison et le terrain contigu étaient seuls propriété privée de la famille. Virgile {Æneid., V), lorsqu’il fait mention de la fondation de la colonie troyenne d’Érice par Énée dit: Voyez, dans le même
sens, Zonar (Anna/., III). L’historien hébreu Joseph (1,5) appelle les premiers partages de terre « assignation de maisons ». Les deux jugera (environ 50 ares) qui, à l’origine, semblent être la propriété normale du Romain et qui étaient insuffisants pour faire vivre une famille, constituaient la portion du territoire collectif passé dans le domaine privé. Les annalistes étrusques rapportent que tout le territoire était réparti entre les tribus, les centuries et les curies, et que toute centurie comprenait deux cents jugera. Romulus, d’après Festus et Varron, avait rétabli le même système de répartition * : deux cents jugera pour cent citoyens.
Une tradition, qui n’a point d’importance historique, mais qui suffit pour établir l’ancienneté de la coutume, rapportait que le roi Cadmus avait assigné aux 600 compagnons d’Énée 1,^00 jugera, donc deux pour chacun *.
< Varro, 1. 10, ; « Bina jugera à Romulo primum divisa viritim. » Festus : « Romulus centenis civibus ducena jugera tribuit. » Voir aussi Pline, XVIII, 2.
* Annal. Cassio Emina in Solin. Pol. 2 ; et Victor, Orig, gentis Romance, 12, combiné avec un passage de Caton, De crig.
Indépendamment des deux jugera qui, comme dans nos campagnes, constituaient seulement le jardin cultivé, la terra salica, la famille romaine avait sa part dans la vaste étendue de Yager publi-
cus de la tribu d’abord, puis de la cité.
M. le sénateur Pantaleoni, dans son importante histoire de Rome S soutient également, en invoquant principalement à l’appui de son opinion, parmi les modernes, Niebuhr, Arnold, Bachofen, Puchta et Mommsen, que la terre est longtemps restée propriété collective de la tribu, sauf la maison et le terrain attenant.
11 trouve une preuve de la communauté primitive, dans les repas communs des membres de la curie, dont parle Denys d Halicarnasse *. La loi des Douze Tables conserve encore la trace de la propriété commune de la gens, car, à défaut du proximus agnatus, la gens est préférée aux autres agnats. In legilimis hæreditaiibus successio non est: Gentiles familiam habento^.
M Pantaleoni invoque un passage de Plutarque {In vit. Paul. Æmil.), où l’on voit toute la gens Aelia vivre dans une même habitation, pour prouver qu’il existait dans l’ancienne Italie des communautés « familiales n {Haus-communionen), comme celles que Ion retrouve encore aujourd’hui chez les Slaves du Danube et dans beaucoup de régions de l’Italie moderne. L unité économique est alors la famille patriarcale avec ses différentes branches.
La culture s’est perfectionnée d’abord, semble-t-il, en Étrurie. Elle a dû Y atteindre un très haut degré d’intensité pour soutenir la
commandaient la mer. Le froment italien était consiaere pai les Grecs comme très supérieur au leur. Sophocle, dans son Triptoléme, le met au-dessus de celui de tous les autres pays (Pline, Htst. nat., XVIII). Ermippe, contemporain de Périclès, en parle avec faveur (Athénée, 1, 27). En l’an 325, Athènes envoya Miltiade fonder une colonie dans l’Adriatique, afin de s’assurer son approvisionnement de blé *.
* Storia civile et costituzionale di Roma, 1881.
* Et curiæ, cum sacerdotibus, sacrilicia sibi attributa faciebant et una epulabantur, diebus festis, in curiali domo. Cœnaculum enim singulis curiis erat exstructum, et præter id, consecrata erat qusedam domus commuais omnibus curiis. Ipsaque cœnacula curiæ vocabantur et ad
banc usque ætatem appelantur. Dyon. Liv. II, 23.
* Cajus, III, 12, 22, 28, 87. Inst. Codem. c, , viv
* Bôkh Urhunden über dos Seevoesen des Athenischen titaats XI V.
La cullure de l’olivier était connue des Étrusques depuis une très haute antiquité, car on trouve des noyaux d’olive dans les dépôts profonds du limon du Pô. Vulsini était renommée pour son huile. Le lin était cultivé partout. Les chevaux d’Étrurie étaient recherchés et remportaient parfois des prix en Grèce (Denys d’Hal., V). Les troupeaux étaient très nombreux. A en croire une ancienne tradition italique, l’Italie aurait pris son nom du bœuf*. Théophraste (V, 9) nous montre une quantité innombrable de porcs s’engraissant dans les vastes forêts de chênes.
Les Étrusques savaient admirablement dessécher les terrains humides et irriguer les terrains secs. Ils avaient ainsi converti en grasses prairies les marais que les crues du Pô inondaient, et les eaux des ruisseaux, descendant des montagnes, étaient soigneusement recueillies et distribuées sur les plateaux inférieurs. Des fails d’une époque postérieure prouvent toute l’importance que l’on attachait aux irrigations.
Les Salasses, qui habitaient la vallée de la haute Doire, aux environs de la ville actuelle d’Aoste, retenaient les eaux pour faire des lavages d’or. Les cultivateurs de la plaine s’en plaignirent et une guerre en résulta. Les Salasses furent vaincus, et quarante mille d’entre eux vendus comme esclaves (Strabon, IV, 6).
Dans la Grande-Grèce et en Sicile, la culture était aussi perfectionnée que dans l’Étrurie. Elle était la base de cette richesse qui rendit célèbres les villes qui s’élevaient, dans cette région, sur les bords de la Méditerranée. Tout ce pays était plus peuplé alors qu’il ne l’a jamais été depuis. Les pâturages nourrissaient de nombreux troupeaux. Pindare, qui visita la Sicile 474 ans avant notre ère, appelle la Sicile d riche en bétail » . Elle exportait du vin
et du fi'omage en Grèce. D’après Diodore, le triomphe de la démocratie eut pour conséquence le partage des terres ; il s’ensuivit que la population des campagnes augmenta, ainsi que le produit de l’agriculture, comme cela eut lieu après la révolution française.
Quand la conquête romaine introduisit la grande propriété, le pays se dépeupla (Cicero, in Verr., II). Le froment et le bétail prirent le chemin de Rome, au lieu de nourrir les habitants. Cicéron vantait cette cruelle spoliation, tout en en accusant Verres : « Sine ullo sumptu nostro, coreis, tunicis, frumentoque suppeditato, maxi-
* Denique Italia a vitulis, ut scribit Piso. Varro, De re rustica, II, 9. lû Italia, quæ a bubus nomen habere sit existimata iTimeo in Varr.