‹ Essais et fantaisiesChapitre 15 sur 34 · LE LI-KI · texte numérisé non relu

LE LI-KI

(LE Ll-KI)

M. James Legge, professeur de chinois à Oxford, a fait paraître récemment les deux derniers volumes de sa collection des Classùjues chùîoù. 11 y avait vingt-cinq ans qu'il travaillait à cette savante })ublication, à laquelle l'avait préparé un long séjour à Hong-Kong et qu'il a exécutée selon toutes les règles de la critique moderne, en comparant les textes et en compulsant les commentateurs. Les deux volumes par lesquels se clôt la série contiennent la traduction du IJ-Kf\ OH rêf/lcs du rcrcmoniaL ouvrage faisant partie des livres sacrés de la Chine, Je connais peu de lectures plus curieuses, surtout si l'on a présents à l'esprit l'âge et l'origine des ditïérenls traités dont se compose le livre.

On se rappelle poul-cHic que Confucius, au vi'' siècle avant notre ère, avait été frappé de rcîsprit de fantaisie qui régnait dans son pays. Les rites et les usages lixés par les anciens sages chinois pour servir de discipline à leur peuple avaient été abandonnes, et rien n'avait été mis à la place, en sorte que chacun vivait à l'aventure. Il en était résulté de grands maux en tout genre. L'honnèle homme, n'ayant plus de « méthode » pour arranger sa vie, était semblable h « quelqu'un qui cherche toute la nuit, sans lumière, dans une chambre obscure ». Il ne savait comment se conduire, ni comment « brider le mal et compléter le bien » , en lui ou autour de lui.

Confucius pensait, comme le calludique, que l'homme ne |)eut se jiasser d'une discipline et

que nous avons tous besoin do sentir au-dessus de nous une autorité morale. Pour le catholique, l'autorité qui « bride le mal et complète le bien », c'est l'Eglise. Pour Confucius, dont la doctrine morale et philosophique no trouvait qu'un point d'appui fai])lo et insuffisant dans le dogme, l'autorité futTétiquetto, qui « forme et fixe le caractère ». Elle fait régner le respect dans toutes les classes de la société. Elle fournit au saiio « la bonne méthode », qui lui permet do bien ordonner ses affaires. Sans elle, un homme « ne sait que faire de ses mains et de ses pieds, ni comment se servir de ses yeux et de ses oreilles; il approche et s'en va, il salue et fait place, sans règles définies. C'est pourquoi, quand les règles du cérémonial sont négligées, la juste distinction entre jeune et vieux est perdue;... à la cour, la hiérarchie des charges et dos rangs est perdue ; à l'armée, les dispositions qui assurent la victoire sont perdues. De même, les maisons et les appartements n'auront plus les dimensions convenables;... la nourriture n'aura plus la saveur opportune;... les dilTérentes périodes du deuil n'exprimeront plus le chagrin convenable, etc. » Le salut do l'hommo est lUins un réseau serré de règles et de rites qui l'emprisonne dès sa naissance, jusqu'à la minute où sa tombe se

referme sur lui. En fixant d'avance nos actions les plus puériles, le cérémonial nous protège contre nos faiblesses et nos tentations. Il nous conduit par l'habitude à la vertu et même à l'héroïsme. Zang-zze, fils de Confucius \ étant expirant, quelqu'un fit remarquer que la natte sur laquelle il était couché était du modèle réservé aux grands officiers. Quelques- instances qu'on put lui faire, Zang-zze se fit aussitôt porter sur une autre natte, en disant : « Je n'ai besoin de rien que de mourir correctement. »

La Chine a cru Confucius, et ses destinées ont été fixées pour une longue suite de siècles. Le Li-Ki contient un code du cérémonial en quarante-six traités, conçu d'après la pure doctrine des anciens sages chinois, que Confucius se proposait de ressusciter, et composé par les disciples des « soixante-dix disciples », c'est-àdire des hommes de l'entourage immédiat du Maître, l'ayant beaucoup fréquenté et s'étant imprégnés de ses idées. Les quarante-six traités ont été écrits sans plan d'ensemble et à des dates différentes ; les noms de leurs auteurs sont presque tous inconnus ou incertains. Ils furent rassemblés et compib^s plusieurs siècles après.

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