LES IDÉES DE NAPOLÉON SUR LK MARIAGE
Napoléon poursuivait on veillant à ce qu'aucun de ses sujets ne restât célibataire. Je n'ai pas encore dit quel était ce but. Celait un but militaire. Napoléon visait à repeupler la France dépeuplée par ses guerres. La conscrij)tion des fdles ])réparail la conscription des garçons. Ce n'était pas si mal imaginé.
Lo RomandeGenJi compte au Japon parmi les chefs-d'œuvre de la littérature nationale. C'est un ouvrage classique de la belle époque, avant que la langue eût été altérée par le mélange du chinois, et au moment le plus brillant de la civilisation japonaise. Il a été écrit au x" siècle de notre ère, sur l'ordre de l'impératice régnante, par une dame de la cour nommée Murasaki, L'état de la société y est dépeint avec tant de vérité, que le Roman de Genji passe pour le meilleur livre d'histoire à consulter sur ces temps éloignés.
Le Japon jouissait alors d'une paix profonde. Les lettres et les arts florissaient ; une société cultivée et galante recherchait les plaisirs raffinés, ceux de l'esprit et les autres; l'empereur régnait paisiblement au milieu de sa noblesse. Très peu de temps après, l'état social décrit par
Murasaki s'efTondra. L'autorité impériale s'affaiblit, le régime féodal surgit et, avec lui, la barbarie. La civilisation fut balayée, les arts et les lettres disparurent pour ne renaître qu'au bout de sept siècles. Que l'on se représente notre xvn'' siècle suivi dans l'iiistoire par le IX* siècle, Louis XIV remplacé sur le trône par les successeurs de Cliarlemagne : aussi profond fut le bouleversement qui fit reculer le Japon si loin, que c'est à peine s'il a regagné le terrain perdu. En littérature au moins, les écrivains d'il y a mille ans attendent encore leurs successeurs. On écrit beaucoup aujourd'hui dans l'extrême Orient, on n'y pourrait citer un romancier à comparer à l'auteur de Genji.
Ce n'est pas que Murasaki s'entende à conduire une intrigue ou à imaginer des événements intéressants; mais elle sait observer, elle sait analyser les caractères et rendre compte des sensations; elle est historien sagace des mœurs et des usages, elle est moraliste sans principe de morale, par la connaissance du coMjr humain. Nous allons essayer do faire connaître d'après elle la haute société japonaise du x" siècle '.
1. M. Siiycmalz Kenchio a traduit en anf.'lais la première partie du roman, celle qui contient la jeunesse de Genji. C'est de sa traduction que nous nous servons.
l^n cmpprour du Japon avait une favorite qu'il préférait à toutes les autres, à cause de sa beauté, de sa douceur et de ses talents. Il passait cliaquc jour de longues heures à l'écouter jouer du koto '; le soir, ils regardaient le clair de lune ensemble; le matin, les courtisans attendaient vainement l'empereur à l'iieure du petit lever, en sorte (ju'ils murmuraient, et se vengeaient en jouant des tours à la favorite. La pauvrette n'avait j>as de parti à la cour pour la défendre. Sa naissance obscure lui aliénait les grands, jaloux de ce qu'elle avait usurpé la place qui aurait dii revenir à une de leurs lîlles, car la n(d)lesse japonaise ne pensait pas là-dessus autrement que la noblesse française du xvn" et
I Sorle (le cilliare.
du XYiir siècle. Ses préjugés étaient mènie encore moins grands, et elle appréciait à toute sa valeur lavanlage d'avoir une lille ou une suMireu faveur auprès du maître. Aussi le poste de favorite était-il, comme ù Versailles, le point de mire des intrigues et des am])ilions.
Le mécontentement de la noblesse avait g'agné le peuple. On s'apercevait que l'empereur négligeait les affaires de l'État pour sa maîtresse, et l'on s'en plaignait. D'autre part, on craig-nait qu'il ne désignât h; iils qu'il avait eu d'elle pour héritier présomptif du trône, et le bon sens populaire réprouvait ce choix. L'expérience avait enseigné au pays qu'un souverain puissamment apparenté par sa mère a plus de chances qu'un autre de posséder la force qui assure la tranquillité d'un règne. L'opinion |iul)li(jue était donc unanime à exig-er pour liéritier présomptif le fils dune aîicienne favorite, appartenant ;ï une famille influente.
Tant il y a que la pauvre Paulownia, qui do sa vie n'avait fait de mal à personne, succomba sous les tracasseries dont son impérial amant ne parvenait pas toujours à la préserver. Le chagrin lui doima une maladie de langueur et elle mourut, laissant l'empereur inconsolable. Le fils qu'elle lui avait flormé, le prince flenji, resta
a la cour, on son père le lil élever avec beancoup de soin.
Cette cour japonaise ilu x'' siècle rappelle {tar le raflinement des esprits, rélégance des mœurs, le luxe de la vie matérielle, ce que nous avons connu en Europe de plus parfait et de plus brillant. Les princes et les grands vivaient entourés de lettrés, de savants et d'artistes, que le rang leur faisait un devoir de surpasser en talent. On ne tenait pas pour suffisant qu'un noble fût capable de juger d'une pièce de vers ou d'une mélodie. Sa naissance lui faisait une obligation d'exceller indistinctement dans les choses sérieuses et dans les choses frivoles. Il devait être plus instruit que l'homme du commun, faire mieux les vers, danser avec plus de grâce, manier plus habilement le pinceau, la flûte et le koto. Les mœurs exigeaient que le premier par le sang fût le premier dans les tournois littéraires et dans les ballets, aussi bien qu'à la guerre et dans la conduite des alïaires de l'Etat.
L'éducation du gentilhomme commençait à l'âge de sept ans par la lecture et l'écriture. Le choix du premier maître était une grosse atïaire, car c'était à l'écriture que se reconnaissait la bonne éducation. Les jdus grands personnages
surveillaient eux-mêmes les jambages de leurs enfants. Le monarque qui possédait une belle main n'hésitait pas à se faire maître d'école pour les siens. L'empereur apprit lui-même à écrire au prince Genji, et plus tard le prince Genji, devenu homme, fit des modèles d'écriture pour une petite fille à laquelle il avait des raisons de s'intéresser,
La poésie était une partie non moins essentielle de l'éducation. Il était d'usage entre gens du bel air de se parler en vers, La prose n'était pas exclue de la conversation, mais on y mêlait à tout instant des quatrains ' improvisés, aux- (juels l'interlocuteur devait riposter à l'instant par d'autres quatrains, sous peine de passer pour un rustre. Cette mode, qui chez nous ralentirait beaucoup les conversations, n'embarrassait au Japon que les personnes tout h fait slupides et ignorantes. Filles et garçons étaient dressés dès l'enfance à l'improvisation. Les vers coulaient de leurs lèvres, chargés d'images poétiques et de gracieuses comparaisons. Les billets s'écrivaient en quatrains. On traçait des quatrains sur les éventails de ses amis; on se parlait à soi-même en quatrains;
1. Quelquefois dos (li>li(|iiop, mais rarcrnonl. Le (lualruin parait avoir ol6 le rnoiilc généralctneril cnii)l<jyc.
enfin je ne ponso pas qu'il y ail jamais eu une société plus profondément atteinte de la maladie de la versification.
A l'étude approfondie de la poésie venaient s'ajouter pour les enfants bien nés l'histoire, la littérature, la théologie, l'esthétique, la musique, le dessin, la danse et l'équitation. Le gentilhomme accompli ressemblait singulièrement à notre honnête homme du xvii" siècle, et les souvenirs de la cour du roi Soleil remontent en foule à la mémoire en lisant les descriptions de la cour de l'empereur, père de Genji. Les fêtes se succédaient au palais impérial comme à Versailles, coupées de même par des voyages à Suzak-in, le Marly du monarque oriental. Ktre du voyage de Suzak-in avait exactement la même signification et la même importance pour un Dainagon et une Niogo ' qu'être du voyage de Marly pour un Saint-Simon ou une Grignan. 11 y avait les mêmes émotions lorsque la liste des invités était rendue publique, les mêmes désappointements aigus pour qui n'était pas « nommé ».
Autre trait de ressemblance : les ballets étaient le divertissement favori de l'une et de