J. Priitoriiis
ifi ESSAIS ET FANTAISIES
ioinlit' sur elle, elle se dérobe et lui échappe. Il semble volera tire il'allt'; elle semble planer dans l'air... Enfin il l'a alleinle, il a saisi sa proie gracieuse. Elle lui tend la main de bon cœur, elle lui offre la couronne, })uis de nouveau s'enfuit railleuse et reprend sa danse. Jamais on nr vit plus benn coupli' et plus gracieux danseurs, et, quand ce fut fini, tous les hôtes battirent des mains. »
En général, on serait fort en itcine de décrire les danses de ces temps reculés. M. Bulimc pense que nos rondes d'enfants, avec leur mélang^e de chants et de jeux, sont ce qui s'en ra])proche le plus. A partir du xu" siècle le jour se fait, grâce aux Minnesinger, et la liste est longue des danses nobles ou populaires, marchées ou sautées, tournantes ou non tournantes, décentes ou libres, nationales ou importées, qui faisaient la joie du chi\teau et de la (•li.iumil'n'.Viiil la grande |teste du xiv" siècle, et l'A llemag ne fut saisie de la folie qu'on a appelée le .Mal de danse. Avec elle, il n'est plus question de divertissement. La (X'iir et le désespoir avaient tonnn'- les lètes, déiracpié les neii's. il s'agit d'une maladie nerveuse et contagieuse.
La peste noire, nonnnée aussi y)esle de Florence, est arrivée d'Orient en Eurojte en \'.\ÏH.
Lorsquolk' alloigiiitrAllema^ne, où deux mille villages furent entièrement dépeuples, on vit tout le long du Rhin do grandes troupes de gens parcourir les rues et les campagnes, précédés de musettes et dansant d'une manière sauvage. Tantôt ils sautaient et tournaient sur euxmêmes avec des gestes extravagants et des attitudes indécentes, tantôt ils formaient des rondes effrénées. Ils allaient, écumant, hurlant, hors d'eux, jusqu'à ce qu'ils tombassent évanouis. Plusieurs moururent en dansant. D'autres se brisèrent la tète contre les murs ou se jetèrent à l'eau pendant l'accès. Coups et supplications, exorcismes et remèdes, rien n'y faisait. Le Mal de danse, comme toutes les maladies nerveuses, disparut avec l'état moral et physiologique qui l'avait engendré. Les crises se prolongèrent, à intiTvalles irréguliers, juscjue dans le xv*^ siècle, où elles cessèrent peu à peu.
Elles avaient été accompagnées par un redoublement d'une autre variété de folie remontant au xni° siècle. Les llagellants, qui avaient presque disparu au commencement du xiv" siècle, reparurent, plus fanatiques que jamais, à la suite de la peste noire et sous l'influence de la détresse morale causée par cette effroyable calamité. Ils avaient adopté, pour accompagner
leurs processions, un air qui nous a été conservé tel qu'il se chantait dans les rues de Strasbourg, en 1349, avec accompagnement de coups de discipline sur les épaules en sang.
AIK DES FLAGELL.\NTS (13-49)
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