II. — L'AVOCAT
Dès ses débuts au barreau, Adolphe Du Bois fit preuve des plus grandes aptitudes professionnelles. Sa science juridique, son ardeur au travail le signalèrent à l'attention des chefs de la magistrature qui, à cette époque, étaient encore consultés pour les nominations judiciaires. En 1858 (i) Adolphe Du Bois fut nommé substitut du procureur du roi près le tribunal civil de Gand. En acceptant le poste qu'on lui offrait, en cédant aux exhortations de magistrats et d'avocats éminents, comme Lelièvre, alors président du tribunal de première instance, comme d'Elhougne qui brillait au barreau et au Parlement, Du Bois se conformait au vif désir de son père. Celui-ci avait rêvé de voir son fils entrer dans la magistrature et retrouver à Gand le siège que son grand père Beyens avait occupé avec tant de distinction sous l'Empire.
Le genre de travail que réclame le parquet plut au jeune magistrat; il y trouvait l'emploi de ses meilleures qualités : méthode, patience, observation. 11 aimait à raconter les instructions qu'il dirigea et comment sa jeunesse bouleversait les traditions de tel juge plus préoccupé de la manière dont il dînerait et de l'heure à laquelle se terminerait une descente, que de la découverte du coupable.
11 n'hésitait devant aucune fatigue pour réunir les preuves de la culpabilité, estimant, non sans raison, le prestige de la justice compromis autant par l'impunité assurée à des coupa-
(l) C'est par erreur que M. Schuermans fait remonter à 1856 l'entrée d'Adolphe Du Bois au Parquet de Gand; la nomination est du 12 octobre 1858.
blés ((ue par la faiblesse de la répression. Son séjour au parquet fut de courte durée. Une spirituelle niystilication, la publication d'un mandement apocryphe attribué au Cardinal archevêque de Malines, la révélation faite par un repris de justice du nom de son auteur, un débat ardent soulevé à la Chambre, des paroles peu réfléchies du ministre de la justice, amenèrent Adolphe Du Bois à donner sa démission, le 25 mars 1861.
« L'avenir de Du Bois était superbe dans la magistrature, « dit de lui un de ses contemporains, M. le Premier Président Schuermans(i); , ce n'était un mystère pour personne que l'emploi difficile de chef du parquet de Gand, lui était réservé en attendant les plus hautes promotions. Ces légitimes espérances s'évanouirent et Adolphe Du Bois rentra au barreau. »
Les attaques dont il fut l'objet continuèrent longtemps de la part du monde clérical; la blessure que Du Bois lui avait faite était trop cruelle pour être vite oubliée. Ce document était en efifet si habilement conçu et si bien rédigé dans le style des canonistes que, pendant quelque temps, ceux-ci cherchèrent à justifier le prélat auquel était attribué ce mandement apocryphe. Durant des années, par la voie des journaux, dans les placards électoraux, les adversaires de Du Bois répandirent contre lui des imputations odieuses. Il les dédaigna. Son âme était trop fière, son esprit trop élevé pour s'en inquiéter : il attendit patiemment l'heure à laquelle ses adversaires les plus hostiles désarmèrent devant le respect que commande la dignité sereine d'une vie droite et simple, d'une conscience délicate et impeccable.
Cette rentrée au barreau était dans ses désirs les plus chers. Adolphe Du Bois avait fait siennes, ces belles paroles de d'Aguesseau : < L'ordre des avocats est un ordre aussi ancien que la magistrature, aussi noble que la vertu, aussi nécessaire que la justice » et, ajoutait-il, en mêles rappelant, quand l'illustre chancelier de France écrivait cet éloge de notre ordre, le barreau n'avait pas encore été appelé à prouver son
(1) Belgique judiciaire, année 1900, p. 1091.