Ibid., p
4. C’est un fait curieux que, longtemps avant les scolastiques, les
physique du mot, qui constituent la caractéristique ordinaire du Mal, car le Mal est souvent compatible avec un parfait développement de ses forces particulières, ce qui est plus rare dans le Bien. La raison du Mal doit donc résider, non dans quelque chose de positif en général, mais dans le Positif le plus élevé que la Nature possède, ce qui est d’ailleurs conforme à notre manière de voir, telle que nous l’avons exposée plus haut. Leibniz s’emploie par tous les moyens à faire comprendre comment le Mal peut être le produit d’une privation naturelle. La volonté, dit-il, tend au Bien en général et aspire à la Perfection, qui a son degré le plus élevé en Dieu ; mais lorsqu’elle se trouve engagée dans la concupiscence des sens, qui comporte la perte des biens supérieurs^ c’est justement cet arrêt de la tendance au Bien qui constitue la privation que représente le Mal. Le Mal, penset-il, n’a pas plus besoin d’un principe particulier que le froid ou l’obscurité. Ce qu’il y a dans le Mal d’affirmatif n’y existe que par surcroît, comme la force et l’effectivité dans le froid; l’eau en se congelant fait sauterie vase le plus solide où elle est enfermée, et cependant le froid résulte d’une diminution du mouvement'. Etant donné cependant que la privation n’est rien en soi et que, pour devenir perceptible, elle a besoin de quelque chose dê positif, on se trouve en présence d’une diffièulté qui conpi^te à expliquer le positif dont on ne doit pas moins adrnèttfe’fa présence dans le Mal. Et comme Leibniz ne peut faire dériver ce positif que de Dieu, il se voit obligé de faire de Diéii * la cause du côté matériel du Péché et de ne voir un
premiers Pères de TÉglise, saint- Augustin surtout, aient déjà envisagé le Mal comme une simple privation. Voici un passage remarquable emprunté à Contra Jul. L. I, chap. iii : « Quaerunt ex nobis, unde sit malum ? — Respondemus ex bono, sed non summo, ex bonis igitur orta sunt mala. Mala enim omnia participant ex bono, merum enim et ex Omni parte taie dari répugnât. Haud vero difficulter omnia expediet qui conceptum mali semel recte forniaverit, eumque semper defectum aliquem involvere attenderit, perfectionem autem omnimodam incommunicabiliter possidere Deum ; neque magis possibile esse, creaturam illimitatam adeoque independentem creari, quam creari aljum Deum ».
I, Tentant. Theod., p. 242,
effet de privation originelle que dans son côté formel. Il cherche à illustrer ce rapport à l’aide du concept de force dhnertie naturelle, formulé par Kepler. C^est cette inertie, dit-il, qui constitue l’image parfaite d^une limitation initiale (antérieure à toute action) de la créature. Lorsque deux corps, de masse inégale, sont mis en mouvement par un mobile quelconque avec une vitesse inégale, la raison de la lenteur de mouvement réside, non dans le mobile, mais dans la tendance à l’inertie, propre et inhérente à la matière, c’est-à-dire dans la limitation et l’imperfection internes de la matière '.
Mais il convient de faire remarquer à ce propos que l’inertie elle-même ne doit pas nécessairement être considérée comme une privation, mais qu’elle peut aussi correspondre à quelque chose de positif, être par exemple l’expression de la force par laquelle un corps cherche à préserver son indépendance. Nous ne nions pas que la fmitude métaphysique ne puisse s’expliquer de cette manière ; nous nions seulement que la fmitude comme telle soit le Mal.
Cette explication s’explique, à son tour, par l’idée pour ainsi dire morte qu’on se fait du positif, en prétendant qu’il ne peut avoir pour antithèse que la privation. Mais il y a aussi une notion intermédiaire qui en forme la vraie antithèse et n’a presque rien de commun avec la négation pure et simple. Cette notion découle des rapports entre le Tout et les éléments, entre l’Unité et la Multiplicité. Le positif est toujours le Tout, l’Unité ; son opposé, c’est le Tout dissocié, la dysharmonie, l’ataxie des forces. Le Tout dissocié renferme les mêmes éléments que le Tout indivisé ; il n’y a entre eux aucune différence au point de vue matériel (sous ce rapport, le Mal n’est pas plus limité ou plus mauvais que le Bien), mais ils diffèrent au point de vue formel, représenté justement par l’essence ou le côté positif de l’un et de l’autre. C’est pourquoi il doit exister nécessairement dans le Mal, comme dans le Bien, un élément positif, mais dans celui-là il est opposé au Bien dont il transforme la température en dis-température. Reconnaître cette essence ou cet élément positif est, pour la philosophie