AVANT-PROPOS
On a réuni dans ce volume quelques Essais destinés à donner aux lecteurs français un aperçu des différents aspects de la philosophie de Schelling. Nous croyons avoir suffisamment fait ressortir dans notre Préface les caractères généraux de cette philosophie et son évolution, avec les liens qui en rattachent les différentes phases. Il semble en effet manquer à la philosophie de Schelling cette rigoureuse unité qui caractérise la pensée de Kant, de Fichte ou de Hegel. Mais nous avons essayé de montrer qu’il ne s’agissait là que d’une simple apparence. Ce qui manque à -la pensée de Schelling, c’est l’unité purement extérieure, qui permet d’embrasser d’un seul coup d’œil l’ensemble d’un système philosophique, d’en prévoir les développements une fois qu’on a pris connaissance de ses prémisses, de se faire une idée de l’édifice d’après les pierres qui ont servi à poser ses fondations. Tel n’est en effet pas le cas de la philosophie de Schelling. A l’époque où il était adepte enthousiaste de la Wissenschaftsiehre, de l’idéalisme de Fichte, il pouvait être difficile de prévoir sa rupture avec celui-ci, son orientation vers la Naturphilosophie, vers la philosophie de l’identité, vers l’idéalisme esthétique et théosophique. Mais, aujourd’hui, il est facile de se rendre compte qu’en s’éloignant de son point de départ et en s’engageant dans des voies nouvelles, Schelling, loin d’avoir rompu avec lui-même, n’a fait qu’obéir à la logique de son tempérament et aux exigences de son époque, tempérament et époque que nous avons essayé de caractériser dans la Préface. Et c’est cela qui confère à sa philosophie, à défaut de l’unité extérieure, une unité intérieure qui, nous voulons l’espérer, se dégagera, pour tout lecteur non prévenu, des Essais réunis dans ce volume.
Nous croyons utile de donner de brefs résumés des principaux articles que nous avons traduits, en suivant, autant que possible, l’ordre chronologique.
j) Idées pour une philosophie de la Nature.
2) Rapports entre le réel et l’idéal dans la Nature.
Du premier de ces Essais nous n avons traduit que rintroductioUj ayant pour titre: « Des problèmes qu’une philosophie de la Nature est appelée à résoudre et F Appendice à cette Introduction^ intitulé : « Die Weltseele, eine Hypothèse der Hôheren Physik zur Erklârung des allgemeinen Organismus » (L'âme cosmique^ hypothèse de la physique supérieure pour l’explication de l'organisme universel). On s’est demandé à propos de ces deux ouvrages^ dont le premier se rapporte à la Naturphilosophie, l'autre à l’idéalisme transcendantal^ lequel est antérieur à l’autre, non pas tant au point de vue chronologique qu’à celui de l’évolution des idées de Schelling. Il résulte cependant de certaines déclarations de celui-ci (dans la « Philosophie de la Mythologie y), par exemple) que c’est bien l’idéalisme transcendantal qui constitue le point de départ de l’évolution de Schelling vers la Naturphilosophie. Ce qui n’exclut d’ailleurs pas que l’élaboration du système de l’idéalisme transcendantal ne soit postérieur aux premiers travaux sur la Naturphilosophie qui ont pour ainsi dire servi de préparation à celui-ci.
y) Système de l’idéalisme transcendantal. — Nous n’avons traduit, de cet ouvrage, que 1’ « Introduction » et le chapitre final : « Déduction d’un organe général de la philosophie ou principales propositions de la philosophie de l’art d’après les principes de l’idéalisme transcendantal », ce chapitre très important, contenant les idées de Schelling sur l’art et sur ses rapports avec la philosophie, autrement dit les principaux éléments de son idéalisme esthétique. Dans ses ouvrages posthumes, Schelling parle lui-méme du système de l’idéalisme transcendantal comme d’une préparation à une autre philosophie qui apparaît déjà à travers -celui-là comme à travers une enveloppe. Car, dit-il, « la méthode utilisée dans l’idéalisme transcendantal, méthode objective, n’y avait encore reçu qu’une application limitée (au seul Moi). Cette méthode, consistant à faire d’une phase antécédente ou de ce qui naît à cette phase l’objet de la phase suivante, présente le moyen de s’élever des degrés les plus bas de la Nature jusqu’à l’homme et, de là, en passant par les différentes sphères de l’esprit humain, jusqu’à la dernière et suprême~Idée, jusqu’au sujet victorieux et maître de Tout. »
4) Philosophie et religion. — Dans cet Essai, publié en 1804, Schelling ébauche pour ainsi dire son orientation théosophique en montrant que le problème de la religion ne peut être résolu que par la connaissance. Il insiste sur la différence qui existe entre la religion ésotérique et la religion exotérique, celle-là à tendance monothéiste, celle-ci à tendance polythéiste. La tendance monothéiste s’est conservée dans les mystères qui ont seivi à maintenir le lien entre la religion et la philosophie, lien que la religion exotérique avait rompu. La religion, telle que Schelling la conçoit ici, contient, dit- il, tout le mystère du monde ; elle forme le lien invisible et caché qui rattache les choses à Dieu comme à leur source, à leur point d’aboutissement ; en elle se
PREFACE DU TRADUCTEUR
reflètent Thistoire du monde des esprits et du monde tout court, Tevolution de la nature^ et de rhumanite. Ainsi comprise, la religion se confond avec la philosophie, avec toute la philosophie, conception qui ne change rien à la philosophie de la nature ni à la philosophie de Pidentité, mais les localise et leur assigne des limites en les privant du rôle prédominant qu elles avaient joué précédemment dans les préoccupations philosophiques de Schelling.
j) Recherches PHiLOsoPHiquEs sur la nature de la liberté