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La suppression l’un par l’autre des mouvements opposés

3. Où l’objet est aperçu à la première phase du devenir ou du passage de l’indifférence à la différence. Les phénomènes du magnétisme sont justement de nature à nous inciter à adopter un point de vue

ESSAIS DE SCHELLÎNG

P) A la première phase, la dualité des produits réapparaît au sein de son identité, à la deuxième, l’opposition se décompose en ses facteurs qui se répartissent entre plusieurs corps différents (A et B). Du fait que l’un des facteurs de l’opposition devient relativement prédominant en A, l’autre en B, il se produit (d’après la même loi qu’en a), une gravitation des facteurs I’üaz par rapport à Fautre et, par conséquent, une nouvelle indifférence qui, lorsque l’équilibre se trouve rétabli, se traduit par une répulsion^. (Alternance d’attraction et de répulsion, deuxième phase, sous laquelle se manifeste la matière). — Electricité.

y) a la deuxième phase, l’un des facteurs du produit n’avait qu’une prépondérance relative^ ; à la troisième, cette prépondérance deviendra absolue ; l’opposition primitive entre les corps A et B est complètement rétablie ; la matière retourne à la première phase du devenir.

A la première, règne encore la différence pure^ sans substrat (car c’est d’elle seulement que naît le substrat), à la deuxième^ ce sont les facteurs simples de deux produits qui s’opposent, à la troisième, l’opposition est entre les produits eux-mêmes ; ici la différence est à la troisième puissance.

Lorsque deux produits s’opposent d’une façon absolue L c’est que dans chacun d’eux l’indifférence de la gravitation (grâce à laquelle le produit se maintient) est supprimée, et ils doivent graviter l’un par rapport à l’autre 4. (A la deuxième phase, il

situé au delà du produit, ce qui est nécessaire pour construire le produit.

1. Il en résultera une action opposée: attraction négative, ou répulsion. Répulsion et attraction se comportent comme grandeurs négative et positive. Répulsion = attraction négative; attraction = répulsion négative ; lorsque le maximum d’attraction est atteint, elle se transforme en son contraire : en répulsion.

2. Si l’on désigne les facteurs par électricité 4- et électricité — , la première aura, à sa deuxième phase, la prédominance sur la seconde.

3 . Lorsque ce ne sont plus les facteurs particuliers de deux produits, mais les produits eux-mêmes qui s’opposent d’une façon absolue.

4. Le produit est en effet quelque chose où l’opposition disparaît, mais seulement du fait de l’indifférence gravitationnelle. Lors donc qu’il y a opposition entre deux produits, il faut que dans chacun d’eux

n’y avait qu’une gravitation réciproque des facteurs, ici il y a gravitation des produits) ' . Ce processus entraîne donc tout d’abord dans son évolution le côté indifférent du produit, autrement dit les produits eux-mêmes. A une différence égale entre les produits correspond une indifférence inégale, si bien que la différence peut finir par une indifférence. (Jusqu’ici il n’a été question que de Tindifférence de facteurs simples, sans substrat ; ici, il s’agit d’une indifférence des produits). Cette tendance ne sera apaisée qu’après la formation d’un produit commun. Ce produit, en se formant, passe, des deux côtés, partons les intermédiaires situés entre les deux produits (par exemple, par tous les degrés intermédiaires de la pesanteur spécifique, jusqu’à ce qu’il trouve le point où il succombe à l’indifférence et devient produit).

Remarcjue générale.

Dans la première construction, le produit se présente comme identité ; cette identité se résout certes de nouveau en opposition, mais cette opposition n’est plus inhérente aux produits ; c’est une opposition dans la productivité elle-même. Le produit, en tant que produit, est identité. Mais à la deuxième phase, une dualité apparaît de nouveau dans la sphère des produits, et c’est seulement à la troisième phase que la dualité des produits devient, à son tour, identité 2. Nous avons, ici également, une progression de la thèse à l’antithèse, et de celle-ci à la synthèse. La dernière synthèse de la matière s’effectue dans le processus

l’indifférence soit absolument supprimée et les deux produits doivent graviter l’un par rapport à l’autre.

1 . Dans le processus électrique ce n’est pas le produit total qui est actif, mais seulement un facteur de ce produit, celui qui a la prédominance relative sur l’autre. Dans le processus chimique, caractérisé par l’activité du produit totale c’est l’indifférence du produit total qui doit être abolie.

2. Nous avons donc le schéma suivant du processus dynamique: phase : unité du produit — magnétisme.

2® phase : dualité des produits — électricité.

3® phase: unité des produits — processus chimique.

ESSAIS DE SCHELLÎNG

chimique, mais pour que la synthèse se poursuive au delà, il faut que le cercle se rouvre.

Nous laissons nos lecteurs tirer les conclusions de ce que nous venons d’exposer et juger dans quelle mesure les considérations qui précèdent peuvent contribuer à relier les uns aux autres les phénomènes de la nature. Pour ne donner qu’un exemple de l’interdépendance qui se trouve ainsi établie entre ces phénomènes, nous rappellerons que lorsque, dans le processus chimique, le lien de la gravitation se trouve relâché, le phénomène de la lumière qui accompagne le processus chimique dans sa plus grande perfection (comme processus de combustion), apparaît comme un phénomène singulier dont une analyse, poussée plus à fond, apporte une confirmation à ce que j’ai dit ailleurs, à savoir qu’c< il doit y avoir un lien mystérieux entre l’action de la lumière et celle de la pesanteur exercée par les corps centraux ». Cette indifférence de la pesanteur ne disparaîtelle pas en effet à chaque moment, étant donné que la pesanteur, toujours active, suppose cette disparition constante de l’indifférence ^ C’est ainsi que par l’action répartitive qu’il exerce sur la terre, le soleil a pour effet le retour général de la matière à l’opposition primitive (et, avec lui, la pesanteur). C’est cette abolition générale de l’indifférence qui nous apparaît à nous, êtres animés, sous la forme de la lumière ; il en résulte que là où cette indifférence est supprimée (dans le processus chimique) la lumière doit apparaître (pour nous). — C’est donc, d’après ce qui précède, une seule et même opposition qui, partant du magnétisme et passant par l’électricité, finit par se perdre dans les phénomènes chimiques'.

1. Les conclusions qu’on peut tirer de cette construction des phénomènes dynamiques ont déjà été indiquées par anticipation dans ce qui précède. Pour les rendre plus explicites, par exemple, nous croyons devoir ajouter ces quelques remarques qui suivent. — Le processus chimique, est, dans sa plus grande perfection, un processus de combustion. Or, j’ai déjà eu l’occasion de montrer ailleurs que l’état lumineux d’un corps en combustion n’est que le maximum de son état électro-positif. Car c’est toujours ce qui est électro-positif qui est combustible. Ne devons-nous pas tirer de cette coexistence du phénomène lumineux et du processus chimique, dans sa plus grande perfection, une conclusion appli-

Dans le processus chimique, en effet, tout le produit devient H- £ ou — £ (le corps électro-positif est, dans l’incombustibilité absolue, le plus combustible', alors que ce qui est absolument incombustible est la cause de la propriété éleclro- négative), et s’il est permis pour une fois de retourner la question, nous demanderons : les corps eux-mêmes sont-ils autre chose que de l’électricité concentrée (entravée)? Dans le processus chimique le corps entier se résout en -h £ ou en — £. La lumière est toujours une manifestation du facteur positif de l’opposition primitive ; aussi bien, lorsque l’opposition est rétablie, il y a pour nous lumière, parce que nous ne voyons que le facteur

cable à tous les phénomènes lumineux dans la nature ? — Qu’est-ce qui se passe en effet dans le processus chimique ? Deux produits entiers gravitent l’un vers l’autre. L'indifférence de chacun est donc absolument abolie. Cette abolition absolue de l’indifférence met le corps tout entier dans l’état lumineux absolu, de même que son abolition partielle dans le processus électrique le met dans un état lumineux partiel. C’est ainsi que la lumière qui nous parvient du soleil sera, elle aussi, à chaque moment, une simple manifestation de l’abolition de l’indifférence. Étant donné en effet que la gravitation ne cesse jamais d’agir, sa condition, c’est-àdire l’opposition, doit être considérée comme se rétablissant à chaque moment. Nous aurions ainsi dans la lumière une manifestation constante et visible de la pesanteur et, en même temps, l’explication du fait que ce sont justement les corps cosmiques, qui sont le siège principal de la pesanteur, qui sont également la source principale de la lumière, autrement dit une explication du lien existant entre l’action de la pesanteur et celle de la lumière, ainsi que celle de la nature de ce lien. — Les diverses influences de la lumière sur les déviations de l’aiguille magnétique, sur l’électricité atmosphérique, sur la nature organique se trouveraient ainsi expliquées par le fait que la lumière est une manifestation de la suppression constante de l’indifférence, donc une manifestation du processus dynamique sans cesse renaissant. — Il s’agit donc d’une opposition qui règne dans tous les phénomènes dynamiques : magnétisme, électricité, lumière; l’opposition, par exemple, qui est la condition des phénomènes électriques, doit déjà intervenir dans la première construction de la matière. Tous les corps ne sont-ils pas électriques ?

1. Ou, plutôt, au contraire: c’est toujours l’électro-positif qui est le plus combustible ; d’où il suit que le corps qui brûle a seulement atteint le maximum de -h £.

positif, alors que le négatif n’est qu’objet de sensation. — Si donc l’on admet un lien entre les déviations journalières et annuelles de l’aiguille magnétique et la lumière, ne pourrait-on pas admettre que, lorsque l’opposition se résorbe dans le processus chimique, la lumière soit la cause et le début de tout processus chimique ’

/I. II en est réellement ainsi. Qu’est-ce qui est absolument incombustible? Sans doute, ce qui produit la combustion de tous les autres corps c’est l’oxygène. Mais ce corps absolument incombustible qu’est l’oxygène, est justement et en même temps le principe de l’électricité négative, donc un principe lui-même négatif et, par conséquent, ce que j’appellerai un représentant de la force d’attraction tandis que le phlogiston ou, ce qui revient au même, l’électricité positive représente la force positive, ou de répulsion. Il est admis depuis longtemps que les phénomènes électriques, magnétiques, chimiques et même organiques sont reliés les uns aux autres, de façon à former un ensemble dont toutes les parties sont interdépendantes. Cette interdépendance doit être mise en lumière. Il est certes possible de démontrer par de nombreuses expériences l’affinité, le lien qui existe entre l’électricité et le processus de la combustion. J’en citerai une parmi les plus récentes. Lorsqu’on remplit une bouteille de Leyde avec de la limaille de fer et qu’on la charge et la décharge à plusieurs reprises, d’une façon répétée, la limaille de fer, extraite au bout d’un certain temps de la bouteille et déposée sur un isolateur (une feuille de papier, par exemple) commence à s’échauffer, devient bientôt rouge, ardente et se transforme en oxyde de fer. Cette expérience mérite d’être répétée et examinée de plus près, car elle pourrait facilement nous apprendre du nouveau. — Ce grand lien que la physique scientifique a pour tâche de faire ressortir s’étend à toute la nature. Il doit donc, une fois démontré, projeter une lumière nouvelle sur toute Vhistoire de la nature. C’est ainsi qu’il est, par exemple, certain que toute la géologie doit avoir pour point de départ le magnétisme terrestre. Mais c’est le magnétisme qui doit, à son tour, déterminer l’électricité terrestre. Les rapports d’interdépendance entre le nord et le sud sont démontrés par les mouvements irréguliers de l’aiguille magnétique. Mais il existe également une interdépendance entre l’électricité générale (qui, de même que le magnétisme et la pesanteur, a son point d’indifférence), d’une part, le processus de combustion, les phénomènes volcaniques, de l’autre. Il est certain, par conséquent, qu’une chaîne ininterrompue relie le magnétisme général ^ux mouvements volcaniques. Mais ce ne sont encore là que des expé-

UN SYSTÈME DE LA PHILOSOPHIE DE LA NATURE 40c)

f) Le processus dynamique n’est pas autre chose que la deuxième construction de la matière, et autant il y a de phases du processus dynamique, autant il y a de constructions primitives de la matière. Cette proposition est l’inverse de la proposition e)U Ce qu-e nous percevons du produit dans le processus dynamique est ce qui arrive au delà du produit aux facteurs simples de la dualité.

La première impulsion à la production primaire a sa source dans la limitation de la productivité par l’opposition primaire, opposition qui, comme telle (et comme condition de toute construction) ne se laisse plus discerner que dans le magnétisme \ la deuxième phase de la production est celle de l’alternance de l’expansion et de la construction qui, comme telle, n’est plus visible que dans l’électricité ; la troisième phase enfin est celle du passage de cette alternance à l’indifférence qui, comme telle, ne se laisse plus reconnaître que dans les phénomènes chimiques.

Magnétisme, électricité et processus chimicjiie : telles sont les catégories de la, construction primaire de la nature (de la matière) ; cette construction primaire nous échappe, est soustraite à notre intuition, alors que les autres sont ce qui demeure, ce qui est fixé, stabilisé : les schémas généraux de la construction de la matière.

Et, pour refermer le cercle au point dont nous sommes partis, nous dirons que, de même qu’en ce qui concerne la nature organique, le mystère de la production réside dans la succession de l’irritabilité, de la sensibilité et de l’instinct formatif dans chaque individu, de même la succession du magnétisme, de

riences isolées. — Ce qui nous manque pour mettre cette interdépendance en pleine évidence, c’est le phénomène central, ou l’expérience centrale, que Bacon avait déjà presséntie : expérience montrant que toutes les fonctions de la matière, magnétisme, électricité, etc., convergent vers un seul point, sans que Tune quelconque de ces fonctions se perde dans une autre, mais gardant chacune sa spécificité, expérience qui, si elle est réalisée, aurait pour toute la nature la même importance que celle du galvanisme pour la nature organique.

1. Preuve: tous les phénomènes dynamiques sont des phénomènes de passage de l’indifférence à la différence. Mais c’est justement à la faveur de ce passage que s’effectue la construction primaire de la matière.

ScHELLING. I ^

l’électricité et du processus chimique, telle qu’on peut la discerner dans chaque corps pris à part, constitue le mystère de la production de la nature par elle-même

Nous nous sommes ainsi rapprochés- de la solution de notre tache qui consistait à réduire à une expression commune la construction de la nature organique et celle de la nature inorganique.

La nature inorganique est le produit de la première puissance, l’organique de la deuxieme^ (c’est ce que nous avons établi plus haut, mais nous verrons bientôt qu’elle est le produit d’une puissance encore plus élevée) ; c’est pourquoi la nature organique apparaît, par rapport à l’inorganique, comme accidentelle, tandis que l’inorganique, par rapport à l’organique, apparaît comme nécessaire. La nature inorganique a pu avoir pour point de départ des facteurs simples, tandis que l’organique est issue de produits, devenus facteurs eux-mêmes. C’est pourquoi la nature inorganique apparaît, d’une façon générale, comme ayant toujours existé, tandis que l’organique a dû avoir un commencement.

Dans la nature organique l’indifférence ne peut pas se pro-

1. Chaque individu est l’expression de toute la nature. Tout comme l’existence de chaque individu organique, celle de la nature entière repose sur cette hiérarchie. La nature organique n’obtient toute la richesse et toute la A^ariété de ses produits qu’en changeant sans cesse les rapports entre ces trois fonctions. — De même, la nature inorganique n’obtient toute la richesse de ses produits qu’en changeant à rinfini les rapports des trois fonctions de la matière ; car magnétisme, électricité et processus chimique sont des fonctions de la matière en général et, pour autant, des catégories pour la construction de toute matière. Le fait que ces trois fonctions sont des manifestations non de matières particulières, mais de la matière en général, exprime le sens propre et le plus profond de la physique dynamique, celui qui l’élève bien au-dessus de toute autre physique.

2. Le produit organique ne peut en effet être pensé que comme subsistant sous les assauts d'une nature extérieure.

duire de la même manière que dans l’inorganique, car des obstacles incessants s’opposent à son passage à l’indifférence (au passage absolu de la productivité au produit), ce qui donne lieu à un état qui semble comme, arraché à la nature, comme obtenu d’elle par la force.

Du fait de l’organisation, la matière à laquelle le processus chimique donne une seconde composition, se trouve ramenée au point initial de la formation (le cercle que nous avons décrit plus haut se rouvre); rien d’étonnant si la matière, ramenée ainsi constamment au point de la formation initiale finit par se réaffirmer sous la forme du produit le plus parfait.

La production organique parcourt les mêmes phases que la production primitive de la nature, à la seule différence près que celle-là débute, dès la première phase, par des produits qui sont tout au moins de l’ordre de la simple puissance. La production organique débute, elle aussi, par la limitation, non toutefois par celle de la productivité primaire, mais par celle de la productivité d’un produit] et si la formation organique s’effectue à la faveur d’une alternance de contractions et d’expansions, cette alternance a lieu, non dans la productivité simple, mais dans la productivité composée.

Mais tout ceci existe également dans le processus chimique, ce qui ne l’empêche cependant pas d’aboutir à l’indifférence. Aussi le processus vital doit-il faire partie d’une puissance supérieure à celle du processus chimique ; et si dualité est le schéma de celui-ci, triplkité sera le schéma de celui-là (qui sera ainsi un processus de troisième puissance). Mais comme triplicité est en réalité le schéma du processus galvanique (ou du processus d’excitation), on peut dire que le processus galvanique (ou d’excitation) est une puissance supérieure d’un degré à celle du processus chimique, et c’est ce troisième degré manquant à celui-ci et existant dans celui-là qui empêche le produit organique d’aboutir à l’état d'indifférence.

Comme l’excitation empêche chaque produit de tomber dans l’état d’indifférence, et étant donné que l’opposition n’en existe pas moins (c’est l’opposition primitive qui nous suit toujours), il ne reste à la nature pas autre chose à faire qu’à effectuer la séparation des facteurs dans des produits différents. Aussi la for-

mation de chaque produit ne peut-elle jamais être une formation achevée, et le produit ne peut pas cesser d’être productif. La contradiction de la nature consiste en ce que le produit doit être productif (être un produit de la troisième puissance et, cependant, tout en étant un produit de la troisième puissance, il doit passer à l’indifférence).

La nature cherche à résoudre cette contradiction en s’appliquant à obtenir l’indifférence par l’intermédiaire même de la productivité ; mais en cela encore elle échoue, parce que l’acte de la productivité est l’étincelle qui allume un nouveau processus d’excitation ; le produit de la productivité est une nouvelle productivité. C’est à elle qu’aboutit la productivité de VindividUy comme à son produit. L’individu peut donc cesser, plus ou moins rapidement ou lentement, d’être productif, mais alors le produit cesse, lui aussi, d’être de troisième puissance, et la nature n’atteint avec lui le point d’indifférence qu’après en avoir fait un produit de deuxième puissance '.

I . Rien ne démontre mieux dans quelles contradictions se débat la vie et comment celle-ci n’est autre chose qu’un produit plus élevé de forces naturelles ordinaires, que la contradiction que la nature cherche à résoudre, sans y parvenir, par les sexes. La nature hait la sexualité et, toutes les fois que celle-ci s’affirme, cela se fait contre sa volonté. La division en sexes est un sort inévitable auquel, une fois devenue organique, elle est obligée de se résigner, et qu’elle ne peut surmonter. Du fait de cette haine pour la division, elle se trouve engagée dans une contradiction qui fait qu’elle est obligée de donner la formation la plus parfaite à ce qu’elle hait et de le porter au sommet de l’existence, comme si elle y tenait tout particulièrement, alors qu’elle ne cesse d’aspirer au retour à l’identité de l’espèce qui se trouve cependant liée, comme à une condition inévitable, à la dualité (impossible à supprimer) des sexes. Comme c’est seulement contrainte et forcée, et en vue de l’espèce, qu’elle forme l’individu, il est clair que toutes les fois qu’elle semble vouloir conserver plus longtemps l’individu d’une espèce (nous disons: semble, car elle ne le veut jamais réellement), l’espèce devient moins sûre, puisque les distances séparant les générations augmentent et que celles-ci semblent se fuir ou s’éviter les unes les autres. Dans cette région de la nature la disparition de l’individu est moins visiblement rapide que là où les générations sont plus rapprochées, comme dans les cas de la fleur vite fanée qui, dès sa naissance,

Et maintenant, quel est le résultat de tout ceci ? La condition du produit organique (aussi bien qu’inorganique) est la dualité. Sans doute, mais un produit n’est un produit organique productif que parce que sa différence ne se transforme jamais en indifférence.

Il est, par conséquent, impossible de réduire à une expression commune la construction du produit organique et celle du produit inorganique. Il s’agit là d’un faux problème, qui, comme tel^ ne comporte pas de solution. Ce problème implique en effet une opposition entre le produit organique et le produit inorganique, alors qu’en réalité le produit organique représente seulement une puissance supérieure à celle de l’inorganique et résulte de Faction des mêmes forces que celles qui ont donné naissance à ce dernier, mais portées à une puissance supérieure. — La sensibilité, l’irritabilité et l’impulsion formative sont impliquées dans un seul et même processus, qui est celui de l’excitation (le galvanisme les affecte tous), mais s’ils ne sont que les fonctions supérieures du magnétisme, de l’électricité, etc., il doit exister également pour ceux-ci une synthèse supérieure dans la nature, mais seulement dans la nature considérée comme un tout absolument organique.

Tel est aussi le résultat auquel doit aboutir toute science véritable de la nature, à savoir que la différence entre la nature organique et la nature inorganique n’existe à l’état d'objet que dans la nature et qu’en tant que primitivement productive celleci plane au-dessus de l’une et de l’autre.

Il nous reste encore une remarque à faire, non à cause de son intérêt intrinsèque, mais pour justifier ce que nous avons dit

repose dans son calice comme dans un lit nuptial, ce qui est mieux fait pour assurer la pérennité de Fespèce. — La nature est Fanimal le plus paresseux, et elle maudit la division à cause de l’activité qu’elle lui impose ; elle ne cherche qu’à se soustraire à cette contrainte. Les opposés, les contraires doivent se fuir éternellement, pour se chercher sans cesse ; et ils doivent se chercher sans cesse, sans jamais se retrouver. C’est dans cette contradiction que réside toute la raison de l’activité de la nature.

plus haut concernant les rapports entre notre système et ceux qui ont été connus jusqu’ici sous le nom de dynamiques. Lorsqu’on se demande en eflfet sous quelle forme se présentera à la réflexion T'opposition primitive, supprimée dans la production, plutôt fixée dans le produit, on ne saurait mieux désigner ce que, par l’analyse, on trouve de cette opposition dans celui-ci qu’en disant que ce sont des forces d'expansion et de contraction (ou de retardement), auxquelles s’ajoute une troisième force qui est celle de la pesanteur et que c’est seulement grâce à elle que celles-là deviennent.

Mais cet aspect ne vaut que pour la réflexion ou \ analyse et ne saurait être utilisé pour la synthèse, de sorte que notre système s’arrête justement là où la physique dynamique de Kant et de ses successeurs commence, à savoir à l’opposition qui se trouve dans le produit.

Ceci dit, je soumets ces premières raisons justificatives d’une physique spéculative aux têtes pensantes de notre époque, en les priant de ne pas les prendre à la légère, mais d’y appliquer toutes leurs forces et toutes leurs connaissances et d’utiliser au besoin les circonstances extérieures, pour substituer, si possible, leur conception à la mienne.

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