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DES RAPPORTS ENTRE LE RÉEL ET L’IDÉAL DANS LA NATURE

(Chapitre extrait du traité : Die weltseele, eine Hypothèse

DER HÔHEREN PhYSIK ZUR ERKLARUNG DES ALLGEMEINEN

Organismus — Tome II, pp. ^$9-378.)

De toutes les choses, la plus obscure est la matière. D’après certains, elle serait l’obscurité même. Et pourtant c’est de cette racine obscure et inconnue que sortent toutes les formations et tous les phénomènes vivants delà Nature. Sans la connaissance de cette racine la physique manque de base scientifique, et à la science rationnelle manque le lien qui unit l’idée à la réalité./ Je ne considère la matière ni comme indépendante de TUnité absolue, dont elle ne serait que la Substance, ni comme quelque chose d’inexistant ; je partage plutôt, d’une façon générale, l’opinion que Spinoza avait exprimée, dans une de ses lettres, en réponse à la question de savoir si l’on peut déduire a priori l’étendue (au sens cartésien du mot) de la vérité des.choses corporelles ; je vois plutôt dans la matière un attribut: je vois plutôt dans la rnatièreun attribut qui exprime l’infinie et éternelle essentialité. Etant donné toutefois que chaque partie de la matière doit être en soi l’image de l’Univers entier, on ne peut pas la considérer comme un seul attribut exprimant l’essentialité infinie, mais comme l’ensemble de pareils attributs. Qu’il existe au fond de la matière une opposition, une dualité, c’est ce que les Anciens avaient déjà en partie soupçonné, en partie reconnu. Que cette dualité

ESSAIS DE SCHELLÎNG

se trouve dépassée par un troisième principe et que la matière représente ainsi une triplicité close et identique en soi, c’est ce que tout le monde répète aujourd’hui, depuis que les recherches se sont orientées de ce côté. Cependant la profondeur de cette question exerce sur ceux qui l’abordent un charme irrésistible et ne cesse de les attirer, du moins tant qu’ils ne s’imaginent pas, comme c’est le cas, me semble-t-il, aujourd’hui, l’avoir complètement élucidée. Aussi ne crois-je pas faire œuvre inutile et indésirable pour ceux qui cherchent à comprendre, en donnant ici un simple exposé des résultats de mes recherches sur les principes dont la matière, au sens complet du mot, est l’aboutissement final. Ces principes sont nécessairement ceux de la Nature totale et, en dernier lieu, ceux du Tout lui-même, si bien que les recherches sur la matière seraient peut-être susceptibles de nous révéler le mécanisme intime de l’Univers, en même temps que les principes les plus élevés de la philosophie.

Déjà un premier coup d’œil sur la matière nous révèle que, tout comme l’Univers dans son ensemble, elle n’est pas autre chose, et ceci est de la plus haute importance, que ce que nous retrouvons dans la raison^ à savoir l’éternelle unité de l’infini et du fini. Nous reconnaissons dans les choses, en premier lieu, leur essentialité pure qui s’explique elle-même et n’a par conséquent pas besoin d’être expliquée autrement. Mais cette essentialité^ nous ne l’y appréhendons jamais à l’état isolé, mais toujours et partout à l’état de merveilleuse union avec ce qui ne pourrait exister par soi-même et est seulement illuminé par l’être, sans jamais pouvoir devenir essentialité. C’est ce que nous appelons la Finitude ou la Forme.

L’infini ne peut pas venir s’introduire dans le fini, car il devrait alors sortir de lui-même et cesser, par conséquent, d’être rinfini. Il est tout aussi impossible que le Fini s’introduise dans l’Infini, car cela supposerait qu’il existe avant celui-ci, alors qu’il ne devient quelque chose ^qu’en s’identifiant à l’Infini.

Il faut qu’une certaine nécessité originelle et absolue préside à leur réunion, à supposer que celle-ci soit réelle.

Tant que nous n’aurons pas trouvé d’autre terme, nous appellerons cette nécessité lien absolu, ou copule.

Il est évident en effet que c’est ce lien qui, dans flnfini lui-

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même, constitue l’Infini réel et véritable. Il ne serait pas absolu, s’il se trouvait en présence du Fini ou du Néant. Il n’est absolu qu’en tant que négation absolue du Fini, qu’en tant qu’affirmation absolue de lui-même sous toutes les formes, donc qu’en tant que ce que nous avons appelé la copule infinie.

Il est également évident que la raison ne serait pas à même de reconnaître ce qui est absolu véritablement et sous tous les rapports, si elle ne concevait l’Infini que comme une opposition au Fini.

Si donc il est dans l’essence de l’Infini de s’affirmer sous la forme du Fini, c’est également cette forme, étant donné qu’elle n’existe que grâce au lien unissant les deux, qui doit être l’expression de l’Infini.

Aussi nécessaires et éternels que l’Infini et le Fini sont le lien qui les unit et la forme qui en résulte, car l’unité et l’existence simultanée de l’un et de l’autre^ du lien et de la forme ne constituent, à leur tour, que l’expression réelle et supérieure de la première unité. Le lien une fois posé disparaîtrait, si la forme, c’est-à-dire l’Infini dans le Fini, n’était pas posée en même temps.

Mais le lien et la forme ne sont pas deux réels différents ; l’un contient la même chose que l’autre ; ce par quoi la forme diffère du lien est inexistant, car l’essentialité consiste justement dans l’absolue identité de l’Infini et du Fini, donc aussi dans celle du lien et de la forme.

Nous ne pouvons reconnaître entre le lien et la forme aucune autre différence que celle que nous pouvons trouver dans la loi d’identité (qui exprime comme étant éternel le lien existant entre le sujet du prédicat et le prédicat lui-même), selon que notre réflexion porte soit sur l’égalité absolue^ la copule ellemême, soit sur le sujet et le prédicat, posés comme identiques et, de même que ceux-ci sont inséparables de celle-là^ la forme est en général inséparable du lien.

Le lien exprime dans la forme sa propre essence qui existe dans l’identité. Cette essence peut en conséquence être considérée comme son empreinte. Mais si j’enlève à celle-ci ce dont elle est l’empreinte, il ne reste que les propriétés purement inessentielles, celles notamment qui ne sont qu’un simple calque.

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des schémas vides ; il en résulte que le lien lui-même et l’empreinte sont, non des choses différentes^ mais soit une seule et même essence envisagée de façons différentes, soit l’un une essence vraie, l’autre une non-essence.

11 s’agit de la même différence que celle que certains ont établie entre Esse substantiae et Esseformae et qui, comme il est facile de s’en rendre compte, est une différence idéelle, non réelle.

Nous pouvons essentiellement définir le lien comme l’amour infini de soi-même (qui constitue ce qu’il y a dans les choses de plus élevé), comme le désir infini de se révéler, mais nous ne le pouvons qu’à la condition de penser l’essence, non comme différant de ce désir, mais comme étant au contraire ce « vouloirsoi-même ».

C’est cette affirmation de soi-même qui, indépendamment de la forme, constitue l’Infini qui ne peut par conséquent jamais et nulle part devenir fini.

Mais l’Absolu n’est pas seulement un vouloir-soi-même : il est un vouloir-soi-même sous des modalités infinies, sous toutes les formes, à tous les degrés, à toutes les puissances de la réalité.

L'empreinte de cet infini et éternel vouloir-soi-même est le monde.

Mais si, dans cette empreinte qu’est le monde nous recherchons ce qu’elle tient du lien et en quoi elle lui est égale, c’està-dire ce qu’elle a de positif, sans tenir compte de ses propriétés inessentielles, nous trouvons qu’elle ne diffère en rien de l’Absolu, qu’elle n’est que la copule en voie d’extension et de développement incessants.

Et ici nous nous trouvons en présence de la première phase de son développement.

L'Univers, c’est-à-dire l’infinité des formes, dans lesquelles s’affirme l’éternel lien, n’est Univers, totalité réelle, que grâce à ce lien, c’est-à-dire à l’unité dans la multiplicité. La totalité exige donc l’identité et ne saurait en aucune façon être pensée sans celle-ci.

Mais il serait également impossible que le lien reste un dans le multiple, c’est-à-dire ne devienne pas multiple lui-même, s’il n’était pas lui-même multiple dans son Unicité, autrement dit

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s’il n’était pas lui-même une Totalité. L’Unicité du lien suppose donc nécessairement sa Totalité, et ne saurait être pensée sans elle.

Identité dans la Totalité. Totalité dans l’Identité : telle est donc la nature originelle du lien. L’une est inséparable de l’autre et, loin de conférer au lien un caractère de dualité, l’identité et la totalité, ainsi fondues, en assurent au contraire la parfaite et vraie unité.

L^origine réelle des choses ne peut être expliquée ni par l’identité seule, ni par la totalité seule, mais par leur fusion totale en tout et partout, ainsi que dans le lien lui-même. C’est de l’identité dans la totalité et de la totalité dans l’identité que dépend la détermination complète de tout ce qui est réel.

Les formes par lesquelles le vouloir éternel se veut lui-même sont, envisagées en soi, multiples; la multiplicité est donc une propriété des choses considérées en dehors du lien ; mais elle n’ajoute rien à la réalité des choses et ne renferme rien de positif. Le lien est l’unité dans la multiplicité des choses et, pour autant, la négation de la multiplicité comme telle.

Dans l’antiquité, on disait de Dieu qu’il est centre partout, même à la périphérie, et qu’il n’est, par conséquent, périphérie nulle part. On peut dire; au contraire, de l’espace qu’il est périphérie partout, et centre nulle part.

L’espace comme tel est la simple forme des choses sans le lien ; il est le solidifié sans le solidifiant. D’où son inessentialité qu’il révèle lui-même, puisqu’il est dépourvu, tel qu’il est, de force et de substance. Qu’on ne nous demande pas d’expliquer l’espace, car il n’y a rien qui soit à expliquer à son sujet, ni de dire comment il a été créé, car ce qui est dépourvu d’essence n’a pas pu être créé.

Le lien, en tant qu’identité et égalité dans la multiplicité de la forme, nie cette multiplicité comme existence en soi et il nie en même temps que l’espace soit la forme de cette existence en soi.

Ce lien, qui rattache toutes les choses les unes aux autres et constitue l’un dans le Tout, est représenté dans la Nature par la pesanteur.

Mais tout en niant l’espace en tant que forme de l’existence en

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soi, le lien représenté par la pesanteur pose l’autre forme de la Finitude : le temps, qui n’est autre chose que la négation de l’existence en soi en général et qui, au lieu de résulter de la particularité des choses, est plutôt l’expression de l’Un opposé au Multiple, de l’éternel opposé au non-éternel.

Le lien, éternel en soi, devient dans la forme, comme forme, le temps. Car la forme comme telle n’est toujours que cela= B ; mais le lien, en tant qu’essentialité de B, est en même temps l’essentialité, la copule indivisible de toutes choses.

C’est pourquoi la forme (le liéj est pour ainsi dire débordée par l’éternel (le lien), comme simple accident, et posée dans le temps. Or, est temporel tout ce dont la réalité est débordée par l’essence ou dont l’essence contient plus que ne peut contenir sa réalité.

Le lien du Tout étant en même temps, en vertu d’une nécessité inéluctable, l’essence de toute forme particulière, anime celle-ci directement ; l’animation consiste dans la pénétration du Tout dans le particulier. On dit que l’aimant anime le fer en l’attirant. Mais n’est-ce pas par suite d’une animation directe que chaque corps, sans cause visible, comme par un effet de magie, se trouve attiré vers le centre.^ Cette animation du particulier par la copule du Tout peut cependant être comparée à l’animation du point lorsqu’on se le représente intégré dans la ligne ; mais pénétré du concept du Tout qui contient plus qu’il ne peut contenir lui-même, il perd, du fait de cette intégration, sa vie indépendante.

L’être du lié (de la forme) en tant que forme diffère donc, par sa nature et son concept, de celui du lien. L’essence du lien est éternité en soi ; celle du lié est dosée, limitée à lui-même ; la nature de ce dernier est en effet qu’il n’existe que pour autant qu’il est au service du Tout, autrement' dit qu’il n’existe pas tout en existant. Mais ce qui, chez lui, sert de médiation entre ces deux états contraires, c’est le temps.

Le lien en B n’est pas déterminé par le lien en C, en D, etc., car en tant que lien en B, il est en même temps lien en C, en D, etc., bref un lien indivisiblé. Chaque lié, au contraire, est nécessairement déterminé par un autre lié (avec lequel il est intégré dans le Tout, non par lui-même, mais par le lien);

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il se trouve, de ce fait, en rapport avec cet autre lié et, indirectement, avec toutes les choses.

Mais dans l’inessentialité des choses le temps est l’éternelle copule, sans laquelle il n’y aurait pas d’écoulement d’un temps. Dans le temps, l’essence est centre partout, périphérie nulle part. Chaque moment est donc aussi éternel que le Tout. Il en résulte que la durée vitale d’une chose, considérée en soi, ne diffère pas de la durée éternelle et qu’elle est éternelle elle-même.

Vérité éternelle, le lien, en tant qu’essence du particulier, est également vérité éternelle et non temporelle. Dans la vérité du lien, l’existence du particulier doit être conçue comme une existence non mécanique, mais dynamique ou selon l’idée; aussi est-elle, abstraction faite de la durée, éternelle dans et avec le Tout.

Représentez-vous, pour plus de clarté (en vous aidant pour ainsi dire d’un mythe, comme on le fait dans les théories religieuses), le temps comme ayant cessé de s’écouler, donc comme devenu éternité : mais, ce faisant^ vous vous situez de nouveau dans le temps. Cette éternité, que vous vous représenteriez seulement sous l’aspect du temps ayant cessé de s’écouler, existe déjà. La fmitude de la chose consiste seulement en ce qu’elle dure et succombe à la toute-puissance de la copule. Mais elle est éternelle du fait de son intégration dans le Tout, et son existence, quelle qu’en soit la durée, brève ou longue, est éternelle dans le Tout.

C’est par le repos que, dans le particulier, s’exprime l’affirmation de soi-même, l’existence par soi-même; car tout ce qui existe par soi-même est en repos. Or, de même que le lien, en tant que pesanteur, nie ce qui existe par soi, il nie le repos dont le caractère négatif se révèle à nous dans l’espace, chaque fois qu’au mouvement succède le repos.

Le mouvement dans le repos est donc dans le particulier l’expression du lien, en tant que pesanteur, c’est-à-dire identité dans la totalité.

Mais, en soi, le lien représente dans la pesanteur des choses la substance infinie et libre. Il n’a pas un être et un autre être, c’est-à-dire qu’il ne se compose pas de parties, mais il n’a qu’un seul et même être. Il n’est délimité ni par les choses, car toutes

les choses n’existent qu’en lui, sans qu’il existe lui-même dans aucune autre chose, ni par lui-même, car il échappe à sa propre appréhension, n’étant pas dédoublé, mais unique. En tant qu’essence de toutes choses, il est soustrait aux rapports avec les autres choses, et comme il n’est comparable à rien, on ne peut lui assigner aucune grandeur. Il est également sans rapports avec telle ou telle différence inhérente aux choses, car il est le même lien divin dans les plus petites choses comme dans les plus grandes. De même, il n’existe pour le lien ni vide, ni distance, ni proximité, ni éloignement, car il est centre partout présent. Mais tout ce qui est vrai du lien, l’est également du Tout, qui, envisagé du point de vue positif, ne diffère pas du lien. Comment pourrait-on alors, même en ne voyant l’essence que dans la pesanteur, demander si, dans l’espace, le Tout est infini ou fini ? Etant donné, au contraire, que, dans la pesanteur. Dieu se manifeste partout comme centre et que l’infinité de sa nature, qu’une imagination faussée a cherché dans un lointain infini, se manifeste dans le présent et en chaque point, on devrait renoncer à tous ces efforts, par lesquels on cherche en vain à concilier l’unité de la Nature avec la multiplicité et la multiplicité avec l’unité.

D’une façon générale donc, la pesanteur est ce qui confère aux choses la finitude, en introduisant dans le lié l’unité ou l’identité interne des choses, sous la forme du temps. Du fait même de cette sujétion que lui impose le lien, le lié devient capable de réagir pour ainsi dire par réfraction, en projetant l’essentiel comme sur un écran^ tout comme la matière informe ne laisse transparaître l’Idée de l’artiste que pour autant qu’elle disparaît, pour ainsi dire, vaincue par celui-ci. De même, l’essentiel (la copule) devient particulièrement apparent et visible dans l’organisme où le lié, sujet à des changements constants, révèle au plus haut degré son inconsistance, sa négativité. Et ne voit-on pas souvent des êtres organiques briller du plus grand éclat vital immédiatement avant leur disparition ^

Toute réalisation dans la Nature repose justement sur cet anéantissement, sur le fait que le lié, en tant que lié, devient transparent pour le lien.

Le lien se comporte encore à l’égard du lié comme ce qui

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affirme à l’égard de ce qui est affirmé ; l’un et l’autre, comme nous l’avons dit, unis aussi nécessairement que, dans la plus haute proposition rationnelle (A = A), le sujet et le prédicat sont unis par la copule.

Mais le lien, ou unité dans la pesanteur, pose le lié comme étant simplement fini, donc non-éternel, et, d’autre part, l’éternel, dans la pesanteur, n’est pas lui-même réel ou objectif, mais seulement l’affirmatif ou le subjectif.

Si donc l’éternel doit être posé comme réel dans le lié, il faut que le lien, c’est-à-dire l’affirmatif, y soit affirmé à nouveau, c'est-à-dire qu’il soit lui-même réel.

Comment cela est-il possible.^ Nous n’avons pas oublié que nous n’avons considéré l’éternel dans la, pesanteur que sous un seul aspect, celui de l’identité dans la totalité.

Mais l’éternel ne s’affirme pas seulement lui-même comme unité dans la multiplicité des choses (ce qui leur confère seulement le caractère de l’affirmé), mais il affirme aussi cette affirmation de toutes choses dans chaque chose particulière, autrement dit il se pose comme totalité dans chaque chose, il est totalité dans l’identité.

Dans la mesure où il n’est pas seulement identité dans la totalité, mais aussi totalité dans l’identité et, par conséquent, dans chaque chose particulière, le lien devient avant tout substance absolue, et l’éternel se manifeste dans le lié en tant que lié. •

Si le lien, en tant que simple identité, est la négation de l’existence des choses pour soi et, par conséquent, la négation de l’espace (seul le Tout est vraiment isolé, car il n’y a rien en dehors de lui), il doit, au contraire, en tant que totalité dans le particulier, nier la temporalité et la finitude; mais il doit alors, en revanche, conférer à la chose le véritable être-pour-soi et, avec lui, l’espace réel et l’étendue, la simultanéité, bref tout ce par quoi la chose est un monde pour soi.

C’est ici le lieu de nous expliquer à fond sur le rapport entre l’espace et le temps dans la Nature et. sur la manière dont l’un et l’autre ne cessent de se nier réciproquement, jusqii’àce qu’ils finissent par s’équilibrer.

L’espace et le temps sont deux négations relatives, parce que

réciproques; ni l’un ni l’autre ne peuvent donc être absolument vrais, mais dans chacun est vrai ce par quoi il est la négation de l’autre. L’espace a pour lui la simultanéité et, pour autant qu’il s’oppose par là au temps, il possède une apparence de vérité. Le temps, au contraire, fait ressortir la séparation et pose l’identité interne des choses; par contre, tout en niant ce qu’il y a d’inessentiel dans l’espace, il implique lui-même quelque chose d’inessentiel, à savoir la succession des choses.

L’inessentiel de l’un est donc constamment nié par l’autre et, comme ce qu’il y a devrai dans l’un ne peut être complètement étouffé par l’autre, la vérité se trouve dans la parfaite négation relative de l’un par l’autre, c’est-à-dire dans leur équilibre parfait.

Or, puisque l’éternel, en tant qu’unité dans la totalité, est représenté, dans la Nature par la pesanteur, il en résulte que la totalité dans l’unité doit également être présente partout, dans la partie comme dans le Tout et que toutes les choses doivent y être comprises, comme elles le sont dans la pesanteur.

Mais où trouverions-nous cette autre entité, s’il est permis de l’appeler ainsi, qui se confond cependant avec la première (pesanteur), et ne fait qu’un avec elle, si ce n’est dans cette essence lumineuse en laquelle se résout la totalité des choses, dans cette sorte de Jupiter qui remplit tout de sa présence

Ce que nous disons là peut paraître incomplet et emprunté à un phénomène isolé, mais ceux qui connaissent l’antique conception de Tâme du monde ou de l’éther intelligent comprendront que la lumière dont nous parlons ici correspond à quelque chose de beaucoup plus général que ce qu’on entend ordinairement par ce mot.

De même donc que la pesanteur est l’Un qui, répandu dans le Tout, en représente l’Unité, nous dirons, au contraire, de l’essence lumineuse qu’elle est la substance, pour autant qu’elle représente le tout ou la totalité dans le particulier et, par conséquent, dans l’identité en général.

C’est de l’obscurité de la pesanteur et de l’éclat de l’essence lumineuse que résulte la belle apparence de la vie, c’est grâce à leur union que la chose devient un réel au sens vrai du mot, au sens que nous donnons à ce mot.

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