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L AME DU MONDE

L'essence lumineuse est le regard projeté par la vie dans le centre partout présent de la Nature. De même que la pesanteur réalise l’unité extérieure des choses, celles-ci se trouvent unies dans l’essence lumineuse comme dans un centre intérieur, et leur interpénétration est d’autant plus intime qu’elles participent davantage de ce centre.

Nous avons dit de cette essence qu’elle est la négation du temps, en tant que temps, dans le lié. C’est ce qui ressort déjà d’un grand nombre de ses manifestations : c’est ainsi, par exemple, que le son, tout en faisant partie du temps, y est pour ainsi dire organisé, y représente une véritable totalité ; mais cela ressort surtout de la manifestation la plus pure de l’essence lumineuse : de la lumière proprement dite. Si Homère compare la vitesse du mouvement à l’intemporalité de la pensée qui franchit l’espace et parcourt les pays avec la rapidité d’un éclair, nous pouvons, nous, nous servir de cette comparaison, en comparant à l’intemporalité de la pensée, non celle du mouvement, mais celle de l’essence lumineuse.

Mais en tant qu’essence interne et en tant que l’autre principe du particulier, l’essence lumineuse fait participer les choses de l’éternité qui lui est immanente et se manifeste ainsi comme une éternelle vérité, comme une présence nécessaire dans le Tout. Chaque chose n’est en effet nécessaire que pour autant que son concept est en même temps celui de toutes les choses.

Etant donné que le mouvement d’une chose n’est que l’expression du lien qui la rattache à d’autres choses, l’essence lumineuse, grâce à laquelle ce lien s’objective dans la chose, au lieu de transformer le mouvement en repos, transforme le repos en mouvement et fait de la chose, même au repos, le reflet du Tout.

On reconnaît l’action du même principe dans l’àme universelle qui imprègne le temps, prévoit l’avenir, tâtonne chez les animaux, rattache le présent au passé, et abolit le simple rapprochement des choses dans le temps.

Il est incontestable qu’il existe dans les choses, à côté delà I vie extérieure, une vie intérieure qui les rend capables de sympathie et d’antipathie, ainsi que de la perception d’autres choses non immédiatement présentes ; il est également incontestable

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