LA RÉUNION DE LA LORRAINE A LA FRANCE
C'est toute uoe comédie que les soupirs et les perplexités de ce bon duc Henri, et M. d'Haussonville, avec l'aide, il est vrai, de Bassompierre lui-môme, nous eu fait un récit le plus piquant du xuoode.
Le duc enfin se décida, et donna, non-seulement des paroles^ mais, ce qui lui coûtait bien plus, des écrits, il prévoyait que le secret ne s'en pourrait garder, et, en effet, son frùre en eut bientôt l'éveil. La coltirc du comte dépassa ce qu'on pouvait prévoir. Il perdit toute mesure, tout respect, on pourrait dire toute raison; ce palais ducal de iNaucy, si calme jusque-là^ devint un véritable enfer, et le pays lui-même, la paisible Lorraine, épousant les passions des deux frères, semblait prêt à en venir aux mains, lors^ que Le fer de Havaillac, en changeant la face du monde, coupa court à tous ces débats*
Est-il besoin de dire que le projet de mariage ne survécut pas un seul jour à celui qui l'avait si ardemment voulu? Dès le soir du 14 mai, on oubliait au Louvre bien d'autres de ses désirs. C'était chose arrêtée, ou peu s'en faut, qu'en . dehors du royaume, aussi bien qu'au dedans, on prendrait, ' pour conduire les affaires, le contre-pied de tout ce qu*îl avait Tait. Ce mariage lorrain était son rêve, son œuvre favorite; on se hâta d'y renoncer pour entreprendre avec passion le mariage espagnol.
Toute guerre avec rAllemagne se trouvant dès lors ajournée, la Lorraine n'avait plus à s'inquiéter ni d'occupation temporaire, ni d'incorporation. Elle rentrait en possession d'elle-même : mais la famille ducale, moins heureuse que le duché, n*avait pas retrouvé la concorde. Le duc, & aucun pra, ne vouiail pardonner à son frère. Ses aujels
avaient beau le prier d'éteindre la querelle en mariant
rcx-fiaocée du dauphin, la princesâe Nicole, à son cousin Cliarles de Vaudemont, il repoussait ce compromis; il y
voyait un abandon du droit absolu de sa fille à hériter de la couronne; et, plutôt que de faire ce plaisir à son frère, il était résolu à se donner pour gendre un petit gentilhomme, un baron d'Ancerv^le, un bâiard du cardinal de Lorraine*
Tous ces incidents domestiques, racontés par M. d*Hans-
sonvilie, prennent un relief et un intérêt qui ne peuvent se reproduire ici. N'essayons donc pas de dire après quelle circonstance et par quelle étrange transaction cette longue rancune, au bout de onze années, vient à tinir tout à coup. C'est un dénoûment de théâtre : deux mariages au lieu d'un. La princesse Nicole épouse ^ on cousin, et le baron d^Ancerville, devenu prince de Phalsbourg, est imposé comme gendre au comte de Vaudemont, furieux de la mé* salliance. Des quatre époux, aucun n'était content. Le duc n'avait cédé que pour mourir en paix, et c'étaient des tn bulations nouvelles (| ril avait, sans le savoir, préparées pour ses vieux jours. Il n'en eut pas moins le talent, pendant ses seize ans de règne» si tourmenté qu^il fût par sa famille, d*ètre adoré de ses sujets. Grâce au tour imprévu qu'avaient pris les affaires d'Europe depuis la mort de Henri IV, l'art de régner sur la Lorraine était devenu facile. Il la rendit heureuse malgré tous ses défauts, malgré son insigue faiblesse, et tout en la ruinant un peu par de folles dépenses et un goût de bâtisse fort au-dessus de son état. Sa mémoire est restée bénie, parce qu'avec lui finissaient les beaux jours, les derniers jours vraiment