‹ Essais historiques et littérairesChapitre 14 sur 29 · A L'ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

A L'ACADÉMIE FRANÇAISE

PRONO^CÉ LË 2(> MARS 1846

Messieurs,

En m*appelant à prendre séance au milieu de vous, en m'ôlevant à ud honneur si grand, vous m'avez comme accoutumé à votre indulgence; permettez-moi donc d*espérer qu elle ne m'abandoimera pas aujourd'hui dans Taccomplissement du difficile devoir que m*ont imposé vos suffrages. Il faut que je vous parle d'un homme qui pour vous n'était pas seulement un poète liiustre, mais un confrère, un ami, que vous entouriez de votre cordiale estime, de Totre sincère affection. Comment, sans l'avoir connu, sans le secours de mes propres souvenirs^ pourrai-je dignement célébrer sa mémoire? Malgré les confidences dont quelquesuns d'entre vous ont bien voulu m'honorer, jamais je ne tracerai une image complète et fidèle des nobles qualités que vous aimiez en lui ; mais j'essayerai du moins de rendre un juste hommage à ses talents et à ses œuvres, en les ap-

tOS DISGOUBS ACADEMIQUES.

préciant avec cette sincérité qui seale donne quelque prix aux louanges.

La Tocation de M. Soumet pour la poésie fut aussi pré» >

coce qa'inésistible : diîs l'eufance, il parlait, il écrivait en vers* Sa Camille entreprit vainement de combattre ce penchant. Condamné, pour ainsi dire, à n*étudier que les mathématiques, il soutint, par obéissance, de sérieux examens : les portes de TÉcole polyteckinique lui furent ouvertes; mais on ne parvint jamais à les lui faire francbir.

Quelques années plus tard, ii fut mis à une autre épreuve. La faveur impériale laissa tomber sur lui un de ces titres d*auditeur au conseil d'État que les fils des plus nobles familles briguaient alors avec tant d'ardeur. Le jeune poète, à peine délivré des sciences exactes, se serait volontiers soustrait aussi à Tadministralion ; mais le moyen de hasarder une excuse 1 Force lui fut de venir à Paris et d'entrer au conseil. Les auditeurs de ce temps-là étaient mieux

traités que ceux du uùLre : on leur d(jiiriait des provinces à gouverner 1 Mais alors, aussi bien qu'aujourd'hui, on aimait qu'ils ne parlassent qu'en prose. M# Soumet w put s'y résigner. Aussi vous ne le rencontrerez ni dans les bivouacs, ni dans les villes conquises. Au lieu de courir d'un bout de . l'Europe à l'autre, le portefeuille du monarque à la main, il poursuit paisiblement ses poétiques méditations, s'entourant, en guise de dossiers, de ses auteurs favoris : il avait ■ trouvé l'art de n'être auditeur que de nom.

A peine âgé de vingt-deux ans, sa carrière était dès lors irrévocablemcut tracée. Depuis près de dix années, il composait et publiait des vers. Déjà son uorn avait été proclamé plusieurs fois, et avec éclat, dans cette lice où s'exercent,

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