‹ Essais historiques et littérairesChapitre 22 sur 29 · SI · texte numérisé non relu

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voyance ou hasard^ il avait biea choisi : grâce à vous^ giâce aux lettres^ depuis trois quarts de siècle son œuvre a survécu.

En peut-on dire autant de sa pensée première? Gardiens de l'institution, vous eu dispensez les bien&its; accepter vous aussi les espérances sans liuiiles qui l'accueillirent à son berceau? En i782, on était incrédule aux miracles^ mais à ceux du passé seulement ; quant A ceux de l'avenir» les miracles de la sagesse humaine, on y croyait avec ferveur. L'émulation surtout passait pour un levier magique avec lequel on était sûr, sinon de soulever ce monde, da moins de le moraliser; il n*y fallait qu'un peu de temps^ de bon vouloir et de savoir-faire. Chacun marchait A TAge d'or qu'il voyait devant soi avec autant de certitude que Colomb traversail TOcéan. Comment M. de Mont yen n'eût-il pas partagé la croyance commune? Ne lui disait-on pas que ses prix porteraient dans les âmes tant de bonnes semences que bientôt on verrait germer de toutes parts la charité, le dévouement, Tamour du sacrifice; que les nobles passions ^aj^naut toujours de proche en proche, et rejoignant leurs bienfaisants rameaux, au bout d'un siècle ou deux les vices et les crimes disparaîtraient de cette terre, comme étouffés par la vertu?

On sait de quel réveiUurent suivis ces beaux rêves 1 et quelle leçon châtia cet orgueil I Alors ce fut une autre thèse. D'un excès on passa dans l'autre. On s'était tout promis de l'homme et des moyens humains, on n'en voulut plu^ rien attendre. L'utopie était morte, on lui fit son procès. Offrir à la vertu les récompenses de la terre, la renommée, l'éclat, la vaine gloire, n'était-<e pas la corrompre, la

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DISCOURS Sia LEb PRIX DE VERTU. 371

dessécher dans sa racine? Lui décerner des prix, des médailles^ deTargent, quelle profanation 1 Peu s'en fallut qu'on ne vous accusât, d'empoisonner les âmes par tos impru*

dentés largesses; qu'on ne vous sommât de répudier un legs profane, de cesser vos enquêtes, d'abdiquer votre juridiction» de détourner vos indiscrets regards du sanctuaire de la conscience humaine.

Qu*avez-vous opposé, messieurs, 'à cette vt^hémence? Vous avez, sans tous émouvoir, continué de donner vos priv, redoublant sculcinonl di ^iu;ilancc et de soins pour ne les donner qu'aux plus dignes. Sans désavouer votre man* dat, vous en avez fixé sagement les limites. La vertu n'est pas votre justiciable, vous le savez, vous l'avez dit en loute occasion. Il ne vous appartient pas plus de lui donner sa récompense que vous n'avez pouvoir de la créer. M. de Montvou, s'il était de ce monde, en conviendrait tout le premier. Mais qulmporte cette métaphysique? Avez-vous donc à disserter sur Tessence de la vertu? Ce n'est pas de théories qu'il s'agit, c'est de bonnes actions. Faut-il les honorer, leur rendre un public hommage? Vaut-il mieux pour ia gloire des principes garder un respectueux silence, condamner à l'oubli les plus touchants exemples d'héroïsme ou de charité, de peur dlnterrompre la paix intime et solitairo des cœurs d'élite à qui nous les devons? Vos éloges les troubleront peut-être; mais, si vous avez la chance de faire éclore, en les importunant, quelque bonne pensée, quelque action généreuse, ces noliles cœurs se plaiiidiont-ils d'un moment d'embarras ou d'ennui ? N'est-ce pas un nouveau sacrifice, un supplément d'abnégation que sans trop de scrupule ou peut demander à leur vertu?

m DISCOURS ACADÉMIQUES.

De telles questions, messieurs, sont ponr ¥01» dès loi^temps résolues ; Texpérience a parlé. Le bien que vous avez fait TOUS donne la mesure du bien que tous ponves faire. Non-seulement on lit avec empressement, dans nos campagnes et dans nos villes, sous le toit du laboureur et au fo^fer de Tartisan, les comptes rendus de tos concours, les livrets

que vous dislnbucz, chaque année, à si grand nombre d'exemplaires; mais cette publicité déjà coosidérablei bien supérieure à celle de beaucoup de bons lÎTres, presque égale à celle des mauvais, devient insufBsante; si bien que l'industrie privée vous demande aujourd'hui d'entreprendre à ses frais une réimpression. D'où vient cette faveur & des récils dépourvus d'intérêt romanesque, sans incidents, sans coups de théâtre, simple énumération d'actions admirables sans doute, mais la plupart obscures et un peu monotones? Leur attrait n'est- il pas dans ce contentement involontaire, dans ces sympathiques émotions qu'excite un témoignage de respect et de reconnaissance rendu publiquement à la pauvreté vertueuse ï Vous pouvez donc, sans crainte, donner carrière à vos éloges, dût en souffrir un peu la modes* tie de vos lauréats.

Passe pour les éloges, dira-t-on; mais l'argent l — L'argenl, messieurs, à qui le donnex-vous? Jamais én réalité à ceux qui de vos mains le reçoivent directement. Vousa\ez beau n'offrir vos récompenses qu'à la pauvreté seulement^ ainsi que M. de Hontyon Texige, vos pauvres trouvent toujours de plus pauvres qu'eux-mûmes, et c'est à ceux-là que descendent les bienfaits que vous répandez. Ne craignez pas qu'on vous accuse de tarifer le désintéressement, de salarier le saciitice^ personne ne s'y méprend, pas plus vos

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