DISCOURS SUR LES PRIX DK VERTU
gagner sa Tie, et voilà dix^eepi ans qu*e11e le soigne, le
nourrit, sans le perdre de vue ni la nuit ni le jour. La troisième» Margaerite Mailiey» n*a de mémoire que pour les bienfaits; elle oublie que son mattre, vieux militaire dont les souffrances avaient aigri Thumeur et troublé la raison, l'a presque blessée & mort dans un de ses accès; qu'àservii ce dangereux malade elle a gagné une cruelle et incurable infirmité. Tout cela n*est rien pour elle ; elle ne voit qu'une veuve et des enfants dans la misère, également hors d'état de se passer de ses soins et de les lui payer; elle les leur donne. La mort du vieux soldat a éteint la pension qui faisait vivre sa famille ; elle y supplée par des prodiges de travail et parvient même à affranchir ses pauvres mattres de quelques dettes, seul héritage que leur père leur eût laissé.
Ce sont là trois admirables vies : on a beau dire que ce genre de vertu doit être le plus facile et naître, pour ainsi dire, sans culture dans les cœurs, par la raison que chaque année il s'en présente à vous de plus fréquents exemples, vous persistez à raccueillir avec prédilection, et jamais vous ne saunez trop faire pour le propager plus encore; mais vous n'oubliez pas «on phis cet autre dévouement en quelque sorte plus viril, qu'aucun lien d aiïectîon, d'habitude ou de reconnaissance ne prépare et n'entretient, sublime élan de l'dme qui nous fait braver la mort par pur amour de nos semblables. Telle est la vocation de Pierre Bladviel, cultivateur des environs de Figeac. Il est bon fils, bon iiian, bon pùre, ne vit que pour les siens, ne travaille que pour eux : on lui donnerait une médaille pour ses seules vertus domestiques; mais quand le Lot est débordé,
3^0 DlSCULliS ACADÉMIQUES.
quand on entend les cris d'un marinier que les flots entraînent, alors Bladvicl ne connaît plus ni pèi ai femme, ni enfants; sourd à leurs cris, insensible à leurs larmes^ U s'échappe, saute dans un bateau, se lance sur le torrent à travers les arbres déracinés et les débris flottants qui, comme une avalanche, menacent de l'engloutir; les spectateurs sont dans l'angoisse, les mariniers les plus liardia 8*écrient qu'il est perdu ; mais tout à coup il reparaît déposant sur la rive le malheureux qui se noyait Parla nuit la plus noire, parle froid le plus vif, comme aux ardeurs d'un ciel brûlant, Bladviel est toujours prêt* C'est Dieu, dit-il, qui lui commande ces terribles sauvetages : quand il entend sa voix, il se sent plus qu'un bomme. Quinze personnes en dix-huit ans ont dû la rie à Bladriel, qainse frères qu'il n*avaiL jamais vus.,
Ainsi, messieurs, ce n'est, vous l'entendez, qu'après un long apprentissage, et sur des preuves répétées d'une héroïque abnégation, que vous décernez à cet homme le prix qui lui est dû. Vous en uses toujours ainsi : vous cherches avant tout ces nobles persévérances. Pour s'élever jusqu'à rbonneur d'être récompensé par vous, ce n'est pas trop d'une vie entière de sacrifices et d'oubli de soi-même. D'où vient donc que, sans hésiter, certains d'avance d'être applaudis de tous, vous allez, pour la première fois peut-^tre, vous départir de vos prudentes règles et placer vos chevrons sur rbabit d'un enfant? Le mot de cette énigme vous sera bientôt dit.
N'avez-vous pas Luu^ -on venir (ju'ca déceaibie dernier les pilotes du port d'Agde aperçurent en mer, vers le déclin du jour, un navire d'environ cent tonneaux, la goélette Is