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LES OUVRAGES ENVOYÉS AU GONÛOU&S

FONDÉ PAR M* LE BARON 60BBRT f

La à la séance publique de rAeadémiê des inseriptioDi et bellee-lettiet

da Tendredi 11 août 18i3.

Messieurs,

L'Académie a reçu sept ouvrages destioés au concours fondé par M. le baron Gobert. Depuis qu'elle a décerné pour la première fois ces prix extraordinaires, un si grand nombre de concurrents no sMtaît point présenté. 11 est vrai qu'en appelant à l'honneur de siéger parmi vous l'auteur du livre qui avait, il y a trois ans, mérité vos suiTrages, et qui dans les deux derniers concours était resté en possession du premier prix, vous avez à la fois supprime une rivalité redoutable et fait un appel à ceux qui supposaient peut-6tre que l'Académie voudrait laisser jouir longtemps de cette récompense celui qui l'avait une fois obtenue. Ce

m DiSCOtIRS ACAÛÊIlIQtJEd.

serait mal inlerprëler le vœu du i'oadateur^ ce serait oial servir les intérêts de la science, que de transformer ce puissanl moyen d'émulcUioii en une soi te de propricMé paisible et viagère. L*Âcadémie ne comprend pas ainsi la luission qai lui est confiée. Quelque soit le mérite de Touvrage qu'elle couronne, elle aspire toujours à en voir parai lie un plus digne encore de sa faveur, et le résultat qu'elle estimerait le plus heureux serait que chaque année il lui fût possible de proclamer un vainqueur nouveau, puisqu'il faudrait en conclure que des travaux de plus en plus remarquables auraiciil clé soumis A son jugement.

Parmi les ouvrages présentés cette année, il en est deux qui, n*ayant pas été publiés dans les délais voulus, n'ont pas dû être admis au concours. L'Académie n'avait doue à choisir qu'entre cinq concurrents.

Un d'eux a entrepris d'écrire VlJistoire du midi de k Frcmce, ouvrage d'une lecture agréable et iacile, bien que le style ne soit pas toujours exempt d'une certaine préteotion. L'auteur entremOle habilement à ses récils des fragments d'ancienne poésie méridionale et de nombreuses citations souvent piquantes» mais qui ne suffisent pas pour donner à son livre le caractère d'une œuvre d'érudiliou* Ce que nous regrettons surtout, c*est que, entraîné par an enthousiasme exclusif pour quelques-unes de nos plusbelles provinces, il ne se contente pas de faire l'apologie de la France du midi, et semble vouloir instruire le procès de It France du nord. On dirait que pour lui toute notre hisloirc se résume en ces mots : oppression, misère, bravoure malheureuse au delà de la Loire; perfidie, violence, injusie fortune en deçà. Depuis Clovis jusqu'à Charles VU, c'est^-

RAPPORT SUR LË PRIX OORËRli 387

dire jusqu*à IVpoque où s'arrête son récit, il n'est peutêtre pas une bataille, pas un traité^ pas un acte miiilaîieou politique qui ne soit pour lui roccasiou d'insinuation» ou de reproches dont un examen plus sévère n*eùl pa? m mqué de lui iaire apercevoir presque coastamoieut riujustice. Telle est enfin la prévention à laquelle il cède, que, lorsque ce n'est plus aux Français, mais aux Anglais, que nos provinces du Midi prêtent obéissance, on le voit prendre parti pour leurs nouveaux maîtres* Il ne lui suffit pas que quelques villes, quelques familles, quelques gentilshommes se dévouent à l'étranger en échange des bienfaits qu'ils en reçoivent, ou du butin qu'ils en espèrent, il veut prouver que la population méridionale tout entière était comme idolâtre de ses vainqueurs ; et quand vient le jour de la délivrance, il s'obstine à ne point voir ce grand mouvement national qui éclate au midi tout aussi bien qu'au nord» et qui rend à Charles Vil sa couronne. Gomment Tau- teur, dans un travail qui a dû lui coûter de si nombreuses recherches, n'a-t-ii pas rencontré presque à chaque pas des témoins qui s'élevaient pour le contredire? Que n'ouvrait-il seulement les chroniques de Froissart : ce serviteur d'une princesse étrangère ne pouvait lui être suspect; Froissart déguise mal sa partialité contre la France, et pourtant il ne laisse pa^ i^inorcr que, de son temps du moins, les vœux des populations étaient peu favorables aux Anglais. Ne fait-il pas dire à quelques chevaliers d'Angleterre parlant au pi iuce de Galles : « Monseigneur, vous ne connaissez pas les Gascons : ils nous aiment peu? » Ëtplus tard, lorsqu'il nous montre l'archevêque de Toulouse soumettant au parti du roi Caiiors, Figeac et autres villes, ne

Iais8e4-ii pas échapper cette réflexion : « Les gens qui l'oyolent parler lecroyoient du tout; et aussi dénature et

de volonté ils étoient trop plus François qu'ils n'étoieut Angbis^ qui bien aidoit à la besogne? »

Ce n*est pas Ici le lieu d'invoquer d'autres autorités non moins imposantes : nous en avons dit assez pour signaler à Tauteur la fausse voie dans laquelle il s'est engagé* En étudiant les faits avec siocérité, il sentira bientôt le néant des paradoxes^ il se prendra de respect pour les vieilles vérités historiques ; et si jamais ses regards se portent de nouveau sur celte méuiorable épotiue de Charles VI!, il se gardera bien de dire une seconde fois, qu*d moins (décrire pour des enfantSf on ne peut croire à Finfluence de Phé* roîque jeune fille qui vit encore dans le souvenir populairOj et il comprendra que l'historien vraiment sérieux n'est pas celui qui n'obéit qu'à un scepticisme sup^ ficiel.

L*auteur d'une histoire des Origines et des instihiUùns des peuples de laQauk armùrieaine n'échappe pas non plus à l'esprit systématique; mais du moins chez lui le patriotisme local se montre inoffensif. Déjà dans un premier essai 11 avait exposé des vues ingénieuses mais souvent hy* polhétiques sur Phistoire^ la langue et les institutions de la Gaule armoricaine; encouragé par la bienveillance de l'Académie, il a voulu compléter ses recherches. Son noa« vcl ouvra^je se compose encore d'une série de dissertations sur des sujets divers, qui se rapportent toutefois A un but commun. L'auteur veut prouver que ce ne sont pas les Germains qui, les premiers, ont introduit parmi nous les institutions féodales» et que longtemps avant q[ue le germe

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de ces institutions fût développé dans aucune autre paitie de TEurope, il existait chex les anciens Bretons une orga* nisaiion sociale qui présentait une analogie complète ayec la féodalité. Cette proposition aurait assurément besoin, pour être acceptée, d'une démonstration rigoureuse; mais

l'auLcLir ne s'appuie, jusqu'à présent du moins, que sur des données trop incertaines pour dissiper tous les doutes que ces sortes de thèses soulèvent nécessairement dans l'esprit du lecteur.

Nous ne voudrions pas que nos observations détournassent i*auteur de ses laborieuses études; mais, dans l'intérêt même de la tâche qu'il a entreprise, nous souhaitons qu'il se persuade que ses travaux auront d'autant plus de valeur qu'ils seuibleront plus dégagés de tout système préconçu, et que moins il poursuivra exclusivement son but, plus il pourra se promettre de l'alteindre*

Sous ce titre : Époques de l'histoire de France en rapport avec le théâtre français, un troisième concurrent nous a donné le complément d'un précédent ouvrage qui révélait déjà, de sérieuses études sur les origines de notre théâtre. L'auteur s'attache principalement à découvrir les rapports de nos premiers essais dramatiques avec les circonstances au milieu desquelles ils furent composés ou représentés* Il étudie dans ces scènes dialoguées non-seulement les premiers rudiuieuls de notre langue, mais les allusions, les traditions, les détails de mœurs que les spectateurs con« temporaios devaient saisir avec un avide empressement. Pour lui, ce genre de composilious ne constitue pas seulement des tentatives littéraires, il y voit un instrument de . publicité, uu organe de Topinion publique, et rattache

ainsi les jeux et les XDjfsières eu apparence les plus inaocents aux combinaisons de la politique et aux plus grands

événemeols de l'histoire. Cet ouvrage mérite une eslime que non nous plaisons à proclamer j mais^ quelque soin qu'ait pris Fauteur d*agnuidir son sujet, il ne fournit pas à la science une masse de faits nouveaux assez considérable, des notions assez positives» des résultats assez incontestables pour disputer avec avantage un prix qui peut bien être ac* cordé à des études sur Ttiistoire liLléraire, mais seulement lorsque par leur importance elles s'élèvent A la bauteur de véritables travaux d*bistoire.

£n se bornant à écrire les annales d'une petite ville de nos Alpes françaises» de Sisteron». un autre concurrent a donné à ses recherches un champ bien circonscrit; mais la méthode prudente et sévère avec laquelle il le pai'court prête à son travail un caractère sérieux et un intérêt vraiment historique. Il a eu le bonheur de trouver plusieurs pièces qui ne sont pas sans importance pour l'histoire générale* Il les commente avec discernement et soumet a une étude attentive et consciencieuse une foule de documents inédits ou imprimés relatifs à Thistoire de la Provence. En un mot» c'est une œuvre pleine de mesure et de sagesse qui mérite d'Clre distinguée par l'Académie» et qui peut aspirer A sa faveur. Ce livre n*est pas encore complet* Le premier volume seul a paru. Il s'arrête à l'année 14«l, époque où la Provence fut réunie A la France* L'époque ^quisultjusqu'A l'année 1789 sera comprise dans un second volume. C'est seulement lorsque l'ouvrage sera terminé qu'il pourra devenir Tobjel d'un Jugement définitif, et que nous saurons si l'auteur» en léallsant nos espérances» jus*

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