‹ Essais historiques et littérairesChapitre 27 sur 29 · RAPPORT SUR LE PRIX GOBERT · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LE PRIX GOBERT

tiûe les eucouragemôuts que uous aimons à lui donner.

Il nous reste à tous entretenir d*un travail qui non-seu^ lement est complètement acheyé, mais qui, par son éten* due et son importance, a droit à Texamen le plus attentif.

M. I loquet, ancien élève de l'École des chartes, greffier en chef de la cour royale de Rouen et correspondant de FAcadémle, s'est consacré depuis longtemps & Tétude des nombreux registres où sont consignés, jour par jour, les arrêts de Tancien parlement de Normandie. Personne jusqu'ici n'avait entrepris ce travail* Nous n'avions d'autres notions sur le parlement de Rouen que celles qu'on rencontre çà et là dans les historiens, à propos des événements auxquels cette compagnie se trouve mêlée. Mais l'histoire de la compagnie elle-même, sa conduite dans les petites comme dans les grandes occasions, son espril, ses viciasitudes, son înflaence, personne ne nous en avait instruits. Et cependant ces volumineuses archives, échappées à la destruction, étaient ouvertes à tout le monde, et promettalent, à qui aurait le courage d'y pénétrer, une abondante récolte de documents originaux et d'importantes révélations.

M. Floquct s'est mis à l'œuvre, non dans l'intention de faire un livre, non pour chercher des preuves à l'appui de ses opinions, mais pour faire un dépouillement complet, mélhodique, raisonné, des pièces confiées à sa garde. Sa «patience ne s'est pas rebutée devant des milliers d'arrêts rendus sur des litiges privés, dépourvus aujourd'hui de tout intérôt, et n'olfrant qu'à de raies intervalles quelques traits de mœurs, quelques renseignements sur les institu-

SM DISCOURS ACADfimOOBS.

lions de noire ancienne monarchie : heureusement^ pour soutenir son sèle, il rencontrait àê temps en temps, soit

des arrêts mémorables accompa^ni-'s de rt'cils, de notes, de procès-verbaux où des laits politiques jusqu'ici douteux t>u oliscars prenaient un caractère évident de certitude; soit des discours, des réquisitoires, des protestatiods, des remontrances où certains personnages, les uns célèbres^ les autres presque inconnus, se montraient an grand jour et laissaient voir au naturel leur vraie physionomie.

M. Fioquet avait entrepris un travail d'archiviste; au bout de quelques années, il eut recueilli les matériaux d'une hisloirc, et il conçut l'idée d'extraire de ce vaste dépouillement de pièces un ouvrage qui devait avoir le double but de présenter une fidèle image^ un portrait vivant d'une de nos anciennes hautes cours de justice, et en même temps de fournir des notions précises, exactes, et quelquefois nouvelles, sur les principaux événement auxquels ce grand corps avait participé.

Avant d'examiner comment Tauteur a rempli sa tâche, nous devons rappeler en peu de mois l'importance du sujet qu'il a voulu traiter.

Si nos anciennes magistratures souveraines s'étaient binées, chacune dans sa province, à rendre la justice en dernier ressort, celui qui écrirait aujourd'hui leur histoire ne ferait qu'une œuvre d'érudition judiciaire et ne s'adresserail en quelque sorte qu'à la curiosité des légistes. Mais, à Texemple du parlement de Paris, ces grandes compagnie se considérèrent parioul comme les dépositaires des droits du pays, comme représcnlant par une délégation tacite les assemblées des états, et à ce titre elles exercèrent, tantôt

RAPPORT SUR LE PRIX GOBERT* m de Tait, tantùl de droit cl d'un coiiscaleiiieiit presque unanime, uae large part de rautorité administralivc et politique. Elles étaient de grands pouvoirs dans l'État. En Normandie surtout, pays de privilège, de droit coutuiiiiei, toujours plein des souvenirs de son ancienne indépeadance^ le parlement ne pouvait manquer de se mêler avec ardeur à la vie politique. Aussi jamais ou ne le voit se borner à ses fonctions purement judiciaires; il ne fait pas seulement observer les lois, il les proclame ou les rejette ; il agit, il commande; rien ne se passe eu Normandie contre son gré, sans qu'il résiste par des actes ou par des paroles. En un mot, son histoire est celle de la province elle-même ; et comme la province joue un rôle considérable dans presque toutes les grandes affaires du royaume, c'est en réalité une des parties importantes de l'histoire de la 1 rauce que l'histoire du parlement de I^ormandie.

Bien que ce nom de parlement n'ait été attribué à la haute cour séant à Rouen que lors de ravûiiement au trône du roi François V, Texistence de cette cour remonte bien au delà. On en retrouve la trace au temps des premiers successeurs de Guillaume le Conqucraat, et pcul-ôtre pendant le règne de Guillaume lui-môme. Sous le nom d'Échiquier, un certain nombre de barons et de prélats normands, presque toujours présidés par le duc en pei-sonne, s'assemblaient dans les principales villes du duché, à des époques indéterminées, pour réviser en dernier ressort les sentences des juridictions inférieures. La réunion du duché à la couronne ne changea point cet ancien usage : Téchiquler fut maintenu ; il demeura, comme par le passé, ambulatoire et temporaire* Mais avec les progrès du commerce et de la ri-

m DISCOURS ilCADÈMlOUES.

chesse^ bieutôt les procès se muitipiièreot, le droit deviat une science, et, pour déjouer les ruses de la chicane, il taULiL que des docteurs ès lois vinsseni au secours des prélats et des barons* Enfin le moment arriva où des assises passagères ne pouvant plus suffire, on réclama de toutes parts l'étabiissenienl d'une cour qui reudilcoatinucilcmeQt la justice Un édit de Louis XII consacra cette innovation: réchiquicr fut déclaré permanent et perpcLuel. Lc5 baioiis et les prélats ne conservèrent le droit de séance qu'à, titre honorifique; et le pouvoir de rendre des arrêts fut dé80^ mais réservé aux quatre présidents et aux vingt-huit coaselliers choisis par le roi dans les rangs du tiers état.

C'est là le préambule de Thistoire du parlement de Normandie. M. Floquet^ sans donner à cette introduction de longs développements, n*a cependant omis aucun détail propre à bien faire connaître rancienne cour de l'échiquier : il établit par de nombreux exemples quelles étaient sa compétence, sa jurisprudence en matière criminelle et civile, sa suprématie à l'égard de tous les officiers de justice de la province, la nature de ses rapports avec le clergé et avec l'autorité royale ; enfin 11 nous fait assister à Tordre et à la tenue de ses séances.

Les registres des échiquiers temporaires qui lui ont fourni ces détails, sont parvenus en assez grand nombre jusqu*à ' nous; mais on y rencontre de fréquentes lacunes, et ce n*est réellement qu'après l'édlt de 1499, aprèS'la création de Técbiquier perpétuel, que commence une série non interrompue de documents aathentlques. C'est aussi à partir de

cette époque que l'auteur aborde, à proprcuicnL parler, son

sii^et. 11 entre, avec la cour nouvellement instituée, dans te

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palais élégant et splendide que la munificence de Louis XII

a fait élever pour elle ; el là, durant près de trois siècles, il ne laisse pas s^accomplir un seul acte de quelque importance sans nous en rendre témoins et sans nous en révéler les plus secrets motils.

On comprend» d'après l'étendue de ce plan» que sept volumes de six à sept cents pages aient à peine suffi à M. Floquet pour donner place à tous les matériaux qu*il avait à mettre en œuvre. Nous ne voudrions pas dire qu'en élaguant avec une attention sévère tout ce qui a l'apparence d'une répétition» tout ce qui semble faire double emploi» qu'en donnant aussi parfois au récit un peu moins d'ampleur» il n'eût pas été possible de réduire le cadre de l'ouvrage. Hais en cherchant la concision» peut-être l'auteur eût il perdu ce qui fait à coup sûr un des premiers mérites de son livre» cette richesse» môme surabondante» de preuves» de pièces de conviction, de documents originaux. Il y a» dans les faits puises directement aux sources» quelque chose de si substantiel» qu'il faut bien se garder de décourager ceux qui nous les donnent à pleines mains. Certes, après tout ce qui a été écrit et imprimé sur la Réforme» sur la Ligue» sur la Fronde^ sur TÉdit de Nantes et sur sa révocation» sur la politique des Guise, de Catherine de Médids» de Henri IV» de Richelieu» il semble qu'il n'y ait plus rien à nous en apprendre, et que tout document nouveau soit condaomé à paraître surabondant. Et cependant» après avoir lu les nombreuses pages que H. Floquet consacre à ces mûmes sujcU, on est tenté, pour ainsi dire, de icgrcUcr qu'il soil trop sobre de développements» tant il y a de nouveautés instructives dans tout ce qu'il emprunte aux régis*

très qa*il a dépouillés. A plos forte raison, lorsqu'il s*agit de

faits peu connus ou qui n'ont laissé de souvenirs que dans riatérleur de la province^ comme la révolte des ih^pieds en <639, et tant d'autres séditions loeales; ou bien lorsqu'il est question de sauver de Toubli quelque docle et émineot personnage» comme le président Grouiart, par exemple, noble etstoïque magistrat qui prendra désormais sa place à côté des rUôpitai et des Harlay, l'abondance, la prodigalité même des détails et des explications deviennent presque une nécessité. Il n*y a donc pas lieu de reprocher à Tautenr de s'être donné trop vaste carrière. Mais si rien n'est à retrancher dans les matériaux qu'il emploie, ne lais8&-t*il rien à désirer dans la manière dont il les dispose? Peut-être pourrait-on regretter qu'il confonde et entremâle trop souvent deux ordres de faits, que des divisions méthodiques devraient présenter séparément à l'attention du lecteur. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il veut atteindre un double but : en môme temps qu'il nous raconte la vie publique du parlement, il cherche à pénétrer dans sa vie intime et privée. Nous ne voudrions assurément rien supprimer des nombreux détails anecdotiques que M. Floquet a répaudus dans son livre. Les mœurs patriarcales de ces présidents et conseillers, leurs habitudes matinales et laborieuses, ces mules sur lesquelles ils s'acheminent vers le palais avant le jour, la longue résistance de la compagnie à l'adoption des carrosses, le triste étal des rues de la cité, les vains efforts pour les éclairer et les rendre sûres , les pestes et contagions désolant presque sans interruption cette malheureuse ville.de Uouea^ la famine ravageant périodiquement la prorince; enfin tous ces renseignements aussi va-

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