LA RESTAURATION DES STUAUTS
naisses les choses du jour et de la veille» tous savez mémei
celles du lendemain, avantage que vous avez sur lui, malgré tout sou géaie. Co qu*il cherchait à grand'peine^ ce qu'il lai fallait deviner, ce qui pour lui était l'avenir» pour vous c'est le passé, vous le savez comme le reste.
Savoir le dénoûment du drame pendant que les acteurs ne le soupçonnent pas, les entendre parler, les voir agir d'après des conjectures et des calculs dont nous contrôlons la justesse, mettre en. cause leur prévoyance et leur perspicacité, c'est là le genre de plaisir qu'éveille à chaque instant cette correspondance, conuue toute pièce historique vraiment contemporaine des faits qu'elle raconte. Latondi** Uon de ce plaisir est avant tout la vérité, l'authenticité de la pièce, la certitude qu'on ne nous trompe point, qu'il n'y a pas de comédie sous jeu. Si nous étions au théâtre, ce serait autre chose, la fiction reprendrait ses droits, et la con* dition du plaisir serait alors d'ignorer comment finit le drame. Mais ici tout est réel, nous ne cherchons pas la surprise, nous ne voulons que nous instruire; nous entendons des témoins, il nous faut être sûrs de leur véracité. Les mémoires historiques, même les plus sincères, ne nous offrent en ce point que d'imparfaites garanties. Ceux qui les ont écrits nous sont toujours un peu suspects. Ils se sont presque tous mis si tard à la hcsognel Avaient-ils la mémoire bien fidèle? Les vrais motifs de leurs actions, flous les disent-ils bien? Sans altérer les faits, observent-ils les dat^s? Ne sont-ils pas souvent prophètes après coupt Tonte confession faite à loisir provoque le soupçon. Il n'y a vraiment que les correspondances, ces confessions involontaires, qui le puissent braver. On n'écrit pas des lettres pour
tromper la postérité, pas môme celles qu'on destine à tromper son prochain. Une lettre, c'est Thomme même pris ao
moment où il Pécrit; fourbe ou sincère, il a mis au monde un témoin qui prononcera sur son compte des paroles irrécusables. Une fois sorties de votre plume, une fois lancées en d'autres mains, vos lettres sont des actes dont vous ne pouvez changer ni les termes ni la date; elles sont comme enregistrées pour le service de l'hisLoii c.
. Supposons que ces dépêches de M* de Bordeaux, au iiea de lui survivre, se fùssent égarées, et qu'il n*en restât lien, mais qu'au retour de ses ambassades, au déclin de la vie, retiré dans quelque château, il eût pris comme tant d'autres la fantaisie de dicter ses mémoires : que nous eût-il donné en échange de ce vivant tableau où se reûèteat comme dans un miroir la confusion, l'agitation, les contradictions de cette époque ? lies renseignements très-précieux sans doute, et, nous l'admettons, très^ncères, mais riea de ce qui fait pour nous le véritable prix de sa correspoD* dance* Sans être honune à se draper, sans vouloir s aliii- * bu^r une pénétration extraordinaire, jamais pourtant il n'aurait laissé voir à quel point, pendant ces deux années, il avait, comme tant d'autres, comme tout le monde à Londres et en Europe, été dupe des apparences» Gomment dire à son secrétaire, coumient s'avouer à lui-niéaie qu'il avait cru pendant près de trois mois au protectorat de Richard, qu'il avait pris au sérieux la trêve que lui accordaient les partis, que Oroaiwell au tombeau, son fils mis de côté, et le long-parlement essayant de revivre dans ses derniers débris, l'idée de la royauté et de son retour possible ne lui apparaissaient pas encore; qu'il voyait des abîmes qntre le
LA RESTAURATION DES STUARTS. Itl
trône et Charles II ; que les desseins de Monk, jusqu'au der*
nier moment, lui demeuraient imp(5nétrables? C'est lout cela qui se trahit de la façon la plus comique et la plus sai* fiissante dans son jouraal épistolaire. Là, point de compromis, point d*excuse : la conjecture de la veille est démentie le lendemain; comment faire? il faut le dire à Son Éminence, sauf à se réfugier dans une autre hypothèse d'où bientôt on sera délogé d'autant plus tôt qu'elle sera plus conforme aux probabilités ordinaires et aux calculs du sens commun. II \ a des (îpoques ainsi laites; que les meilleurs esprits paraissent les plus sots* Ce n'est qu'une habitude 4 prendre, et H* de Bordeaux 7 semble résigné, car il fait sans lagon Taveu de ses mécon^^tes, et c'est presque un refrain dans ses dépêches qu'une certaine phrase dont il varie la forme, mais dont le fond est toujours ccliii-ci : « Vous apprendrez avec .surprise que les nouvelles d'aujourd'hui diffèrent entièrement de celles que je tous fai« sais prévoir ces jours passés. »
Quelle preuve parlante de l'état d'un pays que cette succession de surprises! Et quels autres documents que deslet^ très pour faire ainsi toucher au doigt les changements à vue de ]a scène politique? Vous croyez y assister vous-même; chaque dépêche est un fil élcclrique qui de moment en moment vous transmet et vous fait sentir les moindres variations de cette changeante atmosphère. Il n'en faut pas conclure que les lettres de M. de Bordeaux soient toutes, sans exception, d'un égal intérêt, et nous regrettons même, puisque M. Guizot en avait sagement élagué des passages trop étrangers à son sujet, qu'il ne soit pas allé plus loin dans cette voie, et qu'il ait conservé, par exemple, ces longs '
m ESSAIS HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES.
traités purement diplomatiques sur TEspagne et les États du Nord qui reviennent de temps en temps, documents curieux
sans doute, mais d'ua iotécét trop restreiot et pour ainsi dire trop technique pour Tenir s'entremêler ainsi à ces descriptions rivantes des passions et des intrigues qui s^agitent sur le sol anglais* Peut-être aussi formerions -nous le vœu qu'au lieu d*6tre groupées par ordre de matière sous des séries de numéros^ ces dépêches fussent rangées simplement À leurs dates, par ordre cbrouoiogique. Elles valent hien la peine qu^on les laisse se suivre et s'enchatner librement»
naturelltniienl. Ainsi entrecoupées, elles déroutent le lecteur, et c'est cependant pour être lues qu'elles sont placées liy ce n'est pas pour être feuilletées, car, nous le répétons» cette annexe est elle-même un livre, grâce au lucide commentaire dont elle est précédée.
Nous voici ramenés au livre véritable, à l'œuvre de rbis^ torien. Les matériaux ne sont pas tout: si neufs, si abondants qu'ils soient, ils ne font pas Tédifice: le plan, la construction, les proportions^ le style, voilÀ l'œuvre ellemême, celle qui doit nous occuper.
11 faut nous garder pourtant d'insister sur des points d'une démonstration trop facile; il est des vérités qu'il vaut mieux sous-entendre. Apprendre à nos lecteu'^s que dans ces deux volumes, dans une œuvre de M. Guisot, ils trouveront un art profond et magistral, les grandes qualités du style, clarté, simplicité^ concision sans roideur, réflexions courtes et rares, jamais sonores et toujours à leur phice, point de uxe, point de parure, de grands traits, une mâle élégance, e vrai langage de i bistoire, en un mot, leur dij c ces nouveautés, leur faire part de ces découvertes, est-ce bien né*
LA RESTAURATION DfiS STUARTS. 1»
cessaii e? Ont-ils besoin qu'où leur enseigne ce qu'ils savent aussi bien que nous? N'onl-iJs pas sous les yeux ces quatre premiers yolumes qui leur répondent du demiei ? Il est 9rai que, pour dire toute notre pensée, pour être tout à fait sincère, il nous faudrait aller plus loin et signaler un nouvel exemple de ce progrès persévérant et continu dont si peu d'bommes gardent ainsi le privilège* C'est un soin dont le livre lui-même s'acquittera mieux que nous. Qu'on nons permette seulement, pour ne pas déserter notre lâche, d'indiquer en quelques mots aTcc quel merveilleux bonheur les difficultés du sujet sont vaincues dans ce récit.
Deux points surtout semblaient presque insolubles : coordonner et mettre en scène dans un ordre intelligible cette cohue de faits et de personnages, tous à peu près de môme taille^ figurant tous au même plan> se distinguant à peine les uns des autres; puis, en second lieu, faire un drame de cette confusion, rendre, sinon visible, du moins toujours présente, d'un bout à l'autre du récita cette unité d'intérêt sans laquelle il n'osl poiiU d'œuMc d'art.
. Quant au premier problème, la difficulté d'obtenir un peu ' d'ordre et de clarté, on ne s'en fait une juste idée qu'après avoir lu les dépêches de M. de Bordeaux. I^, les fuit s se laissent voir en négligé pour ainsi dire, à Tétat de nature, à mesure qu'ils se produisent. Le pêle-mêle est complet s c'est un chaos. Âu bout de quelques pages, vous avez perdu toute chance de retrouver votre chemin, comme un enfant au uiilieu de la foule. Le spectacle est vivant, il al tache, il divertit vos yeux, votre esprit renonce à le comprendre;, point de jalons pour vous guider. Les événements les plus saillants se renouvellent jusqu'à deux et trois fois, comme
124 ESSAIS UlSTOiilQUES ET LiTTEHÂiaES.
pour yous donner le change. Un parlement chassé par
exemple, c'est ordiuairement une cbose qui se remarque et qui Tait époque; ici on en chasse un tous les trois mois: comment ne les pas confondre? Il n*y a qu'un grand peintre qui, saisissant d'un œil rapide les traits caractéristiques cachés sous tant de ressemblances» vous apprendrait à lire dans cette foule. Il n*y changerait rien, Taspect en serait le même; mais quelques touches hardies, quelques franches lumières répandues çà et là feraient circuler plus d'air entre chaque figure, les mettraient chacune à son plan, en accuseraieut les diHéreaces, vous feraient voir des groupes, des divisions naturelles que vous ne soupçonnez pas» et d'une informe bigarrure, composeraient un tableau aussi clair de dessin que vrai de coloris.
C'est là ce qu'a fait M. Guiiot. Sans introduire dans son récit aucun classement arbitraire, il a cherche un plan, tracé des divisions, marqué des temps d'arrêt, des points da reconnaissance pour mieux nous diriger à travers cette foule, pourmieux débrouiller ce chaos. U^^^tre phases principales lui ont apparu dans son sujet : il a fait son drame en quatre actes, ou pour mieux dire en quatre livres. Le
premier est pour [Uchard Croaiwell; il conlieat toute son histoire, de sou avènement à sa chute, l'espace d'environ sept mois; dans le second, autre aventure encore plus éphémère : le long-parlement ressuscite; vieux, décrépit, mutilé, il prétend faire le jeune homme, il veut reprendre ses habitudes; Tarmée l'a rappelé, croyant qu'il était mort: dès qu'il donne signe de vie, l'armée le met à la porte. Avec le troisième livre, la scène change, un nouvel acteur apparaît: Monk prend en main la cause du long-parlement
Là restauration des stuarts. m
chassé; sous couleur de le rétablir. Il entreprend le trawl
d'un autre rétablissement. Nous assistons aux premiers pas de sa ténébreuse campagne; nous passons avec lui d^Écosse en Angleterre ; ce Hrre est son prologue, sa première série de pourparlers et de mensonges. Au quatrième, Tactlon touche & son terme; Monlt est à Londres, son travail d'approches est fini, la sape du mineur a fait son œuvre, il est au bout de ses parallèles, démasque ses batteries, fait capituler tout le monde, et les Stuarts, sans conditions, rentrent en Angleterre. En groupant ainsi dans des cadres certains événements principaux, on donne aux mille faits qui s'y rapportent un caractère d'ensemble, une signification commune qui eu facilite rintelligence et en âxe le souvenir. Le seul danger serait que la vérité n'en'souffrlt quelque atteinte. Il faut que rien de factice ne se glisse dans ces arrangements; il faut constater les rapports qui existent entre les choses, n*en inventer jamais, ne point omettre et ne point ajouter, donner à l'ordre un certain abandon, lui lai^ ser Taspeet de la vie. C'est là le grand secret de l'historien. L'exemple en est sous nos yeux. Tout reste vivant dans ce récit en dépit de sa clarté, aussi vivant que dans ces lettres où Mazarin, il y a deux siècles, cherchait à démêler cette histoire. C'est la môme coiiue, le môme va-et-vient, le môme roulis d'opinions, les mêmes aveuglements, les mêmes cupidités. Ces personnages sont des hommes et non pas des idées; ils agissent, ils parlent, on les entend, on les voit; rien n'est changé: seulement ce spectacle qui tout à l'heure était trouble et confus, maintenant il est en pleine lumière; tout s'aperçoit, tout est distinct, tout s'explique et saisit l'esprit.
IM £S$A1S HISTORIQUES £T LiTTÈRAia£S.
Mais cette clarté, cet art de grouper et de pdndre, cette
habileté de mise en scène, est-ce là toute l'histoire? Ne ûiiU-il pas fue sons ces fiaits, si biëa coordonnés, si bien exprimés qu*ils soieiit, vous sentiez comme un lien sfecret qui les unit et les enchaîne, un lien qui les rattache à vous? Celte unité d'intérêt, yûme de l'hisfoire aussi bien qae du* drame, ne nous fait pas défaut ici* Une pensée domine ces deux volumes, une pensée toujoui^s présente. C'est la royauté, on le sent, on le devine, qpi doit clore cette anaiv. cbie; rien ne peut finir que par elle. Mais quand? par quels moyens? à quelles conditions? C'est là qu'est le mystère et la péripétie.
Le dénoûment lui-môme, M. Guizot se garde bien de Toublier, n'est pas d'abord aussi visible, aussi facile à prévoir qu'on peut se Timaginer aujourd'hui. Sous peine d'anar chronisme, il faut qu'au premier moment, au moment de ]^ mort de Cromwell, rbistorien laisse voir une certaine confiance en Paventr du nouveau protecteur; il faut qu'il place le lecteur dans cet état un peu crédule où nous voyons Ift. de Bordeaux, et où fut évidemment presque tonte TAn* gleterre pendant un certain temps : les mémoires contemporains l'attestent aussi bien que notre ambassadeur. Faut-il s'en étonner? Ne devaitron pas croire qu'à la mort de rhomme extraordinaire qui tenait tout dans sa main, éclateraient d^ grands orages, qu'après la compression de la tyrannie, après Tétouffement de tout sentiment libre viendraient d'ardentes explosions,- de violentes représailles? Et c'était au contraire une adhésion universelle qu'on voyait éclater I Du moment qu'elle avait pu naître, coatr ment ne pas admettre qu'elle pourrait durer, que l'ombre
Là RESTAURATION DES STUARTS. 197
da grand prolecteur, qui semblait gouverner encore, pro* lierait sa dynastie^ et que tant de gens compromis dans sa cause ne seraient pas assez fous pour renverser son
fils?
C'eût été vrai, si Tinstinct de conserration^ qui d'abord
leur avait inspiré cette concorde inattendue, avait pu durer plus d*un jour, si leurs passions, et de toutes les passions les moins traitables, celles qui s'appuient sur des
principes, les passions poliliqucs, n'avaicnl pas fait divorce j^vec leurs intérêts. Supposez qu'ils n'eussent eu ni passions ai principes, les ennemis de la royauté pouvaient encore longtemps prolonger son exil. Ils étaient maîtres du pays, ils inspiraient l'effroi, ils avaient dans leur main la force militaire; leur triomphe était assuré, à la seule condition, heureusement impossible, à la condition de s'entendre. Ce Biannequin de protecteur, malgré son impuissance, suffisait à les faire durer, s'ils avaient consenti à le laisser durer lui-môme. En ne l'attaquant pas, en mt^nageant sa faihiesse, c'était leur pouvoir qu'ils fondaient, et le pays, malgré son royalisme silencieux et engourdi, les eût subis peut-être quelques années encore. Mais les chimères républicaines lès possédaient trop violemment; il leur restait encore trop d'ardeur de sectaire pour calculer ainsi froidement, sagement, et sacrifier leurs fantaisies aux intérêts de la révolution. Gromwell n'était plus là pour lancer sur eui ses soldats et pour les envoyer à la tour. Si petit qu*ii fût, son fils leur portait ombrage; ils ne pouvaient résister au plaisir de secouer cet arbre sans racines, et de se venger sur ' lui du vieux chêne qui les avait bravés. Pour un peuple eppnmé> .c'est d^à presque un bonheur que des oppres-
m ESSAIS HISTORIQUES ET LlTTtRAIRES.
seuls qui conservent des passions et des principes : là du moins les réfolutlons finissent de la main des.ré?oliilim*
naires.
Une fois que les républicains renonçaient A s'entendre avec les cromwelliens, une fois que Richard, leur sanvegarde> était par eux mis à néant, les ailaires de la royauté avaient fait un grand pas. £lle n'avait plus en face d'elle que la pure république: sa plus dangereuse ennemie, la fausse monarchie, rentrait dans Tombre ; c'était cause ga- > gnée. Le rétablissement des Stuarts commençait A sembler nécessaire, môme aux moiub clairvoyants; mais quand2 comment? et A quel prix? Ces trois grandes questioiis res* talent toujours obscures.
Sur la première, on pouvait différer : les optimistes parlaient d*un ott deux ans, les raisonnables prenaient de plus longs termes, chacun réglait le temps à sa manière. Sur le reste, il n'y avait qu'un avis : personne ne rêvait nne victoire sans combat, une restauration sans sacrifices. On savait que pour toucher le port il faudrait affronter des tempêtes, qu'avant de réduire A merci l'obstination républicaine, on passerait par des épreuves probablement sanglantes. Ce qu'on savait aussi, ce qui ne faisait pas • question, c'est qu'en rentrant sur le sol d'Angleterre, la monarchie payerait rançon, non pas rançon d'agent, elle était A l'aumdne, mais rançon de pouvoir, de prestige et d'autorité. Les plus fiers cavaliers se résignaient eux-mêmes A voir le roi subir cette contrainte et traiter de sa co^ironne avec de prétendus amis, royalistes de fraîche data,
d'une sincérité douteuse, d'un dévouement conditionnel,
avec les presbytériens» Pouvait-on se passer de leur inter-
Lk RESTAURATION DES STUARTS. 129
médiaire? Qai Teût osé penser à Londres, à Paris, rodme à
BruieiieSy daDs le conseil de Charles II?
Pour épargner à la conronne cet affaiblissement et cette humiliation , au pays de désastreux efforts, aux impatients Tennui d'attendre, il n*y avait qu'un moyen, auquel bien entendn personne ne songeait : il fallait qu'il se trouT&t un homme dont le premier besoin, la vocation suprême fût de cacher sa pensée, un maître comédien, un merveilleux 4iompeur, — cupide, mais de sang-ilroid, avec discernement, incapable de se vendre avant d'être bien sûr d'un solide acquéreur, — dévoué, par calcul et même par instinct, au service des bonnes causes, craignant, le mal et préférant le bien, même à prix inégal; il fallait encore que cet homme fût assez résolu pour concevoir l'étrange idée de conduire la grande entreprise qui préoccupait tout le inonde juste au rebours de ce que tout le ûionde aUeadait, e'esi-àHlire sans qu*il en coûtât une larme à TAngleterre ni un droit à la royauté. Par quel prodigieux mélange de bien-joué et de hasard cet homme gagna-t-il sa gageure? Il faut le demander à cette belle étude que M. Guizot esquissait il y a bientôt vingt ans, et qu'il donne aujour- .d'hûi complétée, agrandie, retouchée avec une sorte de prédilection d'artiste. C'est dans ces pages seulement qu'on apprend à connaître et la ligure do personnage et le caractère de son œuvre, prodige de patience et d'audace, conspiration d*nn genre à part, ourdie, tramée, conduite par un seul homme ; le plus solitaire à coup sûr, le plus discret, le plus ^silencieux des complots.
A notre avis, le chef-d'œuvre de llonk, son tour de forée incomparable, ce n'est pas d'avoir, par de ai lents moyens,
touché plus vite au but que penonae n'eût osé le pnh
mettre, ce n'est niOme pas d'avoir vaincu, Tépiîe dans le fourreau, autre booheur inespéré qui lui semblait , à lui, son grand titre de gloire, et dont il faisait sa devise : vidor sine sanguine} c*est un succès plus étonnant, plus improbable encore, la royauté rétablie sans conditions» Était-ee
un bien? n'eût-il pas mieux valu, pour la royauté même, des conditions raisonnables? L'avenir semble l'avoir prouvé; mais comme alors on n'avait à choisir qu'entre des précautions certainement mortelles au pouvoir qu'on voulait restaureri et l'absence de toutes précautions, comme il fallait subir on la tutelle presbytérienne et ses étroit» exigences» ou la libre volonté d'un prince instruit probablement à Técole du malheur, on comprend qu'entre deox périls iMoiik ait choisi le moindre : ce qu'on ne comprend pas, c'est qu'il ait réussi. N'était-ce pas pour conquérir des garanties, des sûretés, un pacte sérieux avec la monarchie, que l'Angle terre depuis vingt ans s'était lancée dans les révolutions? Si lasse, si épuisée, si désenchantée qu'elle filt, pouvait-elle en un jour abandonner son œuvre, perdre le fruit de tant de sacrifices, faire amende honorable, se rendre à discrétion? La pensée n'en venait à personne. Le roi lui-môme, nous l'avons dit, ses conseillers, ses courtisans, s'attendaient tous à subir un marché plus on moins onéreux. '
Aussi quelle surprise, et quels élans de joie dans cette petite cour de Bréda, lor8q[u'arriva le mystérienz billet où Monk, pour le roi seul et quelques co^iidents, se décidait enfin à soulever son masque I il se chargeait de tout et il n'imposait rieni Rentror à IVUtahaS stea eon-
LA BESTAURATION DES STUARTS.' îH
ditionsi c'était à n'y pas croire. A ce même mimienl arrivaient i Bréda les chefs presbytériens, les messagers, les plénipotentiaires de la secte. Ils venaient coi\jurer le roi de se jeter entre leui^ bras. « Nous tous apportons , di* saient-ils, votre seule chance de succès. Nous sommes le seul lien entre vous et vos peuples. Laissez-nous agir seuls et acceptes nos conditions; surtout ne tardes pas, car Monk serait plus exigeant que nous, el rAo-lctcn e Test plus que Mouk. u Charles pendant ce temps avait dans son pourpoint la lettre du général, et tous penses s*il devait rire. '
Celait pourtant la vérité qu*on venait de lui dire, c'en était du moins l'apparence : Monk affichait bien haut de grandes exigences, TAngleterre un grand besoin de garanties. Au fond, que voulaient-ils l'un et l'autre? Quant à Monk, nous venons de le voir. L'Angleterre étaitrcUe plus BÎQGère? Sans qu^elle s*en doutât, n*avait-elle pas son parti pris de terminer la crise, de ne pas faire la difRcile et de brusquer le retour du roi? Sans cela, croyes-vous que Monk eût réussi? Sans doiite il était puissant, il avait une anaée, celte armée lui obéissait; mais qu'est-ce que cela pour lutter contre un peuple? Quand on fait de tels coups, c'est qu'on a le courant pour soi, ce courant .qui n'est pas toi^jours visible à la surface, et qu'il faut deviner. Le grand talent de Monk, son instinct supérieur, c'est d*avoir, avant tout le monde, en chaque circonstance, aperçu ce com'ant secret, si bien qu'en ayant l'air de iieurter l'opinion, au fond il marchait avec elle, l'ai* dait et eu était aidé.
Si vous n'admettez pas que c'était l'Angleterre qui donnait à Monk son blanc seing, si vous croyes qu'il lui
m ESSAIS HISTORIQUES ET LITTÊRAIBES.
fit Yiolence, tous 'supposes à un homme an pouToir
que les hommes n'ont pas. 11 faut voir les choses comme elles sont. Sans doute on peut s'étonner que ces Anglais — ce peuple sérieux qui, pour fonder ses libertés, avait si résolûment fait la guerre à son roi, qui plus tax:d devait &i froidement passer contrat avec une autre dynastie pour mettre ses. droits hors d'atteinte — se soient en cette circonstance conduits conmie des enfants^ sans rien prévoir ni stipuler t Mais les nations, à certains moments, sont saisies de terreurs qu'on dirait maladives, d'eiirois non raisonnes, de véritables cauchemars, dont» n'mporle à quel prix, il faut qu'elles se délivrent. Tantôt c'est l'anarchie quiiSait leur épouvante ; Taspect des démagogues, leurs coniques propos, leurs insolentes convoitises, c'en est asses pour allumer cette soif de salut qui lait perdre à un peuple toute mesure, toute prudence; tantôt ce sont d'autres terreurs qui lui font faire d'autres folies. Le cauchemar de l'Angleterre eu 1060 était l'armée, le despotisme militaire. Elle en avait tant souffert t Les majors généraux, leurs exactions, leurs insolences, et depuis la morl de Cromwell, cette horde brutale que ne tempérait plus la moindre intelligence, ce colossal pouvoir tombé aux myrmidons, voilà ce qui poussait l'Angleterre au royalisme, au roya* lisme pur, aveugle et désarmé. Son instinct lui disait que, dût-elle en pâtir, c'était encore un immense profit que de sortir des mains de la soldatesque, que pour elle et pour ses libertés tout valait mieux, même un apprentissage du bon plaisir d*un roi, qu'une série de Deshorougb, de Fleetwood et de Lambert se passant de main en main, comme un bétail, les babitanis des trois rojanmes. Ci
LA RESTAURATION DES STUARTS. • m
même instmct lui disait qu'il n*; avait pas un moment à
perdre : l*année était divisée, occasion peut-être unique de 66 délivrer d'elle; stipuler des garanties, des conditions» c'était entrer en pourparlers interminables; il faudrait négocier , argumenter avec la couronne, envoyer chaque jour d'Angleterre en Hollande et de Hollande en Angleterre observations, réponses» projets, contreprojets. Quel temps perdu 1 L'ennemi prendrait l'éveil; . lùentût les deux camps n'en formeraient plus qu*un, et la
république et Tarmée commenceraient un nouveau bail
pour l'asservissement du pays. Se hâter, en finir^ ne pas perdre un instant, s'associer au royalisme pour se donner la force de dissoudre l'armée, de balayer le terrain, Toilà ce que voulait l'Angleterre, voilà ce qui eqilique cet acquiescement précipité, cet oubli de ses ^oils, cet abandon de toutes garanties. Toujours, en de telles rencontres, les peuples vont au plus pressé, sauf à se donner plus tard tel démenti que de besoin. Ce qu'ils ont lait si vite, il faut toujours qu'ils le refassent.
Aussi quel est le véritable caractère de cette restauration de 1660? On pourrait s'y tromper, à Toir la joie sincère, le profond sentiment de délivrance, les élans de confiance et d'espoir qui éclatent de tous côtés. Quel monarque, an retour des plus rudes campagnes, après les plus glorieux exploits, reçut jamais pareilles ovations? Et pourtant, regardez-y bien, malgré ces cris, celà hourras, ces Ynats, malgré ces flots d'ale qui coulent à la santé du roi, malgré le bruit des canons de la Tour grondant au loin sur la Tamise, la restauration de 1660 n'est au fond qu'un expédient» On sent dès la première benre, au milieu
iS4 ESSAIS HISTORIQUES ET LITTÉRAIRES.
môme du triomphe, sous l'éclat de ce ciel serein, un sourd frémissement prédit les orages. A qad bon dissoadra rarmée, cette «rmée fnqafète et sflencieuse, rangée tristement en bataille sur ces hauteurs de Blackheath^ et répondant & peine aux saints de son roi? La guerre n'en re* naîtra pas moins, guerre implacable et sans issue. Déjà deux camps se forment en silence, on commence à forger les armes. Gomment éviter la guerre, brsqae Ja paix repose sur un malentendu? iN'y ii-t-il pas comme une équivoque entre ce prince et ses sujets? On a voulu brusquer le mariage en njonmant les entrevues, en fuyant les explications; les époux ne se sont point vus, ne sont iîonvenus de hen; ils sont étrangers Tun à l'autre : aussi les voilà mariés, mariés sans conditions! Hais au sortir de la cérémonie, dans la joie du festin, on surprend un regard^ on entrevoit un geste^ on sent je ne sais quoi d*inquiet, d'étonné, qui vous attriste» et qui vous dit qne le divorce n*est pas loin. /
Le nom de la convention, pendant près de trente années, nVélé prononcé en France qu'avec un sentiment d*borreur nos réserve et sans mélange. Les plaies étaient encore saignantes et les souvenirs inflexibles. 11 fallait qu'un quart de siècle eût passé sur tant de crimes, pour que l'idée pût naître de les voiler et de les travestir. Jusque-là, d*où serait, venue riiulalgencc? MO me au sein des familles qui, par exception^ conservaient sous. r£mpire le culte des idées de 17899 bénissaient en silence les bienfaits de la révoluliuii, qui en admiraient les premiers élans, la moindre tentative, non d'éloge, mais d'excuse envers les hommes de la terrenr, eût été accueillie comme un délire ou un bla:iphème. S'il existait encore quelques incorrigibles amis de ces hommes et de cette époque, ils vivaient loin du monde, ou bien ils se cachaient sous les livrées impériales, 8'avouaat à peine à eux-mômes leurs secrètes spnpathies^
m £SSÂiS HlâTOHiaUES ËT LlTTÉRAlREb.
et prenant soin d'en faire mystère aux autres comme d*ime
infirmité repoussante.
Aussi Tétonnement fut grand lorsqu*en 4821 M. Garai» puis, quelques années plus tard, deux jeunes écrivains d'un rare talent^ se hasardèrent à peindre sous un jour tout nouveau cette assemblée que le pays n'avait encore appris qu'à, maudire. Jusque-là tout le monde avait cru que la révolution française n'était devenue spoliatrice et sanguinaire que par une succession de fautes, de faiblesses, de perversités, qui n'avait rien de nécessaire ni de providentiel. On se croyait en droit de blâmer, de détester ces fautes, ces excès, ces faiblesses, comme on blâme, comme on déteste les déportements et les vices d'un simple individu : les écrivains dont nous parlons sortirent de ces voies battues. Sans absoudre absolument personne, ils ne reconnurent qu'un
grand coupable, la forco des choses; ils s'attachèrent à ckV montrer que la révolution française n'avait point fait fausse route, que sa marche était tracée d'avance, et qu'il avait bien fallu qu'elle en parcourût toutes les' phases j tant de sang et de ruines étaient à regretter sans doute, mais lesar lut du pays étant la loi suprême, dès l'instant que le pays avait été sauvé, tout ce qui avait été avait dû être.
Le moment était favorable pour produire ces nouveautés. C'était l'époque où )e gouvernement de la restauration s'ea*gageail sur une pente qui devait en peu d'années le conduire à ces fatales ordonnances que les plus âdèles roya- . listes qualifient aujourd'hui comme nous. Il commençait à être battu en brèche, non plus seulement par les conspirateurs issus du bonapartisme, mais par toute une génération active, intelligente, sincèrement éprise de la liberté consU-
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tationnelle, bien qa^entratnée à son insu par quelques
étroits esprits rôvaat déjà la république. C'est au milieu de cette jeunesse que fut lancée la nouYeile théorie. Sa for^ tnne était certaine. Tuus les républicains l'adoptèrent; les libéraux Tacceptèrent presque tous. U y en eut cependant, ooos tenons à le rappeler, qui protestèrent dès le premier jour. Ce fatalisme historique, cette gioritication du succès» oe pouvaient se concilier avec la philosophie qu'ils croyaient mie et qui servait de base à leurs idées politiques. M^s le nombre de ces dissidents était alors restreint; leur voix n'avait d'écho que dans quelques salons, et la feuille litté» raîre qui devait leur servi i de tribune n'avait pas vu le jour» Le grand courant de l'opinion appartenait encore tout entier au dix-huitième siècle* Nos deux historiens en étaient ies disciples lidèles: ils en rajeunissaient non l'esprit, mais la forme, l'un par sa concision didactique, l'autre par ùne> abondance facile et pittoresque. La masse du public était en communion secrète avec eux; aussi leur succès fut immense, et à vrai dire, incontesté. ,
De ce jour on vil se modifier, se transformer peu à peu, d'abord dans nos écoles, puis, de proche en proche, dans tOLifes les couches de la société, la manière de sentir, de comprendre, de juger la révolution et en particulier la CûDveiltion. Nous ne voulons pas dire que deux hommes^ quel qu'ait été leur talent et leur succès, aient, à eux seuls, produit cette transformation, mais ils en ont singulièrement liâté et facilité le développement* Une fois ce principe de la force des choses introduit sur la scène historique, et planant au«dessus des bourreaux comme au-dessus des victimes, que devenaient les opinions les plus accréditées, ies
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témoignages les plus Dnanimes^ les jugements rendus en dernier ressort aussi bien par l'instinct populaire que par les traditiond les plus sûres et les mieux établies? Tout n'ctait-il pas ébranlé? N allait-on par remettre tout en question^ tout réviser, tout excuser, tout réhabiliter? Des paradoxes qui la veille n'auraient passé que pour des jeoi d*esprit se posèrent baidiment comme des vérités mécoanues, et ces soi-disant vérités ne tardèrent pas à engendrer d'autres hardiesses, encore moins vraisemblables, encore uùeux accueillies. C'est ainsi qu'en peu d'années nous avons vu défigurer pièce à pièce tous les faits^ tous les hommes qu'a pi ûduils la fin du dernier siècle; c'est ainsi que s'est construite effrontément sous nos yeux cette contrefagoa d'histoire dont l'esprii révolutionnaire fait ai^ourd'hui son. catéchisme.
Pour que rien n'y manquât, il fallait que la poésie se mtt
de la parlic et portât les dernier^ coups; il iallaiL que le plus lyrique des hommes de ce temps, à bout de rimes et de succès, prît fantaisie de se faire historien, qu'il se jetât sur la chute de la royauté, sur le règne de la terreur comme sur d'heui'euses occasions de réveiller sa muse et de verser des flots de prose colorée. Pouvait-il échapper à la contagion réguanle, à cette lièvre d'indulgence dont, vingt ans auparavant, de judicieux esprits avaient senti les pce* miers accès? Non, il était condamné, par sou imagiuatiou d'abord et plus encore par la soif du succès, à enchérir sur tous ses prédécesseurs, à se complaire dans le commerce et dans 1 iiitiuiité des odieux personnages si longtemps et si justement voués à l'exécration publique, à les absoudre avec délices, à les fai'der avec amour, el à b'cicver envcis eux de
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l'excuse à Tapothéoee. fl n'y a point manqué. Et pourtant tout n*fest pas poison dans ce livre : il s*en échappe aussi parfois quelques saines paroles, on y rencontre conune des
rcluurs confus et involontaires vers le bien, vciii la vérité; mais pour une page où le crime est iiétri, il j en a vingt qui Tadulent et où l'encens fume à sa gloire.
iNotre intention n'est pas de faire ici le procès à tous ceux qui, soit aux premiers rangs, soit aux plus subalternes, ont contribué, de loin cuiume de près, avec ou sans intention, à ces falsifications systématiques de nos annales révolutionnaires. Nous ne voulons pas dire quels égarements ils ont fait naître, quelle large part leur appartient dans nos ré* centes calamités, dans Is révolution de février, par exemcombien ces amnisties rétrospectives ont porté d'hésitation dans les esprits, de trouble et de mollesse dans les âmes, de sacrilège et de scandale jusque dans ce sanctuaire des lois où le premier venu se croit maintenant autorisé â comparer la terreur à Tlliade et Robespierre à Jésus-Christ. Notre seul but en jetant ce coup d'œil en arrière a été de constater et de faire comprendre comment la convention, celle de toutes nos assemblées dont le nom est le plus souvent prononcé de nos jours, celle qu'on invoque à tout propos, est en même temps celle qu'on connaît le moins bien. Le publie en savait beaucoup plus sur son compte avant qu'on lui en eût tant et si mal parlé. Pour s'en faire une idée juste maintenant, pour débrouiller la vérité dans ce fatras de paroles et d'écrits, il n'y a qu'un moyen, remonter au\ sources, fouiller le Moniteur, comparer les récits, contrôler les témoignages, procéder sur tous les points douteux, sur tous les faits contestés, à une consciencieuse en-
qoéte; mais qui donc a le loisir de faire, pour son proive usage, un travail aussi long et aussi difficile? Faute de Qiieux, ou se résigne à ce qu on a sous la main : on accepte la convention telle que ses amis Tout faite, Jpeuplée d^hommes de génie, de gigantesques courages, de cœurs brûlants du pur amour de la pairie et de l'humanité; ou bien, si ce charlatanisme vous révolte, si vous avez soif de vérité et de contradiction^ vous êtes réduit à feuilleter quelques pamphlets surannés, mal informés, d'une partialité crédule, et tout empreints d'un esprit contre-révolutionnaire qui dès Tabord éveille votre soupçon. Ainsi, aucun mo^en de savoir à quoi s'en tenir, aucun instrument facile et à la portée de tous pour bien connaître la convention*
C'est le sentiment de ces embarras du public qui a donné à M. de Baranle la pensée d'entreprendre et le courage d'exécuter le grand travail qu'il commence à mettre au
jour. Déjà, dans un précédent écrit il avail, sans le savoir, laissé pressentir son dessein et révélé le but de ses nouvelles études. Examinant, à propos de la Constitution de 1848, toutes les constiUilions précédentes et les diverses assemblées qui nous les oot données, il avait peint la convention en quelques pages excellentes; il lui avait rendu sa vraie place et son vrai caractère. Ce portrait parut d'autant plus neuf qu'il était plus ressemblant : on sentait que l'auleur ne parlait pas par ouï-dire, qu'il avait sur cette époque et sur ces hommes des données trop exactes, un jugement trop sûr pour n'en avoir jips fait une persévérante étude. Aussi fut-il, sollicité de ne pas garder pour lui seul