‹ Essais historiques et littérairesChapitre 8 sur 29 · M. DE NARBONNE ET LE PREMIER EMPIRE. «S · texte numérisé non relu

M. DE NARBONNE ET LE PREMIER EMPIRE. «S

rojauté celui«]à était le plus malhabile et le plus impuissant. Cette manière de se défendre en abandonnant la partie

répugnait à son loyal courage. 11 voulait qu'on fit avec franefaise de justes sacrifices, et qu'ensuite on résistât en se groupant autour du roi. C'était là de la tactique, da royalisme intelligent, et non uu pencbaut bien vif aux nouvelles idées. Pour tout dire, en un mot, sous Louis XVI comme sous Napoléon, M. deNarhonno, à notre avis, était et devait ôlre ce que la nature l'avait fait, uu bouime de cour, de la meilleure et de la plus rare espèce, mais un homme de cour. Nous ne prctcndons pas que son cloquent biographe l'ait affublé en citoyen. Ce n'est pas lui qui commet de semblables méprises. Il a seulement, sur ce point, reproduit un peu trop littéralement, peut-tître, ses souvenirs de 1812, Le jeune homme de vingt ans, épris dès lors de ces hautes idées de droit et de justice auxquelles l'Iiomnie mûr devait rester si noblement fidèle ; savourant avec passion, noD-> tenlament les chefsnl'œuTre de Téloquence antique, mais un fruit bien autrement défendu, les discussions du parlement d'Angleterre, pouvait-il ne pas prendre pour un se« cret amant du gouvernement constitutionnel un homme qui lui traçait avec uu sincère enthousiasme les portraits des plus illustres orateurs anglais, qui tenait à honneur d'en avoir intimement connu et aimé quelques-uns, et qui parlait, sans injures ui colères, de la Grande-Bretagne et de ses iostitutions? Comment ne pas se méjArendre et ne pas transformer une liberté d'esprit alors si rare et presc^ue pénileuse, en amour de la liberté 7

Peu importe, après tout : ce n'est là qu'une nuance dans la vérité du portrait ; que U. de ISarbonne ait été plus ou

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moins libéral, cela ne regarde et n'intéresse qne eeox qot

ront connu. 11 était généreux, chevaleresque, plein d'esprit» de bon sens ; i| aimait ardemment son pays, noasn*en voulons pas davantage : c'est tout ce qu'il en faut pour donner tout crédit et à ses confidences et aux belles. pages historiques qu'elles ont inspirées.

Jamais cadre plus heureux ne lut plus artistement rempli. A travers cette biographie de M. de Narbonne, c'est tout an quart de siècle de noire histoire, et quel quart de siècle! c'est la révolution tout entière, le consulat, l'empire qui passent devant nous. Les événements, les personnages ont beau nous être connus, ils semblent rajeunir et prendre ua / aspect nouveau à être ainsi présentés incidemment, de profil, sous une fonue aussi concise qu'attrayante, et au point de vue d'un homme exilé *de son pays, mais M appartenant toujours et résolu à ne servir que lui.

M« de Narbanne aimait à s'entretenir de cette triste et aventureuse partie de sa vie qui conunença le lendemain du 10 août. Échappé au massacre, grâce au courage de l'amitié, il était venu chercher à Londres un refuge ; puis, à peine en sûreté, peu s'en fallut qu'il ne revînt en France chercher volontairement la morL 11 avait, au premier bruit du procès du roi, revendiqué* le droit de comparaître à la barre de la convention, comme ex-ministre de la guerre, pour assumer la responsabilité de ses actes* La convention, qui n'avait nulle envie d'augmenter l'éclat de la défense, repoudsa cette demande, que seul de ses anciens collègues M. de Narbonne avait osé former. Réduit à invoquer l'intefvention de l'Auglcteri e en faveur du royal accusé, uu nouveau refus l'attendait» Il n'entrait dans les desseins du gon*

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verneiiient britannique ni d'épargner une lionte à la France, ni d'avoir l'air d'essuyer un refus. Le moment était solennel pour cette fière et prudente nation : libre, paisible, soumise aux lois, affcclaDt de respecter dans une nenirîîlité silencieuse nos tentatives de liberté sitôt déçues, sitôt déshonorées, mais résolue à se garantir du volcan qui nous dévo* rait, elle attendait froidement que le moment fût venu d'entamer contre nous une guerre à outrance pour assurer du môme coup et le salut du monde et sa propre suprématie. Ce grand spectacle avait profondément frappé M. de Narbonne, et il en avait percé le mystère avec une sagacité qui se reflète dans les' chapitres sur son séjour à Londres. Nous y suivons M. Pitt dans tous ses mouvements ; nous assistons & ses formidables apprêts ; nous le voyons, guidé par le génie, soutenu par la haine, n'éclater qu'à son heure et se faire pour ainsi dire imposer par son pays cette guerre qu'il lui soufflait au coeur depuis deux ans, et qu'il avait fait passer dans ses veines. Puis, quand le signal est donné, quand l'appel à la force est devenu public ; quand l'Angle-, terre, jetant le masque, a recruté contre nous les armes de tous les peuples, l'hospitalité d'un tel pays devient, on le conçoit, intolérable à M. de Narbonne, et on aime à le voir, non-seulement fermer l'oreille aux indiscrètes instances du chef de la coalition, mais chercher aussitôt dans les val* ées alors paisibles de la Suisse, sur une terre qui se flattait encore de rester neutre, un asile et la chance de rencontrer des Franc<^is, émigrés involontaires comme lui.

Tant que dura la république, M. de Narbonne n'essaya même pas de rçntrer dans sa patrie. L'exil était pour lui une peine cruelle, et, après la chute de la terreur, bien

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ces moyens lui étaient offerts de mettre un terme à sa proacriptioD ; mais il méprisait la faction corrompue qui s'était emparée de notre pauvre France, sous prétexte de raffraO'v chir, et il a*eût pas senti moins de dégoût à lui demander rhospitalité à l'intérieur, qu'à la recevoir au dehors de nos plus acharnés eauciiiis. Ce ne fat quïi rétablissement du gouveruemeut consulaire, lorsqu'aux iniquités accumulées par tous les pouvoirs précédents semblait succéder un sincère el durable retour à l'ordre et à la justice, qu'il se hâta de revoir cette France et ce Paris dont il était séparé depuis huit ans. Il y retrooira des amis, quelques-uns puissants et bien en cour, mais qui ne jugèrent pas à propos d'user pour lui de leur faveur, el de risquer qu'il la partageât avec eux ; aussi, bien que séduit par Téclat du nouveau pouvoir, et enclin dès lors à le servir, il n*eu lut pas aperçu, et de longues années s'écoulèrent sans qu'on le vit sortir de l'inaction et de l'obscurité. Il n'avait revu la patrie que pour y continuer sa vie d'exil, au milieu de ses livres et dans quelques cercles intimes qu'U charniiait de ses éblouissantes causeries. Le bruit n'en parvint à Saint-Cloud que vers 1809, et ce fut seulement alors, quand il n'y songeait plus, que la faveur le vint chercher et le jeta brusquement dans le plus violent tourbillon de la vie militaire, lui qui philosophait depuis près de vingt ans.

Ici tout va changer, son histoire comme sa fortune. Les chapitres qui précèdent étaient une introduction : brillante et rapide esquisse où les aperçus généraux se succèdent et s'enchaînent entremêlés de fines anecdotes,. de .malicieux portraits, parfois de tableaux lumineux, telles que ces pages sur le 18 brumahre et les débuts du consulat, si vraies^

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si neuves, et du nombre des plus belles que l'auteur ait

écrites. Ce préambule se poursuit tant que M. de Narbonne conserre ses loisirs; dès qu'il entre dans Taction» on peut dire que le livre commence. La scène se circonscrit; au lieu de rayounery i'iatérét se concentre ; Thistorien ne porte pltts çft et là ses regards» il s*enferme dans une étude ap* profondie de quelques événements formidables, sur la foi du témoin le mieux placé pour les bien voir.

C'était k l'ouverture de la campagne de 1809, peu de temps avant Essling» que M. de Narbonne avait reçu Tin* vitation de reprendre son grade et de rejoindre la grande armée. Etrange destinée que la sieunc 1 u'avoir servi que deux monarqueSj et tous deux si près de ne Tétre plusl Il est vrai qu'en 1809 on ne se doutait guère de î'ablme qui commençait à s'ouvrir sous les pas de son nouveau maître* La différence semblait grande entre un malheureux roi prisonnier dans son palais, sans armée, sans argent, n'exerçant plus qu'un pouvoir dérisoire, et ce puissant vainqueur, obéi, redouté, enrôlant sous son drapeau, non-seulement les soldats de la France, mais les armées de l'Europe, commandant à ses rois comme à des lieutenants, et jetant des trùnes en dot à tous les membres de sa famille. Un œil exercé pouvait bien entrevoir certains périls naissants que lui seul s'était faits, l'envahissement de l'Espagne, l'enlèvement du Sainl-Père; mais ces blessureSi bientôt mortelles, n'étaient pas aperçues de la foule : personne n'abordait l'idée que la fortune pût le trabir;sa force était d'être invaincu et de passer pour invincible.

Aussi ce fut uu rude coup et un avertissement sévère que cette journée d'Ëssling où le conquérant et son armée

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semblèrent un instant perd u§| Les yeux s'ouvrirent; d'an bout à Tauire de l'Europe on sentit comme un frémissement de doute ches les uns, de vague espoir ches les autres : puis de nouveaux efforts de génie et d'audace, Wagram^ une paix triomphante, eurent bientôt dissipé, au moins en apparence» ce trouble passager, et rétabli Tan* cicn prestige. Un mariage, dont les maisons régnantes les plus fières s'étaient disputé Tbonneur, la naissance d'un fils, tant de prospérités coup sur coup, tant de gages de force et de durée, achevèrent, on peut le dire, d eliacer, sauf dans quelques esprits, tout souvenir d'Essling; et lorsqu'au printemps de 4842, le brait se répandit qu'une expédition lointaine et gigantesque allait être tentée, bien peu de gens auraient osé prédire un résultat fatal à l'agressour. Peut-ôtre en sondant ses plaies secrètes, les aurait-on trouvées déjà vives et profondes; peut-être sa nouvelle armée, amas d'hommes de toutes les nations, avait-elle grandi plutôt en nouibre qu'en puissance ; ce n'était plus Tarniée compacte, homogènei aguerrie de Friedland et d'Eylau, l'armée de 4807; mats à ne voir que la surface, c'était la plus immense arnu e des temps modernes, et celui qui la commandait n'avait jamais atteinti dans l'opinion des hommes, un plus haut degré de puissance. T/heure de sa chute allait pourtant sonner l Quel coup de foudre 1 quelle accablante leçon ! quel exemple de notre néant t Fut-il jamais plus granù spectacle et plus eflrayante tragédie?

M* Yillemain s'abstient, on le comprend, de tout récit militaire de la campagne de 1812. Cette lâche appartient à ceux qui portent une épée, et queic^ues-uns déjà i ont tli- • gnement remplie* Nous ne manquons ni de souvenirs stra-

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