ET SIBI
D'après le récit des religieux bénédictins ^ M. Millin a vainement cherché cette inscription dans l'église de Saint-Jean. II n'est pas étonnant qu'elle ait échappé aux investigations de ce savant voyageur, parce qu'à l'époque où il visita l'église de Saint-Jean, cet édifice, reconstruit sur un nouveau plan , ne conservait plus aucun vestige de son antiquité passée. D'ailleurs, en se fondant sur les leçons de Belleforest et de Duchesne , il parait certain que cette inscription était placée dans la cathédrale. « Elle estait , dit Duchesne , » à l'entrée de l'église de Sainct ApoUinar, du » costé de l'hostel épiscopal ».
« Il y a sur la face principale du taurobole » un bucrâne presque effacé, comme sur l'autel » de Tain. Sur un autre côté , une pomme de pin » entre un préféricule , une patère à manche ,
5l6 NOTfiS ET PIÂGES
> un gâteau sacré et le bonnet d'Atys. La troi-
» sîème face est omée d'un aBgrîcrâne ou crâne
» de bélier entre un aspersoîr et un pedum. Sur
» la quatrième face est le rameau de pin du
» dendrophore. Toutes ces figures sont très-
» frustes » (i).
Valence, malgré son obscurité^ a rencontré des apologistes qui l'ont célébrée en prose et en vers. On lit dans le recueil des poésies du chancelier l'Hôpital les vers suivans à sa louange :
Nec te carminîbus praeclara Yalentià nogtris, Aut liquides fontes et moUia prata sîlebo.
Tu legum fontes aperis^ til jurîs et aeqùi Prima sub Alpinîs monstrasti gentîbuâ attem.
Le manuscrit de Roaldès renferme sur Valence quelques pièces de vers apologétiques d'un mauvais goût fort remarquable.
(i) Millin, yoytige dont les éepcûriemeni du midi de la France, tome II...
Le très-savant et quelquefois peu judicieux Dom Calmet raconte avec beaucoup de naïveté la véridique histoire des géâns valentinoîs. Les éditeurs de la bible de Vence, qui ont hérité sans doute de la science du bénédictin , mais non de sa bonhomie , ne sont pas excusables d'avoir répété ces puérilités dont ils parlent fort au long dans leur facétieux chapitre des géans.
Spon rapporte qu'à son passage à Yalence, un chanoine de Saint-Ruf lui montra une dent d'une grosseur merveilleuse , telle sans doute que saint Augustin affirme en avoir vu. « Mais j'ose » assurer , dit Spon , que c^est une dent d'élé- » phant, parce qu'elle se lève en écailles » (i).
Une inscription placée en 1648 au couvent des Cordeliers apprenait aux curieux que certains ossemens non moins gros que des soliveaux avaient jadis appartenu au géant Briardus.
Aimar du Rivail a eu soin d'illustrer son Histoire des AUobroges de tous les contes fabuleux de géans que respectait fort la crédulité naïve de nos pères.
(i) Spon, Voyage en Provence , page 3.
EXTRAIT DE L HI$TOIRB DES ALL0BR06ES PAR AIMÀ& DU EIYÀU. (l).
« Traditur Curseolum gigantem Cemenum montem habitasse , et eam partem extra Rhodanum quae Valentîam respîcît Cursolium de suo nomine appellasse; aliqui etiam Rhodanum
trajecisse, et ad Faventiam castra posuîsse
« Cursolius vel Briardus regnum popu-
lorum qui post diluvium AUobroges appellati fuerunt , alîquorum opinione , tenuît. Et LudoYici undecimi Delphini temporibus, ossa hujus Brîardi gigantis ad Cemenum montem , trans Rhodanum , reperta fuere , propè Valentiam Cavarum, sub Cursolio, eo loco qui Sanctus Peralius dicitur (2). Et ut ex illîs ossîbus deprehenditur niagnitudinîs , duorum et vîgenti pedum erat. Et in cenobio fratrum predicatorum Valentinorum est forma et statura hujus gigantis depîcta , et à pariete înterioris illius edificii aliquot Briardi ossa pendent. Et à Renato, proyinciaî rege, quaedam in sacrum
(1) M.M. de la bibliothèque royale, n.* 6,014» foodt de Golbeit, pagea 59 et 106 an verso.
(a) Sanctus Peraiius, Saînt*Péray.
JUSTIFICATIVES. 5ig
» Biturgium sacellum delata fuerimt. Et sub » Briardo, in Allobrogibus alii gigantes babi- 9 tabant; nam superioribus aniiis, apud Sep- » timum Dalphinatûs pagum, juxtà Yiennam, » ossa alterius gigantis eximiae magnitudinis 9 quidam rustici terra evulserunt » .
Frey, dans son Admiranda Galliartan, parle d'un squelette trouvé près de Valence, et qui n'avait pas moins de trente pieds de long. Il le range honorablement parmi les sept merveilles du Dauphiné. « Gallorum rege Carolo septîmo , 9 Hhodani alluvione et impetu detectum fuit et 9 refossum sepulcrum non longé Valentiâ, illic- 9 que inventum cadaver trigenta pedes altum , 9 cujus rei oculatus testis Fulgosius » (i).
C'était autrefois une croyance accréditée dans le Yalentinois que les pierres taillées en forme de meule de moulin et forées au centre , que Ton trouvait éparses dans la campagne , avaient servi de lest aux fuseaux des épouses des géans. Quels .fuseaux et quelles fileresses ! Spon nous apprend que cette tradition existait de son temps (2). Depuis que le monde est devenu curieux, on
(1) Jani Gaecili Frey, Admhnméa Gatiiarum compendîo indieata^ Fansiis, apud Francittcum Targa, 16289 pag, 35.
(a) Spon, Foyagê en Provence, page 3.
s'est permis de douter de Texistence de ces întéressans géans; ils sont tombés dans un étrange discrédit, et leurs dépouilles ont cessé d'être offertes à la crédule vénération du public.