‹ Essais historiques sur la ville de ValenceChapitre 5 sur 50 · SUR TAL£NG · texte numérisé non relu

SUR TAL£NG

Diois , qui lui étaient déyoués. Il s'attacha surtout a ruiner le parti du comte plutôt par la voie des négociations que par celle des armes.. Il lui débaucha ses plus puissans alliés, le sire dé Montetl- Âimar, auquel il promit cinq mille sols viennois pour rhommage de sa ville (i) , et traita avec la ville de Saillans. Enfin , le comte ne pouvant s'opposer aux succès des épiscopaux , se soumit à la médiation du pape et de Philippe, roi de France. Guilhaume , évêque de Làngres , et Humhert de Beaujeu, connétable de France, nommés arbitres de ce long différent , stipulèrent que révêque rendrait au comte tous les châteaux pris durant la guerre , et qu'il lèverait l'excommunication fulminée contre lui et .contre ses sujets; d'autre part, ils restituèrent au'prélat la ville de Crest et la terre de Divajeu (à). : 1277 Après ce traité, l'évêque tourna ses armes contre la communauté de Romans, qui avait chassé de la ville les chanoines de Saint^Bèrnard, leurs seigneurs , dont la tyrannie leur était devenue insupportable. Il saisit avec avidité cette occasion de se venger de ces bourgeois turbulejis.

(1) Cette somme loi fat payée par Jean de Genève, 'succetsear d'Amédée de Roussillon.

(a] Ghorier 9 HUioire du Dauphiné^ tome II , page 167.

qui , dans la guerre précédente 9 avaient pris contre lui le parti du comte Aimar. Il mit le siège devant Romans , ruina une partie de ses •fortifications, et ne perdit jamais Tavantage dans tous les combats qui furent livrés. Malgré les rigueurs de l'hiver , il ne voulut pas abandonner Je siège, et ravagea tout le pays d'alentour. Après une année d'hostilités consécutives, les habitans , réduits aux abois , inclinaient vers la paix; d'où il advint que l'évêque se départit de sa vigilance accoutumée ; mais eux , plus avisés , profitant de ce moment de relâche , surprirent les épiscopaux qu'ils firent tomber dans une embuscade, et en tuèrent un grand nombre (1). Amédée avait déjà rallié ses troupes et s'apprêtait à marcher sur Romans, lorsque la mort le surprit et mit fin à la guerre. Toujours à la tête de ses soldats, sans respect pour les lois de l'église , il versait le sang ennemi en dépit des canons. Il se rendit plus remarquable par les qualités belliqueuses de l'homme d'épée ^ que par les vertus pacifiques d'un prélat (â). Sa mort remplit de trouble le siège qu'elle

(i) Ghorier , Histoire du Dauphiné, tome II , page iS^ — Dochîer , Mémoires sur Romans, page 4^.

(2) Fiia Am§d§i, apud opnacula Golumbi» pag. 358.

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laissait vacant. Le comte de Valentinois prétendait diriger Télection du nouvel évêque, et levait des troupes pour appuyer son intervention. Le doyen de Valence et les administrateurs du diocèse armèrent aussi de leur côté ; mais une assemblée des seigneurs du Dauphiné ; con«voquée pour terminer les différens du comte Âimar et du dauphin Guignes, procéda ellemême à l'élection , et nomma Jean de Genève pour successeur d'Amédée de Roussillon, que son panégyriste, dans ses éloges emphatiques, appelle le Grand (i).

. Le nouvel évêque , au commencement de son administration , éprouva de vives oppositions de la part du chapitre de Saint-AppoUinaire , qui s'était créé un juge indépendant, et qui tendait à s'affranchir de la juridiction épiscopale. Gui- Ihaume , archevêque de Vienne , fut choisi pour arbitre de ces débats, et, de concert avec Ar-^ taud , abbé de Saint-Ruf , et Guilhaume Finnin , chanoine , il maintint le*juge du chapitre et fixa l'étendue de sa compétence (2). Rarement l'harmonie régnait entre l'évêque et le chapitre de

(1) Goiombi, heoeitato. — Ghorier, HUi, du Dauphiné, tome II » page 173.

(a) Golumbit D0 rebiu gettU EpUeop, VaknU, lib. III» pag. 3oS.

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Saint -Appoltinaire : des contestations relatives à des conflits de juridiction , et surtout les violences de révêque pour écraser les chanoines , et les efforts constans des seconds pour s'affranchir de la domination du premier , furent la source de démêlés quelquefois sanglans et toujours scandaleux. Â l'instar de la commune , le chapitre formait des conjurations , s'insurgeait , réclamait des libertés et des franchises souvent extorquées à l'évêque par la voie des armes , mais dont il était bientôt dépouillé. Le prélat, secouru par de puissans feudataires , châtiait ses prêtres rebelles, dont la ^fortune éprouvait autant de vicissitudes que celle de la commune; Si le chapitre eût voulu se liguer avec la corporation des bourgeois , la lutte eût alors présenté aux insurgés quelque chance de succès ; mais le dédain des chanoines, hommes de race noble, pour d'obscurs plébéiens, et la division réciproque de leurs intérêts, en séparant leurs forces, hâtèrent leur ruine commune (i).

1293 A-peine ces différens étaient-ils calmés, que le chapitre de Die s'insurgea à son tour , et entraîna dans sa révolte la majeure partie des habitans. Remond , baron de Meuillon , qui était

(1) Golumbi, De rûbus gesiit Episcop, VaUnt., pag. 5ai.

un des chefs les plus actifs de rinsurrection, voulut profiter des circonstances pour réaliser ses projets ambitieux, étranger la ville sous sa domination. Jean de Genève se plaignit amèrement au pape des entreprises du baron de Meuillon , et réclama l'assistance de Tarchevêque de Vienne. Les insurgés ayant appris que leur seigneur était soutenu par le dauphin , rentrèrent dans le devoir , et Remond , par dépit ou par dégoût du monde , se retira dans le couvent des frères mineurs d'Avignon,, où il mourut quelque temps après (i).

Guilhaume de Roussillon , successeur de Jean de Genève , ne vécut pas en meilleure intelligence que ses prédécesseurs avec le comte de Valen- * tinois. Celui-ci lui reprochait d'avoir stipulé dans un traité passé avec Aimon , abbé de Saint- Antoine, l'exclusion des membres de la famille de Poitiers à la propriété des prieurés de Brisans et de Vérone , dépendances de celui de Saint- Médard. Il prétendait que l'évêque n'avait agi 5o5 que par animosité, et saisissant les armes pour laver cette offense, il ravagea le territoire de son ennemi. Le dauphin , leur ami commun , fit suspendre les hostilités; mais la paix, conclue avec regret, fut rompue plusieurs années après (2).

(1) Golurobiy De rébus gesti* Epixcop, Valent. ^ lib. III , pag. 009. (3) Ghorier, Histoire du Daupliinè, tome II, page 198.

13^9 En effet, Aimar renouvela cette vieille querelle^ et fondit à l'improviste à main armée sur les terres de révéque. Guilhaume de Roussillon avait vainement employé les voies de la douceur. Il implora le secours d'Albert , baron de Sassenage , auquel il constitua une rente annuelle dé deux cents livres, et qu'il releva des redevances dont ses terres , dépendantes des fiéfs des évêchés de Die et de Valence y étaient grevées ; il le nomma défenseur et avoyer perpétuel de son église.

Albert mit sur pied des forces redoutables , battit les troupes du comte et le fit prisonnier : la paix fut de nouveau conclue et dura près de dix •ans (i).

1345 Pierre de Ghastellus, appelé au siège de Valence , rompit avec le comte de Valentinois , sans que l'on en connaisse le motif. Pour prévenir son ennemi , il usa de beaucoup de diligence , et bloqua la ville de Crest. Pendant qu'il en faisait le siège , le pape lui délégua les évéques de Lisbonne et dlJzès , ses nonces , qu'il avait chargés d'ouvrir les voies d'accommodement. Sur ces entrefaites , les deux partis , se trouvant en présence , en vinrent aux mains : le combat fut

(1) Chorier, Histoire généahgique de la maison de Sassenage, Ut. I» cbap. VIII.

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meurtrier; mais le comte, qui avait fait revêtir à ses soldats Técharpe blanche , signe de ralliement du Dauphinë, remporta l'avantage. Deux cents épiscopaux furent tués , et un plus grand nombre encore faits prisonniers.

Les nonces du pape, qui $*étaient réunis à Tarchevêque de Lyon , trouvèrent Pierre de Chastellus si éloigné d'accéder à leur médiation , et si envenimé contre le comte , à cause de l'échec qu'il venait d'essuyer , qu'ils renoncèrent au but de leur mission. Les ravages commis quelque temps après par le sire de Clavaison sur les territoires de Montélier et de Livron , achevèrent de rendre le prélat sourd aux sages remontrances de l'archevêque. Il ne craignit pas de l'insulter dans la personne de son envoyé, et sa raison troublée par le désir de la vengeance lui fit oublier les devoirs les plus sacrés de son ministère. Le comte et l'évêque donnèrent un Jibre cours à leur animosité : les deux territoires furent ravagés, et des villages entiers livrés aux flammes. Quelquefois , à la faveur de la nuit , la population villageoise était surprise au sein du sommeil et massacrée impitoyablement; enûn, l'évêque fit incendier le village de Barcelonne sous les yeux de l'archevêque , qu'il prétendait braver par cette cruelle ostentation. Il menaçait aussi du même

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traitement le bourg de Clairieu qui était un fief du Dauphiné; mais ayant appris que Tévêque de Grenoble et le gouverneur du Dauphiné mettaient sur pied des forces redoutables, et appréhendant qu'ils ne favorisassent son rival , il devint plus accessible aux propositions de paix : de part et d'autre furent conclues des trêves fréquemment violées. Enfin, Tarchevêque de Lyon , nommé commissaire apostolique par le pape , menaça Pierre de Chastellus des censures ecclésiastiques, s'il se montrait rebelle à l'autorité du saint siège ; après de nombreuses conférences , il parvint à faire conclure la paix que les peuples réclamaient à grands cris (i).

La cession du Valentînois à la couronne de France mit un terme aux querelles des évêques de Valence et des comtes de Poitiers- On ne peut évaluer les maux que les peuples eurent à endurer pendant cette longue période de guerres continuelles. Les petites armées des comtes et des évêques , également indisciplinées , dirigées par des chefs que dévoraient une ardente cupidité du pillage et la soif de la vengeance, ne pourvoyaient à leur subsistance pendant la

(i) lyochier , «Mémoires sur Romans, page 70. — Ghorier, Histoire du Dauphiné, tome II , page 3a.i.

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campagne que par la force. Les chevaliers et les soldats étrangers, pour qui le motif de la guerre était indifférent , vendaient leur épée à la fortune de Tévêque ou du comte, et la leur faisaient chèrement payer. Alors, pourstipendier ces bras mercenaires, il fallait grever la population d'énormes impôts : les artisans étaient dépouillés du fruit de leur industrie , et les bourgeois des villes ruinés par des taxes iniques. Dans les campagnes, le paysan était la proie du soldat ,' qui, d'une main avide, s'emparait de ses récoltes, ou le faisait expirer dans les tourmens , pour lui extorquer ses modiques épargnes. La guerre tout entière était dirigée contre le pays, qu'il importait de mettre à nu. Après avoir désolé les campagnes par d'immenses destructions de vies humaines, le parti le plus faible, qui ne trouvait plus dans la contrée ni hommes, ni alimens, subissait le joug du vainqueur. La tactique militaire consistait à ruiner l'ennemi par la ruine absolue du pays. Aussi, lorsque venait à cesser cet état de violence et de brigandage par la pacification des belligérans , ou par la soumission du vaincu, les peuples désolés adressaient leurs plaintes aux dauphins de Viennois , quelquefois aux princes de l'église, ou à de puissans seigneurs dont ils espéraient assistance. Mais presque ton-

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jours leurs demandes étaient repoussées , ou la protection qu'on leur accordait leur devenait si onéreuse par les subsides qu'ils étaient obligés de payer à leurs avares protecteurs , qu'abandonnés à leurs propres forces , ils étaient réduits à puiser dans les ressources de leur industrie un soulagement à leurs maux.

Les bourgeois de Valence, dont les tentatives d'émancipation avaient été infructueuses, n'avaient néanmoins laissé échapper aucune occasion de reconquérir , sinon leur liberté , du moins de faire revivre leurs anciennes franchises. Ils en obtinrent à différentes époques de leurs évêques , qui étaient à leur tour obligés de céder à la puissance des circonstances. Ces franchises i3^o leur furent renouvelées en 1370 par Guilhaume de la Voûte , leur évêque. Ils avaient une merveilleuse aptitude à profiter de toutes les circonstances qui pouvaient leur être favorables. Lorsqu'une contestation s'élevait entre Tévêque et les chanoines de Saint-AppoUinaire , ils soutenaient ordinairement ces derniers dans leur insubordination , parce que le prélat se trouvait obligé de composer avec eux, de satisfaire à leurs de^mandes, ou d'acheter chèrement leur neutralité. Âvaient-ils le sentiment de leur faiblesse, alors ils s'avouaient les cliens des seigneurs voisins.

réclamant d'eux la protection tutélaire du patronage. On les vit s'adresser aux comtes de Valentinois, ennemis nés des évêques, et se reconnaître leurs hommes. Maintes fois ils échangèrent avec eux une assistance mutuelle : la famille des Poi-« tiers devait favoriser leur indépendance et leur prêter le secours de ses armes, et eux, à leur tour^ s'engageaient à soutenir les droits que le comte prétendait exercer dans la ville contre le gré du prélat. Le comte apportait-il de la lenteur dans Texécution de ses promesses , ils traitaient alors directement avec leur évêque , consentaient des subsides et redevances , ou achetaient leurs pri-» viléges à prix d'argent. Quelle que fût néanmoins leur dextérité à échapper au joug , ils finissaient toujours par retomber sous l'autorité de leur évêque ; ils ne pouvaient échapper aux caprices de sa tyrannie , dont le despotisme était d'autant plus insupportable qu'il était plus restreint et plus local. Quelque oppressif que soit le pouvoir absolu cous lequel gémissent les peuples d'un vaste état , comme il est isolé et à grande distance, il ne leur est pas impossible de se soustraire à ses rigueurs ; mais la pire des conditions est celle d'une population bornée, livrée aux volontés arbitraires d'un maître qui,

chaque jour , peut exercer ses violences sur des

sujets qu'il a appris à connaître individuellement. Contre les excès de ce mode de gouvernement , le peuple ne pouvait invoquer l'appui salutaire de la loi, parce que la justice se rendait plus exclusivement au nom de Tévêque. Lorsque les comtes de Yalentinois , la commune , et plus tard les dauphins , fils de France , essayèrent dlntroduire des juges particuliers dans la ville , la^suprématie de la justice épiscopale se maintint malgré les attaques de ces juridictions rivales. La connaissance des péchés et de toutes les affaires dans lesquelles un clere était appelé en cause , l'intervention dans les testamens et les mariages , le droit de révision » insensible , inaperçu , non défini dans le principe , sur les juges laïques , mais qui , par laps de temps , devint positif et tyrannique , furent les moyens par lesquels l'évéque assura l'existence de son pouvoir judiciaire sur toute autre puissance qui aurait prétendu le lui disputer. Quand une veuve, un orphelin , un clerc , étaient intéressés dans une instance, Tévêque qui, aux yeux de l'église, était , pour ainsi dire , leur tuteur officieux , évoquait à ce titre l'affaire à sa décision. En matière de rescision ou de validité de contrat ,. il prononçait aussi , parce que tous les actes étant revêtus de la formule du serment , et cette

formule sacramentelle étant essentiellement reli-* gieuse , tombaient par ce seul fait dans la compétence du pouvoir ecclésiastique.

Presque tous les actes publics étant passés en présence de Tévêque ou de ses of&ciaux , et revêtus de son sceau, sanction que les contractans estimaient être la plus vénérable , par une conséquence naturelle , lorsque des difficultés s'élevaient sur ces mêmes actes, les parties invoquaient la décision de Tévêque qui avait présidé à leur confection.

La majeure partie des testamens au moyenâge renfermaient des aumônes et des legs faits aux pauvres, et lorsque le défunt n'avait pas désigné d'exécuteur testamentaire , l'évêque s'arrogeait cet office, prétextant le patronage que son ministère lui conférait sur les pauvres.

Ce fut par cette inspection de tous les actes de la vie civile de ses sujets que l'évêque fonda incontestablement sa juridiction. Législateur , il fixait l'étendue des lois civiles et criminelles, et déterminait le châtiment infligé à l'infraction. Quelques fragmens de ces polices ont échappé aux ravages des siècles, et, d'après la nature de leur rédaction , elles semblent bien plus inspirées par une ardente cupidité fiscale, que par l'amour de Tordre et de la justice. Presque toutes les

peines' qu'elles prononcent consistent en amendes au profit de Tévêque ; si elles sont afflîctîves , elles deviennent rachetables et rentrent dans la première catégorie. L'adultère , le vol , les blessures , le plus léger délit et le plus grave , «ont également tarifés. Une charte accordée aux Valentinois en i33i , par l'évêque Aimar de la i33i Voûte, renferme les articles suivans : i* Pour une légère offense manuelle ou verbak , l'agresseur paiera quinze sols à la cour épiscopale. a* Si l'offense est suivie d'effusion de sang y l'amende sera de soixante sols (i).

Le lieu ordinaire des séances judiciaires était le palais épiscopal. Lorsqu'une cau^e importante réclamait plus de solennité , elle était débattue sur la place des Clercs , où s'élevait un tribunal en pierre. L'évêque jugeait seul, ou assisté de conseillers ; plus souvent encore , il se faisait représenter par un courrier qui connaissait du temporel, ou par des officîaux ou vicaires qui administraient le spirituel.

Cette réunion de magistrats prenait le nom de cour ; aussi lit-on dans les anciens titres que l'évêque citait les parties à comparoir par-devant

(i) ArcbWes de la mairie de Valence, lib. m.ss. , coté Copies et divers négoces, au titre Liberiaies civiiatis Valencic,

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sa cour. Aux fonctions de la magistrature le courrier joignait celles d*ofBcier domestique de révêque* Il présidait à Téconomie intérieure de la maison épiscopale, prélevait les taxes, inspectait les. domaines ; il était proprement le procureur ou intendant du prélat. Le chapitre de Saint-AppoUinaire avait aussi un courrier; mais sa juridiction ne s'étendait que sur les chanoines et sur tous les familiers et valets du chapitre.

Les corporations d'artisans et d'ouvriers se régissaient par des statuts réglementaires, toujours avec le bon plaisir de l'évêque. Celui-ci les leur octroyait, ou plutôt les leur faisait chèrement payer; car chaque classe d'artisans qui voulait en jouir devait se soumettre à des taxes exorbitantes. Un pareil mode d'administration entravait l'industrie, paralysait son activité, et souvent excitait les clameurs du peuple , qui , fatigué de souffrances et d'exactions , croyait par la révolte mettre un terme à ses maux.

Parfois l'évêque fut contraint de céder à l'orage, et le peuple , profitant de l'opportunité des circonstances , arracha de ses mains ces chartes auxquelles était imposé le nom spécieux de franchises ou libertés. Mais cette effervescence passagère venant bientôt à se calmer, l'évêque, faussant sa foi, imposait de nouveau aux rebelles

6a puissance , que rendait plus dure encore une vindicative réaction.

Les lois de police étaient aussi rendues par révêque : cependant , lorsque la commune se fut constituée, qu^elle eut choisi des officiers pour être ses organes et veiîler sur ses intérêts , il abandonna aux magistrats municipaux la faculté de régir à leur gré Tadministration înté— rieure de la ville.

La plupart des cités du midi de la France avaient dès long-temps rédigé des formules de lois , qui étaient la sauvegarde de leur existence politique. Moins peuplée , moins puissante , et surtout bien moins avancée dans son indépendance municipale , Valence ne put , éomme ces villes républicaines, se créer un gouvernement et une législation en dehors de l'autorité de son évéque. Ses immunités et bonnes coutumes ont moins d'extension que celles des cités de la Provence , et presque toujours des clauses favorables au prélat , onéreuses aux habitans , sont d'irrécusables témoignages de servitude. Cependant quelques-unes de ces immunités ou franchises ne sont pas indignes du nom qu'elles portent. Elles furent accordées aux Yalentinois , en i33i , par l'évéque Aimar de la Voûte, et

confirmées, en i388, par le prélat Henri (i). Quelquefois ces actes de franchises renfermaient des clauses captieuses, et cependant les bourgeois n'hésitaient pas à les accepter avec avidité , parce qu'ils leur laissaient entrevoir une existence ^ue l'espoir de la liberté devait leur rendre plus tolérable. Redevenu puissant , leur seigneur rompait ouvertement la charte ou la paix jurée > sans daigner appuyer la violation de ses promesses sur les restrictions stipulées dans l'acte , et de nouveau taillait sans pitié les citoyens haut et bas , comme s'expriment de vieux registres.

Souvent opprimés , les bourgeois ne se laissaient pas abattre par leur mauvaise fortune ; car , dans cette lutte de la faiblesse contre la force, ils déployaient une grande énergie de caractère, et une persévérance de résolution dont, ne seraient peut-être pas capables les hommes des sociétés modernes. Us eurent des âmes fortes ceux qui fomentèrent ces émeutes populaires ^ puisqu'ils combattaient pour la conquête de leur indépendance domestique. Leurs noms obscurs , s'ils nous eussent été transmis par l'histoire»

(1) Archives de la mairie de Valence, lib. m.ss., coté Copies et divers négoces, au titre Liberiates eîvitatis Faleneie, — Voyex les Note^ êi pièces Justificatives, n,*^ j.

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