‹ Essais historiques sur la ville de ValenceChapitre 6 sur 50 · JO ESSAIS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

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seraient pour leur postérité des titres de noblesse certes bien plus sacrés que ceux qui sont trempés des larmes et du sang des peuples. Quelque intérêt historique se rattacherait aussi au récit de ces Tieilles infortunes , -si les fils de ces hommes dont la vie sociale fut agitée par ces alternatives de joies et de peines , n'en avaient dès long-temps oublié le souvenir.

Depuis plusieurs années, la Provence et le Dauphiné étaient ravagés par des bandes armées connues sous le nom de compagnies, et aux irruptions desquelles le peuple, privé de tout appui, ne pouvait opposer qu'une faible résistance. Le Yalentinois n'avait pu échapper aux exactions successives des ducs d'Anjou et de Berri, qui, pour se rendre dans leur gouvernement de Languedoc , traversaient le territoire de Valence, et y laissaient des marques déplorables de leur passage. Les habitans de la ville essayaient vainement de se défendre contre les bandes de soldats. Les villages surtout, dont les fortifications étaient ouvertes , se trouvaient exposés à des attaques sans cesse renaissantes*. Les aventuriers saisissaient les paysans, qu'ils livraient à de cruelles tortures, pour leur arracher l'aveu de leurs trésors. Alors les pauvres gens de la campagne accouraient éperdus dans la

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ville implorer la miséricorde des bourgeois , après avoir abandonné leurs champs incultes aux ravisseurs. Le pays était donc complètement ruiné y et la population parvenue au dernier 596 degré de la misère. Enfin , en 1 396 , les habitans de Valence résolurent d'implorer la protection du roi de France pour apporter un terme à leurs maux, désormais devenus si intolérables, que plusieurs, égarés par le désespoir, ne trouvaient d'autre salut que d'abandonner leur patrie. Ils s'adjoignirent les habitans des communautés de Châteatuneuf-d 'Isère, de Mont-Vendre, de Montélégier, d'AUex, de Beaumont et de Mirmande, et tous , d'un commun accord , firent humblement supplier le roi., leur seigneur, de les assister et défendre contre les gens de guerre qui étaient la cause de toutes leurs sôuf&ances. Ils choisirent pour syndics Jean de Crest, Jean Seuras , Ebr ard-Jarente du Bourg , maîtres Jean Rebel et Guilhaume Juvenis , et Pierre de Mirmande , renommés entre tous par leur prud'hommie. Les députés firent dresser en présence de Jean Poitiers , leur évêque , et d'un gra;nd nombre de nobles hommes appelés comme témoins , un acte public de la requête des pauvres habitans ; ils se rendirent ensuite à Paris , où ils furent présentés au roi.

fiscal général du Daupliioé. Il fut statué que les habitans qui voudraient jouir du bénéfice de la sauvegarde royale^ paieraient solidairement entre les mains du châtelain de Ghabeuil la somme de soixante écus d or (i) , et que , sous cette condition , ils seraient exempts de tous autres impôts et du service militaire. Enfin , le i4o6 â3 août i4o6, les Yalentinois se réunirent dans le réfectoire des frères mineurs , avec le consen* tement de leur évêque, et jurèrent solennellement d'observer les conditions réglées avec les gens du trésor royal (â).

La protection que venait d'accorder le roi de France à la commune de Valence était cependant illusoire et de nul effet. Charles YI n'avait de la royauté que les insignes ; la cruelle maladie dont il était assailli depuis trois ans , en tarissant la source de ses facultés intellectuelles, ne lui laissait ni la force morale , ni le pouvoir physique d'exécuter ses promesses. La condition des Yalentinois. né fut donc pas allégée par la démarche

(i) L'écu d'or ▼alaiten i4o5 70 lÎTres i5 sois, par conséquent la aomme était de 4»3a3 livret 5 aols.

(a) Ordonnances dot Bois de Franûô, tome IX , page 9i5 et soir. — Baluze, Piècu sur U Vaientinois, M.ss. de la bibliothèque royale 9 ii.<» 6008, page i85. — Ghorier, Histoire du Dauphiné, tome II y page 395. •— Yoyex ka Notes et pièces justificatives, n** 8.

5.2 1 qu'ils venaient de faire. Cependant on les voit, seize ans après , en i/^âi , s'étayer de cette sauvegarde royale contre les sires Louis de Poitiers et Humbert de Beaumont, dont ils avaient à se plaindre. Le procureur fondé de la commune, Bertrand de Roussillon , requit le châtelain de Chabeuil de leur notifier l'ordonnance de Charles YI , avec injonction de s'y conformer (i). Lorsque l'autorité delphinale .voulut imposer des bornes à la puissance épiscopale , les prétentions de la commune se réveillèrent soudainement. Son organisation municipale avait été disloquée dans les luttes qu'elle avait soutenues contre son seigneur ; mais le voyant ployer à son tour sous le pouvoir delphinal , elle profita des

^25 circonstances pour la reconstituer. Le 28 août 14^5 , ses syndics , par la médiation du patriarche d'Alexandrie et de l'évêque de Carpentras, s'abouchèrent avec les procureurs fondés de Jean de Poitiers, et statuèrent, i* que les habitans pourraient, une fois dans le cours de l'année , se réunir potu* procéder à l'élection des consuls et conseillers de la commune, avec le bon plaisir de l'évêque : si l'évêque ou ses officiers

(1] Archives de la mairie de Valence, Charta et requesta, cotée» d'armoire i'*, n.<» 4» lettre £•

refusaient d'adhérer à Télection ou d^assister â la réunion , l'assemblée aurait lieu après un délai de quatre jours d'attente ; 2* que les habitans pourraient chaque année nommer un mandeur, qui serait chargé d'avertir les syndics et les consuls de se réunir pour délibérer sur les affaires de la commune ; S*" que l'assemblée des magis^ trats municipaux ne se composerait que de quatre-vingts membres; 4' que l'évêcjue jurerait de maintenir les privilèges de la ville ; 5* que les habitans seraient francs du péage de l'évêque ; 6" que la leyde de l'évêque ne pèserait jamais sur les habitans , mais seulement sur les étrangers ; 7* que la ville aurait un sceau particulier, et, ce qui était important , qu'elle pourrait faire rebâtir la maison de la confrérie de Saint-Jean destinée aux assemblées populaires ; 8* enfin , que le souvenir des injures mutuelles serait oublié. Le pape Martin confirma par une bulle cette transaction , qui promettait de rétablir l'harmonie entre deux puissances , dont l'une était dévorée du désir de la domination sans partage , et dont un amour excessif d'affranchissement et de liberté était le mobile de toutes les démarches de la seconde (1 ).

(1) Archives de la mairie de Valence, charte cotée d'armoire i^^ n.» 6 , lettre H.

Pour mettre leur constitution municipale à l'abri des violences de leurs évêques , les Valentinois exigeaient, lorsqu'ils étaient promus au siège épiscopal, qu'ils jurassent de maintenir leurs franchises. Le nouvel élu faisait ordinairement son entrée dans la ville par la porte Tordéon : c'est là que les consuls s'avançaient au-devant de lui et requéraient son serment.

L'évêque, la main placée sur les saints évangiles 5 jurait d'observer les privilèges de la cité , tandis qu'au fond de son cœur, peut-être, il méditait leur ruine (1).

119 A dater de l'époque à laquelle Louis de Poitiers légua son comté à Charles VII, encore dauphin , les évêques de Valence virent leur autorité dé-^ choir insensiblement (2). Ce prince ayant voulu faire saisir Antoine Moncluse et Carlot , retenus dans les prisons de Valence pour crime de fausse monnaie , et poursuivis par le dauphin Louis , l'évêque s'y opposa. Alors le dauphin nomma une commission pour instruire le procès des prévenus; elle se composait de Guy Chourpin

(1) Archives de la mairie de Valence, Prestations de serment des Évêques, chartes cotées d'armoire i'*, lettre F, n.** 8, 9, 10, la, i3, ad ann. i447> i468, 147a» ï496, i5o5. — Voyez les Notes et pièces Justificatives, n.° 9.

(2) Voyci le» Notes et pièces justificatives , n.» 10.

et d'Aimar de Ponsiac, chevaliers, de Guy Pape et de Jean Gizeraîn, jurisconsultes renommés. Elle condamna les prérenus. Alors l'évêque irrité se rendit au lieu des séances , et là , élevant la voix , il dit aux juges avec l'accent de la colère : < Allez rendre la justice en Dauphiné ; mes juges » seuls connaîtront du délit; j'en appelle au roi, 9 aux parlemens de Paris et de Toulouse , et » surtout au pape » • Le prélat en proférant ces paroles , dit son panégyriste , avait les yeux enflammés, la voix forte, l'attitude courageuse, et dans toute l'habitude de son corps je ïie sais quoi de surhumain (i). Il forma son appel pardevant les parlemens de Paris et de Toulouse et le pape ; mais le roi mit fin à sa résistance , en faisant saisir son temporel. Guy Pape fut chargé de faire connaître à l'évêque les volontés du dauphin, et Louis de Poitiers rendit solennellement hommage à Chabeuil, en présence de beaucoup de seigneurs. Les habitans de Valence prêtèrent aussi serment de fidélité au prince , par l'organe de leurs députés , et furent déchargés , en devenant sujets du royaume , de l'impôt du marc d'or qu'ils payaient au roi de

(1) Golumbi, De rébus gestu Episcop* Valent., pag. 024. — ' Voyex les Notes et pièces justificatives , d.o 11.

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France chaque année , pour la protection qu'il leur accordait (i).

Quelques années après, Louis XI donna un peu plus d étendue aux privilèges de Tévêque, dont il voulait se faire un partisan. Il lui permit de lever des impôts sur les habitans de*ses terres feudataires ou franches , pour subvenir à ses frais de voyage. Le prélat , en retour , lui rendit hommage, la tête nue, les mains jointes dans les siennes , et lui donna un baiser , le tout debout et non à genoux (2). ^

Il est vrai aussi que , constant aux principes de son astucieuse politique , Louis XI avait promis saùveté à la ville de Valence , déclarant dans ses chartes qu'il la maintenait en ses fran-* chises , et voulait que ses habitans jouissent de toutes \ûs bonnes coutumes et usages admis dans la province de Dauphiaé (3). Il parvint donc à tenir en bride la tendance des évêques à augmenter leur pouvoir, et le penchant des* bourgeois à étendre leur émancipation , en les favorisant tour à tour des trompeuses amorces

(i) Gborier , Histoire du Dauphiné, tome II , page 44^«

(a) Archives de la mairie de Valence, charte cotée d'armoire i'*, n.» 7, lettre H.

(5) Voyez les Notes et pièces justificatives , d." la.

de sa protection, et, par ce moyen, sut miner Tune par Tautre ces deux puissances rivales.

Ainsi s'affaiblit peu à peu Tautorité des évêques de Valence, et avec elle s'éteignit ce vieil esprit d'indépendance de la commune. L'évêque et les bourgeois , il est vrai, conservèrent pendant long-temps encore des privilèges et de prétendues franchises , que paralysait sans retour l'administration uniforme des gouverneurs du Dauphiné.

La commune cependant continua à être représentée par des consuls , qui s'appliquèrent sans relâche à se montrer jaloux des prérogatives de leurs charges. Jamais ils n'oublièrent d'assister aux états généraux de Dauphiné, où ils occupaient la troisième place (i). On les vit siéger aux états de Languedoc tenus à Vienne en i436 , et à ceux de la même province assemblés au Puy en 1439» où ils avaient été convoqués comme membres de la sénéchaussée de Beaucaire (2).

'Ces magistrats urbains , dont la toute-puissaûce ne franchissait pas les murailles de leur ville , se montraient ardens défenseurs de leurs privilèges , qui ne gisaient , à vrai dire , que dans un vain et

(1) Ghoifier, Élat polili^ue du Dauphiné, tome i*', page 35. (s) Histoin du Languedoc , D. VaisBette , tome IV , page 4S4*

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spécieux cérémonial. Ils étaient les dépositaires des clefs de la ville , que chaque soir on leur remettait à heure indiquée , ou les livraient à des fermiers gagés (i). Lorsque les deux premiers consuls étaient absens , le consul des laboureurs en devenait le dépositaire (2). Ils devaient aussi veiller à la police intérieure de la ville , ministère

457 que révéque partageait avec eux. Une charte de Jean de Poitiers défend aux citoyens de sortir sans flambeaux pendant la nuit , et nomme

55o quatre surveillans nocturnes (3). En i55o, le courrier de la ville enjoint aux habitans de monter la garde aux portes et sur les murailles de la ville pendant la nuit : la milice municipale était dès long-temps constituée (4). Enfin, la surveillance des consuls s'étendait encore sur les

lieux consacrés à la débauché publique. Les

créatures infortunées qui peuplaient ces repaires impurs s'-appelaie^it alors femmes folles ou ribaudes ; elles avaient un patron , le roi des ribauds , que l'on voit figurer dans les anciens

(1) Registre m.ss. de la mairie de Valence, 8 janvier i433. — JtUm, 4 ™&î 1539.

(a) Registre m.ss. » a5 janvier i56i.

(5) Golumbi, De rébus gestis- Episcop. Valent,, tib. IV, pag. 3a6.

(4) Golumbi, De rébus gestis Episcop, Valent., Ub. IV , pag. 335.

cartulaires manuscrits du chapitre de Saint- AppoUinaire , comme obligé de payer aux chanoines un impôt prélevé sur les bordeaux. 11 parait que leur principal établissement , ou bordelet, était situé à Pont-Péry : on trouve dans les archives de la mairie, sous l'année 1607, un appensionnement passé par les consuls, à Guyot Montarnaud, d'une petite place située à Pont-Péry , sous la pension de trois gros payables à la Saint-AppoUinaire , à la charge d'entretenir an petit endroit pour les femmes publiques (i).

L'évéque et les consuls exerçaient donc simultanément leur pouvoir dans la ville, non sans que du) choc de leurs prétentions rivales ne jaillissent de fréquentes querelles : aussi les régens épiscopanx et les officiers de la commune vécurent-ils rarement en bonne intelligence. Le courrier et le bailli du prélat portaient des statuts réglementaires de police, auxquels les consuls ne se conformaient qu'avec beaucoup de répugnance. Parfois il arrivait que l'évéque accordait aux bourgeois le droit de porter les armes, et tantôt leur en prohibait l'usage. Certes, c'était l'acte le plus vexatoire qu'il pût commettre

(1) Archives de la mairie de Valence , pièce cotée d'armoire i**» n.* 9, lettre T.

a leur égard, parce que les armes "étaient aussi essentielles aux bourgeois francs des citési. que pouvaient l'être la lance et Técu aux hommes de guerre. Lorsque venait à s'ébranlçr le beffroi de la tour de Saint^ean , à ^e signal de péril couraient en armes sur la place publique les bourgeois qui opposaient aux tentatives de leur évéque les forces d'une milice redoutable. La privation des armes devait donc emporter Tabolissement de la commune.

Lorsque les juges de l'évêque franchissaient les limites de leurs attributions, le dernier recours des consuls était de se pourvoir par-devant le parlement de Grenoble. En i5oo , le courrier de révêque, assisté d'un greffier et du geôlier, s'était introduit pendant la ^uit dans la maison de Charles Leterrier , dit le Picard , et là l'ayant saisi , il le^Jeta dans jes prisons du prélat en le maltraitant. Les consuls se plaignirent au parlement que les privilèges de la ville avaient été violés en la personne de Leterrier. Le parlement rendit un arrêt qui condamna le greffier à cent livres d'amende , le courrier et le geôlier chacun à dix livres , avec dommages et intérêts envers la partie lésée et les consuls (i).

(i) Arcbives de la mairie de Valence, pièce cotée d'armoire i'*» n.o a3 bis, lettre £.

Dans les cérémonies publiques, le rang que devaient occuper les magistrats municipaux leur était fréquemment contesté par des fonctionnaires jaloux ou des compagnies rivales. De là les inimitiés puériles qui divisaient ces hommes graves, et qui fomentaient entre eux de longs et sérieux débats. A l'occasion d'une fête publique, M. de Gênas, lieutenant de roi, manda venir à son hôtel les consuls, pour l'accompagner honorablement au lieu où devait être allumé un feu de joie. Ceux-ci, croyant déroger à leur dignité, refusèrent d'accéder à une demande qui leur paraissait injurieuse (i). Les hommes de guerre, dont était extrême l'irisolence, s'emportaient envers eux en graves insultes; mais de promptes réparations ven— gaient aussitôt l'honneur outragé des consuls. Ils n'ont pas omis de consigner dans leurs registres l'insulte et la réparation , non sans quelque vanité.

Du Rochay, lieutenant garçon-major de la Gervesais , ayant frappé à coups de canne un des consuls dans l'exercice de ses fonctions , la communauté contraignit l'agresseur de faire en pleine assemblée au consul offensé d'humbles

(i) Registre m.ss. de la mairie de Valence, coté i68a ôo aoùt«

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e^oumissions » . ayec prière d'agréer son sincère repentir (i).

Le second consul Baron ayant été grièvenient insulté par deux officiers du régiment de Montmorency, les consuls irrités se réunirent pour aviser aux moyens de laver Toutrage fait à la communauté dans la personne de. l'un de ses représentans. Il fut décidé qu'il serait dressé plusieurs plaintes que l'on enverrait au duc d'Orléans , au ministre de la guerre , au commandant et ii^tendant de la province et au gouverneur de la ville. Une si juste requête obtint une prompte et. entière satisfaction. Les officiers demandèrent pardon , et la ville ne .voulut bien les recevoir en grâce que sur les instantes prières de l'évêque (2).

Les registres manuscrits dans lesquels sont puisés ces détails offrent beaucoup d'autres exemples de même nature. De la part des hommes de. guerre, toujours la même licence; car ils conservaient encore cette arrogance de l'épée , dont cependant la chute du régime féodal avait insensiblement miné le prestige : de la part

(i) Registre m.ss. de la mairie de Valence, coté ijai*

(a) Registre m.ss. de la mairie da Valence, coté ijSg j4 mairt. •^ îfUm, coté 1739 iS mari.

des gens du tiers-état et de ses représentans , toujours la même énergie à repousser l'agression 9 mais énergie qui ne s'exerçait plus que dans les petites choses, parce que la lutte avait changé de face; le peuple et la communauté avaient cessé d'être mis en action , la lutte ne s'engageait plus qu'entre les individus.

Aux consuls était encore commis le soin de recevoir les rois de France , les princes et les gouverneurs du Dauphiné , à leur passage à Valence. Ils leur offraient , suivant l'usage , les présens qu'ils estimaient les plus honorables, tels que des vins d'honneur (1) , du gibier, des légumes primeurs , et surtout de longues et belles harangues.

Charles YIII devant passer à Valence , la communauté délibéra qu'il lui serait offert une tasse d'argent de la valeur de quinze écus , contenant huit pièces d'or aux armes de Dauphiné chacune de la valeur de vingt écus. La délibération consignée dans les registres municipaux adresse au joailler la naïve injonction d'aviser à ce que la tasse fût très-petite , afin que les pièces fussent plus apparentes (2).

(1) Voyez les NoUt et piêcet Justificativ&t , n.*» i3.

(a) Registre m.ss. de la mairie de Valence » coté 1496 8 maL

Louis XII et la reine étant entrés à Valence avec une nombreuse suite et plus de dix mille chevaux, y furent reçus avec toute la pompe convenable à leur rang. Le roi toucha un grand nombre de malades a£Bigés d'écrouelles ; mais il n'est point conté que cette opération ait conservé dans cette circonstance son antique et miraculeuse efficacité (i). La reine fut ensuite conduite à Lyon aux frais de la ville , et pour lui en témoigner sa reconnaissance , cette princesse lui fit un don de vingt muids de sel (2).

François I" et la régente , entrant à Valence , furent honorablement harangués , sur le chemin d'Étoile , par Antoine Dorne , docteur en droit (3). La ville fît don à la régente de deux médailles d'or de la valeur de cent écus d'or, pour qu'elle influençât l'esprit du roi en fkveur de ses intérêts (4).

En 1489 9 le marquis et la marquise de Saluées ayant séjourné à Valence , la communauté loua douze lits qu'elle leur offrit , leur fit don de deux

(1) Regbtre m.88. de la mairie de Valence , coté i5ii i*' juillet, (a) Registre m.si. de la mairie de Valence, coté i5ii i4 août.

(3) Registre m.8s. de la mairie de, Valence, coté i5i5 i4 février.

(4) Registre m.ss. de la mairie de Valence, coté i5i5 16 féviier.

douzaines de flambeaux de cire fort rares alors » d'une douzaine de boîtes de dragées , et de deux tonneaux de vin , Tun blanc et l'autre clairet (i)«

Les consuls présentèrent au marquis de Dumesnil, lieutenant et commandant de la province, du yin d'honneur et une paire de pistolets de la valeur ^e huit cents francs* On fit couler en son honneur des fontaines de vin pour le peuple (â)»

La ville fit également présent au comte de Clermont-Tonnerre , lieutenant général de la province , d'un fusil à deux coups du prix de six cents francs (3)»

. Lorsqu'un prince devait faire son entrée dans la ville , tout le corps de la communauté , les syndics et les consuls , l'université et la milice municipale, allaient le recevoir hors des murs en belle et noble ordonnance. Le recteur de l'université , revêtu de sa robe noire fourrée d'hermine , le bonnet carré en tête , précédé de ses bedeaux avec leurs masses d'argent doré, était au premier rang ; après lui marchaient le chancelier et les professeurs tous avec leurs costumes ; enfin les pédagogues de la ville aussi en robes.

(i) Registre m.ss. de ta mairie de Valence, coté 14S9 4 février* . (a) Registre m.ss. de la mairie de Valence, coté 1763 mai» pas^int^ (3) Registre m*88. de la mairie de Valence , coté 1765 8 octobre.

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Les consuls avec les insignes de leurs charges ^ entourés de. leurs sergens , présentaient les clefs de la ville , sur un bassin d'argent , le plus rêvérencieusement qu'il était en leur pouvoir, récitant aussi de bien humbles et courtes harangues en langue française, car les longues et doctes oraisons étaient proférées par les membres de l'université , savàns et beaux esprits. Les plussuffisans, comme s'expriment les récits contemporains , récitaient des éloges en vers , des discours en grec , en hébreu , en chaldéen i en syriaque , en anglais , en allemand ; plus était éminente la dignité de l'homme objet des hommages publics, plus étaient nombreux et de langages divers les discours qu'on lui adressait : l'orateur par là se faisait honneur auprès de ses concitoyens, qui admiraient avec une foi implicite le beau parler qu'il ne leur était pas donné de comprendre.

« C'était chose . beaucoup plus plaisante à ouir et » à voir ^ disent les registres manuscrits, quon » ne saurait pas dire » . Enfin , les soldats de la ville , revêtus de morions et de corselets , maintenaient le bon ordre , ouvraient et fermaient la joyeuse entrée , et faisaient de beaux saints d'arquebusades. L'honneur de ces fêtes, toujours fort onéreuses au corps des citoyens, appartenait tout entier aux consuls , qui , dans ces circon-

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Stances, se montraient jaloux de leurs fonctions. Ainsi la puissance mourante de ces représentans de la bourgeoisie se réfugia dans un Tain appareil de cérémonies adulatrices. La commune dès long-temps avait cessé d^étre un corps animé d'un principe de vie, alors elle s'éteignit complètement; les insignes seuls survécurent à la ruine totale de sa constitution. Désormais il ne resta plus à Valence des débris de son antique régime municipal que les spécieuses démonstrations d'un pouvoir qui s'était évanoui. La condition du peuple j il est vrai , n'était plus aussi effrayante qu^autrefois ; mais cette amélioration était le fruit de la marche lente et progressive des siècles, dont la civilisation minait chaque jour l'antique barbarie, et non l'œuvre du pouvoir pour amener les hommes aux bienfaits de la liberté. U y avait moins de souffrances'' morales , depuis qu'avait été renversé le système flétrissant de la féodalité ; mais les peines physiques , filles de la misère , étaient encore bien grandes. L'indigence était si générale, qu'en 1787 la ville manqua d'argent pour opposer des ouvrages aux subites inondations du Rhône , qui avait ravagé la ville basse : ce fut le roi qui fournit les deniers (i). Les

(1) ProeéS'Vcrbal dcê Était gén. de Dauphiné, 1788, page i3 , iii-4*é

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hommes revêtus des hautes magistratures qui, par leur crédit et leur situation politique, auraient dû exercer envers le peuple un noble patronage , lui faisaient sentir plus amèrement ses maux par leurs dédains. L'intendant de la province ne lui prêtait qu'une illusoire protection , le sacrifiant sans cesse aux prétentions, d'une noblesse exigeante, et son administration était devenue si dure aux faibleà qu'elle devait soulager, que les publicistes et les plus sages magistrats se firent un devoir de la flétrir et de la dénoncer au prince (i).

(i) État de la France, par le comte de BoalainvUliers , passim* '— Benumtrancct de la Cour des Aydct, ijdi.

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