CHAPITRE VL
Un grand mouvement intellectuel avait été imprimé aux esprits. Le temps était venu où Tintelligence humaine , éclairée par la restauration des lettres et suivant la pente d'une civilisation toujours croissante , s'efforçait de reconquérir lïndépendance de la pensée maîtrisée jusqu'alors par la puissance spirituelle. Des novateurs substituaient la raison particulière à la raison générale dans le domaine des croyances religieuses , et la foule de leurs disciples , ayant rompu les entraves de l'obéissance morale , recevaient avec avidité ces doctrines qui leur permettaient le libre exercice de leur pensée. Enfin, dans le courant du seizième ëècle , éclate
SUR YALENGE. lo3
rhérêsie de Calvin , source de tant de maux qui affligèrent la France, et dont les sectateurs devaient être réservés à de si funestes vicissitudes. Calvin se déclara le chef d'une doctrine que Ton croyait être nouvelle , lui appliqua un culte , et, par l'autorité de sa parole, sut la propager invinciblement.
Ses prosélytes se répandirent rapidement dans le Yalentinois , et ,* dès Tan i56o , le ministre 60 Pierre Brûle s'adonnait à Valence à de ferventes prédications. Son successeur , Giles Soûlas , au prestige d'une élocution entraînante joignait un zèle infatigable. Il séduisit les membres les plus graves de l'université. Il est à remarquer que , pendant tout le cours des guerres civiles , les professeurs de l'université furent presque tous accusés d'hérésie , soit qu'effectivement ils y adhérassent en secret , soit que leur tolérance , fruit de leurs lumières , ait été la base de cette accusation.
Bientôt se formèrent dans Valence des assemblées nocturnes, où les hérétiques se livraient à l'exercice de leur culte (1). Leur nombre s'accroissant de jour en jour,* Soûlas partagea
(1) Ghorier, Hiitoirc du Dauphiné, tome II» page 54a.