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dans Yalence , tant était grande la terreur qu'il inspirait. Les chefs protestans s'abandonnèrent gans réserre à la crainte , et Clermont croyant les conjonctures favorables à un accommodement, proposa sa médiation. Dans cette vue, il charge le conseiller Rostaingt et les gentilhommes de Jacques, de Saint-Germain et André de la Porte- Lartaudière, de conférer avec les rebelles. La foule n'était pas éloignée de se soumettre, et de rendre aux Cordeliers leur église, lorsque Giraut, Marquet et Saillans, soit qu'ils se tinssent en garde contre des promesses que l'on viole après la victoire, soit qu'ils fussent emportés par la fougue d'un zèle plus ardent , s'opposèrent vivement à un projet dicté , disaient-ils , par une aveugle timidité : alors , par une imprudente ostentation , ils firent célébrer solennellement la cène le jour de Pâques ; le nombre des assistans s'élevait à cinq mille (i). Les catholiques consternés de tant d'audace , et redoutant les horreurs d'un siège , choisirent pour chef Gaspard de Saillans, auquel fut commis le soin de veiller à la sûreté de la ville. Plusieurs familles se jetèrent hors des murs , et se réfugièrent dans la ville de Tour non.
(i) Ghorier» Hisloire du Duuphiné, tome II, page 543.
SUR YALENGE. IO7
Gependaint le nouveau chef faisait des dili** gences pour attaquer avec succès les protestans z il arma douze cents habitans , et députa au roi un gentilhomme nommé Saint-Germain, qui lui exposa la situation précaire de la ville. Lorsque se fut apaisée la première effervescence , et que les esprits plus calmes envisagèrent les conséquences funestes où allait les entraîner une obstination irréfléchie , les voies d'un accommodément devinrent plus accessibles. Après mainte pourparlers , les protestans convinrent de quittet les armes et de se dessaisir de Téglise des Cordeliers; mais, peu fidèles à exécuter une promesse que leur avait arrachée le danger des circonstances , ils continuèrent à se réunir dans le réfectoire des moines , éludant par cette supercherie les conditions du traité.
Ce fut pour dompter leur obstination que Maugiron fut envoyé dans la ville avec un pouvoir illimité. Doué d une volonté ferme , prompt dans Texécution de ses desseins , il marche à la tête de cent vingt gentilhommes , et bloque de prime abord les rebelles dans le couvent qu'ils avaient converti en place de guerre. Trois compagnies de gens de pied commandées par le baron des Adrets, et tous les habitans en état de porter les artnes,4e jsecon-
dèrent vigoureusement (i). Une si vive attaque et la vue de plusieurs fauconneaux pointés contre les portes firent perdre contenance aux assiégés. Miribel et Quintel parlementèrent , et le 20 avril les protestans désarmés évacuèrent le couvent. La vie leur fut accordée; mais plus tard les catholiques réclamèrent une expiation , et pour victimes furent choisis Marquet , Lancelot et Soûlas, les plus ardens fauteurs de la révolte. Leur procès fut instruit avec une rigidité de formes bien propre à jeter la terreur dans les esprits. Une commission fut nommée spécialement pour décider sur leur avenir; elle se composait du président Truchon , des conseillers Laurent Rabot, Jean Duvache, Fabri, André Pouat , Aimar du Rivail, Dugua , Laubépine et Rostaingt, et de Robert Ponsonas, second avocat général. Les deux ministres Soûlas et Lancelot furent condamnés à avoir la tète tranchée , et Marquet à être pendu. Les commissaires enveloppèrent aussi dans la même proscription beaucoup d'autres religionnaires. Les têtes de ces infortunés furent exposées pendant plusieurs jours devant les églises qu'ils avaient été accusés d'avoir profanées, et leurs membres sanglans
(1) Gay Àllard, VU du baron des Adrets, page a3.
SUA TALENCX* lOg
dispersés dans les divers quartiers de la ville. Le même arrêt qui avait condamné Marque* au dernier supplice , ordonna que sa maison serait rasée, et que l'inscription suivante s'élèverait sur ses ruines : Ici estait la maison de François Marqueta secrétaire des séditieux et rebelles gui furent exécutés le 26 mai i56o (1).
Les protestans étaient châtiés mais non pas abattus. Ils puisaient d^ns .leurs souffrances une énergie morale qui allumait au fond de leur cœur une haine inextinguible contre leurs oppresseurs; car, en toute querelle religieuse, l'intolérance de la religion doniinante fait éclater le fanatisme de la religion persécutée. L'intérieur de la cité était sans cesse en proie à de sanglans démêlés , et offrait le spectacle de rixes individuelles entre les catholiques et les protestans. Depuis leur défaite , ces derniers ne pouvaient plus se réunir en masse ; mais ils se formaient en petites troupes , et '4>rganisaient des luttes de famille à famille, que les animosîtés personnelles rendaient atroces. L'intervention des magistrats municipaux était d'autant plus impuissante pour contenir cette multitude turbulente , que la dissidence des doctrines religieuses les avait eux-mêmes divisés.
(1) Gborier, Bistoirc du Dauphinè» tome II, page 544,
IIO ESSAIS HISTORIQUES
L'université voulait aussi interposer son autorité ; mais quelle que fût la latitude de ses privilèges , des professeurs étaient peu propres à pacifier des émeutes populaires. Enfin , la force militaire venait écraser bien souvent de la tyrannie de ses armes l'un et l'autre parti : sans frein , sans règle , sans retenue , adonné à toute espèce de licence, le soldat frappait de son impitoyable épée le sectateur de Calvin , et ruinait le catholique dont il vengeait les injures.
Tel était l'état des choses, lorsqu'une ordonnance royale publiée à Valence dans le courant de l'année, et qui accordait aux protestans la liberté de conscience, suspendit pendant quelque temps le cours des divisions intestines. Ce calme fut de courte durée : les ministres de la réforme se prévalaient de l'opportunité des circonstances et des concessions que venait de leur faire le gouvernement, pour redoubler leurs prédications, et augmenter le nombre de%leurs prosélytes. Jean de Montluc leur donnait aussi des preuves visibles de sa protection , en faisant i56o célébrer la messe en français. Tout concourrait donc à assurer leur domination dans la ville , lorsque le sire de Tavannes , nommé lieutenanc général du roi par commission en Dauphiné, s'introduisit à Timproviste dans la ville , et
SÛR TÀtJÎNCEk 111
engagea le peuple à se soumettre au duc de Guise. Un bourgeois lui remontra que les délibérations ne seraient point libres tant qu'il ne sortirait pas de la ville; à quoi le sire de Tavannes lui ayant donné un soufflet , le fit saisir et jeter en prison, en le menaçant de le faire pendre dans le délai d'une heure* Le peuple»
étonné de cette hardiesse, n'osa résister et se soumit aveuglément (i).
Le duc de Guise remplaça le sire de Tavannes par Lamotte-Gondrin , qui sema de nouveaux troubles dans la ville par l'excès de sa sévérité. Il n*avait de remarquable que sa propension à la cruauté ; il s^était également attiré la haine des protestans et la défiance dé ses co-religîonnaires. Il crut offrir un spectacle salutaire en faisant décapiter le ministre Duval ; mais la vue du sang répandu donnait aux opprimés cette force impassible du cœur qui fait les martyrs , tandis que les spectateurs ne pouvaient s'empêcher d'admirer des hommes que d'affreux supplices n'ébranlaient pas dans leur croyance , et d'éprouver une invincible aversion contre des bourreaux
(i) Mémoires de Tavannôs, 9 56o, collection des mémoires relatifii à rhistoire de Fraace. Petitot, i^* série, tome XXIV, page aSa.
qui couvraient leur fureur du manteau de la religion (i).
Irrité des succès de la religion réformée , Lamotte-Gondrin déployait une inflexibilité qui acheva d'aigrir les esprits. Dans ses longues listes de proscription il comprit Louis Gay, châtelain de la Côte-Saint-André, homme qui, par Texcellence de ses vertus , s'était acquis une grande clientelle. Il le fit saisir , malgré la foi des traités , et pendre aux barreaux de la fenêtre de son hôtel. Pleins de colère, les amis du châtelain renfermèreftt dans leurs cœurs leurs projets de vengeance. S'étant approchés quelque temps après de Valence , avec l'aide du baron des Adrets , transfuge du parti catholique , ils entrèrent dans la ville au moment où Lamotte- Gondrin présidait à l'élection des consuls. Attaqué à Timproviste, il se réfugie avec quelques-uns des siens dans la maison de Gaspard de Saillans , et tente vainement de s'y défendre. Accablé par le nombre , il essaie de se soustraire aux poursuites de ses ennemis en fuyant de toits en toits ; puis , forcé bientôt de descendre dans l'intérieur de la maison , il est assailli par une foule
(i) Cboiier, IIis(oire du Dattphiné, tome II, page 555.
SUR VALENCE. Il 3
d'hommes armés qui brûlaient de laver dans son sang des injures personnelles : enfin, un des amis du châtelain lui porta le coup mortel. Il était près de rendre le dernier soupir, lorsque des furieux , soulevant son cadavre , le pendirent à la fenêtre de son habitation (i). Ainsi fut expié, avec une effrayante conformité de circonstances , le supplice inique du châtelain Gay.
Après la mort de Lamotte-Gondrin , les protestans prévalurent sur les catholiques, et Ton vit le baron des Adrets s'arroger une puissance sans bornes dans le Dauphiné, où le prince de Condé l'avait nommé son lieutenant , et commander en maître dans Valence (2). Persécuteur des protestans , il le fut aussi des catholiques. Son caractère atrabilaire , ses mœurs âpres, le disposaient aux plus affreux excès de férocité. La vue du sang et le spectacle des misères humaines faisaient battre son cœur d'une secrète joie ; aussi parvint-il en peu d'années à
(1) Ghorier, Histoire du Dauphiné, tome II, page 556. — Guy Allard, Histoire du baron des Adrets, page 37. — Mémoires de CaS' telnau , livre III , collectioa des mémoires relatifs à Thistoire de France. Petitot, i'* série, tome XXXIII, page 181. — Mémoires de Tavannes , collection citée , tome XXXV , page 246.
(a) Guy ÂUard, ioeo citatû, page a8« — Voyez les Notes et pièces justificatives, D."* i6*
n4 ESSAIS HISTORIQUES
conquérir la triste renommée d'être Thomme le plus cruel de son siècle. Traître aux différens partis qu'il a?ait embrassés , il ployait ses croyances religieuses à un désir effréné de rengeance; enfin, sans amis, on le vit traîner une yieillesse misérable , en butte à Texécration de tous les partis.
La puissance militaire du baron des Adrets , qui ayait fêté la terreur parmi les habitans catholiques de Valence, affermit la supériorité des protestâns. Au baron les royalistes opposèrent Maugiron, successeur de Lamotte-Gondrîn. II était zélé catholique , brave , loyal et rempli d'humanité. Il consacra ses premiers soins à assurer les places du Yalentinois contre les attaques des protestâns; mais il ne put leur arracher Valence. Le baron des Adrets l'avait ehdisie pour place de sûreté , et y fixait le dépôt de ses troupes, parce que l'opportunité de sa situation lui offrait la facilité de faire impunément des courses dans tout le bas Dauphiné (i). Son crédit eut son terme , et ce fut en vain qu'il voulut prévenir la ruine totale de sa fortune chancelante par une nouvelle désertion. Le prince de Condé, auprès duquel il avait été
(i) Ghoi'ier, Histoire du Dauphiné, tome II» page 568.
SU& VALENCE. Il5
desservi par Saint -Auban, dépositaire infidèle
de sa confiance, le destitua de la lieutenance générale du Dauphiné , et en investit le même
Saint-Auban. Ce dernier , en $e rendant dans
son gouvernement , tomba entre les mains des
catholiques postés à Tarare. Le duc de Nemours
fouilla ses papiers , et les env.oya au baron des
Adrets qu'il voulait attirer dans son parti (i).
Le^ baron des Adrets , irrité contre le prince de Condé , convoqua la noblesse à Valence , lui adressa des plaintes amères sur sa disgrâce , et , achevant de l'abuser, lui fit entrevoir la nécessité pressante de la paix. Ses relations avec le duc de Nemours n'ayant pas encore transpiré , il obtint tout ce qu'il demandait, et fut continué dans sa lieutenance du Dauphiné. En même temps , il opéra de nombreuses mutations dans les fonctions publiques de la ville , expulsant les hommes qui lui paraissaient suspects , et les remplaçant par des créatures.
La marche équivoque de sa conduite éclaira bientôt les plus chauds partisans de la religion réformée sur ses perfides desseins. Ils se réunirent à Romans et à Montélimart, et ne déguisèrent point leur haine contre un traître. Son autorité
(i) Guy Aihurd f Uistifire du baron, du Adreli^ page 56.
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dès-lors fut anéantie à Valence ; elle fut remplacée par un conseil général composé des députés des villes et des bourgs du Valentînoîs , qui prit l'attitude d'une confédération républicaine. Le conseil politique avait la direction suprême des affaires ; il pourvut aussi à la nomination de nouveaux fonctionnaires publies; car, dans cette continuelle fluctuation des choses politiques , grande était l'instabilité des charges. La noblesse et le tiers-état réunis choisirent le sire de Crussol pour successeur du baron des Adrets (i). Ce dernier, abandonné du prince de Condé et des protestans du Dauphiné , embrassa avec l'ardeur d'une ame dévorée de vengeance la cause du duc de Nemours. A la tête de quelques compagnies qui lui furent confiées, il se jette sur i563 Romans et tente vainement de s'en emparer ; il fut plus heureux dans son entreprise sur Valence dont il se rendit maître. Ce succès fut de courte durée, carl'animosité des habitans éclata ouvertement contre lui ; tous demandèrent qu'un châtiment sévère fût l'expiation de ses trahisons successives , et le baron , arrêté prisonnier et confié à la garde d'un détachement de protes-
(i) Ghoricr, Histoire du Dauphiné, tome II , page 582.
SUR VAIENCE. 1 1 7
tans, fut envoyé à Nîsmes pour y être mis en jugement (i).
Le conseil politique profita d'un peu de calme pour convoquer à Valence une assemblée générale du tiers-état et de la noblesse. On y régla la discipline ecclésiastique , la police et les finances. Le conseil décréta que tout habitant serait obligé dorénavant d'assister au prêche chaque dimanche , et que personne ne pourrait habiter dans la province , s'il ne faisait profession de protestantisme^ Il prohiba aussi les danses et les réjouissances publiques , comme des actes de paganisme en horreur aux yeux de Dieu. Le protestantisme devenait à son tour exclusif et persécuteur , à mesure que s'accroissait sa domination. L'assemblée créa deux conseils, l'un pour la guerre , l'autre pour les affaires politiques 5 composés de députés nobles et roturiers. Elle enjoignit aux baillifs et sénéchaux de faire le recensement des habitans de leurs ressorts en état de porter les armes , depuis l'âge de dix-huit jusqu'à soixante ans , et désigna cinq mille hommes destinés *à servir sous les ordres
(1) Guy Âllard, Vie du baron des Adrets, page 64. — Mémoires de Casteinau, lirre IV, cbap. XI, collecUon défi mémoires relatifs à rhistoîre de France. Petitot, i*^' série, tome XXXI II , page 288. — Voyez les Notes et pièc»t justificatives t n.» 17.
Il8 ESSAIS HISTORIQUES
de différens capitaines. Enfin , elle choisit huit députés du tiers-état et trois députés nobles, qui composèrent le conseil politique. Sa juridiction devait s'étendre sur tout le Dauphiné, qui, par ce nouveau mode de gouvernement, se vit érigé ^n véritable république (i).
Cependant les peuples se sentaient fatigués d'une guerre onéreuse qui avait ruiné les familles. Dans Tintérieur des villes , le commerce était sans vie ; dans la campagne , le paysan , dépouillé ou mis en fuite par le parti dominant, ne pouvaût s'adonner aux travaux de l'agriculture : catholiques et protestans , tous aspiraient aux bienfaits de la paix. L'attente générale ne tarda pas à
i563 être satisfaite : l'édit de pacification du 19 mars ramena sous l'obéissance royale presque toutes les villes du bas Dauphiné. Valence se soumit ; le roi passa* dans ses murs , et ordonna que ses fortifications seraient démolies.
i565 La paix se maintenait dans Valence malgré la supériorité numérique des protestans. Leur ministre Laplace reçut ordre de Cordes de quitter la ville (2).
(1) Ghorier , Hitieirû du Dauphmi, tome II 9 page £88. (a) Ghorîer, toco dtato, tome II, page 609.
SUR VALENCE. 1 ig
36 En 1 566 , les protestans se soùlèYèrent , et 58 en i568 ils enlevèrent à Gordes Valence et toutes les villes du bas Dàuphiné qui s'étaient déclarées pour eux. Les mémoires contemporains ne fournissent point de détails sur ces différentes circonstances (i).
Les documens historiques relatifs aux troubles qui continuèrent à éclater dans Valence ne mentionnent plus dorénavant les faits que d'une manière brève et sèche, sans aborder aucune de ces particularités qui donnent la vie à la narration. Les registres manuscrits de la mairie se taisent, ou n'interrompent leur long silence que pour consigner les vains débats des offieiers municipaux , leurs prétentions puériles et leucs inutiles efforts pour rétablir la tranquillité. Leurs pages nous apprennent que, pendant le cours des guerres civiles, la mort avait frappé les principaux chefs de famille ; que la ville s'était divisée en factions catholiques et protestantes qui , sous le prétexte des inimitiés religieuses , faisaient bien souvent couler le sang pour assouvir des vcn-» geances personnelles; que les insurgés s'empa-^
(i) Mémoires de (nimon> e0usui d'Armonay, collection des mémoires jelatirtf à l'histoire de France, Fetitot, i'« série, tome XXXIV, page 3 10.
moins capables de concourir aux charges publiques (i).
1670 Charles IX venait de confier l'administration du Dauphinéau maréchal de Yieille-YiUe 9 dont la sagesse faisait espérer les plus utiles améliorations- Le maréchal convoqua les états généraux de la province , et avec leur participation proclama un édit de pacification qui s'étendait à tout le Dauphiné. En même temps , il dirigea de sévères recherches contre les malfaiteurs , et contre ceux qui , sous l'emblème des opinions politiques , troublaient le repos public. L'édit fut affiché dans Valence , et l'ordre rétabli par Bressieux , gouverneur de la ville ; de sorte que le maréchal , à son arrivée , n'eut aucun abus à y réprimer, et ne reçut de plaintes d'stucuQ citoyen. Pendant son séjour , il y fit saisir vingt malfaiteurs qui furent condamnés par son prévôt à être pendus (2).
Tandis que la France était déchirée par les guerres civiles 9 et que les intérêts politiques auraient dû seuls captiver les esprits , les sciences
(1) Ghorier, toeo citato, page 644*
(a) Mémoires tU VieUle-yiltû, livre X, chap. VIII, eoUectioa des mémoires relatifs à Thlstoire de Fraoce. Petitot, i** série > tome XXVIII, page 46.
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et les arts acquéraient un immense déyeloppe-^ ment , s'emparant de toutes les intelligences. Ce fut pendant la période la plus désastreuse des divisions religieuses que les lettres brillèrent à Valence du plusf vif éclat. Roaldès et Cujas rendaient son université célèbre dan» toute l'Europe , et Joseph Scalîger propageait le goût de la critique et de Terudition qu'il sut porter à un si haut degré. De toutes parts un accourait assister aux leçons de ces savans hommes. Un de leurs plus illustres disciples, l'historien de 'j 1 Tlîou , vint les visiter en 1 67 1 , et s'unit à eux par la plus étroite amitié. Les catholiques lui reprochèrent amèrement cette noble intimité, parce efue Joseph Scaliger était protestant ; mais il méprisa les clameurs de ces gens, dit-il dand ses mémoires, < dont le caractère est aussi ennemi » des lettres que de la vertu » (1).
La paix , qui avait semblé renaître à Valence , ne fut troublée passagèrement qu^en 1572,- par une émeute qui éclata entre les soldats de la garnison et les écoliers de l'université. Le colonel Alphonse avait imprudemment frappé un
(1) Mèmoirts dt J.-A» dô Thou, colUctiân des mémoires relatifs à l'histoire de France. Fetitot, i** série, tome XXXVII , pages aaS — aaS.
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fort déplorable; ranimosité des factions était loin de s'amortir, et chaque jour se commettaient des désordres auxquels ne pouvaient obvier les magistrats. Le clergé se plaignit amèrement des vexations que lui faisaient éprouver les protestans. Il adressa de vives remontrances au maréchal de Danville qui , voulant ménager les réformés , usa de voies conciliatrices, et parvint à maintenii quelque harmonie entré ces rivaux (i). Une source non moins féconde de désordres , c'était Tusage général des. armes : chaque citadin avait son arquebuse, et les écoliers assistaient aux leçons de l'université ceints de leurs longues rapières. Les bourgeois composaient la milice municipale, et les écoliers s'étaient formés en petites compagnies de partisans. Ils parcouraient les campagnes, infestaient les chemins publics, et détroussaient les voyageurs et les convois. Cette jeunesse turbulente se livrait avec d'autant plus d'arrogance à ces excès, qu'elle s'appuyait de l'assentiment tacite du recteur. Ce dernier s'était engagé avec le gouverneur de la ville dans une][querelle de préséance , que des circonstances moins graves auraient rendue légère. Il fallut que Maugiron, successeur de
(i) Cborier, Hhldre du Dauphiné, tome II , page 675.
Gordes , vidât le différent. Il statua que le recteur précéderait le gouverneur dans toutes les assemblées et cérémonies qui seraient du ressort de l'université , et que le gouverneur aurait le pas dans toutes celles qui intéressaient l'administration (i).
En i582, Maugiron fait fortifier la citadelle de Valence, au grand déplaisir des protestans qui prétendent que tant de précautions sont dirigées contre eux. Dans le courant de la même année , il fait sévèrement punir le capitaine Maurel qui avait tué un bourgeois.
Aux maux de la guerre se joignirent cette année les calamités d'une saison désastreuse (2). Des pluiçs abondantes , après avoir ruiné les moissons , firent naître une grande quantité de chenilles qui infestèrent les habitations 9 sans qu'il fût possible de parer à cet incommode fléau. On s'épuisa vainement en inutiles combinaisons , lorsqu'enfin les hommes sages crurent avoir rencontré un salutaire expédient, curieux monument des croyances superstitieuses du seizième siècle. Le grand -vicaire cita les chenilles à
(i) Voyez les Noies et pièces justificatives , n.» 18.
(a) Voyez les Notes et pièces justificatives, n.» 19.
comparaître devant lui , et leur nomma un pro^ cureur qui défendit solennellement leur cause : il était naturel qu'elles la perdissent, malgré la subtile éloquence de l'avocat ; aussi furent-elles condamnées à vider incontinent le diocèse.
Tardives à obéir, on lança contre elles anatbèmes et excommunications, mais vainement:
sans respect pour la grave décision du grandvicaire , elles demeuraient en leur obstination. Alors deux jurisconsultes et deux théologiens méditèrent sérieusement une longue consulr tation , dans laquelle ils pensaient que les voies de la douceur devaient seules être mises en œuvre en une aussi délicate matière , et qu'A serait sage d'user envers les chenilles d'un peu de tolérance , en les adjurant et aspergeant d'eau bénite. Enfin, long-temps après, les chenilles disparurent, comme il a coutume d'arriver, et les clairvoyans imputèrent leur disparition à prodige, bien que le miracle fût un peu tardif (i). Une contestation judiciaire qui s'élève entre des théologiens et de faibles insectes , qui est plaidée par des avocats , parait être , sans doute , aux yeux de la dédaigneuse civilisation
(i) Ghorier, Histoire du Dauphiné, tome II , page 71a. — Chassaneud, Cansilia^ D§ €oocammunication6 animalium iniectorumf passim.
SUR TALENGE. I29
moderne , un égarement de la raison humaine ou une coupable déception. Sans doute , des im* posteurs et beaucoup de dupes figurent dans ce bizarre spectacle ; mais des hommes doués d'une profonde plénitude de bonne foi s'y présentent aussi, et dès-lors cet aveuglement devient- une curieuse étude , lorsque l'on s'enquiert des divers âges de l'esprit humain. Devons-nous admirer l'ignorante simplicité de nos pères? ou la crédulité du juge ne nous paraitra-t-elle qu'un artificieux système pour retenir les peuples dans les langes de la superstition? Que des croyances absurdes soient flétries par le mépris du philosophe , ou qu'elles révèlent à l'antiquaire le naïf caractère du génie de nos aïeux, il surgit un fait indépendant de cette alternative de considérations; c'est que ces singulières procédures, toujours déférées aux officiaux, donnaient au clergé une grande influence morale sur les intelligences. Les hommes du seizième siècle, dont le domaine du raisonnement était remplacé par celui d'une foi aveugle, contractaient un respect sans bornes pour le prêtre qui , par l'autorité de ses paroles, semblait commander à un ordre d'événemens en dehors de toute puissance humaine ; et certes , il n'est pas improbable qu'obéissant à l'impulsion de ses
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intérêts individuels, le prêtre n'employât, quelquefois peut-être , la ruse pour augmenter encore cette vénération.
Lïntempérîe de la saison engendra aussi des maladies épidémiques qui ravagèrent la population de Valence , sans néanmoins ralentir le feu des discordes civiles. Gessans commandait dans Valence au nom de la Ligue ; il se laissa surprendre par le duc d'Épernon, qui s'empara de la ville et la réduisit sous l'autorité du roi. Le duc d'Épernon avait été invité par Gessans à une collation ; il s'y rendit escorté d'une suite nombreuse , et profitant de la sécurité de son hôte , se saisit de sa personne et désarma la garnison qui fut remplacée par des troupes royales (i). Enfin, les guerres de religion s'éteignirent peu à peu sous le règne heureux d'Henri IV.
Depuis cette époque, le silence n'est interrompu que par la révocation de l'édit de Nantes , qui proscrivit de Valence les protestans , dont le nombre formait le tiers de la population. En 1687, leur nombre s'élevait dans l'élection de Valence à quatre mille deux cent vingt-neuf; à la fin de la même année , six cent dix-
Ci ) Chorier, Histoire du Dauphinc, tome II, page 718.
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sept avaient été contraints d'abandonner leur patrie (i).
Enfin , pendant le cours des ridicules désordres du jansénisme, vient expirer dans les prisons de Valence le défenseur ardent des miracles du cinaetière de Saint-Médard , Carré de Montgeron. Il était conseiller au parlement de Paris, et long-temps avait affiché une grande incrédulité ; mais la grâce victorieuse jeta le désordre dans ses facultés intellectuelles. Proscrit , il rendit Tame dans les prisons de Valence : ses partisans en firent un martyr et vénérèrent sa mémoire.
Ici la narration s'éteint, les souvenirs meurent^ la tradition et l'histoire contemporaine cessent d'ojBfrir des documens. C'est à grand'peine que l'on est parvenu à saisir quelques lambeaux informes de récit, épars dans les pages de manuscrits obscurs et de l'histoire générale. Maintenant ces deux sources tarissent sans retour ; la cité dont la vie sociale a jeté quelques faibles lueurs dans le cours de ces essais , retombe désormais dans le silence des temps.
(i) Mémoires sur le Dauphiné, par le président Bouchu, M.ss. de la bibliothèque de Grenoble , coté 4H 9 page i6.
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