CHAPITRE PREMIER
Gaston vi. — Charte de Navarrens. — Mariage de Gaston avec l’héritière du comté de Bigorre. — Révolte du seigneur de Navailles , et traité de paix qui la termine. — » Gaston est excommunié comme Albigeois. — Etablissement d’un ordre judiciaire. — Fondation de Corner .
Gaston avait à peine trois ans lorsqu’il fut élu ; il eut pour tuteur Perégrin de Castérazôl. On le voit dans deux actes conservés dans le cartulaire de Sauvelade. Par le premier, un homme de Pardies vend à l’abhé quatre arpeus de terre pour dix-huit sols et deux chevaux; le vicomte Gaston, avec Perégrin de Castérazôl , approuvent la vente, et Moncing Sanzaner, hayle du vicomte , et son messager, donne l’investiture à l'abbé. Ce même abbé de Sauvelade, à la même époque, acquiert la terre de l’Obrége, daiis les états du vicomte de
Gutot vi.
Tartas , et ce second acte énonce aihsi la date : « Gaston étarfit prince de Béarn sous Perégrin de » Castérazol. » Cette expression semble indiquer que Castérazol était à la fois tuteur de Gaston et régent de Béarn.
Castérazol était d’une maison illustre dans l’Arragon; mais pourquoi choisit-on un étranger pour être le tuteur du prince? Serait-ce parce que la jalousie des rangs, l’amour-propre des particuliers et l’intérêt personnel permettent rarement aux hommes de choisir un supérieur parmi leurs concitoyens ? Ils redoutent les affections particulières et les préférences inséparables du sang et de l’habitude. Un étranger en est exempt , et n’inspire point les mêmes craintes.
Je ne dois pas négliger de placer ici une observation qui, minutieuse en elle-même, offre néanmoins une conséquence importante ; les comtes de Barcelonne, depuis le règne deCharlesle-Chauve, dataient les actes par les années du règne des Rois de France. On présume par là qu’ils les reconnaissaient pour leurs souverains. Alphonse h, roi d’Arragon et comte de Barcelonne, fit déclarer, dans un concile tenu à Tortose, en 1 1 79 : K Que les actes qui se dataient en Catalogne de l’année du règne des Rois de France, » ne se dateraient plus que de l’ère chrétienne. » Mais nos souverains, depuis Centulle, n’ont jamais daté les actes que de l’ère chrétienne.
Je présume que nos Rois étaient majeurs à quatorze ans. Nous Rencontrons une charte, où Gaston , âgé de seize ans , paraît seul sans le régent. Elle est intitulée : « Charte du Pont de Na- » varrens. » II ne sera pas inutile de la traduire ici; elle peint les mœurs de nos ancêtres. « Soit no-
• toire à tous, que monseigneur Gaston a* consi- »déré l’honneur et le profit qui revient à lui et à » sa terre du marché de Navarrens. Il veut qu’il y » ait ; à Navarrens , un pont de pierre et un marché »de quinze en quinze jours, le mercredi. Les li- » mites du marché sont fixées dans cet espace res- » serré entre le Gave et le ruisseau qui passe au » château de Navarrens , et terminé d’un côté par » le village, et de l’autre par le chemin de Navarre » qui passe à Méritin , où la croix sert de borne.
• Dans qes limites tout homme sera sauf, à moins » qu’il n’ait tué, ‘arrêté ou blessé quelqu’un du
• Bégarau, ici ou ailleurs.... Cependant, en ce «cas même, s’il a fait paix, qu’il soit sauf.... Qui- » conque, dans ces limites, commettra -un meur- » tre , payera amende double, a36 sols morlans au » seigneur, et ooo sols aux parens du mort ; et s’il » ne peut payer, le seigneur le retiendra en prison
• pendant un an, durant lequel il sera tenu de » donner caution pour la sûreté des payemens , et
• s’il ne peut donner caution dans l’an, lq seigneur
• le fera mettre sous le mort; les compositions des
• parens seront cautionnées avant l’amende due
» au seigneur; dès que la caution aura été donnée, »ou le payement fait, les pnrens seront tenus de
• faire paix entre les mains du seigneur et de la » cour d’Arribère. S’ils ne veulent accepter la com- » position et faire paix amiable, le seigneur fera
• droit; si l’hoihicide s’évade, il sera poursuivi
• par le seigneur; celui qui le recevra, s’il est re- » clamé par le messager, lieutenant ou bayle du » seigneur, sera tenu des amendes. ( Le tarif des
• plaves occupe une place dans ce tableau). Playe
• légale, au seigneur, i3a sols, au blessé, 36 sols;
• playe simple, au seigneur, iîJ sols, à la partie, » 12 sols; coup de poing, 6 sols, tant au seigneur » qu’à la partie. Toute personne allant au marché,
• Sera trois jours en sûreté, savoir: la veille, le » jour et le lendemain. On ne pourra pignorer pen- » dant les trois jours francs , si ce n’est pour dettes » contractées dans' le marché. Alors même on ne » pourra pignorer quelqu’un en son corps ni en
• ses habits. Tout habitant du Bégarau, de Na- » v.irrcns*, acheteur ou vendeur, ne payera au-
• cun droit pour les marchandises ou bestiaux qui
• lui seront propres ; en cas de fausse déclaration ,
• il payera au seigneur 66 sols. Tout étranger du
• Bégarau, acheteur ou vendeur, payera un droit » pour les bestiaux ou marchandises; les bestiaux
• même qu’ri adtl» ramenés sans les avoir vendus
• seront assfijétis au droit. Le pont de Navarrens » sera libre pour les habitaus du Bégarau , allant
« et venant, nuit et jour, eux et tout ce qui leur «appartient. S’il survenait quelques difficultés » dans l’exécution des articles , quatre cavers ou «lieutenans de cavers , qui soyent du seigneur et » de la cour .de Arribère de Navarrens , un plus «grand nombre même, s’il y en a, avec ceux que » les cavers ou leurs lieutenans voudront appeler,
> jugeront les différends , le seigneur s’obligeant de «tenir les présentes. Témoins, la cour même; « Bernard , archidiacre de Sauveterrc ; Bernard de
a » Cala , moine de Luc ; E ulop Bergune de Borden. » bourgeois <de Morlans ; et moi, maître Bamond «d’Orthez, notaire de Béarn, qui ai dressé cet
> éccit. AOloron, la veille des Ides de juillet 1188.»
Nous ne devons pas dissimuler ici que Gaston, deux ans auparavant, avait fait .un voyage en Espagne. Zaréta écrit que ce prince fit alors hommage de ses états au roi d’Arragon; nous trouvons dans ses assoies l’acte qui fut rédigé dans cette .circonstance. « Accord , pacte et reconnais- » sance de la seigneurie et de l’hommage que dom «Gaston de Béarna fait à dom Alphonse, roi d’Ar- » ragon , comte et marquis de Provence. — .Moi , «Gaston, fais hommage pour .moi -et mes succès-
> seurs, à vous Alphonse, roi d’Arragon, et prends «de vous toute ma terre, excepté celle que je «tiens de Richard, comte de Poitiers. Je vouspro- .1 mets d’être fidèle vassal et rie vous aider, avec «tous les hommes de ma terre, sauf contre le
«comte de Poitiers. Fait à Iluesca, en 1186. » Parmi les témoins, on voit Perégrin de Caslérazol ; mais on n’y rencontre qu’un seul Béarnais, Arnaud d’Alaschun (Lescun); c’est le mênîe qui avait prêté serment au roi d’Arragon , dans le traité de Marie.
Que faut-il penser de cette espèce d’hommage? Gaston et même Alphonse cherchèrent à le dérober à la connaissance des Béarnais ; leurs soins ne furent point inutiles, et jamais cet hommage ne fut rendu public en Béarn. La nation n’eut « point été plus indulgente envers le fils qu’elle ne l’avait été envers la mère. D’un autre côté, Alphonse voulait asservir le souverain de Béarîfr, et se l’attacher comme vassal; ce souverain avait alors un grand intérêt à ménager Alphonse. Comment satisfaire le roi sans révolter le Béarn? un hommage vague et rendu loin de ceux qui pouvaient s’y opposer, remplissaiAe double objet. Les Béarnais avaient choisi ou accepté pour prince un enfant de trois ans, lequel était sujet d’un prince étranger. Etait- il naturel que ce prince étranger permît à un de ses sujets d’aller occuper un trône voisin sans en exiger l’hommage? Mais quel fut le motif de cette condescendance? Alphonse avait en son pouvoir la jeune comtesse de Bigorre, unique héritière de cette province; lui seul pouvait disposer de la main de cette princesse et de ses états. Gaston obtint la préférence;
felie fut, sans doute, le prix secret de l’hommage qu’il rendit à Alphonse; en effet, quelques années après , la comtesse de Bigorre fut remise à Gaston; il s’engagea à l’épouser dès quelle aurait atteint l’Age fixé par la nature, et Alphonse donna le même jour, à Gaston, l’investiture de la Bi- n<»-*. gorre.
Gaston prit depuis ce moment le titre de comte de Bigorre; mais il le plaçait dans les actes après celui de vicomte de Béarn. On le voit entre autres dans une Charte accordée à l'abbaye de Saint-Ré :
« Gaston, vicomte de Béarn et comte de Bigorre, veut que les censitaires de l’abbaye ne soient plus appelés à l’armée ou dans une expédition quelconque, même en cas d’invasion imprévue, lorsqu’il faudrait avoir recours à Xordea. »
Ordea est un terme gothique : il désigne une levée de soldats tumultuairc. Lorsqu’un pays avait fourni le nombre de soldats que le souverain avait droit d’exiger, s’il arrivait quelque soulèvement intérieur, ou quelque excursion sübitë d’un ennem i , le prince avait le droit de convoquer Xordea.
On avait l’attention de nommer d’avance un chef qui put assembler et commander au besoin cette seconde milice. L’exemption accordée par Gaston à l’abbaye de Saint-Pé fut confirmée par la cour de Béaru. ’> ,
Gaston donne en 1193, aux moines de Saubelade , ses foi^rs d’Orthez. Ceux qui voudront vendre
en cette ville du pain pétri avec levain , seront tenus de le porter à ces fours. Cette donation eut pour témoins Jasses , Salbo , Lag , Dunnont et Arnaud de Cabaret, bayle d’Orthez.
Quelques temps après , ces moines s’adressent aux habitans eux-mêmes pour avoir des franchises particulières; et le peuple d’Orthez leur accorde l’exemption de gardé , de guet et de taille. On ne les dispense pas néanmoins de contribuer à la clôture de la ville; c’était une charge imposée à la propriété. Le for général charge les propriétaires de tenir en état clos et fermé le côté de leur maison qui répond au fossé de la ville.
Caston célébra son mariage avec Pétronille, comtesse de Bigorre, dans l’église de Notre-Dame de Maslac, en 1196. Son règne est peu fertile en événemens; il fat surnommé le Bon , et la vie d’un bon prince est utile à ses sujets sans letre à sa renommée.
Gaston -sut, malgré sa bonté naturelle , défendre et conserver les droits de sa souveraineté. Raymond Garcia s , soigneur de Navailles, se montra vassal rebelle. 11 possédait le fort de Navailles; aucun seigneur particulier ne pouvait élever un fort dans scs terres sans la permission- du souverain; et les gentilhommes, à qui il avait été permis de construire des châteaux , étaient tenus de les remettre trois fois chaque année entre les mains du seigneur. C’est ainsi qu’ils étaient rete-
nus dans une exacte dépendance, et qu’on prévenait l’abus de leurs forces. Raymond Garcias ne voulut point obéir à la loi commune; Gaston lui déclara la guerre; Raymond se soumit, et l’on conclut un traité dont les dispositions nous écfcfirent sur les droits respectifs de nos souverains et de leurs vassaux.
« Entre Gaston , vicomte de Béarn , Marsan, Ga- » baret et Brulhois, et comte de Bigorre d’un côté; » et de l’autre Raymond Garcias, fils d’Arnaud, pos- » sesseur du château de Navailles et de oelui de Cas- » telnau, par le conseil des seigneurs et sous leser- » ment des cautions données et reçues de part et » d’autre, il est convenu , etc., etc. Raymond doit li- » vrer trois fois par an le château de Navailles au sei- » gneur irrité ou apaisé. Il ne doit jamais se servir de » ce fort pour faire la guerre au seigneur ot^ui cau- » ser quelque pré j u d ice. Le se igneur occupera le fort «sans causer aucun dommage; et lorsqu’il le ren- » dra, Raymond, en le reprenant, sera tenudedon- » ner caution au seigneur, comme il déférera à sa » justiceet aux plaintes des siens : si le seigneur ou ses » successeurs retenaient le fort par malice, et que » Raymond vint à le recouvrer par force , il ne sera « plus tenu de le remettre à Gaston ni à ses successeurs; eux et lui seront dans ce cas déclarés » traîtres et parjures envers Raymond et sa race. a De plus , Raymond doit subir la juridiction du » seigneur, à la réquisition des siens pour le fort
iaoS.
»de Navailles, à Lescar, à Pau, ou à la hourquie »de Morlaas. Les cautions étaient les seigneurs » d’Andoins, de Lanuce, Gerderest, Doniy, Cas- »telpugon, Cadelon, Miossens, Jasses, Lasque, /Espuey, Bidose, Arricao, Laye, Clarac, Monta- »ner, Escot, Miramon, et mille sols formaient le » prix du cautionnement. » Ce traité fut conclu en iao5, au temps où le roi de Castille Alphonse était on guerre avec Jean , roi d’Angleterre , au sujet de la Gascogne, et tandis que Gaston lui-même assiégeait le château de Mitamon.
Pourquoi Gaston assiégeait-il le château de Miramon? était-ce pour obliger le propriétaire à remplir les devoirs imposés aux vassaux? On l’ignore; mais l’histoire nous montre les rois de France occupés à de pareils sièges vers le même siècle, et retenus pendant quatre ans devant le château du Puiset.
La guerre entre les rois d’Angleterre et de Castille avait pour objet la Gascogne donnée en dot à la fille de Jean , épouse d’Alphonse. Gaston favorisa le parti de ce dernier ; il alla le joindre à Saint - Sébastien , avec le comte d’Armagnac et quelques autres seigneurs. Tout ce que nous savons à ce sujet se réduit à ce voyage.
• Gaston fut aussi libéral envers les églises que ses prédécesseurs l’avaient été. Le chapitre d’Oloron obtint de lui la seigneurie de Monlmour, et la dîme de Sauveterre; up procès même devint, pour
ce corps, l’occasion d’une grâce plus importante.’ La dîme d’Àrèue avait été vendue au chapitre. Après une possession de spixante ans , la vente fut attaquée comme n’ayant point été revêtue de l’agrément du prince; cette réclamation était juste , et le chapitre fut réduit à transiger avec les héritiers du vendeur. Mais Gaston lui donna le droit d’acquérir des dîmes sans être obligé de recourir au souverain. « Que mes hommes, soit chevaliers,
• soit rustiques, demeurant dans l’évêché d’OIo-
• ron, et voulant donner à l’église des biens de
• nature ecclésiastique, tels que les dîmes, ayent
• la liberté de les donner sans que ma souveraineté^ soit un obstacle. » Il accorda un autre privilège à l'évêque; les causes ecclésiastiques lui furent attribuées, et le souverain consentit à ne plus les juger. Pour prix de cette double concession, l’évêque et le chapitre payèrent 3op sols à Gaston. La Charte fut rédigée dans une assemblée de la cour majour, tenue à Orthez, et composée de l’évêque de Lescar, de II. G. de Na vailles , de W. d’Andoins, de R. de Coaraze, de R. de Faicg, de R. d’Oldous, etc., etc. 11 semble que la juridiction ecclésiastique n’était pas encore alors établie ou reconnue d'une manière légale. S’il en était autrement, pourquoi ievéque d’Oloron aurait - il demandé une attribution moyennant finance? 4
Tant de bienfaisance envers l’église ne mit pas
Gaston à l'abri d’une excommunication. Quelques sectaires connus sous le nom d’Albigeois, s’étaient répandus dans le Languedoc; le légat Châteauneuf, envoyé pour les convertir, était mort assassiné. Innocent ni lance l’anathéme contre les Albigeois* et leur souverain; il enveloppa dans la même proscription le comte de Foix, le comte de Commingc et le vicomte de Béarn. Simon de Montfort entra dans le Brui bois, quoique ses habitans fussent orthodoxes. En vain Gaston se rendit auprès de Montfort pour négocier un traité. Il offrit en vain d’accepter la médiation de Pierre, roi d’Arragon, et même de se soumettre à son jugement; il consentit à remettre entre les mains de Pierre, ses châteaux de Lourdes, Oloron , Montaner et Miramon, comme un gage de sa parole. Tout fut inutile. Le concile de Lavaur reprochait à Gaston ses liaisons avec les hérétiques , l’asyle accordé dans ses terres aux meurtriers de Châteauneuf et les crimes des routiers qu’il tenait à sa solde. Ces routiers arragonnais, basques, coutereaux, etc., étaient des aventuriers de nations diverses, qui faisaient de la guerre leur métier, et se vendaient au plus offrant. Mais ces reproches n’avaient pour but que d’exciter la guerre; l’intérêt de la religion n’était qu’un prétexte, et le véritable motif était l’ambition de Montfort. Les comtes formèrent une armée; Pierre la réunit à ses Catalans; attaqué près de Meuret, par Montfort , il perdit la bataille et la vie.
' Après cetté victoire , le saint siège voulut bien absoudre les comtes. Gaston fut relevé de l’excommunication par Bernard de Morlans, évêque d’Oloron; le prix de cette absolution fut la seigueurie de Sainte-Marie et celle de Catron ; ainsi, la piété des princes et leur impiété tournaient également au profit de l’Eglise.
Cette dernière dotation ne fut point revêtue m5. des solennités accoutumées; elle fut faite à Monein» en présence de quelques bourgeois. Cètte circonstance fournit à Marsal l’occasion de placer une remarque sur la ville de Moneins. Elle est, selon lui, très - anciennement bâtie. Sharif Edrisi, plus connu sous le nom de géographe Nubien, indique les distances de Tolose à Munius , et de Munius à Saint-Jean-Pied-de-Port ; c’était la route tracée, en 1 100, par le commerce des Arabes.
Nous croyons devoir attribuer à Gaston un réglement conservé dans l’ancien for sous le titre de charte antique. Cette antiquité et le nom de Moncade , me paraissent des indices qui pejivent légitimer une semblable conjecture. Le réglemeqt a pour objet la manière de rendre la justice. « Gas- » ton , par la grâce de Dieu , vicomte de Béarn ,
» seigneur de Moncade et de Castel Bicil , .à tous ■les bayles et lieutenans du seigneur de Béarn, ►•salut et bon amour. Sachez qu’avec le consen-
» tement de notre cœur, nous avons ordonné ce » qui suit : nous vous ordonnons expressément de » mander la cour et d’y faire lire celte charte ; «vous, ainsi que les béguers et leurs messagers, «vous tiendrez, observerez et garderez ce quelle «contient. Le seigneur propose et la cour or- » donne que chaque bayle fasse écrire en sa bavlie «les noms des plaignons , des défendeurs et des «cautions, et qu’il leur fasse droit, s’il le peut; s’il «ne* peut leur faire droit, qu’il les cite à compa- » raître devant le seigneur et la cour majour lors- » que le seigneur l’assemblera. Les bayles et le » seigneur, quand il tiendra cour, feront écrire en » la cour devant les juges , -les jugemens que la «cour fera, soit qu’il y ait appel ou non, et le» » raisons f s’il y a appel. Le seigneur fera exécuter «les jugemens, sans distinguer amis ou ennemis,
» amour ou haine. Si quelqu’un dit avoir exécuté «un jugement, il ne sera point cru, s’il n’a jurât » pour témoin, ou un acte de notaire , ou , faute de «jurât dans le lieu, témoignage du curé et de «deux prudhommes, etc., etc.
Les bayles étaient les officiers de justice employés dans les villes et le domaine du souverain , chargés de préparer, de faije exécuter les jugemens et quelquefois de les rendre. Les béguers remplissaient les mêmes fonctions dans les cours des gentilshommes. Enfin , les gentilshommes
eux-mêmes avaient, dans leurs terres, des bavles
particuliers nommés par eux , et chargés de rendre la justice aux censitaires. --,«••) »r- • ,
Ces bayles étaient alors ce que les baillis étaient en r rance; cette conformité ,se reqia^que surtout dans une ordonnance de Plulippe-^uguste , publiée en 1 190. Philippe ordonna eux baillis cjtp
recevoir, tous les mois , dans leurs assises , les
« r j % ^ .j .*■ . . 1 * * ■ • j ' » i : . s Ti i rz
plaintes des sujets et dç leur, rendre une prompte, justice — et, enfin, de rendre un compte de leur conduite et de leur province, tous les quatre mois,
au conseil du roi... Celte ordonnance de Phi-s
’;r . 7 lit ^ f / * • * • ' '* *- *
lippe servit de modèle à la charte antique de Gaston.
Le président Hénault regarde cette ordonnance de Philippe, comme un monument précieux; c’est la seule que les rois de France aient publiée depuis les capitulaires, terminés en 920, jusqu’aux élablissemens de Saint-Louis.
Les seuls mémoires qiie nous ayons, pour compléter la vie de Gaston, se trouvant dans la déposition d’un moipe d’Ajjtqj. Cç religieux serait de témoin, dans une enquête de 1280, qui avait pour objet de fixer les limites du Béarn; je vais transcrire ce qui concerne Gaston. ,t
La dame de Guiche donnera soq frère, qn do- , maine nommé Çamer. Ce,frèrç , vassal /lu viçpjuite de Tartas, bâtit un village,. Les Béarnais le (Jétrui-, sent; ils prétendaient avoir sur ce domaine un
droit de servitude, Que fit le vassal du vicomte de Tartas? Il eut recours à sa sœur, qui était belle, pour implorer la protection du seigneur de Béarn, qui avait nom Gaston-ie~Bon. La dame pria le seigneur de Béarn ; à sa prière , le seigneur de Béarn rebâtit le village de Camer.
Gaston mourut en 121 5. Le seigneur de Béarn, continue le moine, était sans héritier; il avait des fils en Catalogne , et les gens de Béarn allèrent chercher le seigneur en Catalogne; et quand il vint, les caviers des environs s’étaient emparés de Camer; et le seigneur qui vint avait nom Guillaume Raymond , et il visita sa terre , etc. , etc.