‹ Essais historiques sur le BéarnChapitre 9 sur 28 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Centulle v. — Guiscardc sa sœur. — Pierre de Cabaret. — Fondation d’Ordios. — Régence de Béarn et tutelle des enfans du vicomte Pierre déférée au comte de Barcelone. — Gaston v. — Marie fait hommage du Béarn à la couronne d’Arragon. — Révolution. — Élection de Gaston de Moncade. — Serment réciproque du prince et du peuple.

Centulle v confirma les donations faites par son père en faveur des églises; il y ajouta même de nouvelles libéralités. L’abbaye de Saint-Pé reçut de lui le territoiré d’Exese ; les hommes d’Asson et d’Igon consentirent à ce don , et les barons de Béarn l’approuvèrent. Ce monastère obtint le droit de prendre une mesure de sel au marché d’Escures , le jour où le vicomte recevait le setier de sel dû pour le péage. Lembege n’existait point à cette époque , et le marché se tenait au lieu d’Escures , distant d’un quart de lieue.

Centulle marcha sur les traces de son père ; il joignit ses armes à celles d’Alphonse , combattit à Campb Doliente , et mourut comme son père , les armes à la main. Alphonse ne lui sur-

vécut que de quelques jours; l’un et l’autre ne laissèrent point de postérité. La Navarre et l’Arragon se séparèrent à cette époque ;, la Navarre choisit pour roi l’infant Garcias, neveu d’Alphonse. Les Arragonais allèrent chercher au fond du cloître un frère d’Alphonse ; le moine Ramire devint leur roi.

La maison de Béarn était éteinte il restait une Guisearsœur de Centulle, Guiscarde était son nom ; les d€‘ Béarnais la reconnurent pour leur souveraine. Guiscarde avait été mariée au vicomte de Gabaret; elle était veuve, et n’avait qu’un fils encore en bas âge. Plusieurs actes de ce temps présentent les noms réunis de Talèse, de Guiscarde et du jeune vicomte Pierre. La vicomtesse Guiscarde conserva la seigneurie de Notre-Dame du Pilier;, mais la ricombrie de Sarragosse sortit de sa maison. C’était une dignité «personnelle , qui ne se transmettait point encore aux héritiers. Talèse avait part au gouvernement ,et peut-être exerçaitelle une juridiction indépendante dans les pays conquis par Gaston. On en voit un exemple dans le bailliage de Mixe : Espagnol de Labour partait pour arriver au siège de Sarragosse ; il vend à l’abbc de Sordes la moitié de l’église Sainte Félix de Garris. Arnaud de la Guingue allait à Jérusalem ; il engage à l’abbé l’autre moitié de la dîme; il la lui vend à son retour pour quatre cents sols morlanst cinq marcs d’argent r. une

rfmlè et un mulet. Muni de cet argerit, H répart ét va se faire tuer à Caittpo-Dofientc. La fille ünique de la Guingue attaqua cette vente; FinsfaUee fût portée à la cour de Talèse; les juges qui la composaient étaient Battit, Domy, Beaumont ét CaSsabé.

PicrTe i«'. La vicomtesse Guiscarde et Pierre* son fils , terminèrent , comme arbitres et bons barons, un procès intenté par les nroines de Saint-Pé , au sujet d’un jardin situé à Cézéracq. Saint-Jean d’Abos et le seigneur d’Artix servirent de cautions. Cette manière de juger est indiquée et définie par uû article du vieux for conçu en ces termes : Si des parties soumettent leurs différends à l’arbitrage de deux ou de plusieurs prud’hommes , il leur Sera permis d’appeler du jugement au seigneur , comme arbitre et bon baron; et de l’ arbitrage par lui fait, on peut appeler à la cour ma jour.

On voit en 1 i/j?, Plen‘e f* présider une cour il 147. pîéhière, tenue à Morin a s , et confirmer l’accord fait entre les administrateurs de Gabas et ceux de Saîttte-ChWstine.

Lé nom de Pierre se frouté encore dans la fondation de l’hôpital d’Ordios. Trois pèlerins normands avaient été assassinés dans le fieu d’Ordios. Uh ange révéla au curé do Sordes qu’il fallait y bâtir un hôpital : l’hôpital fut bâti'aux dépens de Pierre, vicomte de Béarn et de Cabaret.

Pierre, semblable à ses ancêtres , passa dans l’Àrragon pour combattre les Maures , et se distingua au siège de Fraga. La ricombrie delluesca fut le prix de ses exploits; on ne sait rien de sa mort. Il laissa deux enfans en bas âge, Gaston et Marie. On ignore quelle était leur mère; on sait seulement quelle étaij; très-proche parente de, Raymond , infant d’Arragon et comte de Barcelone. Raymond avait épousé la fdle de Ramire; je conjecture que Pierre était beau-frère de Raymond , soit qu'il eût épousé sa sœur, soit qu’i| fût le mari de la secoude fdle de Ramire. Si cette conjecture, assez vraisemblable, était vraie, elle servirait à nous expliquer les causes des événenxens qui suivirent la mort de la vicomtesse Guiscarde. C’est l’époque d’une révolution re? marquable dans le gouvernement de Béa ru ; elle est détaillée dans un acte authentique conservé dans les archives de Barcelone. Nous emprunterrons les termes mêmes de l’acte :

« L’an 1 154, après la mort de Guiscarde, vi- » comtesse de Béarn , au mois d’avril , se rassem- » blèrentàCampfrancq, en présence de Raymond , » comte de Barcelone et prince d’Arragon , tous «les grands de Béarn, savoir : les évêques d’Olo- » ron et de Lqscar , l’abbé de Saint-Sever de Gas- » cogne , Fortaner d’Escot, Raymond de Domy, «Garcias de Morlanne,' Arnaud d’Alaschun; ils » étaient accompagnés d’une grande multitude de

» Béarnais, de Morlannais, d’Aspais et d’Ossalois. «Tous les membres de cette assemblée, tant pour » eux que pour les absens , se soumettent au gouvernement du comte, lui font hommage et ju- «rent fidélité, l’élisent enfin pour être régent dil «Béarn, sans néanmoins porter atteinte à hffidé- » lité qu’ils doivent aux cnfans du vicomte PlÉrre, » mort depuis long-temps. »

Cette Charte fut rédigée à Campfrancq , en présence de Pierre, comte de Bigorre, et de plusieurs gentilshommes; elle est signée par les seigneurs nommés dans l’acte, par G. d’Espalungue , D. de Lane, F. de Vieille, F. de Bescat, Ossalois; par quelques Aspais, et par le viguicr de Morlaas.

Si cet acte avait besoin d’un commentaire, nous Je trouverions dans l’histoire des comtes de Barcelbne. «Lecomte, y est-il dit, fut nommé par «les Béarnais seigneur et gouverneur du Béarn, » jusqu’à ce que les enfans du vicomte dom Pèdre » fussent en état de gouverner eux-mêmes. » Il était naturel de déférer la tutelle de ces enfans , et la garde de leurs biens au plus proche de leurs parens. Les rapports que Içs guerres d’Espagne avaient formés entre le Béarn et l’Arragon, contribuèrent, sans doute, à déterminer le choix des Béarnais; Raymond, allié de leurs princes et leur compagnon d’armes ; pouvait être en quelque sorte considéré comme Béarnais.

Il importait à l’état d’avoir un -chef assez puis-

sant pour être pendant la longue minorité du jeune Gaston ; un exemple le fera mieux sentir que nous ne pourrions l’exprimer.

Gdon deCadeillon enlève au chapitre de Lescar l’église de Serres : àqui fallait-il demander justice? « Le Béarn n’avait alors pour vicomte que le petit » enfant Gaston, » Le chapitre eut recours à f archevêque; l’arcfievêque excommunia Odon ; Odon brave l’excommunication et ne rend point l’église. Enfin le comte de Barcelone, qui fut chargé de l’administration du Béarn, reçut les plaintes du chapitre; il obligea l’usurpateur à subir la juridiction de la cour de Béarn , et l’église fut restituée.

Mais quel que fût l’avantage d’avoir un régeht pendant la minorité du souverain , tous les Béarnais ne paraissent point avoir concouru à' son élection ; nous ne voyons point üne cour régulière assemblée en Béarn pour procéder à ce choix : le nombre des seigneurs présens à l’acte est peu considérable; il ne serait pas impossible que le Béarn eût été divisé en deux partis : l’un aurait nommé le régent , l’autre aurait conservé son indépendance. Quoiqu’il en soit , la personne du jeune prince était confiée aux soins de Raymond ; il le retint en Espagne, ainsi que sa sœur Marie , et les éleva sous ses yeux.

Dès que Gaston fut majeur, il fut créé ricombre de Praga. Quelque temps après il épousa l’infante

de Navarre, et mourut à vingt ans sans laisser des cnfans et sans s’être immiscé dans l’administration du Béarn.

Marie restait seule héritière des droits appartenant à sa famille; Raymond, son tuteur, était mort. Alphonse , fils de Raymond et de Pétronille, avait remplacé Ramire sur le trône d’Arragon; Alphonse était ambitieux et puissant; Marie était très-jeune ; elle vivait dans les états de son cousin, et pour ainsi dire so^ sa tutelle. C’est dans cette position qu’elle conclut avec lui le traité suivant : « Moi, dame Marie, vicomtesse de Béarn, avec le

• conseil et par la volonté des barons de ma terre,

• je fais hommage et promets fidélité à vous raon-

» seigneur et cousin lldefonse pour toute la

• terre de, Béarn et de Gascogne que je possède, » ou que j’ai droit de posséder du chef de mes pré- •iJécesseurs , et» que mon père, Pierre , vicomte »de Cabaret, m’a laissée, et que mon frère Gaston m’octroya lors de son décès. Or, je fais le

• susdit hommage en telle sorte que moi et ma » race tenions ladite terre et relevions de vous et

» de vos successeurs , et que pour cette raison d’i-

» celle nous soyons vos vassaux en outre,

• moi, Marie, je promets de ne prendre aucun » mari sans votre consentement Et moi,

«Alphonse, je vous reçois, vous, dame Marie, vi- » comtesse de Béarn, ma cousine, toute votre terre » et vos biens sous ma protection et défense

*et je Vous èônfirme la possession des biens que » vous avez dans mon royaume d’Arragon. . , . Et

• moi, Bernard, évéque d’Oloron, par comman-

• dement de ladite dame Marie, je promets, en cas

• d’infraction, de vous aider, vous roi, avec tout >► l'évêché d’Oloron, sauf l’abbaye1 de Gehércs, et

• j’emploierai les liens de l’anathème Et moi, ,

• Sanche, évêque de Lescar, je fois, par Ordre de » Marie, la même promesse*. .... Et moi, vicom- » tesse Marie, j’ordonne que tes successeurs de ces » évéquessoient à jamais compris dan» ce traité....

• Et moi , Arnaud d’Alaschun , par commande-

• ment de ladite dame Marie, je promets, en cas

• d’infraction , de me ranger du côté du roi avec

• tous mes hommes, toute la terre et l’honneur, » ou le fief que je tiens de ma dite dame et de ses

• prédécesseurs Nous aussi fort Dat, Arnaud

• de Cadcillon,* lîaÿ d’Arbus, Og' de Gabios, par

» le même ordre, faisons la même promesse

• Nous aussi, Oldebert de Morlaas, Peregrin de » Çordel , Pierre Arnaud et Brun de Sainte-Croix ,

• Aqi. de Maslac et Guilh. de Btu£, promettons

• la même chose. ... Et moi , Marie , je m'engage » à faire ratifier le présent traité en la même forme » qu’il vient d’être ratifié par les pe^onnages

• susdjts; je m’engage à le faire ratifier par cent

• hommes notables de Morlaas, cinquante des » plus apparens d’Oloron, cinquante d’Aspe et cin-

• quante d’Ossau , les meilleurs qtic je pourrai

• avoir; 6t je vous baillerai les châteaux de Gâba-

» ret , Manciet et l’un des trois que je possède au » Vicbilh; savoir, Cadelon , Escures et Maubec. Je » baillerai celui des trois qu’il me sera le plus fa- » cile de me procurer Et plusieurs seigneur»

• arragonais, par ordre du roi, s’engagent, en cas

» d’infraction, de défendre Marie avec leurs hommes » et leurs honneurs Et le roi promet et s’en-

• gage de faire ratifier le traité par ks évêques

• d’Iiuesca et de Sarragosse, etc., etc., etc. »

C’est ainsi qu’Alphonse crut acquérir des droits à la souveraineté du Béarn; mais ce traité servait lui-même à constater l’indépendance de ce petit pays. Alphonse stipule que le Béarn à l’avenir relèvera de lui; donc il ne relevait pas de lui avant le traité; il ne relevait pas non plus d’un autre souverain , puisque Marie en assujétissant son fief ne réserve pas les droits du suzerain ét ne fait mention d’aucune mouvance. D’un autre côté. Marié déclare quelle conclut ce traité par le conseil et la volonté des barons de sa terre : ce con- • •

seil , cette volonté des barons , était nécessay*e à la validité de ,1a convention, on ne pouvait leur donner un souverain sans leur participation; le Béarn égiit donc indépendant. Ce traité- devait être ratifié par les communes; Marie promet de le faire confirmer par les habitans de Morlaas , d’Aspe et d’Ossau; mais eût-il été nécessaire de consulter les communes , si l’hommage de Marie

n’eût été que l’exécution d’un devoir anciennement imposé ? les sermens respectifs des seigneurs appelés de part et d’autre auraient-ils été regardés comme nécessaires dans une simple reconnaissance d’hommage? Ces circonstances indiquent clairement la nature de cet acte; c’est un traité par lequel Marie assujétit ses états à la couronne d’Arragon, et ce traité qui devait asservir le Béarn était en même temps la preuve de son indépendance.

Alphonse se hâta de choisir un époux à la jeune vicomtesse ; il jeta les yeux sur Guillaume de Moncade, né d’une famille qui tenait le premier rang parmi les maisons illustres de la Catalogne. Guillaume devint l’époux de Marie; Marie avait des droits à la souveraineté du Béarn , mais elle ne la possédait point; on le voit dans cette clause du traité par laquelle elle s’engage à remettre entre les mains d’Alphonse le premier château quelle pourra se faire rendre.'^ Moncade n’acquit, en l’épousant, qu’un vain titre; l’hommage qu’il rend

à Alphonse, est conçu en ces termes : « Moi

» je fais hommage à vous,- Alphonse, de tout ce » que je pourrai acquérir de la seigneurip de Béarn, » par moi et mes enfans. » Alphonse, de son côté, lui promet secours et protection relativement à la vicomté de Béarn. •

Les Béarnais regardèrent cet acte d’hommage comine une abdication de leur souverain. Ils dé-

clarèrent le troue vacant et publièrent la déclaration de leur indépendance. Ils élurent un souverain ,et le choisirent en Bigorre , parut i les .descendons de leurs ancfcns princes. Ce nouveau maître., à peine élu „ viola les lois ; la nation assemblée le somma de se conformer aux réglemens du pays. Il refusa d’obéir , et ee refus lut suivi d’une mort violente. On élut, à sa place, un chevalier d'Auvergne , nommé Centulle; ce nom semble indiquer qu’il descendait aussi des premiers vicomtes de Béarn. Centulle ne respecta point les privilèges de la nation. L’assemblée générale réji-ô. solut d’arrêter le cours de ses attentats; sa tête fut proscrite , et bientôt il fut tué par un simple écuyer, sur le pont de Saranh , qui sépare le Béaru et la Soûle.

Les Béarnais jetèrent alors les yeux sur les enfants d’un seigneur de Catalogne; ces enfans jumeaux étaient à peine âgés de trois ans. On députa deux prud'hommes vers leur .père; ils furent chargés de demander et de choisir un .de ses Cls pour être leur seigneur.* A leur ,arrivée, les deux enfans étaient endormis; l’un avait les mains fermées , Taptre les tenait ouvertes. Les députés choisirent ce dernier: il sera libéral, dirent- ils, et l’enfant, remis entre leurs mains, fut élevé en Béarn», et régna sous le nom de Gaston.

Quelétaitoe seigneur catadan? Nos anciens hist ariens . ont aifectéde ne point le nommer ; ils nous

apprennent seulement que son fils porta le nom de Moncade.

D’un autre côté , deux actes authentiques attestent que Gaston était fils de Marie. Il posséda même, à ce titre, les vicomtés de Gabaret et de Brulhois. On peut donc affirmer que Gaston -était fils de Guillaume de Moncade et de Marie, vicomtesse de Béarn. Ge fait constant peut servir à dévoiler les causes qui dirigèrent la révolution du gouvernement.

Dans les premiers mouvemens de leur indignation, les Béarnais avaient rompu les liens qui les attachaient à Marie. Ils avaient appelé des chefs étrangers; un sentiment naturel les ramena bientôt vers le sang de leurs anciens maîtres; ne voulant point rappeler leur souverain , qui s’était avili à leurs veux , ils élurent celui de ses enfans qui devait être son héritier. Marie, appuyée par la protection d'Alphonse , aurait pu , sans doute, inquiéter ses anciens sujets; mais elle crut 'n’avoir rien perdu dès que son fils recouvrait, eîi entier, l’héritage de ses pères. Ges conjectures nous, paraissent avoir ce degré de vraisemblance que l’on peut assimiler à la vérité dans les recherches historiques. Quoiqu'il en soit, c’est à cette époque que les Béarnais ont constaté, pat des monumcns authentiques , leur indépendance nationale.

Ils effacèrent tout ce qui pouvait rappeler la

mémoire de leurs anciens princes. Aujourd’hui même il est difficile de retrouver le fil qui lie leur succession interrompue. Après avoir aboli le souvenir de leurs premiers maîtres, les Béarnais constatèrent qu’ils avaient le droit d’élire et de déposer leurs souverains; voici comment s’expriment nos ancêtres : « Ce sont ici les fors de

• Béarn, dans lesquels il est fait mention, qu’an- » ciennement, en Béarn, il n’y avait pas de sei- » gneur, et dans ce temps ils entendirent parler ,

• avec éloge, d’un chevalier en Bigorre; ils allé—

• rent le chercher et en firent leur seigneur pen-

• dant un an. Et après, il ne voulut les tenir en » leurs fors et coutumes ; et la cour de Béarn s’as- » sembla alors à Pau, et ils le requirent de les

• tenir en fors et coutumes; et lui ne voulut pas,

• et alors ils le tuèrent en pleine cour. — Item, » après , on leur parla , avec éloge, d’un chevalier

• d’Auvergne, et ils l’allèrent chercher et le firent » seigneur pendant deux ans , et puis après , il se » montra trop orgueilleux et ne les voulut tenir » en fors et coutumes , et la cour alors le fit tuer » sur le pont de Saranh , par un écuyer qui le

• frappa par derrière d’un grand coup de pique.

• — Item , après encore , ils entendirent parler » -avec éloge d’un chevalier en Catalogne, lequel » avait eu , de sa femme , deux enfans en une seule

• fois, et les gens de Béarn eurent conseil entre

• eux, et envoyèrent deux prudhommes de la

«terre pour demander un de ces enfans pour leur

• seigneur; et quand ils furent là, ils allèrent les

• voir, et les trouvèrent tous dçux endormis, l’un

• mains fermées, et l’^q^re mains ouvertes; et ils

» s’en vinrent avec ceftii qui avait les mains ouvertes. » ‘ .

Tel est le commencement du vieux for; les. Béarnais y déclarent qu’ils ont élu leurs souverains, et qu’ils les ont déposés lorsque ces princes violaient leur# sermens. Ce vieux for était présenté à chacun de nos souverains à leur avènement, et ce n’était pas la moindre de nos prérogatives que de leur rappeler une leçon aussi frappante consignée dans un monument public.

À leur avènement, ils étaient tenus de jurer qu’ils seraient fidèles à nos lois, et qu’ils respecteraient nos privilèges; après avoir reçu cette déclaration, nous leur jurions de les#* reconnaître pour souverains tant que la cour générale le croirait juste; mais leur serment devait précéder le nôtre, et leur autorité, ainsi que notre obéissance, avait pour limites les jugemens de l’assemblée nationale. «Ibest établi que, quand le sei-

• gneur entre en possession de la seigneurie de » Béarn, il doit jurer aux barons et à toute la cour » de Béarn, qu’il leur sera fidèle seigneur, et qu’il

• jugera équitablement avec eux, et qu’il ne leur

• fera aucun préjudice; et après, ils doivent lui » » jurer qu’ils lui seront fidèles et le tiendront pour

• seigneur au jugement de la cour. » Cette forme de serment a toujours été religieusement observée; aucun souverain n’a régné sur nous sans l’avoir remplie. Louis XYI a, comme ses ancêtres, juré l’observation de nos privilèges avant d’avoir reçu nos sermens. Ces formes antiques servaient à nous rappeler quelles n’avaient pas toujours été de simples formes , et peu de nations , en Europe, pouvaient se féliciter d’avoir conservé de pareils

vestiges de leur ancienne indépendance.

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