‹ Essais historiques sur le BéarnChapitre 12 sur 28 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Guillaume u. — Gaston vii. — Guerre entre lui et le vicomte de Louvigner. — Voyage de Gaston à Bordeaux. — 11 y reçoit des subsides de l’Angleterre. — 11 bâtit le château d’Orlhez. — Gaston est mené prisonnier en Angleterre. — Confédération entre les principaux seigneurs ' de la Gascogne. — Elle échoue par leur mésintelligence.

- — Bayonne. — Comtes de Bigorre. — Leur succession partagée entre Gaston et Esquivât de Chabannes. — Mariage des filles de Gaston. — Querelle personnelle «le Gaston avec le roi d’Angleterre. — Traités entre Gaston et les rois d’Angleterre et de France. — Gaston règle ‘ entre ses filles l’ordre de la succession. — Testament de ce prince.

G üiLLA cme, fils et héritier de Raymond , ne parut (iiiibume en Béarn qu’un moment ; il résida constamment en Arragon : ce fut un bien; son absence facilita lq libération des (Jette»; et l'administration pai-

sible , établie par Raymond , eut le temps de remplir les vues bienfaisantes consignées dans son testament.

Guillaume était retenu dans l’Arragon par une guerre civile dont il était le chef et le héros; après des combats multipliés, la paix fut jurée; les ricombries furent déclarées héréditaires, et Guillaume se soumit à son roi. Un historien d’Arragon dit , en parlant de lui : Auxmnroi d’Espagne n’a un vassal aussi puissant. Thibaut , comte de Champagne, rechercha son alliance. Héritier et neveu de Sanche, l’enfermé, roi de Navarre» Thibaut craignait de se voir enlever ce riche héritage , il conclut avec Guillaume un traité d’alj,j4. liance offensive et défensive.

Après la pacification de l’Arragon, Guillaume passa les monts pour la première fois. On voit de lui des lettres-patentes données à CapsiuS ; elles.

• ^ contiennent la reconnaissance de l’hommage qu’il

U 27. doit au duc d’Angleterre pour ses terres de Gascogne, le Marsan, le Brui bois, Eause, Mamied* Gapsius, etc.

Nous ne connaissons , en Béarn , qu’un seul acte où ce prince soit nommé. C’est le contrat d’une pièce de terre acquise par les moines de Saubelade; il est ratifié par Guillaume, seigneur de Béarn. Guillaume ne tarda pas à repasser en Arragon, où la guerre était déclarée contre les Maures; il était à la fois chef du conseil et généraLdo -

l’armée; on entreprit la conquête de Maïorque, l’expédition réussit; mais Guillaume y perdit la ***»• vie; il laissa deux enfans-nés de Garsende de Forcalquier, son épouse. Constance, sa fille, fut mariée à dom Lopez de Haro , comte de Biscaye; et Gaston, son fils, hérita de ses états.

Gaston étai t à Maïorque lorsqu’il perdit son père. Caaon »u. On lui déféra , malgré son extrême jeunesse, l’honneur de présider au partagede cettelle,etlui-même reçut plusieurs fiefs , prix légitime des exploits de son père. Il paraît que Gaston ne tarda pas à se rendre en Béarn. Garsende, sa mère, lui servit de tutrice et signait avec lui les actes de la souveraineté.

Le premier événement de son règne fut une ,l3l‘ guerre, déclarée entre lui et le vicomte de Louvigner. Ce vicomte voulait assujétir les moines de la Refile à lui payer une redevance de cent sols morlans à chaque mutation d’abbé ; il employa la force à l’appui de son droit, et l’abbaye fut op-. primée. Le souverain de Béarn devait protéger et défendre une abbaye située dans ses états. Il punit l’entreprise de Louvigner en reprenant la terre de Garos que ce seigneur tenait à vie par une concession de Garsende; Peu de temps après, Gaston lui déclara la guerre, elle se fit avec fureur; les campagnes furent dévastées, les villages furent détruits ; les châteaux forts échappèrent seuls au ' désastre. Enfin , quelques gentilhommes propo- . sèrent uu souverain de Béarn et au seigneur de?

Louvigner la médiation de leurs cours respectives». La médiation fut acceptée et les hostilités' cessèrent; les deux cours s’assemblèrent à Fixoos; elles décidèrent que la contestation élevée entre les moines et le vicomte de Louvigner serait terminée par le jugement de dix arbitres béarnais.' Louvigner nomma Aversans de Sevin, Bonal de Mil os. Durand de Pomps, Ramond de l’Abadie et Arnaud de Glavarie. L’abbé de la Reüle choisit de son côté, Donat de Crabos, R. de Sansoupey , Fore de Sales, Arn. de Crabos et Bertrand de Mazerolles. Ces dix arbitres appelèrent à leur assemblée Jevèque de Lescar et le baron de Coaraze, ami commun des parties. Leur jugement déclara que l’abbaye était affranchie de toute redevance par sa qualité de maison religieuse ; mais les moines furent invités , pour le bien de la paix , à ne pas se refuser au paiement du droit exigé par le vicomte de Louvigner. Pour prix de ce sacrifice, il fut établi que Louvigner se rendrait à chaque mutation dans l’abbaye, et jurerait, sur l’autel, protection et défense aux religieux envers et contre tous, sauf le comte de Poitiers. Ce jugement fut accepté de part et d’autre. Le vicomte, jaloux de prouver la sincérité de sa réconciliation, combla l’abbave de ses dons ; il lui donna quatre mille arpens de fonds situés au lieu de Mazerolles et Diezau; il y joignit la seigneurie de ces villages qui ne reconnaissent, dit-il, aucun suzerain. Cette énonciation semble-

mit prouver qu'il existait encore (les seigneuries allodiales dans le Béarn. i<

Thibaut, roi de Navarre, renouvela avec Ga»ton et sa mère, l’alliance qui l’avait uni à Guillaume. Fortaner de Lescun , dont . la baronie était située vers les limites de la Navarre et de l’Ârragon, reçut en fief le château de Sadola placé 1*34. sur la frontière de la Navarre ; Thibaut le lui donna 1 avec l’agrément de Gaston et de Garsende; l’un et l’autre signèrent l’acte d’investiture et se rendirent garans envers le roi de Navarre de la fidélité de leur sujet;

Ici les annales de Béarn laissent un vide. Nous ne trouvons peur le remplir aucun monument historique.

La première époque à laquelle on voit repa* 134*. raitre nos princes, est la défaite des Anglais à Taillebourg. Henri ui, leur roi, se réfugia à Bordeaux; Garsende, avec son fils, vient offrir ses ser* vices à ce monarque. Les historiens anglais peignent la comtesse de Béarn comme une femme' d’une taille prodigieuse et d’une grosseur énorme; elle était attirée, disent-ils, par le désir de parta-* ger les sterlings de l’Angleterre. En lisant les traits dont ces écrivains surchargent leur peinture, on ne saurait méconnaître la manière anglaise, tou-< jours outrée lorsque le préjugé national dirige le peintre. Quoi qu’il en soit , Garsende se rendit à Bordeaux, accompagnée de soixante chevaliers

elle devait recevoir à titre de subside treize livres sterlings par jour- Mathieu Paris assure que son séjour fut long et qu’elle ne rendit aucun service. Les finances du roi d’Angleterre s’épuisèrent, ses conquêtes se réduisirent à prendre quelques villages et à contracter des dettes. Enfin une trêve de cinq ans lui permit de repasser en Angleterre.

»43. Gaston revint en Béarn , enrichi par les subsides des Anglais; il s’occupa de bâtir un château pour fixer sa résidence. Ses états étaient couverts par les montagnes du côté de l’Arragon; les rivières les défendaient du côté de la Navarre; les frontières de l’Armagnac et de la Bigorre étaient assez protégées par la faiblesse de ses voisins. La partie de ses états la plus exposée était le côté du nord, entièrement ouvert aux incursions des Anglais maîtres de Bayonne. C’est-là que Gaston crut devoir établir le boulevart de ses états; il choisit la situation d’Orthez comme propre à remplir ses vues, et bâtit au-dessus de la ville un château très-fort , sur le plan et sous le nom du château de Moncade. La magnificence de cet édifice fut longtemps un objet d’admiration; le bon Froissart s’extasiait en le voyant. Onne l’appelait que le château noble; il a été pendant trois siècles la résidence de nos souverains. .

De nouveaux troubles s’élevèrent bientôt dans la Gascogne. Gaston y parut tour à tour comme auxiliaire ou comme ennemi des Anglais. Simon

-de Montfort, comte de Leicester, battit Gaston et le réduisit à demander une trêve , en 1 249. L’année suivante il l’arrêta prisonnier et le fit conduire en Angleterre. Gaston recouvra la liberté par le •crédit de la reine d’Angleterre, sa nièce. On lui conserva même les fiefs qu’il possédait en Gascogne, et l’on se contenta de le dépouiller du château de Fronsac, qui fut rasé par les Anglais.

En voyant combien le crédit de la reine fut utile à Gaston , il est naturel de rechercher quelle était l’origine de leur parenté. Nous trouvons que Garsende était veuve du comte de Provence, avant ■que d’être unie au vicomte de Réami elle était mère de Raymond de Bérenger, comte de Provence; et Bérenger avait quatre filles; l’une mariée au roi de France, l’autre au roi d’Angleterre, la troisième au roi des Romains, et la quatrième -à Charles d’Anjou, roi de Sicile; ainsi Gaston était oncle de quatre reines.

Gaston 11e s’occupa dans ses états que des moyens de renouveler la guerre. Il forma, pour ainsi dire, une confédération entre les seigneurs de Gascogne, dont il fut lame et le chef. C’est à cette époque que nous trouvons les premières liaisons formées entre les maisons de Béarn et les sires d’Albret; Âmanieu d’Albret rend hommage à Caston et se déclare son chevalier et son homme. Il relevait de la vicomté de Gavardan, et tenait les châteaux de Bazas et de Cazenave. Ces châteaux devaient être

iaSo.

livres au seigneur, lorsqu’il en avait besoin pour ‘ 1 faire la-guerre; on les remettait, à la paix, entre'Ies mains des sires d’Àlbret. Gaston , en sa qualité de vicomte de Gavardan, ne négligea point de faire insérer dans l’acte d’hommage ces conditions, qui «as»', devenaient utiles à ses projets. Il acquit un allié puissant dans le comte de Foix, et le lien de leur alliance fut un projet de mariage entre leurs enfans. Gaston promit de donner Marguerite, sa seconde fille, à Roger Bernard, fils du comte de Foix; la dot faf fixée à mille marcs d’argent, payables en onze ans. Le comte de Foix assigna un douaire de cinq .cents mares. L’âge des deux époux devait retarder de cinq ans la célébration du mariage, et Gaston s’obligea à faire ratifier ces articles par Garsende, sa mère, et par Amate, son épouse.

Il ne se borna pas à s’assurer les secours de ses vassaux, et à se procurer des alliés; il chercha même à stipendier des seigneurs indépendans. On • en voit un exemple dans un traité conclu avec le seigneur de Grammont.'. ... « Moi , Guillaume Ar- » naud d ’Agramont, promets à vous , Gaston ,

• vicomte de Béarn, de remplir vos volontés au- » tant qu’il sera en moi , et de suivre telle seigneu-

• rie que vous voudrez prendre d’Angleterre ou

• de Castille, moyennant telle récompense que

» vous voudrez me donner et moi , Gaston ,

«vous promets de vous être bon seigneur, droit

• et loyal; et de ne faire sans vous traité ni trêve

• avec l’ennemi que vous aurez attaqué pour moi;

» et je vous assigne mille sols morlans de rente sur

• la baylie de Sauveterre; le bayle sera tenu de » vous les payer à Pâques. Si quelqu’un vous fait » tort et refuse de faire droit en ma main , je vous » aiderai comme mon homme. » Ce traité fut revêtu de lettres-patentes, rédigées par a, b, c, et scellées du sceau de Gaston en présence des jurats de Sauveterre.

Grammont avait été fait prisonnier par les Anglais deux ans avant ce traité ; son château était , suivant les mœurs du temps, un asile de brigands ; il servait à piller les voyageurs , êt à rançonner les marchands. Il fut obligé de renoncer à ces exactions pour recouvrer sa liberté : le passage de son château fut déclaré libre ; mais le ressentiment et la vengeance unirent sa cause avec celle de Gaston.

Les seigneurs coüfédérés prirent les armes ; ils ia5î, annoncèrent le projet de déclarer la Gascogne indépendante. Tout semblait favoriser leurs vues; mais la jalousie du Commandement fit naître entre eux des divisions funestes ; ils se livrèrent à des guerres particulières , et perdirent de vue le grand objet de l’armement. Les Anglais réunirent leurs forcés; Gaston, maître du Périgord, affamait Bordeaux; Henri, pour l’éloigner, vint assiéger la Réole : Gaston essaya de la défendre, mais il fut abandonné par ses alliés ; l’argent des Anglais

Jés servit mieux que leurs armes; et les Gascons qui, suivant Mathieu Paris, étaient alors amis de fortune, conclurent chacun leur traité particulier.

1*54. L’année suivante, Gaston forma le projet de s’em-

parer de Bayonne; c’était alors une ville opulente, et la seconde parmi les villes de Gascogne. Son port la rendait importante : elle avait des vaisseaux , des hommes de guerre et des marchands. Son principal commerce était celui des vins. Les bourgeois, exposés à des exactions continuelles, haïssaient la domination anglaise : ils formaient un parti qui favorisait l’entreprise de Gaston; mais le bas peuple aimait les Anglais et leur conserva la place. Gaston avait compté sur les secours du roi de Castille , qui réclamait depuis long-temps les droits de ses ancêtres sur le duché de Gascogne. Les Anglais désarmèrent ce prince, en lui proposant le mariage de sa sœur avec le fils de leur roi. Alphonse céda à son beau-frère tous ses droits sur la Gascogne. Cet événement amena la paix ; Gaston fut compris dans le traité; Henri s’engagea par un des articles à payer tous les frais de la guerre. Cette longue querelle coûta aux Anglais deux millions sept cent mille livres sterling : on n’aurait point retiré une pareille somme de la Gascogne entière mise en vente.

Édouard m vint célébrer en Espagne son mariage avec la sœur d’Alphonse; il fut armé cheva-

lier par cet illüstfe souverain : Gaston eut le ménie honneur à la même époque. Un auteur contemporain nous a transmis les noms des souverains qu’Alphonse-le-Sage arma chevaliers pendant le cours de. son règne. Le puissant baron , dont Gaston de Béarn a est nommé dans cette liste avant Rodolphe, comte de Hasbourg, chef de la maison d’Autriche.

Gaston ne resta pas long-temps en paix avec ses voisins. La succession de la Bigorre lui fournit un prétexte de reprendre les armes. Pour comprendre le sujet de cette guerre, il est nécessaire de connaître la filiation des comtes de Bigorre : leur maison unie à celle de Béarn, -par des ancêtres communs et des alliances fréquentes, finit enfin par se confondre avec elle.

Eneco , premier roi de Navarre, était en 8a4 comte de Bigorre. Il fut la tige d’une longue suite de comtes , qui finirent dans la personne de Béatrix , mariée à Gentulle rv , vicomte de Béarn. Bernard ït , fils de Béatrix et de Gentulle , hérita de ln Bigorre ; c’est lui qui fit Compiler les coutumes de cette province. Il eut pour successeur Gentulle n, son frère. Gentulle n’eut qu’une fille: elle fut mariée à Pierre, vicomte de Marsan. Pierre fonda la ville de Mont-de-Marsan et l’Abbaye de Saint-Jean de la Gastelle; Gentulle ta , son fils , rendit hommage de la Bigorre au roi d’Àrragon. Stéphanie, sa fille, mariée d’abord att vicomte

d’Acqs, épousa depuis le comte de Comminge;et, comme si le comté de Bigorre devait sans cesse tomber en quenouille , il ne naquit de ce mariage qu’une seule fille. Pétronille , comtesse de Bigorre et de Comminge, fut mariée cinq fois : veuve de Gaston* vi , souverain de Béarn , elle épousa Nunès , comte de Cerdagne. Ce mariage était peut-être nul , à raison de la parenté des époux : Simon de Montfort affecta de le croire, et Gui de Montfort son fils devint l’époux de Pétronille. Gui mourut, et fut bientôt remplacé par Aymard de Rançon. Ce nouvel époux et le comte de Cerdagne moururent presque à la même époque. Alors Pétronille épousa Bozon de Matas. Elle avait eu de son mariage avec Gui, deux filles, Alix et Peronelle. Alix fut mariée au seigneur de Chabannes, et Raucoul de Taissonfut l’époux de la seconde. Du mariage de Pétronille avec Bozon de Matas était née une fille unique, Amate : elle fut mariée à Gaston vii , vicomte de Béarn. La Bigorre lui fut substituée par le testament de sa mère ; mais Gaston ne se contenta pas de cette succession éventuelle. Esquivât de Chabannes, fils d’Alix , possédait la Bigorre ; Gaston prétendait que le mariage de Pétronille avec Gui de Montfort •était nul, puisque le comte de Cerdagne vivait encore à cette époque; la naissance d'Alix était donc illégitime. Amate devait être la seule héritière de la Bigorre : il joignit à ce droit apparent

tin droit plus incontestable, celui du phis fort. Esquivât eut recours à Simon de Montfort son oncle : il offrit, de lui céder ses états. Cependant la querelle frit terminée par l'entremise d’Afrphonse , infant d’Arragon ; Roger, comte de Fois, fut choisi poHF arbitre; les- deux parties lui re,roirent des otages- : elfes s’obligèrent à lui rembourser se» dépenses , et s’engagèrent à ratifier sa sentence, sou» porte de lui parer mille marcs d’argent. Rogerassigna à Gaston* le Marsan et cette partie de la Bigorre désignée' sou* le nom- de Rivière-Basse, qrrt corn met /ce à- MaHbourguet , et s’étend jusqu’à l’Arm;»gnac: Le reste du comté fut assuré à Esquivât ; ois ortlonna à Gaston de restituer ses conquêtes r une amnistie fat publiée en faveur des habitons’ qui s’étaient attachés à l’un ou à l’antre des princes. Enfin le comte se réserva de statuer sur lu restitution de Commingc, lorsqu’il aurait des instructions- plus amples. Cette sentence fut prononcée dans le château noble, à Orthez. Esquivât mourut sans enfans; il laissa son héritage à Laure, sa sœur, vicomtesse de Turenne; mais la Bigorre était substituée aux enfans de Gaston. Constance , sa fille aînée , fut reconnu» comtesse de Bigorre par les états de la province. Plusieurs concurrens se présentèrent pour lui disputer cet héritage, et le roi d’Angleterre mit en séquestre le comté. Les contestations des héri-

tiers furent portées au parlement de Paris , et restèrent sans jugement pendant deux siècles.

La vicomté de Sault relevait de Béarn ; elle en est aujourd’hui séparée; Gassic-Arnaud de Navailles la possédait. Par un traité particulier fait entre Gaston , Navailles et le roi d’Angleterre , le **59- château de Sault devait recevoir une garnison anglaise. Les habitans, dirigés par leur maire , se révoltèrent et fermèrent leurs portes. Gaston était alors à Bazas ; il mande son vassal , le seigneur d’Albe , et se fait remettre le château de Cazenave, qui devait servir à ses opérations militaires ; il expédie à ce sujet des lettres- patentes, rédigées en double, et divisées par A, B, C. Parmi les témoins, en voit Guiraud, comte d’Armagnac, En Guillaume de Bious, et le maire de Bazas. On ne sait pas si ces préparatifs eurent des suites ; il parait seulement que le château de Sault était possédé par les Anglais en 1264. Nous remar-» qucrons en passant que les Anglais avaient établi des maires dans toutes les villes de la Gascogne ; mais cet office et son nom même ont été toujours inconnus en Béarn.

Gaston entreprit encore quelques guerres particulières; Odon, vicomte de Lomagne, et le sire de Mortagne , sc virent dépouillés de leurs posses*- »s6c. sions; inais Alphonse , comte de Toulouse et de Poitiers, traita pour eux et fit leur paix avec Gaston.

Il ne tarda pas à tenter de nouvelle* conquête*. Jaloux de faire valoir le* droits d’Araate , il entra dans le Comminge } le comte de Toulouse arrêta cette expédition, comme suzerain et comme arbitre. La reine de France écrivit sur-le-champ au comte de Toulouse en faveur de tfon cousin , monr sieur Gaston de Béarn. Louis ne dédaigna pas de paraître lui-même au rang des solliciteurs , et l'affaire fut terminée d’une manière avantageuse pour Caston , qui reçut en partage Saint-Gaudens , Miramon , le Nebouzan et la vallée d’Aure.

Ce qui paraît avoir le plus occupé Gaston pendant les dernières armée» de son règne r est lepartage de sa succession entre ses quatre filles. Il n’avait point d’heritier mâle. Constance r sa fille aînée, fut recherchée par les fils de trois rois. L’infant d’Arragon fut préféré. 11 mourut peu de temps après son mariage, et laissa Constance veuve et sans enfans. Marguerite était la seconde ; et Roger Bernard, comte de Foix, fut son époux. Amate , la troisième , fut donnée au comte d’Armagnac; et Guillemette, la quatrième, ne fut mariée qu’après la mort de son père.

Constance , devenue veuve , fut promise à Henri , fils de Richard, roi des Romains et neveu de Henri, roi d’Angleterre ; les vicomtés de Gabardan et de Brulhois , et les terres de Bazas , devaient former sa dot. S’il naissait un enfant mâle de Gaston et d’ Amate, on assignait à Constance mille livre* de

rente sur les terres de Béarn et de Gascogne. Si Gaston laissait après lui un enfant mâle né d’un second mariage , il donnait à sa fille le comté de Marsan. S’il mourait sans enfans mâles , Constance devait posséder le Béarn , le Marsan et le Gavardan. Si Constance mourait sans postérité, elle ne pouvait disposer que de mille livres tournois. Si elle a des enfans , l’aîné des mâles aura le Béarn et le Marsan. Au défaut des mâles, l’aînée des filles possédera ces deux pays , qui doivent être regardés à l’avenir comme inséparables. Enfin^-U-était arrêté que Henri ne pourrait jamais aliéner aucune possession de la maison de Béarn.

Ce projet de mariage resta deux ans sans exécution; il paraît même que Gaston pensa quelque temps à donner sa fille à l’infant de Castille ; mais Henri réclama ses droits. Alors Gaston émancipa »i68, sa fille au Mont-de-Marsan , en présence et sous l’autorité de la cour de Béarn : elle fut conduite en Angleterre , où le mariage fut célébré.

Quelque temps après , des discussions s’élevèrent entre Gaston et son gendre. Marguerite, reine de France, offrit sa médiation ; elle les engagea tous deux à soumettre leurs différends à l’arbitrage de la reine d’Angleterre et de son fils Edouard. Ces arbitres ajoutèrent aux conditions du mariage les dispositions suivantes. Si Constance et son époux aliènent les terres qui leur ont été constituées en dot , ou qui leur reviendront par droit

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héréditaire , les vassaux de Béarn , de Marsan et des autres terres , seront déchargés de Thommage envers Constance et son époux. Iis reconnaîtront pour leur seigneur le pins proche héritier de Constance , si l’aliénation des terres est wni verselle; si elle est partielle, ils suivront la seigneurie de celui qui, successeur de Gaston, possédera le Béarn. Ce jugement fut accepté par Constance et 1169, par Henri ; il fut ensuite confirmé par la cour de Béarn , assemblée à Morlaas ; mais il devint inutile; Henri mourut sans postérité. Il périt à Viterbe , assassiné par Gui de Montfort, dans le temps où il se préparait à partir pour la Terre-Sainte Gaston avait pris la croix comme son gendre; mais s’il eut la folie de former cette espèce de vœu, il eut la sagesse de ne pas l’accomplir.

Amate survécut peu de temps à son gendre; 1*7*.' elle choisit sa sépulture dans le couvent de Sainte- Claire, quelle avait fondé au Mont-de-Marsan.

Dans son testament, elle lègue le Marsan, rivière basse, et ses droits sur la Bigorre à Constance; dix mille sols morlans à la comtesse d’Armagnac, et le droit d’en disposer sans le consentement de son mari ; ses terres du Comminge à la comtesse de Foix , et scs terres d’Espagne à Guillemette , dont on avait projeté le mariage avec l’infant de Castille; elle substitue les quatre sœurs entre elles, et leur substitue ensuite Esquivât , son neveu.

On voit dans cet acte le nom d’Amate précédé

du mot ena ; celui de Gaston était précédé du mot en. Cette espèce de pronom répond aux dom et dona usités par les Espagnols. Il est à remarquer que presque toutes les nations modernes de l’Europe ont adopté comme un signe d’honneur ces mots vides de sens placés avant les noms de famille. Le Français emploie le de ; l’Espagnol , dom ; le Hollandais, van ; l’Ecossais et l’Irlandais, ô et mac, etc. etc. Et qui pourrait rendre raison de ees puérilités? La vanité veut une marque distinctive, et le signe est indifférent pourvu qu’il existe.

i37»- Gaston se remaria l’année suivante avee Béatrix ,

fille de Pierre, comte de Savoie et veuve de Humbert, dauphin de Viennois ; mais ce mariage ne lui donna pas un héritier, et scs espérances furent trompées.

Ici nous trouvons les détails d’une nouvelle querelle élevée entre Gaston et les Anglais. Ou no voit pas quel en fut le sujet ; nous apprenons seulement qu’il fut assigné par le sénéchal de Gascogne, résidant àSaint-Sever. Il ne comparut point. Le sénéchal ordonna la saisie de ses terres. Mai» comment exécuter ce jugement ? Gaston avait la force , et la justice se tait devant elle. Edquard alors se détermina à venir lui-même en Gascogne pour appuyer l’autorité de ses tribunaux. Sa première démarche fut d’envoyer Gérard de Laur, chevalier, sommer Gaston d’obéir. Une émeute

populaire eut lieu dans Orthez à l’arrivée de cet ambassadeur, et les habitans oublièrent le droit des gens jusqu’à le faire prisonnier.

Edouard , indigné , s’avança jusqu’à Sainte-Quittarie, ville dont la juridiction était partagée entre les archevêques d’Auch et les seigneurs de Béarn.

Là , Gaston n’hésita pas à se rendre auprès du roi; il offrit de le satisfaire sur tous les objets de ses plaintes. Il déclara qu’il reconnaîtrait la juridiction des tribunaux d’Edouard dans tout ce qui ne concernerait pas la souveraineté de Béarn. Ces explications ne satisfirent pas le roi d’Angleterre ; et violant à son tour le droit des gens „ il fit arrêter Gaston au bourg de Sault , où il le retint prisonnier.

Gaston ne put recouvrer sa liberté qu’en promettant, par des lettres-patentes, d’exécuter les sentences rendues contre lui par le tribunal de Saint-Sever* On lui fit jurer de faire tous ses efforts pour remettre son château , sa ville et ses hommes d’Orthez entre les mains d’Edouard. La ville , le château et les habitans coupables d’avoir arrêté Gérard de Laur, devaient être remis à discrétion , sauf le droit héréditaire de Gaston sv/r la ville ; mais s’il ne peut point effectuer cette reddition , il promet de subir les lois qu’Edouard la75. voudra lui dicter. On ne lui rendit qu’une liberté précaire. Il devait ne point quitter la cour d’Edouard sans sa permission expresse; s’il osait s’éloi-

gner, il devait être arrêté de nouveau ; les terres qu’il tenait en fief du duché de Gascogne, devaient être confisquées; aucun privilège, aucune coutume particulière , ne pourraient être une sauvegarde; les évêques d’Aire, de Lectoure et d’Oloron étaient chargés de juger l’infraction du serment , et de la punir par l’excommunication.

Mais Gaston ne se crut pas lié par un traité semblable; dès le premier instant de sa liberté , il proteste contre des actes arrachés par la violence. Edouard le fait assigner devant le sénéchal de Saint-Sevcr. Gaston fait comparaître en son nom l’évêque d’Oloron , l’abbé de Luc et maître Guillaume Raymond , pour déclarer un appel déjà porté devant le roi de France. Le sénéchal déclare l’appel nul , et prononce la saisie des terres appartenant à Gaston. Il annonce qu’Edouard est prêt à soutenir ce jugement par les armes. Il avertit la cour de se préparer à suivre Edouard dans cette guerre. Les députés renouvellent alors l’appel au nom de Gaston , dont ils produisent pour cet objet un mandat exprès. Ils avaient tellement prévu toutes les circonstances, qu’ils avaient amené avec eux un notaire de Condom pour constater leurs démarches. Leur procès-verbal fut ratifié par Gaston, à Morlaas.

Avant que de recourir aux armes, Edouard voulut donner au jugement une forme plus authentique. 11 assembla à Saint -Sever ses trois

cours de Bordeaux, Bazas et Saint-Sever, réunies sous le nom de cour générale de Gascogne; c’était le seul tribunal auquel Gaston dut répondre comme pair de Gascogne. On examina les procédures faites contre lui ; elles parurent illégales.

La cour ordonna qu’il serait assigné de nouveau et déclara que son refus de comparaître serait puni par Edouard , à main armée. La loi voulait que les pairs fussent assignés par des pairs; un baron devait l’être par quatre chevaliers ; Gaston le fut par douze commissaires , dont le chef était l’abbé de Saint-Sever, viguier de la cour de Gascogne. Il ne défér% point à leur demande et leur notifia son appel. Edouard se hâta de venir assiéger le château de Samboine , où Gaston setait renfermé; pendant le siège, le roi de France envoya ses ordres au monarque anglais; le siège fut , levé, Edouard déféra à l’appel. Cependant Gérard de Roussillon , nonce du pape , vient à Orthez proposer un traité; Gaston n’est pas éloigné de l’accepter; il n’a pas lieu. L’appel est discuté devant le parlement de Paris. Gaston accuse »»74* Edouard comme traître , .faux et mauvais juge ; il jette, en présence de Philippe, le gage du combat. Des seigneurs, attachés au roi d’Angleterre, se présentent pour accepter le défi. Gaston sour tient qu’Edouard doit combattre en personne , et le parlement assigne le roi d’Angleterre à comparaître dans un mois. Philippe termine l’affaire à

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l’amiable. On ignore quelle fut la décision ; mais on sait que l’union fut rétablie entre Edouard et Gaston, et ne fut jamais altérée depuis. Gaston reçut môme une pension de 2,900 liv. , assignée sur les douanes de Bordeaux.

Philippe ne tarda pas à mettre à l'épreuve lâ reconnaissance de Gaston. La reine de Navarre, chassée de ses états par le roi de Castille, s’était réfugiée à la cour de France} Philippe entreprit de la rétablir sur le trône. Le quartier-général dé son armée fut fixé à Sauveterre ; le comte d’Artois conduisit la première division de l’armée} il vint à Morlaas, suivit la vallée d’Àspe, et entra, parl'Arragon, dans laNaVârre. Gaston ne se borna pas à donner passage dans ses états à l’armée française , il la suivit lui-même avec quelques trou- 1376. pes. Philippe s’avança jusqu a Sauveterre , mais la rareté des vivres l’obligea à séparer son armée sans avoir rien tenté; la paix se fit, et la Navarre fut mise sous la protection de la France.

H79. Edouard eut quelques démêlés aVeC le Vicomte de Tartas; il les soumit au jugement de Gaston. Quatre ans après , les troubles de la Castille attirèrent l’attention d’Edouard; il crut devoir secourir le roi détrôné, et dans cet objet , il eut recours encore à Gaston. Le roi d’Angleterre, dit-il lui-même, nous a mandé de secourir le roi de J38ô. Castille. «Nous, en personne, avec cent hommes • d’armes, le tout à sa solde, noué avons reçu

* 1 ,000 mères sterling» pour le» frais de l’arme-

* ment , et nous servirons tant que le roi fournira

* aux frais. Fait l’an ia83. > La paix eut lieu l’année suivante.

Est-ce à cette guerre dé Castille ou bien à la guerre de Navarre, qu’il faut rapporter Un récit fabuleux du bon Froissart? quoi qu’il en soit, ce récit est relatif à la succession du Béarn. Il importe de le consigner ici. Dans la recherche des vérités historiques * il ne faut pas négliger les fables. . . , •

« Le seigneur de Béarn eut une guerre forte ét dure avec le roi d’Espagne. Messire Gaston assembla des gens de guerre là où il put les avoir ; il écrivit à ses deux fils , le comte d’Armagnac et le comte de Foix , qu’ils vinssent. Le comted e Foix vint avec cinq cents chevaliers et écuyers, tous à Heaulme, et deux mille varlets à pied ; et le comte d’Armagnac , après s’étre fait attendre , envoya lettres disant qu’il ne pouvait point venir, et le comte de Foix défit, avec sa troupe, vingt

mille hommes Et quand monsieur Gaston de

Béarn, fut retourné à Orthais (Orthez), présent tous les barons de Foix et de Béarn qui là étaient, il prit son fils, le comte de Foix, et dit ainsi: « Beau fils, vous êtes mon fils, bon, certain et loyal , et avez regardé à mon honneur et l’honneur du pays. Le comte d’Armagnac qui a l’aînée fille des miennes, n’est pas venu ma défendre;

pourquoi il a forfait , et vous hérite de toute la terre de Béarn, vous et vos hoirs à toujours; mais et prie , vçuil et commande à tous mes sujets qu’ils scellent et accordent avec moi cette hérédité, beau fils de Foix, que je vous donne. Tous répondirent ; Monseigneur, nous le ferons volontiers. «Ainsi les comtes de Foix sont devenus seigneurs de Béarn. »

Lebon Froissart croyait aux exploits merveilleux des paladins, et regardait leurs romans comme une histoire. Otez de sa narration cette défaite de vingt mille hommes par le comte de Foix , corrigez l’erreur qui nomme la comtesse d’ Armagnac comme l’aînée des filles de Gaston ; le reste peut être regardé comme vrai.

Pasquier a parlé des querelles que la succession de Gaston fit éclore entre les maisons d’Armagnac et de Foix. Suivant lui , le comte d’Armagnac fondait son droit sur la coutume de Béarn. Cette loi ne reconnaissait d’autre héritier que l’enfant mâle; mais au défaut des mâles , elle appelait indistinctement les filles et leur assignait un partage égal. Le comte réclamait l’exécution de cet article et voulait le partage du Béarn. Les états du pays rejetèrent sa demande ; il eut recours au roi d’Angleterre qui n’eut aucun égard à son appel. Enfin , il porta sa cause au parlement de Paris. Ce texte de Pasquier est un tissu d’erreurs : quelle défiance ne doit-on pas apporter dans la

lecture de l’histoire, puisqu’on n’est pas à l’abri d’être trompé par Pasquier lui-même. Nous avons rapporté le tçxte de cet auteur par cette seule raison qu’il indique une disposition de notre ancienne coutume intéressante à vérifier.

' Nous avons une tradition plus certaine dans la déposition judiciaire de Raymond d’Oges, gardien des Cordeliers de Toulouse. Elle est conservée parmi les chartes de France. Le moine dépose qu’il a’ vu Gaston dans le château de Cabaret, occupé de régler sa succession. Constance, veuve et sans enfans, ne voulait point se remarier. Gaston proposa de donner le Béarn au comte de Foix, moyennant 90,000 livres que ce dernier serait tenu de payer. Quelque temps après , la cour gé-' nérale de Béarn fut assemblée à Morlaas. Gaston y présidait accompagné de ses quatre filles. Il déclara son choix , et la cour de Béarn prêta serment à Marguerite, au cas que Constance mourût sans enfans. Gaston nomma, dans la même assemblée, les personnes à qui les ao.ooo livres promises par le comte de Foix devaient être re-’ mises.

Enfin, nous possédons les actes authentiques concernant la succession de Béarn; ils furent rédigés par Arnaud de Novelle , official de Toulouse et professeur de droit. Nous analyserons ces actes, où les formalités du droit romain sont exactement observées.

Gaston, assis sur son tribunal, aü milieu de sa cour, composée do chevaliers et de représien-» tans des communes , émancipe Marguerite 9a fille , comme juge supérieur de la terre , exerçant la juridiction ordinaire'; il confirme ensuite cette émancipation, comme seigneur et vicomte, juge supérieur, de la terre, exerçant avec sa coür toute juridiction quelconque; et la cour ratifie cet acte par son décret judiciaire.

Guiüplme fut émancipée au même instant et de la même manière,

Gaston donne, entre vifs, le pays de Béarn à Marguerite de Béarn, comtesse de Foix, supposé néanmoins que Gaston et Constance meurent sans en fans mâles. S’il naît de Gaston un enfant mâle,

il aura le Béarn. Le Brulhois et le Gabardan seront donnés à Marguerite. Les dettes seront partagées suivant la valeur des liéritages. Gaston se réserve le droit de disposer librement de*ses possessions dç Béarn , de les hypothéquer, léguer, engager, inféoder et affranchir sans fraude. Cette disposition ne s’étendra point aux châteaux et villes d’Orlhcz, Sauvelerre , Oloron , Moneius, Salies, Pardics, Mongiscard , Morlaas, Asson, Igou, Mo^taner (Indivis), Lambige, Pau, Pqutac, Sembouës, Belhoc, Atongaston, Na%arreu6, Garos, Lobieach, les vallées d Ossau, Aspe et Baj> retons. En un mot , Gaston ne pourra point aliéner les forteresses du Béarn. Il aura seulement ia,

( ail )

faculté d’engager, pour le paiement de ses dettes, les châteaux et villes d’Orthez, Sauveterre, Pau, Salies , Sarbag, Rivere-Gave et AgareuX. Ces châteaux seront possédés par les bayles et les exécuteurs testamentaires jusqu’à l’entier paiement des dettes; ils ne percevront néanmoins, sur les revenus du château de Pau, que mille sols audelà des revenus de la clôture , de la lanlanère , du moulin , de la vigne et du taillis. En temps de guerre, Marguerite et ses successeurs auront le droit de reprendre les châteaux engagés; elle y conservera le droit de chevauchée étd’ost, la justice de sang et le serment de fidélité. Mais les gages et pignorations , les peines, lois et amendes seront payées entre les mains des bayles et des exécuteurs testamentaires. Les bayles" des Châteaux et autres lieux prêteront serment à Marguerite, conformément à la disposition de cet acte. Si Gaston aliène quelques terres pendant sa vie , elles resteront toujours assujéties au vasselage de Béarn. Les terres données à l’église seront exemptes de ce vasselage ; mais elles demeureront comprises dans la souveraineté de Béarn. Enfin, l’héritier de Marguerite de Béarn et du comte de Foix, possédera le pays de Béarn et de Foix qui seront désormais inséparables. Telles sont les clauses de cette donation; Gaston, comme seigneur, et la cour de Béarn, la confirment par leur sanction judiciaire. De son côté, Constance, lié-

ritière de la Bigorre , par la mort d’Esquivat de Çhabannes, cède à Marguerite tous ses droits sur la Bigorre; elle renonce en sa faveur au droit que son aînesse et la coutume lui donnent sur le Béarn, le Brulhois et le Gabardan. Elle se réserve le Marsan; et si la comtesse d 'Armagnac parvenait à le faire démembrer. Constance recevrait, à tijire d’indemnité, Saint-Gaudens , le Nébouzan et la vallée d’Âure. De plus, elle se réserve, dans le Béarn , Montaner, Pontac, Moneins, et les villages circonvoisins. Elle -jouira de la juridiction et des revenus de ces lieux, sans néanmoins rien prétendre à la haute justice de sang, aux droits d’albergade, de chevauchée et d’ost. Elle pourra disposer sur ces objets dupe somme de quinze cents marcs d’argent. Enfin, elle stipule, en sa faveur, la garantie personnelle du comte de Foix contre les prétentions de Malhe, comtesse d’Armagnac. Cette donation fut autorisée par Gaston, siégeant en la cour de Béarn, et la cour interposa sou autorité comme pour une donation solennellement insinuée devant le magistrat, suivant la

coutume. • ,

Guillelme , dernière fille de Gaston , émancipée à cet effet , adhère à ces actes et renonce à ses droits. Mathe, comtesse d’Armagnac, refuse d’imiter cet exemple, et quoique présente à l’assemblée , elle ne signe aucun acte ; mais les états de Béarn ratifièrent les arrangemens de leur sou-

verain et jurèrent de les maintenir. Ainsi fut réglée cdtte importante affaire. >

Les deux donations furent présentées au rot d’Anglçterre , comme seigneur suzerain du Brulhois, du Marsan et de la Bigorre; il les ratifia. Dans une copie de ces actes, conservée à Bordeaux, on lit ces mots : « Convenu que le comte de Foix fera » hommage au roi d’Angleterre, ce que le seigneur »de Béarn doit faire pour le Béarn et les autres » lieux, s’ils parviennent «à lui, comme Gaston était » convënu de le faire. » Lorsque l’indépendance du Béarn fut mise en question, le chancelier de l llospital établissait sur cette clause l’asserviSsement du Béarn; le procureur du roi de Navarre prouva que cette clause, avait été intercalée dans la copie, et qu’elle n’existait point dans l’original.

Gaston fut encore mêlé dans quelques affaires étrangères à ses états. Le roi d’Angleterre et le roi use. d’Arragoneurent une entrevue dans la ville d’Oloron. C’est là qu’ils arrêtèrent les articles préliminaires d’Un traitéconclu pour la liberté du prince de Salerne. L’année suivante, ces deux souverains signèrent à Campfranc le traité définitif. Le roi d’Arragon exigea que Gaston en fut garant; il obligea ses terres d’Arragon et de Catalogne, excepté celle de Castel-Vieil. Edouard , pour prix de ce service, rendit à Gaston le château de Cudillon , u8-.

que les Anglais retenaient; il lui donna de plus le château de Lados, en Gascogne.

Quelque temps après il se ligua contre le rof de Castille, avec le roi d’Arragoû et dom Lopez, seigneur de Biscaye. Cette campagne fut signalée par une bataille ; mais le roi d’Arragon fu| obligé de passer en Sicile pour s’opposer aux Français. Gaston revint en Béarn , et fut atteint d’une maladie grave à Sauveterre. C’est là qu’il fit son tes- «ago. tament. Il est essentiel de le connaître.

Gaston choisit le lieu de sa sépulture dans l’église des frères prédicateurs d’Orthez ; il leur lègue trois mille sols pour bâtir un autel dédié à saint \ Jean, et fonder une messe quotidienne; il laisse

eent cinquante sols , à titre d’aumône perpétuelle, pour l’entretien d’un prêtre , trente sols pour un anniversaire, et dix sols pour une lampe : le tout est assigné sur les péages et landes d’Orthez. 11 lègue aux cordeliers de Morlaas son cœur et quelques sommes assignées sur les cens et cirminages de Lambège, au Vic-Vieüx. Il lègue aux jacobins de Morlaas les fonds d’un anniversaire , assignés sur les revenus d’Asson ; aux cathédrales de Lescar et d’Oloron les fonds d’une chapelle, assignés sur les rentes d’Oloron et le péage de Sauveterre; à l’abbaye de Luc cinquante sols sur les revenus de Castelbon de Riparia ,* à l’abbaye de Saubelade, trente sols sur les revenus de Larbaig.

Il avait promis d’aller à la croisade; il ordonne, pour acquitter ce vœu , que cinq gens-d 'armes.

nés en Béarn , aillent servir un an dans la Terre- Sainte : il leur assigne trois raille sols à chacun.

Il laisse quinze mille sols à ses serviteurs , et quinze raille sols pour des œuvres pies, qû’if règle lui-méme; telles sont, entre autres, les donations pour marrer des filles et des veuves , mille sols aux villes d’Orlhez et de Sauveterre pour cet objet, et cinq cents sols à chacun des lieux strivans : Morlaas , Moneins , Oloron , Navarrens , la Rivière et Rivere-Gave. *

H lègue cent sols aux ladres de Béarn , cent sols à l’hôpital de la Trinité d’Orthcz , vingt sols aux soeurs de Saint-Sigismond d’Orthez, etc. etc.

Tous les legs forment un capital de quarantesept mille sols. Il en assigne dix mille sur le Gabardan , quinze mille sur Sauveterre , Salies , Riparia et la terre d’Àgareux ; douze mille sur Or thez, Rivere-Gave, Belloc et Larbaig; dix mille sur les terres de Catalogne.

Il laisse le Béarn à Constance , et lui substitue

Marguerite ; laisse à Marguerite le Monrtançr ; à Mathe le Brulhois , le Gabardan et l’Eauzan , et à Guillelme toutes ses possessions dans l’Arragon et la Catalogne. Il Substitue les quatre sœurs entre elles , et leur substitue enfin dom Lopez de Haro . seigneur de Biscaye , petit-fils de sa sœur — Les biens de Majorque seront vendus pour payer ses dettes ; les dettes hypothéquées sur ses terres se-

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Yont acquittées par les héritiers possesseurs de» terres affectées au paiement.

Il lègue à Arnaud de Denguin la jouissance des châteaux d’Asson, d’Igon , avec leurs dépendances ; à Assin de Navailles, mille sols de pension annuelle sur les revenus de Sauveterre.au seigneur de Domy une pension de cinq cents sols sur les revenus de.Montanaris.

Ceux qui formeront quelque plainte contre le testateur seront satisfaits par les* exécuteurs testamentaires, à la connaissance de la cour de Béarn. Les châteaux et villes d’Orthez, Sauveterre, Pau, Salies, Larhaig , Rivere-Gave et Agareux , demeureront au pouvoir des exécuteurs testamentaires jusqu’à l’entière exécution du testament. Ces exécuteurs testamentaires sont Constance , les deux évêques de Béarn , l’ahbé de Luc , Assin de Navailles , Domy, Jasses , Denguin, Loup Bergund de Bordeaux, et les prieurs des couvens d’Orthez,* d Oloron et Morlaas. Navailles sera chargé de garder le Gabardan ; Denguin régira le château et la ville de Pau, Morlaas, Ossau et le Vicbielh. Jasses aura dans son département Oloron, Aspe, Barre-, tons , Navarrens et la Rivière , Castelbon et Gar- , rens , Moneins , Pardies et Lagor. Bergund aura , dans le sien Orlhez, Larbaig et RivercrGave. Ces: cinq commissaires retiendront ces places jusqu’au paiement entier des dettes, et rendront . leur*.

comptes à Constance , aux deux évêques et aux trois prieurs. ‘ ’ *

Tous les barons, chevaliers et sujets sont priés «le donner leurs secours aux exécuteurs testament taires. Le roi d’Angleterre est prié de tenir la main à l’exécution du testament; et si quelqu'une defcl filles de Gaston s’y refuse, sa portion est attribuée au roi. .v . >

Ce testament fut fait en présence de maître Raymond d’Orthez , notaire de la cour de Béarn ; liai! lard d’Orcyte, notaire de Sauveterre, et Brun de Bantayon , notaire de Morlaas , qui retint letestament.

Gaston mourut le 26 avril 1290 « moult vaillant ho fnm.e aux armes ,’ et fut enseveli en lié-' g lise des frères jrrédicateur s , moult solennellement à Orthcz ; et là verrez comme il fut grand de corps et puissant de membres ; car en son vivant , en beau cèton il se fit former et tailler. » On grava sur sa tombe une longue épitaphe; il y paraît orné de toutes les vertus que la mesure des vers a permis de lui attribuer. On fit élever une chapelle , qui fut consacrée à la sépulture de nos princes ; elle fut enrichie de leurs bienfaits. Aujourd’hui , ce Saint-Denis de nos souverains n’est plus qu’une masure exposée aux injures des passons, et les cendres de Gaston reposent sans honneur.

Gaston se servait d’un sceau sur lequel étaient

empreintes les vaches de Béarn , les tourteaux de Moncade et le château de Castel-Bieil. Les vaches étaient les armes de Béarn. Dans le roman du petit Jéhan de Saintré , publié sous Charles v , on voit , parmi les seigneurs envoyés à la guerre de Prusse , le seigneur de Béarn qui portait d’or à deux vaches de gueule, couronnées d’azur, acçolées et couponnées d’argent, et criait Béarn.

Il semble qu’on pourrait reprocher à Gaston de s’être mêlé trop souvent dans les querelles de ses voisins; on pourrait l’accuser peut-être d’avoir négligé l’administration intérieure de ses états; mais il a laissé des monumens qui doivent faire absoudre sa mémoire ; et peu de princes ont autant perfectionné la législation de leurs peuples.

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