CHAPITRE II
Règne de Gaslon-Phœbus.
Nous sommes enfin parvenus à l’époque la plus brillante de notre histoire. Le règne de Gaston- Phœbus est dans nos annales ce que le siècle de Louis xiv est dans l’histoire de France. Nous avons des détails précieux sur la vie privée de ce prince. Lebon Froissart a pris soin de nous les conserver. Messire Jehan Froissart voulant achever ses chroniques, «s’était retiré devers haut prince et re- » douté maistre Gaston , comte de Foixet de Béarn.
• Bien savait qu’il ne pourrait mieux au monde
• écheoir pour estre informé de toutes nouvelles; » car là sont et se trouvent moult volontiers, tous » chevaliers et écuyers étrangers , pour la haute » noblesse de lui , et tant chevaucha messire Jehan , » qu’enfin il vint àOrlhais (Orthez) le jour de Sainte-
» Catherine , l’an de grâce i588. » L’histoire de Gaston est presque entière dans Froissart. Nous la transcrirons sans changer son style : on croira l’entendre lui-même.
Gaston ix mourut le 7 juin i344- Les états de Gaston *. Béarn donnèrent à son fds un conseil de régence.
Ce jeune prince fut élevé dans les exercices de la chevalerie ; « il s’essayait à saillir tout armé sur son
• coursier, autrefois allait et courait longuement » à pied pour s’accoutumer à avoir longue haleine » et souffrir longuement travail ; puis s’essayait » avec écuyers à jeter la lance et autres exercices » de guerre, et jà ne cessait. » En peu de temps il acquit une grande réputation dans les épreuves de la chevalerie. Il devint également savant dans l’art de la vénerie ; et ce n’est pas le tout, « car il
• était grand clerc en fait de lettres, aimant les
» dons de ménétriers et s’v connaissant et faisant • J *
» lui-même des vers. » On cite de lui des chansons
béarnaises, et l’on connaîtencore son poëmeen vers français sur l’Art de la chasse. A quinze an£ Gaston passa en Espagne, pour y faire ses premières armes et gagner ses éperons en combattant les Maures. Corbeyran de Rabat, bâtard de Foix, lui servait de Mentor à la guerre , et le jeune prince y acquit plus de gloire • que seigneur qui y fût. » Il revint dans ses états avec la réputation d’un preux chevalier et d’un sage capitaine. À son retour il épousa Agnès de Navarre, sœur de Charles-le-Mauvais.
iô6o.
Ce roi, le plus vil et le plus lâche des hommes, fut arrêté prisonnier par ordre du roi Jean. Gaston se rendit à Paris pour solliciter la liberté de son beau-frère ; on l’arrêta lui-même, sous le prétexte de le forcer à rendre hommage pour le Béarn; mais le comte , quoique détenu au Châtelet , répondit avec fermeté qu’il ne devait hommage du Béarn à personne , fors Dieu. Cependant la guerre déclarée par l’Angleterre engagea le roi Jean à rendre la liberté au comte de Foix. Il le chargea de défendre ses possessions contre les Anglais. Se» places furent réparées; il les remplit de fortes garnisons, et les vainqueurs de la France respectèrent les états de Gaston. Le traité de Brétigny rendit la paix à la France; mais il faillit à procurer à Gaston une guerre sérieuse. La Gascogne était cédée à l’Angleterre. Le prince de Galles voulait que Gaston tînt ses états de lui, et le comte de Foix disait «que non ferait, et que le pays de Béarn »est si franche terre, qu’il n’en doit hommage à * nul seigneur du monde. Et le prince disait qu’il » le mettrait à merci. » Cependant Gaston se préparait à une vigoureuse défense; le prince était excité par les sollicitations continuelles du comte d’Armagnac et du sire d’Albret; mais le brave Chandos , l’émule et le compagnon de ce fameux prince noir , changea ses desseins, et lui inspira pour le comte de Foix autant d’estime qu’il avait annoncé de colère.
C’est à cetté époque que les états dé Béarft accordèrent pour la première fois des subsides à leur souverain. « Si fit tailles en son pays et sur «ses villes, et encore y durent, etprend sur chaque » feu par an deux livres , le Fort portant le faible,
» et là il a trouvé grand trésor et grand avoir pat1 »an; et tant volontiers le payent ses gens, que » c’est merveille ; car parmi ce , il n’est Anglais , né » Français , ne pillard, qui leur fasse tort d’un de- »nier; et est toute sa terre ainsi sauvée, et y est » justice aussi-bien gardée, car en justiqjant, c’est » le plus cruel et le plus droiturier seigneur qui » vive. »
La paix rendit à Gaston la liberté de remplir les devoirs d’un preux chevalier. Des paysans révoltés contre leurs seigneurs s’étaient confédérés sous le nom de Jacquets; ils pillaient et dévastaient la France. Le comte de Foix et le captai de Buch , accompagnés de soixante chevaliers , attaquèrent, défirent et* ispersèrent cette multitude indisciplinée.
Cependant le comte d’Àrmagnac et le sire d’Albret étaient entrés en armes dans les terres du comte ; leurs troupes étaient nombreuses. On Comptait parmi les chefs le vicomte de Castelbon , le cousin -germain de Gaston. Gaston leur livra bataille près de Mont-de-Marsan ; il remporta une victoire complète , et fit prisonniers le comte d’Ar-
»5fe;
magnac , le sire d’Albret, le vicomte de Castelbon, et les nobles qui étaient avec eux. 11 les mena à Orthez , « et lui valut cette prise-là dix fois cent «mille livres. » Il paraît qu’il rendit la liberté au comte d’Armagnac sans avoir touché sa rançon; mais il retint huit mois en prison le vicomte de Castelbon, et le rançonna pour quarante mille livres : « car il ne pardonnait point; en son cour- » roux , nul pardon. »
Dès que le comte d’Armagnac eut recouvré sa liberté, il invita le prince et la princesse de Galles à visiter ses états; ces jeunes souverains vinrent à Tarbes ; Gaston était alors à Pau, occupé de faire bâtir « un moult bel chastel tenant à la ville, au- » dehors sur la rivière du Gave. # Là , il apprend l’arrivée du prince, de Galles à Tarbes, et sur-lechamp il se rend dans cette ville avec six cents chevaux et soixante chevaliers. «De la venue du » comte de Foix furent le prince et la princesse «fort réjouis, et lui firent $rès-bonne chère, et « bien le valait. » Là étaient le sire d’Albret et le comte d’Armagnac , qui devait encore à Gaston 260,000 livres pour sa rançon , « et. fut le prince » de Galles requis par lui de prier à Gaston qu’il «voulut quitter tout ou partie au comte d’Arma- » gnac. Le prince, qui fut sage et vaillant, répondit «que non ferait : car pourquoi? Comte d’Arma- » gnac , vous fûtes pris par armes et par belle jour»
» niée de bataille ; par fait semblable , monseigneur
• mon père et moi n’aurions voulu remettre en
• arrière notre bonne fortune de Poitiers.
• Quand le comte d’ Armagnac ouït ce, il fut
• tout ébahi, cependant ne cessa, mais en pria la » princesse , laquelle de bon cœur requit au comte » de Foix qu’il lui voulût donner un don. Madame,
• lui dit le comte, je suis un petit homme et un
• petit bachelier, si ne puis faire grands dons;
» mais le don que vous demandez, s’il ne vaut plus
• de soixante mille livres, je vous le donne.» La princesse insista sur un don plus étendu ; mais le comte, qui devinait l’objet de sa demande, tenait ferme : • Madame, à un pauvre chevalier que je » suis , qui édifie villes et châteaux , le don que je » vous accorde doit bien suffire. » Ainsi , à la prière de la princesse , Gaston quitta soixante mille livres au comte d’Armagnac.
Le prince de Galles donna le commandement de Lourdes à messire Arnaud de Béarn , né d’un bâtard et cousin de Gaston. C’était un brave che- • valier , qui avait bien servi le prince. La garnison , commandée par des Béarnais, se rendit redoutable, et mettait à contribution les pays "voisins ; les terres du comte de Foix étaient seules respectées , « et là n’osaient prendre une poule sans payer, » ne sur homme qui fût au comte de Foix , ne qui
• eût son sauf- conduit; car s’ils l’eussent cour-
• roucé , ils n’eussent point duré. »
La guerre de Castille , ou pour mieux dire , la querelle de Henri de Translamare et de Pierrele-Cruel attira en Espagne une foule de chevaliers anglais et français qui cherchaient la gloire, les uns sous le prince de Galles , et les autres sous le brave Duguesclin. Plusieurs de ces guerriers passèrent dans le Béarn , • et donna le comte de Foix , èn pur don de sa bonne volonté , car n’y était pas tenu s’il ne voulait, aux chevaliers et écuyers qui passaient par Orthais, et qui l’allaient voir en son hôlel et conter des nouvelles, grands et beaux dons ; à l’un 200 , à l’autre 5o , à l’autre 3o florins, selon qu’ils étaient ; et coûta ce premier passage , selon ce que depuis le trésorier dit à Orthais , la somme de mille livres , sans les chevaux et les haquenées que le comte donna. »
>367* Le duc de Bourbon revenant de cette guerre fut reçu parle comte de Foix. « Et a donc vinrent, de par le comte de Foix, trois chevaliers lesquels se nommaient messire Espaing de Lion , messire Pierre Campestan et messire Manault de Navailles; et vinrent devant le duc de Bourbon et lui dirent ainsi : monseigneur, voici un présent*tjue monseigneur le comte de Foix vous présente à votre retour d’Espagne; car il sait bien que vous avez eu plusieurs frais; si vous donne, à bonne entrée en son pays de Béarn, huit mille francs, ce mulet, ces deux coursiers et ces deux palefrois. Si, répondit le duc, beaux seigneurs, grand
merci au comte de Foix; mais qùant aux florins, nous répondons que nuis n’en prendrons ; mais le demourant nous recevrons de bonne volonté.
« Ainsi furent les florins refusés , et les chevaux et le mulet retenus. Aussitôt après vint le comte de Foix à côté du duc, et l’emmena dessous son pennon à Ortais , et le logea en son hôtel, et tous ses gens furent logés en la ville. Si fut le duc trois jours à Ortais , et y eut de beau* disners, et de grands soupers, et monslra le comte de Foix , au duc de Bourbon , une partie de son état, lequel 'fait, à seigneur comme lui, moult à recommander. Au quatrième jour, le duc prit congé du comte, et le comte fit et donna aux chevaliers et écuyers du duc, de beaux dons; et me fut dit que la venue du duc de Bourbon coûta dix mille francs au comte de Foix. » L’année suivante vit éclater la révolte de la Guyenne contre le prince de Galles , qui l’épuisait par des impôts excessifs. Suivant Froissart , les Anglais étaient durs et n’estimaient qu’eux. Les Gascons étaient inconstans. Il y avait plus d’avantage pour eux à faire la guerre à la France « lors ils avaient où piller. * Mais le despotisme de l’Anglais leur fit oublier cet intérêt personnel , et ils s’allièrent à la France pour chasser leur maître. Le sire d’Albret, devenu Français par son mariage avec Isabelle de Bourbon, le comte d’Arrtiagnac, le comte de Commingcs, le comte de
xbji.
Périgord et le comte de Carnting, joignirent leurs armes à celles du roi Charles v, et le succès couronna leurs efforts.
Gaston ne prit aucune part aux querelles de ses voisins, et laissa combattre l’Angleterre et la France, tandis qu’il maintenait la paix dans ses états. Il était le prince que ces deux puissances voulaient le moins avoir pour ennemi. D’un autre côté, il ne craignait rien ni de l’Arragon, ni de la Navarre ; lui seul aurait trouvé plus de soldats que les deux souverains réunis de ces deux royaumes. *
Cependant , il eut un instant d’alarme , lorsque le duc d’Anjou vint, avec l’armée de France, former le siège de Lourdes. Ignorant les projets des Français, il mit son pays sur la défensive, il plaça deux cents lances à Morlaas , sous Arnaud Guillaume de Béarn, son frère naturel; deux cents lances à Pau, sous Pierre de Béarn, autre frère naturel; deux cents lances à Lestelles, sous Pierre de Cabestang ; cent lances à Hertilles , sous Manault de Navailles ; cent lances à Mont-Gerbiel» sous Cruel Giberet; cent lances à Sauveterre» sous Foucault d’Orteri; deux cents lances au Montde-Marsan, sous Espaingde Lion;» et n’y eut châtel , en tout Béarn , qui ne fut bien pourvu d’hommes d’armes ; et il se tint à Ortais en son châtel et deiez ses florins. »
Le duc d’Anjou leva le siège de Lourdes, que
Pierre Arnaud de Béarn défendit avec sa garnison. béarnaise ; pour réparer ce mauvais succès, le duc se proposa de conclure, avec Gaston, un traité secret; Pierre de Bueil fut envoyé à Or liiez pour le négocier; cet ambassadeur fut reçu magnifiquement, comblé de présens et renvoyé avec quatre coursiers et deux allans d’Espagne destinés au duc d’Anjou. Ensuite Gaston manda Pierre Arnaud de Béarn, commandant à Lourdes; celui-ci fit jurer à Jean , son frère , de conserver le château de Lourdes au roi d’Angleterre. * A donc partit et descendit à Ortais , en l’hôtel de la Lune. » Le comte l’invite à dîner; après dîner if dit : t La dév fense de Lourdes , gardée par des Béarnais , m’ex- » pose à la colère du duc d’An jou , partant rendez- » moi cette place. » « Comte , lui répond le cheva- » lier, je suis pauvre et de votre sang, Mais ma foi
• est au roi d’Angleterre, et ne puis me rendre
• qu’à lui;» Alors Gaston ne se possédant point, » tire sa dague et frappe le chevalier : « Ah ! dit le » chevalier, vous ne faites pas de gentillesses, vous
• m’avez mandé et m’occiez. Si, commanda le » comte , qu’il fût mit en la fosse. » Il y mourut de ses blessures.
Quelques années après, le duc d’Anjou remplit les conditions secrètes du traité; Roger d’Es pagne et un président du parlement de Paris .. furent qpmmés commissaires pour donner à Gas-» ton l’investiture de la Bigorre ; mais soit que les
lettres-patentes continssent des clauses contraires au droit de Gaston, soit qu’il eût des motifs particuliers de ne pas s’assujétir à un hommage-lige , il n’accepta point cette investiture , et ne retint delà Bigorrequele château de Mercousin : «Pour çe qu’est franche terre , et n’est tenu de nul , fors de Dieu. »
137s. Une trêve fut conclue entre la France et l’Angleterre; le comte d’Armagnac mit à profit cet instant de calme. Il entre dans les terres de Gaston et s’empare de Cazerel; Gaston l’apprend; il appelle ses deux frères bâtards , Arnaud Guillaume et Pierre de Béarn , et leur dit : « Chevau- * chez à Cazeres. * Il les suivit de près. On forma , par ses ordres , autour de la ville , une enceinte de bois ; la ville ainsi bloquée , se rendit par famine , le e«mte obligea les assiégés à défaire uu pan de muraille, et les fit défiler sans armes par cette ouverture. « Il emmena avec lui , à Ortais le comte d’Armagnac et trois de ses chevaliers, et en eut deux fois cent mille francs. »
,377. Quelques années après cet événement, le comte d’Armagnac appela Gaston en duel. On assigna Monrejau pour champ de bataille; mais le comte d’Armagnac ne se rendit poiDt à l’appel, il se renferma dans la ville de Toulouse. Gaston le poursuivit et le défia sous les murs de cette ville; il brûla même l’un des faubourgs et dispersa quelques troupes qui s’opposaient à son passage. II
était temps de mettre un terme à cette haine in-* vétérée qui divisait les deux familles. Le comte d 'Armagnac avait une fille que sa beauté avait fait nommer la gage Armagnaise; le comte de Foix n’avait qu’un fils, et ce fils était tout semblable à son père. «Il avait nom Gaston, et il était le cœur du père et du pays. » On convint de marier le jeune Gaston avec la gttye Armagnoise. Les fiançailles furent célébrées, et la paix fut jurée entre les deux comtes.
Avant de célébrer son mariage , le jeune prince désira de voir sa mère; séparée de son mari, qu’elle avait rendu malheureux, elle vivait depuis long-temps à la cour du roi de Navarre , son frère. Ce roi, connu sous le nom de Charles-le-JVIauvais, était un monstre souillé de crimes. Son premier coup d’essai avait été d'assassiner le connétable de France et d’empoisonner le dauphin. Il s’était joué des engagemens qu’il avait contractés envers son beau-frère ; caution du sire d’Albret , prisonnier de Gaston, il n’avait jamais acquitté sa rançon , et le douaire de sa sœur était encore entre ses mains. Ainsi tout était odieux au comte de Foix dans la cour de Navarre. Cependant il ne s’opposa point au voyage de son fils. Charles lui fit l’accueil le plus tendre; il le retint dix jours, et le renvoya comblé de présens. Parmi ces présens était un sachet rempli d’une espèce de poudre. Cette poudre, lui dit le roi, jetée adroitement
sur les mets qu’on sert à votre père, lui rendra son amour pour votre mère. Le jeune prince le crut, il tenta cette funeste expérience; on le découvrit cette poudre était un poison Hé-
' las! le malheureux n’était que crédule, et parut criminel. Son père le fait renfermer dans la tour du château ; il assemble les états et demande vengeance. Cette vengeance devait être la mort de son fils; les états répondent à ce père irrité: Nous ne voulons pas que votre héritier soit mis à mort. On le conjure, on le presse; il promet de laisser la vie à son fils. Mais ce jeune prince refusait de prendre aucune espèce de nourriture; seul dans sa prison , il restait couché comme s’il ne voulait plus voir la lumière, il voulait mourir. Sou père vint le prier de vivre. Le comte tenait un couteau dans sa main, et soit qu’il eût touché son fils patxjiégardc , soit que ce jeune homme se fût précipité lui-même au-devant du coup, il fut blessé. Sa mort suivit de près cette fatale entrevue. Son corps fut porté dans l’église des Frères Mineurs; « et le père se vêlit de noir et prit le deuil avec toute sa cour, et le pleura long-temps , et ne le pleura pas moins tout le pays.» Dix ans après un chevalier refusait à Froissart de lui raconter cette mort , « tant la matière était piteuse. »
» Le comte de Foix n’eut pas d’autre enfant de femme épousée; mais il eut deux sieurs bâtards, messires Yvain et Gratien , et les aima comme soi-
même. » Le vicomte de Castelbon était l’hoir légitime de la terre de Béarn; mais Gaston ne l’aimait point, et aurait voulu nommer ses bâtards pour successeurs.
«En ce temps-là il y eut une guerre entre le roi de Portugal et celui de Castille. Ce dernier envoya lettres en France, et par spécial au pays de Béaru et en la comté de Fois , car il y avait grand foison de bons chevaliers qui désiraient les armes, et qui ne savaient, où les employer; attendu la trêve avec le comte d’ Armagnac. » Trois cents chevaliers se rassemblèrent à Orthez; le ..comte Fois, chercha, mais en vain, à les retenir, et leur prédit une lin triste. Cette prédiction se vérifia dans les champs d’Alvibarata , à la bataille de Saint-Georges; abandonnés par les Espagnols’, ils restèrent sur le champ de bataille, après des prodiges de valeur. Ainsi périt l’élite de la noblesse béarnaise.
Le roi Charles de France, « ce roi qui jamais ne revêtit armure , ni autre habillement de guerre, et quinéanmoins reconquit son royaume. » Charles vt dit lç Sage, mourut, et sa mort laissa letat sans chef et ses provinces sans secours. Le Languedoc , dévasté par des brigands, se mit sous la protection de Gaston. « Ils le connaissaient juste homme, droituricr et fort justicier, moult redouté, dp ses ennemis et fortuné en scs besognes; cçux de Toulouse l’aimèrent grandement, parce qu’il leur éfait
"moult propice ët bon voisin. » Le comte purgea le pays des brigands qui l’infestaient , et repoussa mêiiié des troupes envoyées par le due de Berry, l’un des régens delà France; mais lorsque le prince »38a. 'vint lui-même , le comte lui remit le gouvernement dé Languedoc, èt se retira dans ses états. 'Le duc de Berry conserva néanmoins un long ressentiment de l’outrage fait â ses troupes ; il aurait peut-être entrepris de se vénger, s’il n’avait eu besoin de recourir lui-même à Gaston.
' Aliénor de Comminge , mariée au comte de Boulogne et proche parente du comte de Foix, •s’était retirée auprès dé ce dernier et lui 'confié sa fille unique. Elle avait dit au comte: M’abandonne mon mari, chevalier faible et sans tïrfens, èt je vous remets ma fille. Le comte dè Fôîx éleva la jeune fille du comte de Boulogne dans son hôtel à Orthez, et la traita comme sa propre fille. Le duc de Berry songeait à l’épouser, de là vint son amitié pour le comte.
Gaston ne s’occupa plus , depuis cette époque , qu’à régler l’administration de ses états. Il nous h laissé un réglement sur la vente judiêiaire des biens possédés par un débiteur insolvable ; c’est le fondement des décrëts que nous pratiquons encore ; le préambule peint l’esprit du temps : « Au nom de Dieu , on ne doit pas trouver étrange » que , suivant le changement des temps , les sta- » tuts changent , lorsqu’il y parait utilité et néces-
( rç* )
«site; car Dieu qüi est toute Sagesse , a changé «dans le Nouveau-Testament pour le salut du » peuple fidèle , cértaides choses, qu’il avait éta- » blies dans l’Ancien-Testament. Des usages suivis «par les habitans des HeUx,' sous le for de Mor- » laas , ont occasionné divers et grands dommages; ■ pour les prévenir, les jurats de Morlaas, tant «du temps de notre cher père et Seigneur, que » du nôtre , nous Gaston , par la gréée de Dieus -«comte de Foix, vicomte de Béarn ; Marsan et » Gabardan , ont délibéré avec plusieurs habitans -« des lieux situés sous le for de Morlaas , et ont «résolu d’empécher la destruction des maisons » et la dévastation des héritages engagés pour det- « tes ; dans cet objet , par notre conseil , autorisa- » tion et consentement , ils ont établi pour eux et » pour ceux qui voudront à l’avenir se soumetyre » au for de Morlaas , les articles suivans , comme «mieux réformés et plus conformes à l’équité : » Ie. Dans aucune maisqn , quelle que soit l’hypo- «thèque^et la créance, le toit ne sera enlevé; on se -» contentera de saisir en la forme accoutumée ; c’est- » à-dire, les portes en quelque nombre et d£ quelque «grandeur quelles soient, seront ôtées l’une après « l’autre, enlevées de la maison et livrées au créan- > cier. Le débiteur ne pourra refaire, dans sta maison, « ni portes ni fermeture ; une amende de dix sols «sera la peine de chaque contravention; a°.Tous «les meublés du débiteur, excepté ses vêtemens
» et son lit, seront vendus par le bayle et un jurât «de la ville; le produit servira à payer les créan- » ciers. Le bayle ne prendra d’autres émolumen» «que le salaire des criées; 3*. Si les débiteurs
* n’ont ni meubles, ni deniers dont on puisse ac~ «quitter leurs dettes, s’ils ont des vignes , ver- «gers, prés et autres terres , s’ils ont des moulins, » fiefs , cens et rentes , il en sera vendu par le bayle «et les jurats une partie suffisante pour payer les
* créanciers; neanmoins les débiteurs auront , de- » puis les criées faites, un an et un jour pour ra- » cheter les biens vendus , en remboursant le «créancier qui les aurait acquis; mais si tout au- «tre qu’un créancier était l’acquéreur, le rachat «n’aura lieu, sauf le retrait que le parent aura » droit d’exercer dans l’an et jour; 4°* Si les biens, « Meubles et terres du débiteur ne suffisaient point «au paiement des créanciers y et que les biens des «cautions dussent être vendus, le bayle et les ju- » rats vendront alors ia uiaison du principal de- «biteurpour garantir lâüiautiuns et non en autre «cas; 5".. Si depuis les criées, les débiteurs con- » tractent de nouvelles dettes , les créanciers an-
* térieurs seront payés avant tout en entier, sans que «ces dettes nouvelles puissent diminuer les an- » ciennes ou retarder leur paiement. »
« Messire Jehan Froissart , le chroniqueur, chevaucha vers le Béarn, l’an de grâce 1088. Il s’accosta à Paumiers (Pamiers) de messire Espaing
du Lion, chevalier du comte de Foi*, vaillant, sage et beau chevalier; en dévisant, ils arrivèrent à Morlens (Morlaas); le lendemain ils furent dîner à Mont-Gibèl , burent un coup à Ercie et vinrent à Ortais, au soleil couchant. Le chevalier descendit en son hôtel; messire Jehan descendit à l’hôtel de la Lune , chez un écuyer du comte, nommé Ernauton du Pin. Le comte de Foix envoya chercher Froissart, le relint/iu château pendant douze semaines et le défraya de sa dépense. Il lui parlait, non pas en son gascon, mais en français bon et beau. •
■ Le comte avait cinquante-neuf ans, beau, belle forme, belle taille, air riant, le regard verd et amoureux, sage chevalier était et de haute entreprise et de bon conseil. Il fut prudhomme en l’art de régner. Il était connaissable et accointable à tous les gens, etdoucementetamoureuscmentparlaitàeux. 11 était brief en ses conseils et ses réponses; il avait quatre secrétaires pour écrire et récrire. Oncques n’aima fol outrage ne folle largesse , et voulait savoir tous les mois ce que le sien devenait ; il avait douze receveurs qui servaient tour à tour de deux en deux , et leur service était de deux mois ; il avait un contrôleur, à celui-ci les autres rendaient leur compte , et celui-ci comptait à Gaston par rôles et livres écrits, et ses comptes laissait par devers lui. Il avait grand foison de florins et en . avait bien par trente fois cent mille ; n’était an
qu’il n’en donnât soixante mille aux étrangers chevaliers, écuyers, héraults et ménestriers. »
« Tous les jours disait son pseautier, tous les jours faisait donner cinq florins d’aumônes à sa pftrlc, en petite monnaie. Il aimait lés chiens et la châsse; il se découchait à haute none, dînait au soleil couchant et soupait à minuit; quand de sa chambre, à minuit, venait pour souper dans la sallfl| devant lui avait douze torches allumées, et icelles douze torches étaient tenues devant sa table. J.a sallè était remplie de chevaliers et écuyers, et toujours étaient dressées tables 'à foison où soupait qui voulait. Nul ne parlait à lui , à sa table , s’il ne l’appelait. Il mangeait par coutume foison volailles et par spécial les ailes et les euissestant seulement, et le lendemain petit mangeait: et buvait. Il prenait grand ébattemént en son des ménestriers et s’y connaissait II faisait chanter rondeaux à ses clercs, et seyait: deux heures à table. »
■ • * 4Jn jour de Noël, le comte de Foix tenait à ©riais 6a cour plenière; le comte avait dîné en sa salle, et avec lui moult chevaliers. Après dîner il- partit de la salle et s’en vint sur une galerie où il y a à monter par une large allée de vingt •‘quatre degrés , et cette galerie a une che- ‘ minée, où l’on fait, par usage, du feu quand le comte y séjourne, et non autrement; il y fait un jpetit feu , car il- ne voit pas volontiers, grand feu.
Si est-il en lieu d'avoir planté des bûches , car ce sont tout bois en Béarn, et y a bien de quoi œ chauffer quand il veut , mais le petit feu lui est de coutume. Quand il fut venu en la galerie , il regarde le feu et dit aux chevaliers : veez-ci, petit feu selon le froid. Ernauton d’Espagne avait vu dans la cour des ânes chargés de bois; il descenddarfs la cour, prend sur ses épaules un des ânes,, le porte dans la salle et le place dans la cheminée. Le comte eut grand joye , et ceux qui étaient là. * Le comte de Foix célébrait avec pompe la nuit de saint Nicolas ; tout le clergé et tous les habitons d’Orthez allaient chercher le comte au château, et le conduisaient en procession et à pied, jusqu’à l’église de Saint-Nicolas, et là on chantait le psaume : Benedictus Dominas qui do cet mamis meas et digitos meos ad beilum. Froiasard y vit officier l’évèque de Pamiers, et iè : n il entendit mélodieusement sonner et jouer de l’orgue. » Au repas du comte furent invités, ce jouvlà, les évêques de Pamiers et de Lescar, tous deux partisans du pape Urbain, les évêques d’Aire et d’Oloron, tous deux partisans de l’anti-pape. Clément, les vicomtes de Roqucbertin , B r uniques et Gousserant, Guillaume Villesbi, chevalier anglais; messire de Navailles, Devaux, Deboi» Verdun, et messire Espaing du Lion.
« Brièvement tout considéré , dit Froissprt, avant que je vinsse en cette cour, j’avais été en
moult cours de rois, de ducs, de princes, de comtes et de hautes dames; mais je ue fus oncques en nulle qui mieux me plut , ni ne vis aucuns qui fussent sur le fait d’armes réjouis plus que celui où le comte de Foix était. On voyait en la salle, en sa chambre, en la cour, chevaliers et écuyers d’honneur aller et marcher, et les oyait on parler d’armes et d’amour; tout honneur était là-dpd*ans trouvé, toute nouvelle de quelque pays et de quelque royaume que ce fût , là-dedans on y apprenait; car de tout pays , pour la vaillance du seigneur, elles y venaient. »
.1389. Charles vi , roi de France , visitant son royaume , s’avança jusqu’à Toulouse, dans le dessein de conclure un traité avec le comte de Foix. Les ducs de Berry et de Bourgogne , mécontens de voir le roi, leur neveu , aller sans eux en Languedoc, disaient : « Il va pour traiter avec le comte de Foix , » qui est le plus orgueilleux comte qui vive aujour- » d’hui ; oncques n’aima, ne prisa voisin qu’il ent,
» ne roi de France, d’Angleterre, d’Espagne, d’Ar- » ragon, ne de Navarre.»
Quand le roi eut séjourné trois jours à Tomlouse, il fut arrêté qu’il manderait le comte de Foix , qui était à Mazères au pays de Foix , où il attendait les ordres du roi. «Si furent ordonnés pour l’aller quérir, Loys de Sancerre, maréchal de France , et le sire de la Rivière. Le comte de Fois, les accueillit doucement et liément pour
1 amour du roi , et aussi les connaissait assez , car autrefois les avait-il vus. Messire Loys de Sancerre porta la parole et dit : «Monseigneur de Foix,*
» notre cher sire le roi de France vous mande par- » nous, que le veuillez venir voir à Toulouse, ou » bien il se travaillera tant qu’il viendra vous voir
• en votre pays, et moult vous désire voir.» Le
• comte de Foix répondit et dit : « Messire Loys, je
• ne veuille qqe le roi ait ce travail pour moi , mieux » appartient que je l’aye pour lui. Si lui direz ainsi*
• de par moi, s’il vous plaît, que serai à Tou-
• louse dedans quatre jours. C’est bien dit , di- ' » rent les chevaliers , et lui dirons ces nouvelles de »par vous. Voire, dit-il hardiment, mais vous
» demeurerez meshui emprès moi , et demain vous » mettrez au retour! » Les chevaliers obéirent et demeurèrent; et moult y étoit à plaisance, et devisa à eux de plusieurs choses ; car il était sage et bien entendu et de beau parlement, et trop bien savait attraire à un homme, quel qu’il fût, selon son état , tout ce qu’il avait dedans le cœur, i Ils se retirent à Toulouse. Le roi leur demande en les voyant : «Or que dit ce comte de Foix ? voudra-t-il
• venir? Oui, sire, répondit la Rivière, il a grande » affection de vous voir. Or bien , dit le roi, nous »le verrons bien volontiers. * « Le comte de Foix envoya devait à Toulouse faire ses pourviances grandes et grosses, ainsi comme à lui appartenait et avait mandé chevaliers et écuyers de Béarn,
plus de deux cents pour l’accompagner et servir. Au jour qu’il avait assigné, il entre dans la cité de Toulouse, accompagné de plus de six cents chevaux, de chevaliers et d’écuyers, tous à sa délivrance, et étaient de lès lui messire Roger d Espagne , le sire de Coaraze , le sire de V alentin , le sire de Luer , le sire de Barruge, messire Espaing de Lyon , le sire de Roguepaire, le sire de Lane, le sire deBezach, le sire de Perle, messire Pierre deCabestaing, messire Manault de Navailles , messire Richard dç fa Mecte, et messires Arnaud et Pierre de Béarn , frères bâtards du comte , et ses deux fils bâtards qu’il aimait grandement , messires Yvain et Gratien de Foix, et avait intention le comte de Foix d’hériter ses deux fils de la graigneur partie de la terre de Béarn , de laquelle il pouvait bien faire à sa volonté , car il la tenait lige et franche sans la relever de nul homme , fors de Dieu. Si descendit fe comte aux prédicateurs. Les bourgeois de Toulouse lui firent grande fête, et moult l’aiftiaient ; car toujours il leur avait été bon voisin et courtois et traitable ; n’oneques ne souffrit que nul de sa terre leur fît guerre ne violence; et lui firent grands présens de bon vin , et plusieurs autres choses tant que bien se contenta. Au lendemain , à dix heures , il monta à cheval , et montèrent de ces gens ceux qui ordonnés étaient pour aller avec lui devers le roi; et furent plus de deux cents chevaliers tous hommes d’honneur.
et s’en .vint en cet état, tout au long parmi les rues jusqu’au chaslel de Toulouse , où le roi était logé , et descendit en la cour dedans la première place du chqstel. Le roi de France était issu de sa chatnbre et venu en sa salle , et là attendait le comte. Le comte qui était un beau prince, et de très-belle forme et de belle taille, à nu chef, ses cheveux épars ( car oncques ne portait chaperon ) , entra dans la salle , et lorsqu’il vit le roi et les seigneurs de France, pour honorer le roi qt non autrui , il s’agenouilla tout bas d’un genou , et puis se leva , et passa avant , et à la seconde fois, il s’agenouilla moult près du roi; le roi le prit par la main , l’embrassa et leva sus , et lui dit : « Comte de Foix, beau cousin, vous nous êtes le » bien-venu; votre vue et venue nous réjouit moult
* grandement. Monseigneur, reprit le comte de
* Foix, grand merci quand tout vous en plaità dire.»
* Là eurent parlement ensemble, lesquelles paroles ne pus pas toutes ouïr ne savoir ; et puis fut heure de dîner; on donna l’eau, on lava, puis on s’assit. A. cette table fut l’archevêque de Toulouse au premier chef, puis le roi, puis son oncle le duc de Bourbon, puis le comte de Foix, et puis messire Jehan de Bourbon , comte de la Marche et de Vendôme ; à cette table n’y en eut phis. A la seconde table fit-on seoir messire Jehan de. la Breth. comte d’IIarcourt; messire Philippe de Bar et quatre des phevaliers du comte de Foix. À l’aiife
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table s’assirent le maréchal de Sancerre , messire Roger d’Espagne , et huit chevaliers du comte de Foix. Si fut ce dîner moult grand et bien étoffé de toutes choses; et quand on eut dîné, on leva les tables, et, après grâces rendues, on prit grands ébattemens; et furent le roi et les seigneurs en chambre de parement , sur leurs pieds , près de deux heures, en ayant ménestriers, car le comte de Foix s’y plaisait grandement. » « Le comte de Foix donna un jour à dîner à monseigneur le duc de Touraine, à monseigneur le duc de Bourbon, au comte de la Marche , et à tous les seigneurs de France, et fût ce dîner outre mesure grand et bel , et se seyaient à sa table plus île deux cents chevaliers , et servaient les chevaliers au comte de Foix; et sur le point que les tables furent levées,* le roi de France, qui avait dîné au chastel de Toulouse avec messire Charles de la Breth et Philippe de Bar, ses cousins germains , ne se put tenir qu’il ne vînt à l’hôtel du comte de Foix, et vint lui douzième tant seulement. Le comte de la venue du roi fut grandement réjoui , et aussi fut toute la compagnie. Si y eût grands ébattemens , et s’éprouvaient les Gascons avec les Français à la lutte l’un contre l’autre, ou à jeter la pierre , oü à traire le dard au plus loin et au plus haut , et là furent jusques à la nuit. Le comte de Foix donna ce jour aux chevaliers et écuyers du roi et des princes du sang plus de soixante que coursiers, que palefrois v
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que mulets, tous amblans sellés et apprêtés de tous points. Si donna aux ménétriers du roi et des princes deux cents couronnes d’or, et aux hérauts deux cents couronnes d’or; aussi tous se louaient de ses largesses. Au quatrième jour après vint le comtedeFoixau palais du roi, accompagné des barons et chevaliers de Béarn et de Foix, pour voir le roi et faire ce qu’il appartenait et dont il était requis; c’est à entendre l’hommage de la comté de Foix et de ses dépendances, réservée la terre de Béarn. Si vous dy qu’il y avait eu audevant grands traités entre le roi et le comte de Foix ; mais les traités furent moult secrets; on disait ainsi que le comte de Foix requérait au roi que son fils Yvain fût après sa mort héritier du comté de Foix, moyennant cent mille francs donnés au roi , et que messire Gratien eût la cité d’Aire et de Mont-de-Marsan; et les terres acquises en Béarn devaient retourner à l’héritier vicomte de Gastelbon. Ces assignations étaient en débat et différends entre le comte et les barons et chevaliers de son pays , et disaient ainsi plusieurs que ce ne pouvait bonnement faire sans tout le général conseil de Béarn et de Foix. Le roi reçut l’hommage , et dit: «S’il advient de notre temps que la terre » de Foix vacque par le décès de notre cousin , nous »en déterminerons de manière à contenter Yvain »et tous les hommes de Foix. » A ce voyage le roi donna deux fleurs-de-lys à son cousin le sire d’Al-
bret , et depuis lors , ses armes Sont écartelées dé France et d’Àlbret. Le comte de Foix se retire à Orthez. Il me fut dit, et je le crois assez, que fa venue du roi de France coûta au comte plus de quarante mille francs; et quelque coûtage qu’il y eût , le comte fut large et courtois , et les paya volontiers. »
On a peine à concevoir, comment les revenus du comte suffisaient à ses dépenses. Il a rebâti l’église de Lescar, édifié ou réparé les châteaux d’Orthez , de Pau , de Sauveterre, de Monfener, de Béouste , de Mont-de-Marsan , de Mauvesin, de Mazères, etc. Il ne gréva jamais ses sujets; en mourant , il les laissa dans l’aisance, et un trésor à son héritier : heureux effet de l’ordre qu’il avait établi dans ses finances !
Gratien , l’un de ses fils , fut marié à Isabelle dè la Gerda , née des rois de Castille , et seule héritière du duché de Mœdina Cœli : il se fixa en Espagne, et ses descendans existent encore. Yvain ne quitta pas son père; il était auprès de lui lors-, qu’ayant chassé à l’ours , dans la forêt de l’hôpital d’Orion, le comte de Foix, prêt à se mettre à table, 1399. tomba mort, frappé d’apoplexie, le 12 août 1390. Yvain , désespéré , se livrait à sa douleur. Les amis du père l’engagèrent à se rendre promptement â Orthez, et à se munir du trésor; mais les habitans d’Orthez y mirent une garde, et l’on députa vers le vicomte de Castelbon. A son arrivée on s’occupa
de rendre les derniers devoirs » Gaston. Le 12 octobre 1 090 , le corps de ce prince fut transporté de l’hôpital d’Orion à Orthez , et déposé dans l’église des Dominicains. Huit chevaliers le portèrent sur leurs épaules : c’étaient le vicomte de Bruniquet , le sire de Caupenne, Koger d’Espagne, Raymond de la Molhe , le sire de Besach , Manault de JNavailles , Richard de Saint-Georges. Les évêques d’Aire et de Pamiers marchaient entre Yvain et le vicomte de Castelbon ; deux cents chevaliers suivaient accompagnés du clergé , que l’on avait appelé de six lieues. Enfin , la marche était terminée par quatre chevaliers, qui portaient les trophées d’armes du comte et les armoiries de Foix et de Béarn.
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