CHAPITRE PREMIER
Règne de Catherine. — Elle épouse Jean d’Albret — Jean est excommunie par le pape Jules 11, qui donne la Navarre au premier occupant. — Ce royaume est envahi par Ferdinand , roi d’Arragon. — Le parlement de Toulouse conteste l’indépendance du Béarn.
La mort imprévue de François Phœbus semblait annoncer à la régente que l’on méditait une révolution dans le gouvernement. Elle se hâta de la prévenir, en présentant Catherine ^l’assemblée des états. Catherine, unique sœur deFrançois Phœbus, réunissait sur sa tête l’immense héritage de la maison de Foix et la couronne de Navarre : c’était le plus grand parti de l’Europe. Le roi de Cas-
tille s'empressa de la demander pour son, fils, encore au berceau; mais Louis xt vivait et »q politique jalouse ne permettait pas à ses voit siiis , ni même à ses sujets, de s’agrandir; Magdê" lejne avait pour lui la pl il s aveugle déférçncç; Kllf convoqua les états de Béarn ; Catherine prêta lç serment que la constitution exige; elle fut.rccon7 nue souveraine. Deux jours après cette cérémonie, les états délibérèrent sur le plus important objet qui ait jamais occupé de semblables assemblées.
Nous pensons que leur avis pouvait fixer le destin de l’Europe. Lors même que l’pn ne considérerait point l’importance de cette délibération» elle Prér senterait encore un spectacle intéressant. Peut-être n’existe-t-il dans aucune histoire yp monument semblable. Hâtons-nous de le placer ici tel qu’il nous fut laissé par nos ancêtres
« Les trois états de Béarn, Marsan et Gabapdan ,433. furent mandés à Pau le 16 février 1 483. , par madame* Les états ouvrirent leur assemblée; la régente annonça qu’elle devait présenter une proposition lorsque les députés de Foix, d® Bigorre et; de Nébouzan seraient arrivés. On le? attendit quelques jours. Enfin, l’assemblée étant complète, la proposition fut portée ^conçue en ce? termes : « La reine et souveraine est en,âge d’êtriç mariée ; elle demande que les états lui donnent à ee sujet leur avis et leurs conseils, suivant Dieu et leur copsciepce. » Les membres de l’assemblée pro-
cédèrent à l’examen de cet objet : on fit jurer à chacun de tenir la délibération secrète, et de donner son avis suivant Dieu et sa conscience, et l’on procéda aux opinions dans la forme qui suit : — Le vicaire de Lescar dif : que des quatre partis proposés de France pour la reine, savoir : le uc d’Alençon , le comte d’Angoulême , le fils du seigneur d’Âlbret, et le fils du comte de Boulogne, le plus convenable, à son avis, était le fils du seigneur d’Albret. — Le vicaire d’Oloron donna son assentiment à Albret. — Le seigneur de Navailles dit qu’il ne voulait point Albret , et qu’il voulait le prince de Tarante; toutefois il finit en disant qu’il s’en rapportait à madame. — Le seigneur d’Andoins : non Albret, mais Tarente. — Pour MM. de Lescun et Morlane, le procureur fondé Mazerolles donna sa voix à Albret. — Le seigneur de Garderest à Albret. — Le seigneur de Gay rosse à Albret. — Le seigneur d’Arros dit qu’Albret no convenait pas par certaines raisons : il les exposa par écrit; mais ensuite, dans la même assemblée, , il retira son écrit. — L’archidiacre de Géous * comme vicaire d’Aire, «à Albret. - — Ensuite les gentilshommes opinèrent sans observer de rang entre eux. I.e seigneur de l’abbaye de Monein, à Albret. - — Le seigneur de Salles ne voulut point Albret; il proposa une ambassade pour demander le prince de Castille. — Le seigneur de Loubie veut que l’on cherche A avoir le prince de Tarente, ou,
s’il faut absolument choisir entre les autres, il choisit Albret. — Le seigneur d’Abère dit qu’il fallait envoyer une ambassade au roi de France pour lui représenter qu’il nous fallait pour souverain un homme fait; ou si cet avis ne passe point, et qu’il faille choisir absolument entre les quatre, il se décide pour Albret. — Le seigneur de Jasses ; Albret. — Le seigneur de Sus pense que les fils de la maison doivent être appelés; il nomme en conséquence le prince de Tarente. — 'Le seigneur dé Vignes : Albret. — Le seigneur de Pomps est de l’avis de M. le sénéchal. — Le seigneur de Denguin demande Tarente , et , à son défaut , Albret. — Lé seigneur de Pontas : Albret. — Le seigneur de Serres donne sa voix au prince de Tarente. — Le seigneur d’Abidos à Albret. — Le seigneur du château de Saint-Martin de Sallies s’en rapporte au choix de la reine; des quatre, il préférait Albret. — — Le seigneur de la Salle de Loubieng veut qu’on ait Tarente, ou, à son défaut, Albret. — Le seigneur d’Espos opine comme le précédent. — Lé seigneur de Disse nomme Albret. — Le seigneur de l’abbaye de Puyo : Albret, si l’on ne peut avoir Tarente. — Le seigneur deMouleideest du même avis. — Le seigneur de Doucet de Sarpoureux supplie la reine de choisir Tarente et non aucun des autres. — Le seigneur de Saint-Abit : Albret. — « Le seigneur de Baliros , l’abbé de Pontac et le seigneur de Sansons : Albret , si l’on ne peut avoir
Ta rente. — Le seigneur de Saint-C olomme et lf seigneur de Bescat : Albret. »
Les communautés opinèrent ensuite : elles avaient d’abord supplié la régente de, choisir elle-r même l’époux de la reine , avec le conseil des sei-r gneurs enfans de la maison, et , principalement avec le conseil de monseigneur le cardinal, de monseigneur le captai , des seigneurs ses fils, et du seigneur due de Bretagne et autres « mais après la réponse de Madame, et la délibération des sei-> gneurs de l’Église, barons et gentilshommes, les communautés ont opiné comme s'ensuit : « — Le? bourgs, les parsans du Vicbilh, du iVfontanurès, de Sauveterre et de Pau ; les villes de BeUoe, Maslae et Castilis , opinent suivant Dieu et leur conscience ; et sous le serment par eux expressément prêté dans cet objet, et leur avis n’est point qu’il doive être contracté mariage entre la reine, leur incontes-j table souveraine, et le fils du seigneur d’Albret. — Les montagnes d’Ossau , Aspe , Barretons , el leurs députés pour elles , déclarent que leur trèsgrand désir serait de voir leur, souveraine mariée» avec un seigneur et homme par qui, moyennant Dieu , elle eût des enfans promptement; toutefois,' des quatre seigneurs proposés , le seigneur d’Albret est celui qui convient le plus, et tel est leur avis, suivant Dieu , leur conscience et leur serment. T — Monein , sous le même serment, déclare’ que le seigneur d’Albret convientle mieux. — Lagor et Pap-
die» opinent comme les montagnes. — Sallies : de ses deux, députés, l’un dit comme les bourgs et l’autre comme les montagnes.»
C’est ainsi que la nohlesse et le clergé de Béarn choisirent Jean d’Albret pour époux (Je leur souveraine. La maison d’Albrot possédait des domaines considérables ; ils étaient contigus aux domaine% de la maison de Béarn : les réunir» c’était affermir la puissance de nos princes; et tel fut, sans doute, le motif spécieux qui détermina les partisans d’Albret. La régente , ou plutôt Louis xi, avait également une raison puissante de préférer cette famille. Le duc d’Alençon et lo comte d’Angoulême étaient princes du sang; s’ils étaient devenus rois de Navarre et possesseurs de la Gascogne entière , ils auraient, dans ces temps de faction, alarmé l’autorité royale. Albret était moin9 à craindre parce qu’il était moins puissant* Quelques Béarnais demandaient le prince de Ta-c rente ; c’était , pour parler comme eux , le fils de la maison : il était l’héritier du marquis de Montferrât, et le fils de Marie de Foix; mais l’intérêt du pays avait moins de part à ce choix que l’amour naturel des Béarnais pour le sang de leurs maîtres. La pluralité dans le tiers-état se déclara ' contre k choix des deux premiers corps. 11 est temps de l'avouer, le tiers-état avait raison : il fallait choisir pour gouverner le Béarn un prince déjà formé , éprouvé par le temps et copnu par
l’expérience de son caractère et . de ses vertus. Albret n’était qu’nn enfant moins âgé que Catherine : la minorité des rois est l’inconvénient des couronnes héréditaires; mais qu’un peuple, libre de choisir un maître, appelle au gouvernement un enfant incapable de se gouverner lui-même, c’est une de ces fautes inexcusables en politique que l’intérêt particulier commet , et que le malheur public expie.
A peine ce mariage était-il arrêté, que Louis xf mourut. Jean de Foix, vicomte de Narbonne, saisit cet instant pour manifester ses prétentions à la souveraineté du Béarn ; elle était , suivant lui , dévolue aux mâles par une espèce de loi salique. Ce droit imaginaire fut appuyé par des intrigues ; il parvint par se former un parti dans la haute noblesse. Jean de Béarn , seigneur de Garderest et sénéchal de Béarn ; le comte de Carmaing, baron de Coaraze; le baron d’Andoins et le seigneur de Grammont étaient au nombre des factieux. La régente assembla les états : ils se déclarèrent en sa faveur, et malgré les efforts des rebelles, leur fidélité fut inébranlable. Le conseil de la régente décida qu’il fallait arrêter prisonnier le vicomte de Narbonne. Averti de cette résolution, il n’eut que le temps de s’enfuir. Son secrétaire fut pris , et l’avis de Lautrec était de le faire pendre. Cependant le vicomte de Narbonne attaqua quelques places dans le comté de Foix;
Gaspard de Villemur était gouverneur de cette province; il se laissa séduire par le vicomte de Narbonne, et quitta le service de la reine. Mais il mit du moins une espèce de fidélité dans sa trahison ; il remit à sa souveraine les places qu’il tenait d’elle. Le vicomte de Narbonne eût d’abord quelques succès dans son entreprise; Lautrec arriva bientôt avec les troupes de la reine, et le vicomte n’eut d’espoir que dans ses négociations et dans les conspirations de quelques traîtres. Lui-méme, dit-on, tenta de faire empoisonner la régente et la reine. Roger de Grammont ourdit la trame , et Garderest en fut l’instrument. Grammont attira Garderest à la Bastide de Villefranche, sous prétexte d’un rendez-vous de chasse; il lui fit la proposition de ce crime au nom du vicomte de Narbonne. Gartterest se laissa séduire , et signa même une pronresse écrite et remise entre les mains de Grammont. De son côté , Narbonne se tint prêt à faire une invasion dans le Béarn, à l’instant où le complot serait exécuté. Garderest «e rend à Pau; il corrompt Marie de Pouillaud, maître-d’hôtel de la reine, et Thomas Brunet , son pâtissier. Le poison leur est remis par Pierre de Bellefoye , domestique de Garderest , qui s’introduit dans le château sous un faux prétexte. La fausseté du prétexte qu’il emploie est remarquée.; on l’arrête ; il se cov^e dans ses réponses , et le secret de sa commission lui échappe. On saisit les
complices ; Lautrec est chargé dë Conduire €mf*> derest à la reine: son trouble lô décèle, il ést arrête par le prévôt de Laussade de Belloc , et niîfe 41u tour dil château. La Veine ordonne qUc son procès soit instruit par le conseil privé dont il était membre , comme sénéchal de Béarn . Les ijuges s’assemblent : c’étaient Castél-Bajac -, sénéchal de Bigorre; Pierre de Béam, sénéchal dfe Marsan; Bernard, vicomte de Serre } Arnaud, sieur de Doazoti; Menault de Na vaille», seigneur de Vignolles; Arnaud Guillaume, seigneur du château de Saint-Martin de SaHies ; Baymond de CaSaré et Pierre de Petes , juges de Béurn. Là -conspiration fut prouvée; les coupables furedt condamnés au dernier supplice des deux officiers de la maison* furent exécutés à Pau , et Garderest subit le même sort à Montané», Charles vtti envoya complimenter la reine, a l’occasion de cet événement. Quelque temps après, ce monarque se chargea de négocier k> paix du vicomte de Narbonne avec èa nièce; il n’éut pas de peiné à réussir. Narbonne vint à .Tarbes rendre hommage à «a nièce : il reconnut ses torts , obtint sdn part) on , ■et reprit les sentimeîis qu’iin homme de son nom n’aurait jamais dû abjurer. La reine accorda des lettres de grâce à Roger de Grantmünt ; les fàctinilx rentrèrent dans leur devoir; le seul comte de •Carmaing, quoique du saqg de la reme, persista dans sa rbVoâte. Catherine. le cita à la ctulr a»
jéur; il n’obéit- point, et la reine ordonna , conformément an for , le ravage de se» terres et l’incendie de son château de Coaraze. Elle suspendit longtemps l’exécution de ce jugement, comme pour dohner au coupable le temps du repentir. Ge fut dans cet instant de calme que la régente ■quitta la vie, laissant la paix à ses sujets et leur gouvernement à Catherine.
GatheHne gouverna seule pendant quelques années. Son ttom paraît seul à la tête d’un réglement qü’il importe de connaître. Le pape avait la nomination des évêchés dans le Béarn , et ce pays était compris dans ceux que la cour de Rome appelait pays d’obédience. Robert d’Espinai avait été pourvu de l’évêché de Lescar ; il allait passer à •l’évêché de Nantes ; un Florentin faisait des démarches pour le remplacer à Lescar. Les états représentent 4 la reine que la nomination d’un évêque tel <jüe d’Espinai est un grief fait au paysi il n!est jamais entré dans son évêché; il n’a rempli aucun, devoir ni Spirituel , ni temporel de son ministère ; -ses actes d’évêques se réduisent à l’ex- -traction do ses revenus hors du pays.
Cependant un évêque de Lescar est le premier •baron de Béarn i il préside les états; il est membre de la cour ma jour; sa présence est nécessaire dans les affairés publiques , et le pays offre actuellement, surtout dans l’état ecclésiastique, des sucjtets vetséa dans l’administration , propres aux
ambassades* et capables de tous les genres dé service dans de semblables circonstances. Les états supplient la reine , et la requièrent même, sans néanmoins vouloir lui déplaire, de remédier au* abus de ces nominations étrangères par des représentations adressées au pape , et par les moyens convenables. Us demandent que l’évêque de Lescar soit, à l’avenir, choisi parmi les personnages du pays , en sorte que l’on soit assuré de le voir résider dans son église , veiller sur elle, et remplir les devoirs relatifs à la chose publique* imposés à sa digftité..La réponse de Catherine fut celle qu’on devait attendre à des demandes si justes : la reine entend forcer le pape à ne jamais nommer à l’évêché de Lescar qu’un personnage du pays, agréé par elle; elle sait bon gré aux états de l’avoir avertie.
jean Enfin le mariage de Catherine avec Jean d’Ala Aibret jjrej fut célébré. La reine assembla à Pau les états Catherine. je |?0ix t de Béarn, de Bigorre-, de Marsan, de '49»- Gabardan et de Nébouzan. Jean , autorisé par la reine , prêta serment à ses nouveaux sujets. De leur côté, les états le reconnurent pour leur souverain , comme étant le mari de la reine; mais ils bornèrent leur serment d’obéissance à la durée
du mariage.
Les nouveaux époux passèrent dans la Navarre. Ce royaume avait été gouverné pendant quelques années par le cardinal de Foix. Alain d’Albret ,
pcre du roi , avait succédé au cardinal dans cette administration orageuse. Les factions opposées des Beaumont et des Grammont déchiraient l’état;
une espèce de guerre civile y subsistait, excitée parles intrigues de Ferdinand, roi de Castille. Jean se rendit lui-même auprès de ce souverain , et conclut un accord avec lui. Les troubles de la Navarre cessèrent; les deux époux furent couronnés à Pampelune , et l’acte de leur couronnement nous apprend que la reine était alors enceintè de six mois. Le premier soin des nouveaux souverains devait être d’étoulFer les germes dps anciennes divisions ; ils imaginèrent au contraire qu’il leur serait plus facile de diriger les factions que de les éteindre. Dans cet objet , la reine se déclara pour les Grammont, et le roi prit les Beaumont sous sa protection immédiate. Cette conduite maladroite renouvela les dissenlions civiles, et cette première faute des deux souverains causa tous les malheurs de leur règne. Jean était d’un caractère faible; son inapplication extrême l’éloignait des affaires; il laissa retomber le poids de la souveraineté sur le connétable de Beaumont, et ce ministre en usurpa bientôt la puissance. 11 l’employa à persécuter les membres de la faction opposée; il ne respecta pas dans ses vengeances les serviteurs et les amis du roi ; enfin, il osa braver son maître. Jean se réveilla : les tribunaux du royaume s’assemblèrent; le connétable fut condamné à perdre la vie,
iMj.
Î1 se réfugia auprès de Ferdinand , son beau-frère ; les malheurs de sà faction et les regrets de son ambition trompée , causèrent bientôt sa mort ; mais il remit à Ferdinand les places qu’il. occupait en Navarre, et ce prince ambitieux y mit des »5o8. trouves. Un nouvel ennemi s’éleva contre le roi de Navarre : le chapitre de Pampelune avait choisi pour évêque le cardinal d’Àlbret, frère du roi; le . pape Jules H désitàit que cet évêché fût donné au ' cardinal de Sainte-Sabine. Furieux de se voir tromper dans ses vues , il jeta son interdit sur lé royaume de Navarre. Le roi Jean se rend auprès de Louis xri; il se lie avec ce souverain, et cette alliance achève la perte de sôn royaume. Ferdinand avait déclaré là guerre à la France ; il demanda aü rôi de Navarre un passage dans ses états pour conduire une armée en Gascogne; Jean refuse de l'accorder. Alors Jules n lance une bîille par laquelle il excommunie le roi de Navarre, comme allié de là France , et donne son royaume au premier occupant. Le duc d’Aîbe entre à l’instant même en Navarre; Jean fuit sans cpmbattrç; la reine ne se retire que deux jours après lui, indignée de sa faiblesse , et la Navarre est conquise. Le roi de France envoie à Son secours une armée, commandée par la Palice ; mais l’activité dii duc d’Aïbe fend ce renfort inutile. La Palice et le roi de Navarre lèvent le siège de Pampeluhe. L’année suivante, Louis xn fait une trêve avec Fer-
dlnand, sans y ménager les intérêts d’uli allié qui s'était sacrifié pour là France , et ta maison de Foix perd In Navarre sans retour.
Jean d’Àlbrèt, mité en Bé»m , ne pensa ph*s qu’à régler ses états. Urto affaire particulière avait eu dés SUiteS éclatantes; citait la querelle du baron dé Uoar aie; Il persistait dans «a révolte. Jean d’Àlbret avait enfin exercé lé vengeance autorisée par la loi du pays. Les terres du rebelle furent ravagées, et le château de Coaraze fut hrêlé. Le c ointe de Carmaing osa dénoncer son souverain âu parlement de Toulouse. Cet attentat, iqoui jusqu’alors, excita l'indignation des Béarnais; rk te hâtèrent d’envoyer deux députés au roi de Franoe pour réclamer le coupable, et le livrer à la cour majeur. D’un autre côté, le parlement de Tond louse fît arrêter Ferraud, juge de Béarn, que lés affaires particulières avaient attiré à Montauban. Un premier arrêt lui Ordonna de remettre les procédures faite! en Béarn contre Gaston de Font , baron de Coarazc. Ferraud déclara à ses juges que le Béarn étaif^ un pays indépendant, et que l’arrêt du [>arlei^|p ne pourrait être envisagé , par le roj de Navarre, que comme une déclaration de guerre. Il s’évada do sa prison. A peine arrivé à Sain t-Gaudens, il interjeta appel du parlement dé Toulouse au cOnolle générai. Un concile oecuménique était alors regardé comme le tribunal naturel des contestations nées entre les souverains. Un second ar-
rèt du parlement de Toulouse aggrave l’injure faite au . roi de Navarre. Il est condamné à une amende de cent pistoles envers le roi , à payer cinq mille livres au baron de Coaraze, et à réparer son château dans l’espace de quatre ans; enfin, le même arrêt déclare le baron de Coaraze exempt pendant sa vie delà juridiction du Béarn. L’huissier chargé de signifier cet arrêt n’osa point entrer en Béarn. E se contenta de le signifier à Tarbes, à Raymond de Casari, juge-mage de Bigorre et membre du conseil privé du roi. Le juge Ferraud et le procureur-général Fondères, firent insérer dans le procès-verbal de l’huissier une protestation d’incompétence et leur appel au futur concile.
'Alors le parlement de Toulouse ne mit plus de bornes à son ressentiment ; il osa déclarer la reine etle roi de Navarre rebelles envers le roi de France, et coupables de lèse-majesté. Il prononça la confiscation-de la vicomté de Béarn, faute d'hommage'; mais personne n’osa se charger de signifier un pareil jugement; et Gaston de Foix , errant et fugitif, ne se hasarda jamais à reparaître en Béarn.
; rJean et Catherine demandèrent àdu cour de France une réparation éclatante de l’outrage fait à leur souveraineté. Louis xuleur proposa de choisir. des arbitres, et de régler leurs différends dans une conférence. La cour de Navarre aquiesça à j5i*. cette demande. Louis xu jura le compromis à Bloifc, en présence d’Etienne , bâtard d’Albret, ba-
ron de Miossens; et de Saint-Gelais, sieur de Ladsac , ambassadeur du roi de Navarre. Ceux-ci firent au nom de leur maître le même serment. Les arbitres choisis par le roi de France étaient Poucher, évêque de Paris, garde-des-sceaux , et Pierre la Bernade , maître des requêtes; les arbitres nommés par le roi Jean étaient Pierre du Parer, conseil ler-d’ état , juge de Béarn; et Pierre de Biaix, chancelier de Navarre.' Nagerolles , procureur-général du parlement de Toulouse, et Pierre de Fondères, l’un des procureurs -généraux de Béarn, exposèrent, chacun de leur côté, les droits respectifs deleurs maîtres. Quelle qu’eût été l’issue de cette conférence, elle ne pouvait point compromettre les droits des Béarnais; eux seuls en étaient juges; eux seuls avaient le droit de renoncer à la prérogative de leur indépendance, et les lois constitutives du pays interdisaient au souverain l’aliénation ou la diminution de la souveraineté; c’était donc ici la cause du souverain et non point celle du pays. Il n’est cependant point absolument indifférent de connaître quelle fut la décision des arbitres. . « ' »
Nagerolles exposa que le Béarn était une partie du duché de Guienne, et que l’hommage de la -Guienne avait été rendu constamment au roi de France. Il cita un ancien arrêt du parlement de Paris, qui, sur les différends de Gaston vm et du seigneur de Navailles , ordonna la saisie du Béarn.
Enfin vil présenta le rôle dû parlement de Toulouse, da#ts lequel on voyait le Béarn placé parmi fats sénéchaussées du reésort.
Pierre de Foncières défendit la souveraineté du ■Béarn : * Dans aucun temps, dans aucune circonstance , les Béarnais Iront reconnu l’autorité d’un «omeriuo étranger, ut la suprématie de leur prince est lu premier article de leur foi politique j ils ont -éht seuls leurs seigneurs, et seuls ils les ont investis -de la Seigneurie . La monnaie d’or et d'argent fabriquée au* armes de Béarn , les péages établis paT in s Béarnais sur leurs frontières, leurs lois fautes par eux seuls , leurs jugemens sans appels , la sûreté réciproque dos criminels de B aro rét- Jfngiéson France et des Français réfugiés en Béarn; .nid le imposition, nulle teille, nid service aiili- -taire exigés par un bouveruiu étranger:; voilà ce -qui caractérise un état indépendant. Aussi le seitgneur de Béarn n->t-d occupé son rang parmi les ûouv crains de l’Europe. Les papes, à lèur avèn&- -ment, envoient en Béann fronces et légats ponr saluer le souverain., et les ambassadeurs de Béarn ont à Rome leurs places marquées parmi les apfaassadours des têtes couronnées.
«^Jamais le Béarn nemendit hommage aux ducs de iGuienue, lors même que -les Anglais tenaient ■oc duché. Le prince de Galles, vainquourd.es Franchis, exigeait, les armes à la niaiu, l’hommage da .ficarn. Gaston Pbœbus lui répondit* que le pays
de Béarn est si franche terre , qu'elle ne doit hommage à nul , fors à Dieu » , et le prince de Galles n’insista point devante^.
. » Le rôle du parlempqt de Tpu|pusp est comme ccs légendes 4e tj|j?es, où les pyiqçps souverains des épits qu'il^ n’nqt pas. Qng le parler ment cite un 4e ses arrêts p y4putés deqs. le Ffh ou même une feule Joj fiqngf ifp pubfiéç pq Çéarn par l’autorité du tribunal. Mais tipp te4e citation est impossible, etpnnr se bpeftpr £ qp ?pn| exppipta la pragmatique - sanctipn , cette |oj copqqqne dp la jFrancq, est îqponnue en Béarn.
» L’arrêt du parlpïqpqt de Paris exige quelques détails. Gassje ^rnapd 4e NuynJlles possédé !f terre de Castelnau , dnp? |p duphé de Guienqe en Chalossej il fit sçisir Je trpupeaq qu'u^ Béarpef? avait introduis dans pette terrpi.ce Béarivïisnppplf Navailles devant fa epuf majeur Neyailie^ observa
qne le défit avait été epipipit dans le duché dç %jepne ,et qn’4 P? dej<$ ppjpt être appelé 4^ • vapt |p feigneur de Béarn. 11 refusa de comparaître . malgré Jes ordres de Gaston. Alqrs Ja cpqr majeur déclara que les deuy parties ét^nt sujets de Béarn, qnel qpe fjùt 1/e Jijeu fa faY#, elles ne pQqyeienf: (décliner la juridiction du tpifiunal. NavaüJes fifjt déclaré vassal rebelle , et se# tefrps de Béarn furent . saisiesj.il eut recours à Philippe-le-Long , roi dp France j^ce prince employa de vaines sollicitations auprès de Gaston, qui demeura long-temps in-
flexible. Enfin , le parlement de Paris ordonna que lé Béarn serait saisi à main armée. Le sénéchal de Toulouse leva des troupes; il était prêt à commencer la guerre, lorsque Gaston traita avec Navailles et renvoya sa partie devant les tribunaux de la France. Ainsi l’arrêt du parlement de Paris était une déclaration de guerre et non point un acte de juridiction. En effet, dans le même siècle’ le même parlement termina les contestations éle* vées sur la succession du comté de Foix, et renvoya aux états de Béarn celles qui concernaient l’héritage de Béarn, d’autant que ce pays est hors du royaume. Sous le règne de Charles v, le duc de Bourbon demanda la permission de passer en Béarn avec les troupes du roi de France : il l’obtint de Gaston Phœbus en payant les frais de ce passage. Charles vi reçut l’hommage du comte de Foix pour toutes ses terres , le pays de Béarn seul excepté. Louis xf allait en pèlerinage à Sarrahce. Parvenu à la frontière du Béarn , il dit à son écuyer : «Baissez l’épée de France, nous sortons ici du «royaume.» Pendant son séjour àSarrance, il ne voulut sceller aucune lettre d’état , disant qu’il était hors du royaume. Ce même roi donna des lettres de naturalité dans ses états à Jean Mériting, natif de Béarn. Charles vin, arbitre des querelles élevées par le vicomte de Narbonne , a réservé au parlement de Paris tout ce qui concerne le comté de Foix, • et renvoyé aux étals de Béarn tout ce qui
Regarde leur pays, d’autant qu’il est hors du
royaume. Burdelot, procureur-général du parlement de Paris , dans la cause de Gaston de Foix , duc de Nemours, contre le roi de Navarre, a formellement exceptée Béarn, commeun pays étranger à la France. Sous le règne de Louis xi, le parlement de Bordeaux demanda aux juges de Béarn de permettre que les criminels de Soûle, appelans à Bordeaux, fussent transférés en passant par le Béarn; les juges répondirent que la terre de Béarn était pays de franchise, et le parlement de Bordeaux se contente aujourd’hui de juger les appels Sans faire transférer les coupables. Enfin, quelques marchands de Laval étaient créanciers de plusieurs Béarnais, elleurcréancemontaità i5,oooliv. Ils obtinrent, en i5oq, des lettres-de-marque par lesquelles le roi de France les autorisait à faire arrêter les Béarnais surpris dans son royaume, et à les contraindre au paiement des sommes dues par leurs compatriotes. Ces lettres-de-marque furent employées *avec succès, et ladite somme fut acquittée.»
Telle fut une partie de la défense présentée par le procureur-général du Béarn; nous avons dû la rapporter, parce quelle appartient à l’histoire. Les arbitres prononcèrent 'leur sentence le i5 juillet i5i2, quelques jours avant la conquête de la Navarre. Ils déclarent le parlement de Toulouse incompétent et ses jugemens inuls. Si le roi de
France prétend avoir des droits soit à la propriété soit à Ja souveraineté du Béarn, les arbitres lui
réservent la faculté de les faire valoir devant un tribunal compéten t , nonobstant leur présente sentence. Louis xii acquiesça à ce jugement; il publia des lettres-patentes par lesquelles il casse les arrêts du parlement, et défend à toutes les cours du royaume d’attenter à la souveraineté du Béarn. ■5i5. Jean d’Albret cherchait à recouvrer la Navarre, il envoya des ambassadeurs à Ferdinand pour la réclamer; l’ambassade fut inutile : on n’envahit point un royaume pour le restituer ensuite. Feri5»6. dinand mourut an commencement de l’année suivante. Jean profita de cet événement pour tenter une entreprise sur la Navarre; la fermentation des esprits était alors extrême dans ce royaume1 le peuple voyait avec peine «démolir les planes fortes; il vit avec plus 4e dpuleur encore supprimer à Oüte le couvent de Saint-François; bientôt une révolte éclata , et si Jean eût paru dans ce moment avec son armée au milieu 4e la Haut#-Navarre, il eut reconquis son royaume; mais il perdit un temps précieux au pfc4 dfis Pyrénées , occupé de quelques sièges. Nûnén h pourvut à la défense du pays, étoufia la révolfe , Ut rendit inutile l ‘armer oient de fenn- Ainsi ce malheureux roi perdit une seconde fois la Navarre- Le chagrin abrégea sa vie; il mourut fe i5mai i5i6,à Moucin, dans le château de Squarabaque. Catherine envoya des; a»-
bassadeurs au congrès de Noyon : un des principaux articles du traité conclu dans cette ville est la restitution de la Navarre- Charles-Quint la promit; mais il éluda bientôt l’exécution de sa promesse. En vain Pierre de Biaix , ambassadeur de la reine, suivit-il Charles dans les Pays-Bas , en Es* pagne; il n’obtrnt que des réponses équivoques. La reine cependant se laissait consumer par le chagrin; elle succomba bientôt, et ne survécut à son mari que huit mois. - *
En mourant, elle tournait encore les yeux vers la Navarre; elle demanda mémo que son corps fût transporté à Pampoluœ avec celui de son époux; mais ce vçeu ne fut point rempli ; l’tin et l’autre furent déposés à Lescar, où l’oocéjébra leurs obsèques avec magnificence- Ce» deux époux étaient aimés de leur» sujet». Jean était on prince chaste , pieux et débonnaire; H aimait et cultivait les lettres. ©ans sa jeunesse , il était ami du faste; /dans le cours de ses malheurs, il réduisit ses dépenses au simple nécessaire. Jamais M **e surchargea ses peuples; dans »e» plu» grandes détresses, il n’eut jamais recours à de» impositions nouvelle#; -on 1/e vit même refuser les dons volontaires ejt les offres de ses sujet». Catherine l’égalait eu bonté et le surpassait en force d’jâme; eHc lui d*t après la perte jde son royaume : «Doqi Jean, sinous fuasippsnés s vous Catherine et moi Dom Jean, nous u’aurion# jamaisperdu la Navarre.»
Henri
«l’Albrct.