‹ Essais historiques sur le BéarnChapitre 18 sur 28 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Henri d’Albret. — Guerre contre les Espagnols pour le recouvrement de la Navarre. — Divers réglemens. — Introduction du calvinisme en Béarn.

: Catherine et Jean venaient de perdre leur fils unique , lorsque la naissance d’un second prince les consola de leür première perte. Il naquit à Sanguessa dans l’année 1 5o3. Un préjugé superstitieux engagea ses parens à lui donner pour parrains deux pèlerins allemands , que d’autres préjugés conduisaient à Saint-Jacques; ces pèlerins le nommèrent Henri. Son éducation fut confiée aux soins de son aïeul, Alain d’Albret: ce sage précepteur s'attacha à former le cœur de son élève ; il le conduisit à la cour de France , et le jeune prince y devint bientôt, soit par ses connaissances, soit dans les exercices de la chevalerie, le digne émule de François i". Il avait à peine quatorze ans, lorsque la mort de Catherine le mit à la tête de ses états. Alain d’Albret se chargea de diriger ses premiers pas , et gouverna l’état comme curateur du jeune prince;

, La première opération dece règne mérite d’être remarquée avec une attention particulière. Le sénéchal était; le chef ambulant des justices subalternes, et le président d’un tribunal de révision. Bientôt il négligea de se transporter dans les juridictions inférieures. Il attira à son domicile les contestation^ nées dans les différens ressorts , et le tribunal de révision devint un tribunal ordinaire. La cour des jurats fut déserte, et leur qualité ‘de juge ne fut plus qu’un vain nom. Rien n’était plus contraire aux principes delà constitution; les états réclamèrent contre cet abus ; ils se récrièrent surtout contre l’usurpation de la justice criminelle , dans le cahier présenté en 1 5 1 1 , à l’évêque de Couserans, commissaire de la reine, pour tenir les états. «Depuis un temps immémorial, disaient-ils, le sénéchal allait par le pays , et jugeait les délits avec les jurats des chefs-lieux. » L’évêque de Couserans rétablit l’ancien ordre : le sénéchal exerça avec les jurats la justice criminelle. Cette juridiction était sans appel, tandis que dans les causes civiles la cour majour était un tribunal de recours ouvert, une espèce d’asile contre les vexations des juges subalternes. «Quoi ! disaient les états dans leur cahier présenté en i5i6, le moindre droit réel , la confiscation d’une oie, est porté devant la cour me jour, et la vie d’un homme est livrée à l’ignorance , à la passion, au libre arbitre de quel-

>StG.

ques jurais rarement éclairés ! Cette considération était d’autant plus forte que l’on commençait alors à décerner la peine de mort dans lés crimes graves ,quoique l’ancieh for l’eût bornée aüli crimes de haute trahison, de violence exercée au préjudice d’une paix jurée, et de meurtre commis en la per-* sonne d’un jurât séant dans son tribunal. Il était donc important d’assurer la justice des jngemens, êt tel fut l’objet d’un réglement accordé par le Souverain â la demande des états. Il fut ordonné que lés jurais , avant de prononcer leur sentence contre les criminels , porteraient leurs procès au conseil-privé du seigneur pour recevoir lavis de ses conseillers et s’y conformer en jugeant l’affaire dans leur siège.

Le conseil du souverain exerçait déjà là juridiction civile; le for autorisait en effet les parties litigantes à recourir au tribunal dü seigneur, comme bon arbitre et bon baron ; ce jugement , arbitrai he pouvait être déféré pdr l’àppel qu’à la cour tnajour; ellè ne s’assemblait plus; ainsi la sentence du seigneur , prononcée dans son conseil, devenait un jugement souverain. Il y a plus : la puissance attribuée au prince imprimait le sceau de l’autorité aux décisious de son conseil, et la juridiction de ce tribunal s'agrandissait chaque jour par là confiance publique; elle reçût son dernier accroissement par le réglement qui sou-

mettait à l’inspection , ou plutôt au jugement du conseil, les procès criminels instruits parles juges inférieurs.

Ces attributions importantes exigèrent un changeront dans la formé du conseil. Attaché par sa nature à la personne du prince , il n’dvait d’autre résidence que celle du prihce lui-inèine , d’autres Ibis que sa volonté , d’autrés forrties que celles qu’il lui plaisait de suivre ; mais il n’était en-* core que le conseil du prince : dès qu’il derint le tribunal de la nation, il fallut lui donner urte constitution permanente. Alain d’Albret ordohna, conformément à la supplication des états, que sept officiers du conseil du prince résideraient en iSia i Béarn , y compris le chancelier du pays , aVe<J pouvoir de rendre la justice aux parties i Suivant les ordonnances qu'il leur prescrivit. Ce nouveau tribunal fut installé le 2^ juin 1619, et sâ création forme une époque importante dans le droit public de Béarn.

Cependant 1 absence de Chàrles-Quint excitait en Espagùe des mOuvemens séditieux , et des factions rivales semblaient ouvrir le royaume à des ennemis étrangers. Henri d’Albret jugea ce moment favorable pour tenter dé reprendre la Navarre. François ï*r seconda sës projets , et lui four- >5*i: nit même ‘une armée, commandée par André de Foix, dit de lesparfe, frère d’Odet de Lautrec, de Thomàs de Lescun , et dé la comtesse de Châ-

teaubriand. Les succès de cette armée furent

aussi rapides que sa marche. Elle s’empara de Saint-Jean, de la plaine de Roncevaux et de la Tille de Pampelune. Le château seul fit quelque résistance. Squarahaque, colonel de l’infanterie, fut chargé de l’assiéger, et ne tarda point a le prendre. Pendant le sjége, un gentilhomme espagnol fut blessé; sa blessure le rendit incapable de servir. Me pouvant plus être guerrier, il/voulut être moine et fondateur de moines. Ignace de Loyola était; sou nom. Le président Héqaut définit ou désigne son ordre par ces mots : « Une » société devenue célèbre par les contradictions » et les succès. » S’il eût vécu quelques années de plus,. il aurait ajouté qu’elle était devenue plus célèbre encore par sa destruction imprévue. Il nous suffit de remarquer ici qu’elle dut son origine à un coup de canon tiré par des Béarnais.

Lesparre avait achevé en un mois la conquête de la Navarre; il assiégeait Logronne. L’armée espagnole s’avançait pour secourir la place ; rien n’eût été plus sage que de séparer l’armée et de la disperser dans les places fortes. Lesparre aima mieux hasarder une bataille : le succès trompa son attente ; lui-même fut fait prisonnier, et la Navarre fut reprise en aussi peu de temps qu’il en avait coûté pour sa conquête. « Squarahaque, colonel de, l’infanterie , et l’évêque de Couserans gagnèrent au piç.d , et ne cessèrent de courir, qu’ils ne fussent

à Bayonne, où leurs coffres les attendaient. De là ils avertirent le roi Henri, qui se tenait aux écoutes à Navarrens , prêt pour assister l’armée , si elle se fût avisée de lui en donner plutôt avis.

Ceux du fort du Pignon et du château de Saint- Jean-Pied-de-Port ne s’étonnèrent nullement de cette fuite : ainsi , en perdant leurs places , ils conservèrent encore pour leur seigneur naturel la Basse-Navarre. »

Charles-Quint déclara la guerre à François i".

Alors ce monarque envoya de nouvelles troupes vers les frontières de la Navarre : l’amiral de Bonnivet les commandait ; il borna ses entreprises à la conquête de Fontarabie; et, tandis qu’il s'emparait de cette ville , Jacques Vile* de Médrano était obligé de rendre, après une longue défense, la seule place qui fût demeurée fidèle à son roi. L’année suivante , Charles-Quint vint lui-même en Navarre affermir sa conquête. Il envoya Philibert de Châlons, prince d’Orange, assiéger Fontarabie. Ce général réduisit bientôt cette ville ; et, l5>a. déterminé par les sollicitudes du sieur Lure , il résolut de tenter une invasion dans le Béarn. Son armée marcha par le Labour vers la frontière du Béarn. Hastingue fut brûlé ; Biduche , défendue par Grammont, son souverain, soutint un siège: elle fut emportée d’assaut, saccagée et brûlée. Ensuite Philibert de Châlons força le passage du Gave à Sordes, brûla le bourg et vint assiéger

Sauvelerre. La place était défendue par le baron de Miossens ; elle le fut avec valeur. Enfin, obligée de céder après une longue résistance, elle obtint une capitulation honorable. De leur côté , les Àrragonais étaient entrés en Béarn; ils avaient forcé le passage des montagnes que le bâtard de Garderest défendait; ét leur armée, forte de trois nulle hommes, assiégeait Oloron , où commandait le sieur Lpuvic. Elle était campée à Sainte- Marie ; la garnison fit une sortie : elle comptait être secourue par trois compagnies de gens d’armes placés à une demi-lieue de la ville ; le secours manqua; les assiégés furent repoussés, mis en fuite , et si vivement poursuivis que les assiégeans entrèrent pêle-mêle avec eux dans la ville. Au milieu de ce désordre , on eut assez de présence d’esprit pour lever le pont. Quelques Espagnols se noyèrent; ceux que l’on avait enfermés dans la place demeurèrent prisonniers , et le reste de L’armée se réfugia auprès du prince d’Orange, qui était alors occupé du siège de Sauveterre. Dès que cette ville eut capitulé , il s’empara de Navarrens, qui n’était point encore fortifié; Mauléon se rendit sans défense. Là se termina cette incursion: le. prince retira ses troupes, évacua les places conquises, pilla Garrès et Sainl-Jean-de-Luz, et rentra par le Labour en Espagne.

Henri , forcé de défendre ses états contre une invasion imprévue , et. ne pouvaqt avec ses reye-*

nus suffire aux dépenses de la guerre, fit sur ses sujets des levées d’argent par forme d'emprunt. C’était une infraction de leurs privilèges ; et quoiqu’elle fût peut-être justifiée par la loi impérieuse de la nécessité, les états, chargés de veiller au maintien de leur constitution , se plaignirent de leur souverain au souverain lui-même. Henri fut impartial dans sa propre cause ; il se condamna lui-même, et publia une déclaration qu’il importe de conserver : « Henri , roi de Navarre , comte de » Foix , seigneur souverain de Béarn , comte de » Bigorre et pair de France ; les états de notre » pays du Béarn , du Marsan et du Gabardan nous

* ont représenté que depuis peu de temps , de «notre ordre et par nos commissaires, il a été > fait diverses levées d’argent par emprunt, au

* préjudice des établissemens faits par nous et nos » prédécesseurs. Sur les demandes des états, voulant avoir égard à cette représentation, et dé- *sirant maintenir nos sujets dans leurs usages, »fors, coutumes et libertés, et les préserver (Vî » toutes vexations , nous leur déclarons , avec l’avis » de notre conseil , et nous leur promettons sur » notre foi et parole de roi , que dorénavant en «aucun temps, nous ne ferons ni ne permettrons »de faire en notre nom, dans le Béarn, Marsan » et Gabardan aucun emprunt de deniers , soit en ■a commun, soit en particulier.» Cette déclaration fut publiée dans le conseil , présidé par iqon-

Seigneur Pierre de Biaix, élu évêque d’ Aire, chancelier de Foix et de Béarn. Jamais la parole d’un roi ne fut donnée à ses sujets d’une manière plus solennelle. Elle fut cependant Violée; mais il ne faut pas le reprocher â la mémoire de Henri : ce fut l’effet d’un événement où la providence parut se jouer des grandeurs humaines.

Henri suivit François icr dans la guerre d’Italie; il combattit avec lui à Pavie , et fut fait prisonnier comme lui. Il aurait pu mander à ses sujets ce que François i" écrivait â sa famille : Tout est perdu , fors l’honneur. Le roi de Navarre était détenu au château de Pavie , dans une tour élevée ; il forma le projet de s’évader. Il avait avec lui le baron d’Arros, un page et un valet-dechambre. On choisit une nuit obscure : des échelle» de corde furent tendues ; le roi descendit le premier; il fut suivi par le baron d’Arros et le valet de-chambre, nommé Francisque. Le jeune page resta seul chargé de couvrir la retraite du roi. 11 se mit dans le lit du prince; et , lorsque les gardes vinrent le matin, suivant leur usage, ouvrir les rideaux , le jeune homme leur dit , en imitant la voix de son maitre : « Laissez-moi dormir encore. ■ Ce stratagème réussit; Von ne s’aperçut que le soir de l’évasion de Henri : il dut peut-être sa liberté à l’adresse de son page. Aussi devons-nous consacrer ici le nom de cet enfant intéressant : c 'était François de Rochefort. J

Henri se rendit à Lyon auprès de la régente , et l’aida de ses conseils. Marguerite , sœur de François, s était déjà transportée à Madrid pour travailler à la délivrance de son frère. Enfin, après dix mois de négociation, François recouvra sa liberté ; Henri rentra dans ses états. Ses sujets lui représentèrent que , pendant son absence , Charles, son frère, prince de Navarre et son lieutenantgénéral , avait fait lever dans le pays par des commissaires et autres officiers du roi, des sommes d’argent à titre d’emprunt, de donation et de contributions; cependant de semblables impositions ne devaient point être exigées sans une convocation des états et sans leur consentement exprès. Henri leur rappelle les circonstances dans lesquelles il s’est trouvé, sa captivité entre les mains de l’empereur, la nécessité de payer sa rançon , la volonté des états de la payer eux-mêmes, et la destination des levées faites uniquement dans cet objet. Mais voulant se conformer au vœu de .ses sujets, et maintenir dans leur entier leurs fors, coutumes et libertés, il ordonne que les statuts . anciens et sa promesse seront constamment ob- l5sG servés et gardés , sans qu’on puisse objecter à ses sujets les contraventions passées ; il leur déclare enfin sur sa parole royale , qu’il n’ordonnera ni .ne permettra jamais aucune levée d’argent en Béarn , sous quelque formeque ce puisse être , sans

l’autorisation formelle et le consentement exprès

des états.

* Depuis cette époque , ce principe fondamental de noire constitution n’a jamais reçu d’atteinte: il est le seul garant de nos libertés. ,

Les abus de la justice criminelle excitèrent encore les plaintes des étals. L’absence des cours ma jours suspendait le jugement des appels; les appels suspendaient l’exécution des sentences; ainsi les actions criminelles n’avaient plus de terme , et le criminel , à l’abri des formes , était sûr de l’impunité. Le remède le plus simple était d’attribuer au sénéchal une juridiction souveraine; mais il importait de la modérer par un tempérament qui prévînt l’abus d’un pouvoir illimité. Tel fut l’esprit d’un nouveau réglement arrêté dans les états le 6 juin 1 5a6 : lorsque les crimes seraient de nature à mériter peine corporelle, bannissement ou torture, les trois juges du sénéchal assemblés , ou l’un d’eux , porteraient le procès à la chambre du conseil et délibéreraient avec les •membres du conseil quel devrait être le jugement. Ce jugementainsi délibéré seraitensuite prononcé dans la cour du sénéchal, et exécuté nonobstant l’appel.

- L'année suivante fut consacrée par le mariage *de Henri avec Marguerite de Valois, veuve du duc d Alctiçon et sœur de François i“. Marguerite avait »5ay. tout ce qui plaît, jusqu’au désir de plaire; elle

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n’était point ennemie (le cette espèce de galanterie qu’un grave philosophe a définie le léger , le délicat, le perpétuel mensonge de l’amour ; elle avait surtout ce libertinage d’esprit qui n’est point incompatible avec des mœurs sévères, mais qui ne respecte point assez des institutions respectables, et qui prodigue quelquefois un ridicule à la vertu. Son nom sera toujours cité parmi les gens de lettres quelle protégeait et qu’elle surpassa par ses contes (les Contes de la reine de Navai're )i En un mot, elle avait tous les goûts de son frère; aussi l’aimait-il tendrement; et, lorsqu’il la donna au roi de Navarre, il se plut à lui former le plus brillant apanage; le comté d’ Armagnac, les duchés de Nemours et d’Alençon y furent compris : nous le présumons du moins parl’énumération des titres qui accompagnent le nom de Henri dans les actes rédigés depuis son mariage : « Henri, roi de Navarre, duc d’Alençon et de Nemours, seigneur souverain de Béarn, comte de Foix, sire d’Albret, comte de Périgord , d’Armagnac , de Bigorre et de Dreux, vicomte de Limoges, Marsan, Tursan, Gabardan, Nébouzan, de Tartas, de Marenne et d’Aillas; pair de France. » Tels étaient les titres et les domaines de Henri. De si vastes possessions exigeaient une administration vigilante; il fallait établir une régie éclairée pour en percevoir les revenus. Henri crut devoir alors créer deux chambres des comptes : l’une fut fixée à Nérac; elle

embrassait dans son ressort tous les grands fiefs que la maison de Navarre possédait en France, et 6on érection contient clause « sous le bon plaisir du roi de France;» l’autre chambre des comptes fut érigée à Pau : elle s’étendait sur le domaine du Béarn et de la Navarre. La comptabilité générale des finances du roi était son principal objet. L’un et l’autre de ces tribunaux devinrent, par cette constitution , extrêmement utiles à la conservation des domaines et à l’amélioration des finances.

Henri maria deux de scs soeurs : l’une au vicomte de Rohan , l’autre au comte de Candale ; celle-ci mourut avant la conclusion du mariage; les deux autres, suivant l’expression du temps, furent nonains. Il lui restait un frère, Charles, prince de Navarre, mais il mourut au siège de Naples, à côté de Lautrec, et de la même maladie. Le roi, resté seul de toute sa famille, ne quitta plus ses états; il se consacra tout entier au bonheur de ses sujets.

Un des premiers objets sur lequel il porta ses vues fut le tarif des péages. L’incertitude dans la fixation de ce tribut est une source d’exactions plus onéreuses au peuple que le tribut même; cette imposition a d’ailleurs, par sa nature, une autre espèce d’inconvénient : elle est levée sur les consommateurs ; ainsi les pauvres l’acquittent avec le nécessaire , tandis que les riches la paient de leur superflu. C’est aux administrateurs du royaume i

combiner l’intérêt du fisc avec les besoins du peuple, en sorte que l’un ne perde rien, et que l'autre ne souffre point. Henri, pour y parvenir, assembla à Pau ses états de Béarn , Marsan et Gabardan. Pierre de Biaix, chancelier de-Foix et de Béarn, présidait l’assemblée, comme abbé de Luc. Le souverain déclara qu’aucun péage ne pouvait être établi en Béarn sans le consentement des états. Il tenait de ses ancêtres les péages établis à Qrthez, Sauveterre , Oloron , Sallies , Navarrens , Lagor, Pardies et Arthez. Le conseil avait fait des recherches sur le tarif de ces péages , par l’ordre du roi et sur la demande des états. Ces recherches avaient été le fondement d’un nouveau tarif; Henri le présenta aux états, et les états l’accepr tèrent. Il n’est point inutile à lire, si l’on veut connaître quel était à celte époque le commerce des villes de Béarn; les bestiaux, formant le plus important article du tarif d’Orthez. Celui de Sauveterre embrasse plus d’objets : les pièces d’or monnoyé, les barres et lingots d’or y sont compris; les livres paient chacun quatre deniers, à moins que ce ne soit bréviaire de prêtre ou religieux, heures ou matines, lesquels ne paient rien. Une charge de palommes doit ou quatre deniers morr laas ou deux palommes; le cuivre, le plomb, l’étain et les fers de lances entraient en Béarn par Sauveterre; le sucre, les épiceries, la soie, les oranges, les pelleteries d’Arragon et celles du pays formaient

le principal commerce d’Oloron; le sel était la seule ressource de Sallies; Navarreps servait d’entrepôt à l’importation de l’or, du sucre, du réglisse; dans son tarif, on distingue les draps grossiers du pays et les draps fins : ces draps fins étaient le cordeiUa. Une chose mérite detre*surtout remarquée dans ces divers tarifs, c’est que les comestibles et les consommations particulières sont exempts du péage; il n’est établi que sur le commerce.

L’agriculture était presque ignorée en Béarn; le pays était inculte , et les pâturages formaient sa principale ressource. Henri attira des laboureurs choisis dans la Bretagne et la Saintonge , et leur donna des terres à défricher. Plusieurs métairies furent formées par leurs soins dans les environs de Pau. L’exemple du souverain étendit le goût de la culture, et les Béarnais commencèrent à s’adonner au labourage.

Les censitairesexposésauxvexationsdes seigneurs devaient naturellement cultiver leurs terres avec négligence; le seul moyen d’éveiller leur industrie était d’assurer leur sort; il fallait donc obliger les seigneurs à fixer leurs droits par des déclarations soumises à l’inspection des tribunaux. Henri ordonna la réformation générale de l’ancien domaine i558. de Navarre; il chargea Jacques de Foix, chancelier de Béarn, d’exiger et de recevoir les hommages et les dénombremens des fiefs situés dans le Béarn *

. et dans les comtés deFoix et de Bigorre, vicomtés de Marsan , Tursan,Gabardan et Nébouzan. Cette commission importante fut remplie avec zèle. Un examen sévère précéda la vérification des dénombremens; et tel est aujourd’hui l’autorité de ces jugemens prononcés par Jacques de Foix, qu’ils tiennent lieu de titres originaires.

Une autre cause favorisa la population du Béarn , le moine Luther avait levé l’étendard de la révolte contre la cour de Rome; et, comme le dit un ministre protestant, jamais il n’y eut une nouvelle religion annoncée, qu’il ne se soit trouvé plusieurs prophètes qui aient été sur le marché les uns des autres. Calvin parut après Luther et enchérit sur lui. L’un et l’autre formèrent des prosélytes en France. Il eût été prudent au souverain d’abandonner ces sectes à leur obscurité et de les livrer au ridicule; mais le souvenir des intrigues papales était présent à la mémoire de> François 1. 11 entendit avec plaisir les déclamations des novateurs contre la cour de Rome. Marguerite, sa sœur , riait avec lui de ces nouveaux sermons; Marot leur lisait ses psaumes français; enfin les sectes étrangères semblaient netre point désagréables à la cour. Cependant François sentit qu’une nouvelle religion dans l’état était une semence de troubles. Il employa , pour l'étouffer , le moyen infaillible de perpétuer les sectes; il persécuta les sectaires. Plusieurs se réfugièrent en Béarn. Marguerite fa-

vorisa leurs opinions sans les adopter. Elle fit prêcher à sa cour, Roussel, émissaire de Luther; mais elle ne lui permit jamais de quitter l’habit religieux. Quelques années après elle le fit nommer évêque d’Oloron. 11 lui paraissait plaisant de faire prêcher un moine contre le pape , et de faire nommer évêque, par le pape , un hérétique : enfin, si l’on veut achever de connaître sa croyance religieuse , il suffira de savoir qu’elle lisait attentivement la Bible; elle n’y cherchait point sa règle de foi; mais elle y choisissait des sujets qu’elle accommodait au théâtre , et qu’elle ornait de quelques épigrammes contre le pape. Ces pièces étaient représentées dans sa petite cour par des comédiens en titre. Elles amusaient Henri. La bulle de Jules . second n’avait pas inspiré au roi de Navarre un respect filial pour la cour de Rome ; et si elle peut compter tous lés rois au nombre de ses fils, le roi . de Navarre devait se regarder comme un fils déshé- ; rité. Quoiqu’il en soit, Henri fit ce qu’un souverain doit toujours faire à l’égard d’une secte quelcon- . que ; il ne la protégea point , il ne la persécuta point,. . aussi n’eut-elle aucune importance dans ses états. La tranquillité publique ne fut point troublée , et la population fleurit par la tolérance et la paix.

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